‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 134 sur 199 · DE LT · texte numérisé non relu

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L'espace ne nous permet pas d'entrer dans de plus grands détails, et nous sentons plus que jamais que c'est un volume entier qu'il nous faudrait écrire ; cependant nous ne pouvons passer sous silence un don extraordinaire qu’elle reçut de Dieu peu après sa profession, et qui lui fut continué toute sa vie. Ce don consistait en une intelligence surnaturelle de l’Ecriture-Sainte : non-seulement elle entendait ce qu’elle chantait ou lisait en latin, (langue qu’elle n’avait pas apprise), mais elle en pénétrait encore le sens le plus caché, et cela avec tant de netteté, que sa connaissance des mystères paraissait tenir de l'évidence. Elle s’énongçait avec une facilité étonnante sur les choses les plus relevées, et les passages de l'Ecriture Sainte lui venaient alors en foule à l'esprit, sans qu’elle les eût étudiés ni médités. Nommée sous-maîtresse du noviciat, elle fit deux fois par semaine pendant trois ans, des instructions à vingt ou trente novices, avec un fruit si extraordinaire que les anciennes religieuses venaient en secret assister à ces conférences spirituelles. C’est alors qu’elle composa un catéchisme, qui passe pour un des meilleurs de notre langue, et que l’on a publié sous le nom ‘“ d'Ecole Chrétienne.”

Nous avons parlé dans le chapitre préliminaire de la vision prophétique qu’elle eut à cette époque, et qui donna un but particulier au zèle apostolique qui la pressait si fortement. ‘‘ Il me semblait, dit-elle, que je connaissais toutes les âmes rachetées du sang du Fils de Dieu, et en quelque coin de la terre qu’elles fussent, me portant particulièrement à celles qui étaient les plus abandonnées dans les pays sauvages, où je me promenais sans cesse. Ce qui me perce le cœur, c’est que l’incompréhensible bonté de Dieu ne soit pas connue, aimée, adorée et glorifiée des créatures qui sont capables de la connaître, aimer, adorer et glorifier, Cela me fait soufrir plus que je ne puis dire. Je conjure ce Tout-Puissaint de me faire cette grande miséricorde, de m'envoyer en enfer jusqu’au jour du jugement, pourvu qu’il convertisse ces pauvres gens et qu'ils viennent à le connaître.”

Mais, 6 profondeur des desseins de Dieu! La Mère de l’Incarnation comprit distinctement que sa mission était le Canada, que tous les états par où elle passait servaient de préparation aux vues de la Providence sur elle, et cependant six années entières durent s'écouler avant l’accomplissement de ses vœux si ardents !

Malgré ce zèle qui ne lui laissait de repos ni jour ni nuit, et qui la consumait de telle sorte que l’on craignit quelque temps pour sa vie, elle avait à essuyer les reproches de présomption et de témérité. Plusieurs personnes du plus grand mérite traitaient ces désirs qu’elle ne pouvait maîtriser, de pures fantaisies et d’illusions. L’intrépide missionnaire néanmoins ne se décourageait pas ; elle recevait les reproches avec autant de joie que si c’eut été l'ordre de partir, voyant en tout cela l’accomplissement de la volonté de Dieu et ne cherchant pas autre chose.

L'heure marquée arriva enfin, et nos lectrices peuvent se rappeler par quelle voie la Providence ouvrit le Canada à notre Mère ; nous ne répèterons pas ce que nous avons dit à ce sujet: il y a cependant un dernier assaut qui fut livré à la veille du départ et dont il faut rendre compte.

Après avoir épuisé tous les autres moyens de la retenir en France, sa sœur arrive au parloir avec un notaire, pour faire révoquer l'acte par lequel elle avait accordé une pension au jeune Martin, en retour des immenses services que lui avait rendus sa mère. Pendant cette étrange scène, la Mère de l’Incarnation regardait ce qui se passait, en silence et avec une douceur admirable. Quand il fallut répondre, elle se contenta de dire que quand elle quitta son fils pour obéir au conseil de l’évangile, elle n'avait pas établi sa fortune sur le secours des hommes, mais sur celui de la Providence, qui ne révoque jamais les promesses qu'elle fait à ceux qui ont confiance en elle.

Un seul moyen restait pour arrêter cette femme heroïque, c'était de prévenir son fils qui poursuivait alors ses études à Orléans. Dès que le jeune Martin sut que sa mère était en cette ville, il l’alla donc trouver, et feignant d'ignorer son dessein, il lui témoigna sa surprise de la voir dans un hôtel, et lui demanda où elle allait.

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“Je vais à Paris, lui dit-elle.—Mais n'irez-vous pas plus loin ?— Peut-être jusqu’en Normandie.” Son fils, voyant qu’elle ne voulait pas s'expliquer, tira de sa poche la lettre de sa tante avec l’acte qui annulait sa pension, et les remit à sa mère. Celle-ci ayant lu ces papiers, leva les yeux au ciel et s’écria : “ Oh! que le démon a d'artifices pour traverser les desseins de Dieu l”” Puis regardant son fils : ‘Il y a huit ans, dit-elle, que je vous ai quitté pour me donner à Dieu : depuis ce temps vous at-il manqué quelque chose ? —Non, répondit l’enfant.—Eh bien ! le passé doit vous répondre de l'avenir. Quand je vous quittai pour l’amour de Celui qui m'en avait donné l’ordre, je vous donnai à lui et le priai de vous servir de père. Vous voyez qu’il l’a été au-del} même de nos espérances. Il en sera toujours de même ; si Dieu est votre père vous ne manquerez de rien. Et il le sera assurément si vous lui êtes un véritable fils, c'est-à-dire si vous gardez ses commandements, si vous obéissez à ses volontés, «1 vous avez une confiance filiale en son aimable Providence. Faites cela, mon fils, et vous expérimenterez ce que dit le Saint-Esprit, que rien ne manque à ceux qui craignent Dieu. Je vais en Canada, il est vrai, et c’est encore par le commandement de Dieu que je vous quitte une seconde fois. Il ne me pouvait arriver un plus grand honneur que d’être choisie pour l’exécution d'un si grand dessein ; si vous m'aimez, vous en aurez de la joie et prendrez part à cet honneur.” Elle prononça ces paroles avec une si douce gravité et une tendresse si généreuse, que son fils se trouva tout changé ; il ferma les yeux à l'avenir, s'estimant trop riche, comme il le dit lui même, d’avoir Dieu pour père, et une si sainte mère pour caution de sa Providence. (1)

(1) Jusqu'à l’époque de son entrée aux Ursulines, la Vén. Mère ne s'était reposée sur personne du soin de son enfant. Après lui avoir enseigné elle-même la doctrine chrétienne, et les éléments de la grammaire, de la géographie, de l’histoire et des mathématiques, elle l'avait placé vers sa douzième année dans une des meilleures écoles de Tours. Voyant le chagrin qu'il avait conçu de sa séparation d'avec sa mère, le R. P. Recteur des Jésuites de Rennes emmena le jeune Martin dans son collége. C'est à cette époque que sa tante lui fit une pension. Plus tard il alla faire son cours de philosophie à Orléans, et c’est là qu’il vit pour la dernière fois sa sainte mère.

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Nos intrépides missionnaires poursuivirent done leur route et s’embarquèrent, comme nous l'avons vu, le 4 mai 1639. Quels ne furent pas les transports de notre admirable Mère, quand elle reconnut ces grandes montagnes, ces épaisses forêts et tout ce grand pays que Dieu lui avait montré dans sa vision prophétique ! Les brouillards s'étaient en partie dissipés ; mais que d’âmes encore à gagner à son Epoux céleste !

Piqué au vif des procédés de sa tante, il résolut de ne plus dépendre d'elle, et aussitôt qu’il eut terminé ses études 11 se rendit à Paris, où le crédit de sa mère auprès de la Reine Régente lui assurait une haute protection. ÆEn effet, la duchesse d’Aiïguillon, nièce du Cardinal de Richelieu, prit un intérêt tout spécial à son avancement dans le monde. Mais Dieu avait d’autres desseins sur cet enfant de bénédiction ; au moment où ses espérances mondaines allaient se réaliser, un incident étrange vint couper court à ses projets.

Un jour que, retiré en sa chambre, il parcourait un traité de philosophie, il entendit soudain frapper vivement à sa porte. Aussitôt il se lève et va voir ce que l’on veut: n'apercevant personne, il retourne à sa lecture. A peine assis, il entend frapper de nouveau : il va encore à la porte, mais sans découvrir la trace d’aucun être vivant. La chose se réitère une troisième fois. Alors le jeune Martin involontairement fait un retour sur lui-même, et il commence à croire que c'est l’ange de sa bonne mère qui lui donne cet avertissement pour son salut. Là-dessus, il va trouver l’ancien directeur de la Mère de l’Incarnation, Don Raymond, religieux Feuillant d'une haute réputation de savoir et de piété ; il lui déclare qu’au milieu de ses projets d'avenir, ga conscience n’est pas tranquille, et qu'il veut se mettre dans l’état où il voudrait mourir.

Après avoir satisfait à ce premier devoir, il prit une résolution qui jeta dans l'étonnement ses parents et ses amis, mais qui réjouit beaucoup le cœur de sa mère. Voici la lettre qu'elle lui écrivait à cette occasion; nous ne pouvons résister au désir de la transcrire presque en entier.

4 Mon très-cher et bien-aimé fils; —L'amour et la vie de Jésus soient votre héritage! Votre lettre m'a apporté une consolation si grande qu’il me serait très-difticile de vous l’exprimer. J'ai été toute cette année en de grandes croix à votre occasion; mais enfin notre bon Dieu m'a donné le calme dans la croyance que son amoureuse et paternelle bonté ne perdrait point ce qu’on avait abandonné pour son

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L'histoire du Monastère jusqu'ici n’a été en quelque sorte que la propre histoire de la Mère de l’'Incarnation ; nous avons dit bien des fois son zèle infatigable à la conquête des âmes; ses immenses travaux dans la construction et le rétablissement de cette maison de Jésus, Marie et Joseph ; cette confiance en la Providence qui lui faisait entreprendre l’impossible, quand il s'agissait de la gloire de Dieu et du bien

amour. Votre lettre m'y a confirmée en m’annonçant ce que j'avais espéré pour vous, et bien par dessus toutes mes espérances, puisque sa bonté vous a placé dans un Ordre si saint, que j’honore et estime infiniment. J'avais souhaité cette grâce pour vous, mais parce qu’il faut que les vocations viennent de Dieu, je ne vous en dis rien, ne voulant pas mettre du mien en ce qui appartient à Dieu seul.

‘ Vous avez été abandonné de votre mère et de vos parents, cet abandon ne vous at-il pas été avantageux? Lorsque je vous quittai, n'ayant pas encore douze ans, je le fis avec des convulsions extrêmes qui n'étaient connues que de Dieu seul. Il fallait obéir à sa divine volonté. Il me promit qu'il aurait soin de vous, et alors mon cœur s'affermit pour surmonter ce qui avait retardé mon entrée en Religion dix ans entiers; encore fallut-il que la nécessité de le faire me fût signifiée par mon directeur, et par des voies que je ne puis confier à ce papier, et que je vous dirais volontiers à l'oreille. Je prévoyais l’abandon de nos parents, ce qui me causait mille croix, et ensuite l’infirmité humaine qui me faisait appréhender votre perte. Lorsque je passai par Paris, il m'était facile de vous placer. La Reine, Mme. la duchesse d’Aiguillon et Mme. la comtesse de Brienne, qui me firent toujours l'honneur de me regarder de bon œil, et qui m'ont encore cette année honorée de leurs lettres, ne m’eussent rien refusé. (Je remercie Mme. la duchesse d’Aiguillon du: bien qu’elle vous a voulu faire) ; mais la pensée me vint alors que si vous étiez avancé dans le monde, votre âme serait en danger de se perdre, et je me résolus de vous laisser une seconde fois entre les mains de la Mère de bonté, me confiant que puisque j'allais exposer ma vie pour le service de son Fils, elle prendrait soin de vous. Ne l’aviez-vous prise pour Mère en entrant dans vos études? Vous ne pouviez donc attendre d’elle qu’un bien semblable à celui que vous posséüez. Les avantages qui se sont présentés pour vous à Paris étaient quelque chose; maus ils étaient infiniment au-dessous de ceux que vous possédez à présent... Vous êtes donc dans la milice, mon très-cher fils; au nom de Dieu, faites

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du pays. Ajoutons encore un mot sur cette vie régulière et toute divine, dont la bonne odeur se répandait au lcin comme un céleste arôme.

“ Quoiqu’elle eût intérieurement de plus grandes communications que jamais avec Notre-Seigneur, dit le R. P. Dablon, néanmoins ces grâces demeurèrent cachées, en Canada, sous un extérieur tout céleste, qui édifiait et ravissait les personnes qui la voyaient ou qui avaient le bonheur de converser avec elle. Son

état de la parole de Jésus-Christ et pensez qu'il vous dit: Celui qui met la main à la charrue et qui regarde derrière soi n'est pas propre au royaume des cieux. Ce qu’il vous promet est bien plus grand que ce que l’on vous faisait espérer, et que vous ne devez estimer que boue et que fange pour acquérir Jésus-Christ. Votre glorieux patriarche St. Benoit vous en a donné un grand exemple. Imitez-le au nom de Dieu, afin que mon cœur reçoive à la première flotte la consolation d'apprendre que mes vœux offerts à la divine Majesté depuis vingt ei un ans sans intermission, ont été reçus au ciel. Je vous vois dans de saintes résolutions, c’est ce qui me fait erpérer que Dieu quia commencé cet ouvrage vous donnera la persévérance. Il ne se passe jour que je ne vous sacrifie à son amour sur le Cœur de son bien-aimé Fils: plaise à sa bonté que vous soyez un vrai holocauste tout consumé sur ce divin autel !

‘ J'ai une consolation très-sensible du bon souhait que vous faites pour moi du martyre. Hélas! mon très-cher fils, mes péchés me priveront de ce grand bien; il faut avoir beaucoup travaillé pour être trouvé digne de répandre son sang pour Jésus-Christ. Aussi n’osé-je porter mes prétentions si haut, mais je laisse faire sa bonté immense, qui m'a toujours prévenue de tant de faveurs. Je me donne à elle et vous y donne aussi, et pour une bénédiction que vous me demandez, je la prie qu’elle vous comble de celles qu’elle a départies à tant de valeureux soldats qui lui ont gardé une fidélité inviolable. Si l'on me venait dire: Votre fils est martyr, je crois que j'en mourrais de joie. Laissons faire ce Dieu plein d'amour ; il a ses temps et il fera de vous ce qu’il a déterminé d’en faire de toute éternité. Soyez-lui fidèle, et il vous trouvera les occasions de faire un grand saint et un grand martyr, si vous obéissez à ses divins mouvements, si vous vous plaisez à mourir à vous-même, et si vous vous effurcez de suivre l’e“emple que tant de grands saints de votre Ordre vous ont donné. Si Motre- Seigneur vous fait la grâce de faire profession, je vous prie de m'en

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silence n’avait rien de triste, sa modestie était ‘angélique, et son humilité et sa simplicité sans exemple, accompagnée d’une sagesse et d’une prudence qui ne tenait rien de l'humain. Quoiqu’elle eût été dix-huit ans en charge, à trois diverses reprises, à l'entière satisfaction de tout le monde, tant de la Communauté que du de-

hors, toutefois elle était la plus soumise, la plus obéissante de la

maison, la plus exacte à toutes les observances, ct s’adressait à sa supérieuge avec la simplicité d’une novice.

donner avis, et aussi de quelle manière il vous a appelé,et quels moyens vous avez pris pour exécuter votre dessein. Enfin faites-moi part de vos biens qui, comme vous pouvez juger, m'apportent une très-grande consolation. Priez bien Dieu pour moi; je vous visite en lui plusieurs fois le jour, et sans cesse je parle de vous à Jésus, à Marie et à Joseph. Adieu, mon très-cher fils; je ne me lasserais point de vous entretenir; mais enfin il faut finir et vous dire adieu pour cette année.

De Québec, le 4 septembre 1641,

Le jeune religieux devint bientôt uu modèle de ferveur et de régularité. Après avoir été promu au sacerdoce, il fut choisi pour exercer les premiers emplois de son ordre, et comme il témoignait à sa mèrea peine qu’il éprouvait de quitter sa chère solitude, elle le consolait par ces admirables paroles : ‘Ne dites plus, mon très-cher fils, que vous aimeriez mieux la solitude et la vie retirée que les emplois. Ne les aimez pas parce qu'ils sont éclatants, mais parce qu’ils sont dans l’ordre de la volonté de Dieu. Il est pourtant bon que vons ayez devant les yeux le souvenir de votre incapacité, car Dieu opèrers ainsi par l'humilité votre sanctification. Du reste, contentez-vous d’être où Dieu vous veut ; vous y trouverez votre perfection. Soyez élevé, soyez abaissé, pourvu que vous soyez humble vous serez heureux.’

Les conseils d’une mère si sainte et si éclairée furent toujours parfaitement compris et fidèlement suivis par ce vertueux fils. Par son application continuelle à Dieu et à ses devoirs, il s’éleva à une sainteté éminente, au milieu des emplois les plus distrayants. Il contribua à la réforme de plusieurs abbayes, et mourut en odeur de sainteté à Mairmoutiers, le 9 août 1696, épuisé de travaux et comblé de mérites, ayant fourni une carrière de soixante et dix-sept ans, dont il avait passé quarante comme supérieur, dans diverses maisons de son ordre.

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“ Elle conservait une douceur inaltérable ‘pour qui que ce fût, et les personnes qui ont conduit son intérieur, ont reconnu manifestement que cette admirable égalité d'humeur venait d’une vertu intérieure tout extraordinaire, et de cette union intime qu’elle avait avec celui qui dit de soi-même: ÂMitis sum, et humilis corde, je suis doux et humble de cœur.”

Elle avait un don particulier pour consoler les affligés, surtout dans les peines d'esprit et les tentations, Dieu lui découvrant même en plusieurs rencontres ce qui se passait dans le secret des cœurs. En voici un exemples entr’autres. Une personne affligée depuis longtemps de grandes peines intérieures vint un jour la trouver. Comme elle avait de la difficulté à s'ouvrir, la Vén. Mère lui dit avec bonté : ‘ Votre peine est grande, mon enfant, mais je l'ignore ; prions Dieu qu'il nous éclaire.” Elle s’appuya la tête sur la main l'espace d’un pater et ave, puis se relevant : “ Eh bien ! devez-vous avoir tant de peine à me découvrir telle et telle chose,” (particularisant les sujets d’afiction qu'avait cette personne) ; ‘“ quoi ! ne me connaissez-vous pas ? Allez, mon enfant, cela n’est rien ;” ct elle lui indiqua les remèdes à apporter au mal, ajoutant : “ Vous n'êtes pas au bout de vos peines, mais Dieu tirera sa gloire de tout cela. Allez devant le St. Sacrement vous abandonner à sa volonté.” Il est facile de comprendre combien cette personne se trouva fortifiée et consolée par de telles paroles.

Les croix et les humiliations ne manquèrent pas plus à notre Mère en Canada qu’en France ; mais sa constance et sa patience furent toujours inébranlubles. Non-seulement elle ne gardait au-

La mémoire de ce digne fils de notre Véên. Mère a toujours été entourée de bénédictions dans ce Monastère, aussi avons-nous de lui les souvenirs les plus précieux, entr'autres une croix d’argent enrichie d’une parcelle de la vraïc croix. Mais le principal titre du R. P. Claude Martin à la reconnaissance des Ursulines de Québec, c’est le travail auquel il s’est livré après la mort de sa sainte mère, tant pour l’ancienne 4 Vie de la Mère ds l’Incarnation,”’ vol. in-folio, écrite par lui-même d’après ses mémoires, que pour la publication des ‘ Lettres” et des autres ouvrages de la Mère de l’Incarnation : ‘l'Ecole Sainte ou Explication du Grand Catéchisme,” et le volume de ses ‘‘ Retraites.”

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cun ressentiment des offenses, maïs elle en perdait même aussitôt le souvenir, ou plutôt, elle ne se trouvait offensée de rien, tant elle avait d’humbles sentiments d'elle-même et de charité à excuser les intentions du prochain. Une religieuse, qui avait été témoin de la manière injuste ct injurieuse dont plusieurs personnes avaient agi à son égard, ne pouvant s'expliquer son inaltérable douceur, lui dit : “ Mais, notre Mère, ne voyez-vous pas de quelle manière ces personnes-là vous traitent ? Je m'étonne que vous n’en ayez pas de ressentiment.”—“Je n'ai garde d'en avoir, répondit cette aimable et bonne Mère, car je ne me souviens point qu’elles m’aient fait de peine ou de déplaisir. Je me souviens seulement qu’un jour étant chargée de dettes, j'ai craint de les mécontenter. Comme j'étais en cette pensée, je reçus une lettre de France, que je fus porter avant de l'ouvrir aux pieds de la Ste. Vierge, à qui j'avais recommandé mes affaires et de qui j'attendais du secours ; et je trouvai en cette lettre que la piété de la Reine nous faisait une aumône de deux mille livres.”

Ce serait ici le moment de parler des dévotions de notre Vén. Mère, mais nous ne pouvons que les indiquer. Elle semble avoir pressenti les différentes pratiques qu’il a plu à la divine Providence de faire connaître à plusieurs personnes pieuses, pour le renouvellement du monde et l'accroissement des âmes saintes en la vertu, Assez longtemps avant la bienheureuse Marguerite Marie Alacoque, elle avait dit des choses admirables de la dévotion au Cœur de Jésus. Un jour qu’elle priait sans se sentir exaucée, le Père éternel lui avait dit : “ Demande-moi par le Cœur de mon Fils.” Elle éprouva aussi d’une manière sensible l'efficacité du sang de Jésus-

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enveloppée et purifiée, et la pensée de recueillir les gouttes de ce sang précieux, qui tombaient en vain sur les contrées infidèles de l'Amérique, était le grand mobile de son zèle et de son infatigable ardeur.

La trèg-sainte Trinité se révéla à son âme d’une manière tellement ineffable qu’au témoignage d’un profond théologien, elle en parle plus clairement qu'aucune autre qui ait traité de ces matières. Elle fait voir les attributs des anges, leurs rapports avec

la Divinité, leur action sur le monde, comme si elle eût participé à leur intelligence : aussi, se perdait-elle avec eux dans cette immensité divine, dont elle était sans cesse remplie, qu’elle adorait, aimait et bénissait par son union intime avec le sacré Verbe Incarné, Qu'on juge maintenant de l’ardeur qui l’amenait au banquet sacré pour y recevoir cet Epoux des âmes ! Cette dévotion à Notre-Seigneur Jésus-Christ lui inspirait la plus tendre piété envers sa divine Mère (1) St. Joseph, et toutes les âmes saintes qui, après avoir imité leur divin Maître sur la terre, lui ont été unies dans la gloire. |

Ce fut en Canada qu’elle fit, comme Ste. Thérèse, vœu de plus grande perfection, c’est-à-dire, d'accomplir toujours fidèlerent ce que la lumière actuelle de la grâce lui ferait connaître eumme étant le plus parfait. Le R. P. Lalemant était alors son directeur ; pour permettre un tel vœu, il devait avoir une haute idée de la sainteté de la Mère de l’Incarnation.

Les Jansénistes, jaloux de s'assurer l’appui d’une femme de son intelligence et de son mérite, firent effort pour l’attirer à leur parti ; mais elle était trop bien établie sur le solide fondement de l'humilité et de la véritable doctrine catho'isne pour tomber dans le piége ; son esprit était si éloigné de ces dangereuses subtilités, qu’elle ne voulut pas même répondre aux lettres qu’on lui écrivit à ce sujet.

(tb) ‘Cette divine Mère, répétait-elle en 1668, nous donne un secours continuel dans nos besoins et elle nous conserve comme la prunelle de son œil. C’est elle qui soutient notre famille, d’une manière secrète mais efficace ; c’est elle qui fait toutes nos affaires; c’est elle qui nous a relevées de notre incendie, et d’une infinité d’autres accidents sous le poids desquels nous devions naturellement être accablées. Comme nous n’avons pu avoir des religieuses de France, elle nous à donné six novices (1668), qui sont toutes de très-bons sujets capables de nous aider à soutenir le poids de nos fonctions, qui croissent de jour en jour. Que puis-je craindre sous les ailes d’une si puissainte et si aimable protectrice ? Remerciez la divine Bonté et cette sainte Mère de leur assistance sur notre petite Communauté, et sur moi en particulier qui suis la plus infirme et la plus imparfaite de toutes.”

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