‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 162 sur 199 · NOUVELLES ASPIRANTES À LA VIE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

NOUVELLES ASPIRANTES À LA VIE RELIGIEUSE

Le spectacle des héroïques vertus de nos Mères, en 1686 et 87, paraît avoir eu pour effet spécial de donner une haute idée de la vie religieuse à leurs élèves ; car les Ursulines ne furent pas plus tôt en état d'admettre de nouveaux membres, que l’on vit accourir vers le cloître les sujets les mieux calculés pour soutenir leur œuvre. Nous allons les faire passer rapidement sous les yeux de nos lectrices, nous réservant à plus tard à donner d’autres détails sur leur utile carrière.

Parmi ces vierges ferventes, qui “ cherchaient à rendre certaines au moyen des bonnes œuvres, leur vocation et leur élection,” paraît d’abord Mlle. Elisabeth d’Ailleboust, fille de M. Charles d’Ailleboust de Coulonge (1), Seigneur des Musseaux, et de Mme. Catherine Le Gardeur de Repentigny. “ Née à Ville-Marie de Mont- Royal,” on l’envoya à Québec pour son éducation, et ayant ainsi connu la maison, elle ne voulut plus la quitter. Admise au noviciat le 11 octobre 1688, dans sa dix-neuvième année, elle reçut l'habit de l’ordre et le nom de Marie de la Croix le 29 janvier 1689, et fit profession le 12 février 1691, entre les mains de M. Joseph de la Colombière prêtre directeur du Séminaire de Montréal.” (2)

(1) Charles d’Ailleboust était neveu de Louis d’Aiïlleboust de Coulonge, troisième Gouverneur de la Colonie.

(2) C’est en 1657 que messieurs Gabriel de Quélus, abbé de Loc- Dieu, docteur en théologie, Souart, bachelier en droit canon, Galinier

Encore une charmante Montréalaise, ornée de la couronne de quinze ans : ‘‘c'est Mlle. Louise-Rose Lanaudière, fille de M. Thomas de Lanaudière, Commandant à Montréal, et de Mme. Marguerite-Renée Denis. Placée au pensionnat après le second incendie elle laissa bientôt apercevoir que le Seigneur avait toujours été seul maître de son cœur. Lui parler de son retour à Montréal était chose inutile, et elle fit tant d’instances pour obtenir l’entrée du novic'*t, qu’on crut devoir l'y admettre le 25 novembre, fête de celle qu'elle voulait prendre pour patronne. Contente d’être là où Dieu l’avait appelée, Mlle. de Lanaudière attendit gaîment le retour du printemps pour prendre l’habit sous le nom de sœur Ste. Catherine. “ Elle reçut le voile noir des mains de M. Claude-Louis Trouvé prêtre D. S. S. S. Montréal, le 26 mai 1691, après avoir prononcé ses vœux avec une ferveur angélique.”

Une autre élève “ qui postulait fortement ” revint vers ce tempsà de Trois-Rivières et da Bécancourt où elle avait été faire ses adieux à la famille. C'était Mlle. Marie-Anne Robineau, fille du Baron René Robineau, ancien officier du Régiment de Turenne et Chevalier de l’ordre de St. Michel. Sa mère, Mme. Marie-Anne

Le Neuf de la Potherie, femme d’une piété rare et d’un esprit supérieur, lui avait donné de bonne heure les premiers éléments des sciences humaines, et surtout des leçons de vertu qu’elle n’oublia jamais. Aussi lorsqu'elle vint au pensionnat, ses bonnes Mères n’eurent pas de peine à la confirmer dans les bons sentiments qui l'animaient, car c'était un enfant dont il fallait modérer la ferveur de peur qu'elle n’allât trop loin. Elle entra au noviciat le 14

et d’Allet, de la maison de St. Sulpice à Paris, vinrent s'établir là où est actuellement la ville de Montréal. Le zèle et le dévouement de messieurs de St. Sulpice depuis deux cents ans, a produit un bien incalculable en Canada, et principalement dans le district de Montréal. En 1677, ils fondèrent leur séminaire dans le but de former les jeunes lévites destinés au sanctuaire, et cet établissement est maintenant un des plus florissants de l'Amérique du Nord ; il en est ainsi du collége qu’ils ouvrirent peu après la cession du Canada.

Toute personne qui de nos jours visite la ville de Montréal, demeure étonnée du nombre d'institutions d'éducation, de charité, qui doivent leur origine et leur accroissement aux messieurs de St, Sulpice.

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avril 1689, prit l’habit le 18 juillet suivant, dans sa dix-huitième année, ct fit profession le 23 juillet 1691, sous le nom de sœur Marie-Anne de la Trinité.

Le 25 avril 1689, une demoiselle de Québec, venait se réunir au noviciat, à ses anciennes compagnes de classe : c'était Mlle. Marie Madeleine Gauthier de Comporté, fille de Philippe Gauthier, Sieur de Comporté et Grand prévôt de Québec, et de Mme. Marie M. Basire. Elle reçut l’habit et le nom de Ste. Agathe le 13 décembre 1689, au commencement de sa seizième année et fit profession le 18 décembre 1691.

Une autre demoiselle de Québec entrée au noviciat avec Mlle. Gauthier, fut obligée d'attendre plus de neuf mois avant qu’on lui donnât l’habit, ses parents exigeant qu'elle eût au moins quinze ans avant de contracter ce premier engagement, qui toutefois ne comporte pas de vœu; ce fut Mile. Marie-Madeleine Drouard née à la Canardière et élevée au pensionnat. Elle était fille de M. Jean Drouard et de Mme. Marguerite Pilote, On lui donna l’habit de l’ordre avec le nom de St. Michel le 29 janvier 1690, et elle prononça ses veux le 5 février 1692.

La dernière que nous nommerons ici est Mlle. Jeanne Chorel, fille de M. François Chorel de St. Romain et de Mme. Anne Anbuchon. Elle naquit à Champlain le 10 septembre 1674, et vint au pensionnat vera le temps de sa première communion. Cette action sainte et reû jutable devait faire époque dans sa jeune existence. En effet, aÿant une fois connu au banquet des anges combien le Seigneur est doux, elle ne voulut plus aimer ni servir que lui seul. Prévoyant que son exemple pourrait influer sur leurs autres enfants, M. et Mme. de St. Romain voulurent modérer l’ardeur de leur aînée, en différant son entrée d’une année. Admise enfin au nombre des novices le 13 novembre 1689, elle reçut dans sa seizième année l’habit ct le nom de Ste. Ursulo le 18 février 1690, et fit profession le 28 juin 1692,

$6.—DEux ÉVÊQUES À QuéÉBEc, 1688.

La joie fut grande à Québec dans l'été de 1688, surtout le 8 juin où l’on saluait enfin après trois ans d'absence, l’heureux retour d’un vénéré et digne prélat, Mgr. Frs. de Laval.

Aspirant au repos d’une vie humble et retirée, Mgr. de Laval avait demandé d’être soulagé d’un fardeau devenu trop lourd pour son âge et ses infirmités, et le ler août, il eut la satisfaction de voir paraître l’homme apostolique destiné à partager ses travaux.

La joyeuse nouvelle de l’arrivée de Mgr. J. B. de la Croix-Chevrières de St. Vallier se répandit dans la ville comme un trait de lumière, et nos bonnes Mères et sœurs, qui avaient éprouvé une si grande bonté de sa part au temps de l’incendie, se réjouissaient justement du retour d’un père dévoué et du plus généreux bienfaiteur.

Comme il est à croire que nos lectrices seront bien aises de savoir de quelle manière on recevait alors les évêques, nous allons leur faire part de ce que nous disent les annales, de la réception de Mgr. de St. Vallier, second évêque de Québec. Dès quatre heures du matin, toute la population était en mouvement pour hâter les préparatifs ; les uns disposaient l'avenue par où devait passer le nouveau pasteur, d’autres élevaient çà et là le pavillon des lis. Dans le cours de la matinée, Mgr. de Laval, accompagné de plusieurs prêtres, se rendit au vaisseau pour saluer son successeur, que les lois de l’ancienne étiquette française retenaïent à bord du navire, jusqu’à ce qu’il eût répondu à tous les compliments qu’on lui avait préparés. Enfin, vers deux heures de l'après-midi, tout le clergé, les autorités civiles et

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militaires et le peuple s'étant rendus au quai, Mgr. de St. Vallier se présenta à eux.

Harangué d’abord par M. de Bernières au nom du clergé, il fut ensuite complimenté par le maire, au nom de toute la ville, puis la procession se mit en marche, musique militaire en tête, et l’on conduisit le nouvel évêque à la Cathédrale, entre deux haies de mousquetaires ‘qui ne manquèrent pas de saluer et de faire feu tout le long de la route.”

A l’église on observa le cérémonial prescrit pour de semblables réceptions, et le nouvel Evèque ayant donné au peuple la bénédiction épiscopale se retira bien fatigné ; cependant il ne crut pas devoir encore se livrer au repos, car il savait qu’à l’ombre du cloître, un autre petit troupeau l’attendait avec empressement. En sortant de la Cathédrale, Monseigneur dirigea donc sa marche vers les Ursulines, où il arriva sur les sept heures du soir accompagné du R. P. Beschefer, de M. .André de Merlac, son aumônier, et du major de ville.

La Communauté assemblée pour le recevoir à la porte conventuelle, le conduisit à la chapelle du Monastère où le Te Deum fut chanté “avec une affection et une joie inexprimables.”?

L'heure avancée ne lui permettant pas de prolonger sa visite au dedans du cloître, Sa Grandeur prit congé de la Communauté en promettant de revenir bientôt. En effet, peu de jours après, Mgr. de St. Vallicr revint au Monastère célébrer la sainte messe, après laquelle il visita le nouveau bâtiment, se réjouissant comme un bon père au milieu de ses enfants, et témoignant aux religieuses le bonheur qu’il éprouvait, de voir succéder ainsi à leurs épreuves passées des jours rayonnants d'espoir. Nos bonnes Mères, qui avaient déjà si sensi-

blement éprouvé la sincérité de cette affection paternelle de leur Evêque, surtout à l’époque du second incendie, s’efforçaient en toute occasion de lui prouver leur juste reconnaissance.

Au retour de sa première visite épiscopale en 1689, ce fut à notre pauvre chapelle que Mgr. de St. Vallier vint faire ses ordinations des Quatre-Temps de septembre. Mgr. de Laval voulant honorer le nouvel évêque et par‘iciper à la joie de cette fête assista ainsi que les prêtres du Séminaire à l’ordination de M. Tremblay (1), après laquelle l’ordre du diaconat fut conféré à M. Doucet.

Quel beau et consolant spectacle pour un pays nouveau! Deux Evêques et dix-huit prêtres réunis en ce jour, et entourés de nombreux enfants de chœur qui aspiraient déjà à la sublime dignité du sacerdoce !

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