DÉPART LE DEUX BIENFAITEURS
Le départ du R. P. Beschefer occupe une page fort intéressante de nos annales, qui expriment ainsi la reconnaissance des Ursulines envers celui qui avait été si longtemps leur conseil et leur appui. ‘ Le 13 novembre 1689 fut pour nous un jour d'amertume; le R. P. Beschefer ayant été rappelé en France pour être procureur des missions, vint dire ici la messe pour la dernière fois. Ensuite il nous fit ses a:lieux ct s’en alla pour ne plus revenir, Ce coup fut vivement senti, car nous avions toutes une parfaite confiance en lui. C'était un homme d’un mérite distingué, et il n’y eut que la soumission aux ordres de la divine Providence, qui pût nous faire supporter la privation d’une personne qui, pendant seize ans, avait su si bien remplir le vide causé par la mort de son vénérable prédecesseur, le R. P. J. Lalemant.”
Le KR. P. Beschefer s’embarqua pour la France avec un autre de nos bienfaiteurs le Marquis de Denonville gouverneur, et toute sa famille.
Le Marquis de Denonville (1), si peu heureux dans ses entreprises contre les Iroquois, fut rappelé à la cour
(1) M. de la Barre, prédécesseur du Marquis de Denonville fut aussi bienfaiteur de notre Communauté.
de France où le Roi, qui l’honorait de son estime, le fit sous-précepteur des enfants (1) de France, fils du grand Dauphin : le duc de Bourgogne, le duc d'Anjou et le duc de Berry.
Il paraît bien qu'il sut conserver, dans cette haute position, la rare piété qui faisait pour ainsi dire le fond de son caractère, puisque le duc de $t. Simon, le censeur le plus rigide de la cour, accorde au Marquis de Denonville le tribut suivant : ‘“ Denonville mourut aussi, (en 1710), brave et vertueux gentilhomme qui avait été gouverneur-général du Canada où il avait trèsbien servi.” Mais il est plaisant de voir comme ce janséniste poudré et parfumé termine l'éloge de notre ancien bienfaiteur. ‘A la cour, dit St. Simon, rien de si plat. Il ne fut heureux ni en femme ni en enfants.” Aux yeux malins du duc, le bon Marquis était “ plat,” sans doute parce qu’il tenait à la foi orthodoxe ; et la Marquise ainsi que sa fille, pour la même raison, ne méritaient pas de compliments plus flatteurs : cela explique tout. Quant à sa fille, Mlle. Marie-Catherine de Brisay de Denonville, elle conserva au milieu du grand monde la tendre piété dont elle avait fait preuve pendant son séjour au pensionnat, et après son retour en France elle se fit religieuse chez les Carmélites de Chartres ; elle se rendit fort remarquable par la sainteté de sa vie, et gouverna assez longtemps la maison en qualité de supérieure. Le Marquis de Denonville avait un fils qui était dans l’armée et qui ne vint jamais en Canada.
(1) Ces jeunes princes eurent pour précepteurs trois hommes hautement renommés pour leurs vertus ; le duc de Beauvilliers, Fénélon, depuis Archevêque de Cambrai, et le Marquis de Denonville.