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Une de ses maximes fondamentales pour la vie intérieure était celle-ci : “ Retranchement universel de toute réflexion, non-seulement sur ce qui peut donner de la peine, mais encore, sur tout ce qui ne tend point à Dieu et à la pratique de la vertu.”
D’autres maximnes aussi solides sont répandues en foule dans le précieux volume de ses Lettres, dont nous avons si souvent cité des extraits, et qui cependant ne contient qu’une bien petite partie de la correspondance de notre Mère ; toutes ses lettres à M. de Bernières entr'autres se sont trouvées perdues, et elles devaient offrir un grand intérêt pour l’histoire de la maison, soit à cause des liens spirituels qu’elle avait contractés avec ce saint homme, soit pour la part qu’il prenait à la fondation, dont il gérait les affaires en France. Il est inconcevable que la Mère de l’Incarnation, surchargée de travail et d’affaires, et obligée d'y consacrer très-souvent une grande partie des nuits, ait pu écrire un nombre si prodigiceux de lettres. Il fallait que le zèle qui emportait son esprit quand elle parlait de Dieu, emportât aussi sa plume, quand il s'agissait d'écrire pour son service et sa gloire. ‘ Ce n’est ici que ma seconde lettre depuis l’arrivée des vaisseaux, disait-elle en une occasion ; ils repartent dans quinze jours, et il me faut bien répondre à deux cents lettres.” Ailleurs : “J'ai la main si lasse qu’à peine puis-je tenir la plume. Je dois répondre à plus de sixvingts lettres, outre les écritures des affaires de la Communauté pour la France : mais c’est ainsi qu’il faut passer cette vie, en attendant l'éternité qui ne passe point.” Elle écrivait à des personnes de toute condition : aux religieux, aux laïques, aux prélats, aux reines, aux princes, aux princesses, et toujours “ avec ce naturel, cette grâce, ce tact délicat, ce bon goût, qui caractérisent les bonnes compositions épistolaires du dix-septième siècle,” sans parler de cette onction sainte qui inspirait la piété, et qui au milieu même d’affaires temporelles, élevait aussitôt l'esprit à l’objet qui occupait le sien. Après l’entrée de son fils dans l’ordre des Bénédictins, il s'établit entre lui et sa mère un commerce de lettres, “ qu’on ne peut lire, dit M. Chs. Sainte-Foi, sans être porté à la pratique de ce qu'il y a de plus grand dans la religion. On y trouve avec tous les sentiments que peut inspirer la piété la plus
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tendre et la plus élevée, une connaissance intime des mystères de la foi, qu'elle n'avait pu puiser que dans ses entretiens familiers avec Dieu.” (1)
Ses lettres à sa nièce aussi sont admirables, Après l'avoir arrachée aux illusions du siècle par la force de ses prières, elle cherche à purifier ses intentions et à l’élever à la vie parfaite. C'était peu de temps après son arrivée en Canada, que la Mère de l’Incarnation avait appris que son fils ne paraissait plus songer qu'à ses plaisirs, et à profiter de la faveur des grands pour se pousser dans le monde. La mère s'était de nouveau offerte en victime, et ses peines intérieures surtout redoublèrent à un tel point, que l'on frémit à la seule pensée de ce que cette nouvelle Monique eut à souffrir jusqu’à la parfaite conversion de son fils. Ayant obtenu du ciel cette grâcc, elle renouvela son immolation pour la nièce dont il est ici question, et qui courait les plus grands dangers pour son salut. La jeune idole du monde, à la fin, se donna aussi tout à Dieu, dans le Monastère même où avait vécu sa tante ; elle prit son nom à sa vêture, et chercha toute sa vie à imiter ses vertus. (2)
(1) Les écrits de la Mère Marie de l’Incarnation, dit Feller, respirent cette onction sublime qu’on ne trouve que dans les saints.
(2) Cette jeune demoiselle, nièce de la Mère de l’Incarnation, était douée d’une beauté remarquable, et connue dans la ville de Tours comme une des plus riches héritières de la province. Elle commença dans sa seizième année à figurer dans le monde. Sa mère, qui en
faisait son idole, lui avait fait donner l'éducation la plus brillante, et
les grâces de sa personne, ainsi rehaussées par les charmes d’un esprit cultivé, la rendirent bientôt un objet d’admiration, qui faillit lui devenir funeste. Plusieurs gentilshommes recherchaiïent son alliance, et l’un d’eux plus audacieux et plus emporté que les autres, jura qu’il l’épouserait de gré ou de force. Il était officier de la maison du Roi, et comme le père de notre jeune demoiselle était mort l’année précédente, il pensa triompher facilement de l’opposition de sa mère; mais il se trompa fort. Voici les circonstances de cet odieux projet.
Un jour que cette demoiselle se rendait à la messe accompagnée seulement d’une servante, ce misérable, qui avait des gens appointés pour épier tous ses pas, embarrassa si bien son chemin, qu’elle fut obligée de passer tout près d’un carrosse. A l'instant la portière
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La Vén. Mère, après s'être consumée de travaux et de zèle dans sa carrière apostolique, allait enfin recueillir la couronne. “ Je me réjouis, écrivait-elle en 1669, à une supérieure de Tours, de ce que nous perdrons bientôt les connaissances de la terre pour n'avoir plus de communication qu’avec les citoyens du ciel... Vous croyez que je vais mourir, disait-elle à son fils ; je ne sais quand arrivera cet heureux moment qui me donnera toute à notre divin Sauveur, mais il faudrait peu de chose pour m’emporter.”
Depuis huit années, en effet, elle souffrait d’une affection bisieuse qui lui avait occasionné un grand dégoût pour la nourriture, mais
s'ouvre, un homme aux bras vigoureux saisit la jeune fille et la jette dans la voiture, malgré sa résistance et les cris de sa servante, qui appelle inutilement les passants à son secours. L’équipage disparaît comme l'éclair, et la triste mère apprend aussitôt l’enlèvement de sa fille. Pendant que cette mère invoquait l’appui de la justice, et faisait armer ses amis et ses domestiques pour le recouvrement de sa fille, celle-ci éfait logée dans un château à la campagne et entourée d’une forte garde. Après bien des aventures, les défenseurs de notre demoiselle, accompagnés de sa mère, arrivent au lieu de sa détention. Ce gentilhomme et les siens se défendirent avec vigueur; mais enfin ils furent obligés de mettre bas les armes. Les termes de la capitulation furent que le vautour rendrait à sa mère la timide colombe, à condition qu’on lui laisserait à lui-même la liberté. Cependant cette mère, indignée de l'attentat fait sur la liberté de sa fille, poursuivit en justice ce gentilhomme, et l'affaire fut portée à la Chambre de la Tournelle à Paris. La demoiselle comparut devant les juges, et plaida elle-même sa cause avec tant de force et de courage, qu'elle les ravit tous et gagna son procès; la partie adverse fut condamnée à payer l'amende avec frais et dommages. Peu de temps après, la demoiselle ayant eu le malheur de perdre sa mère, celui qui en voulait à sa liberté, entreprit de nouveau ses poursuites, et pour parvenir plus sûrement à ses fins, il mit dans ses intérêts le duc d'Orléans, et persuada à ce prince que la demoiselle avait consenti à l’épouser. Le Duc s'étant laissé surprendre, écrivit de bonne foi au gardien de la demoiselle, et lui commanda de faure justice au gentilhomme en lui remettant la jeune personne. Ce monsieur, qui était un des premiers magistrats de la ville de Tours, crut devoir conseiller à la demoiselle de se retirer pour quelque temps en qualité de pensionnaire dans un
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comme la Vén. Mère conservait un certain air de santé, ses religieuses se flattaient de la conserver encore longtemps. Ce ne fut que le 15 janvier 1672 que l’on commença à avoir à son sujet de véritables inquiétudes. Dans la nuit du 15 au 16, elle fut prise d’un vomissement extraordinaire qui dura l’espace de vingt-quatre heures, sans que l’on pût y apporter le moindre soulagement. A cela se joignit bientôt une violente douleur de tête, une oppression de poitrine et une insomnie cruelle. Cette fidèle amante de Jésus crucifié se réjouissait et répétait avec une consolation sensible : “ C’est maintenant que j'ai l'honneur d’être attachée à la
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des couvents de la ville de Tours, et elle choisit de préférence les Ursulines, d'où sa tante était sortie quelques années auparavant pour venir en Cauada.
L'officier poursuivit néanmoins son projet, et il s'accrédita si bien auprès de la Reine-Mère qu’elle se fit son avocate, et écrivit à l’Archevêque de Tours, le priant de vouloir bien faire terminer cette affaire à l’avantage de son protégé. Ce Prélat ne sachant quel parti prendre, résolut d'obtenir par lui-même connaissance de toute ectte affaire ; il à les fit venir tous les deux dans son palais. Cette entrevue eut lieu en . présence de l’Archevêque, qui se convainquit que les prétentions du 3 gentilhomme étaient aussi injustes qu’injurieuses à la jeune demoi- 3 selle, et il fit entendre à celle-ci qu’elle devait en écrire elle-même à la Reine. Le gentilhomme se retira la rage dans le cœur. Quant à la À jeune demoiselle, rentrée aux Ursulines, elle se décida à n’en plus sortir, et pour mieux assurer le succès de sa résolution, elle écrivit à la Reine, invoquant la protection de Sa Majesté. Charmée de pouvoir faciliter à cette jeune personne l’entrée du cloître, Anne d’Autriche défendit à l'officier, sous les peines les plus graves, de jamais renouveler ses poursuites. k
Cependant la jeune demoiselle ne s’était déterminée à s’enfermer à à jamais dans le cloître que par un mouvement de sa propre volonté, h et la vocation religieuse doit procéder d’une inspiration divine à laquelle nul motif humain ne saurait suppléer; aussi se trouva-t-elle d’abcrd dans un état de gêne insupportable. Heureusement, sa sainte tante priait et souffrait pour elle. Dieu ne put résister aux prières de sa servante ; avec le voile et l'habit religieux, il donna un autre cœur à la jeune Marie de l’Incarnation; insensiblement ses intentions s'épurèrent, le monde qui lui avait paru si charmant perdit à ses ‘#