LA PETITE ABIGAÏL
Mgr. de St. Vallier ayant été faire une visite épiscopale dans une mission sauvage, y vit une pauvre petite captive nommée Abigaïl, qu'un missionnaire avait baptisée sous le nom de Marie-Catherine. Cette enfant, très-jeune encore, n'avait pas eu le temps d'oublier sa langue maternelle, qui était l'Anglais ; quoique trèsaffectionnée aux sauvages, elle ne pouvait encore parler leur langue. Monseigneur ayant racheté Abigaïl, l’amena au pensionnat à son retour à sa ville épiscopale. La petite eut tant de chagrin de ne plus voir ses amis sauvages, qu’elle en tomba sérieusement malade, le changement d’air et de nourriture ayant aussi, sans doute, contribué à son indisposition. Monseigneur qui était très-inquiet de l'état de sa petite fille adoptive, voulut à tout prix lui procurer la consolation d'entendre parler sa propre langue; à cette époque 1689-90, l’on n'avait jamais encore entendu un mot d'anglais au Monastère. Nos bonnes Mères, désolées du chagrin de cette enfant de cinq ans qui ne cessait de répéter en pleurant : ‘I want my papa, Ï want my mamma,” prièrent Monseigneur de vouloir bien venir lui-même la consoler. Le charitable prélat amena alors avec lui le seul citoyen qui parlât facilement l’anglais, M. de Linot, marchand de Québec. Notre récit raconte ainsi ces soins touchants donnés à la petite captive par ceux qui l'avaient adoptée au nom de Dieu.
& La petite anglaise Abigaïl, autrement Marie-Catherine, étant tombée grièvement malade, Monseigneur invita M. de Linot, qui parle bien l’anglais, à entrer au Monastère pour l'exhorter et la consoler, ct aussi afin de mieux connaître son mal. Le prélat lui
fit la grâce de la visiter aussi lui-même, accompagné de M. de Linot et de M. Roussel, médecin du Monastère, auquel il la recommanda très-particulièrement.”
La petite étrangère, prenant M. de Linot pour un ancien ami, se laissa enfin consoler, se rétablit, et finit par faire une bonne élève parlant très-bien notre langue, Plus tard, l’aimable enfant fut adoptée par une famille française, qui eut pour elle tous les égards possibles et la traîta comme si elle eut été une enfant de la maison.