LE PASTEUR RÉUNI AU TROUPEAU POUR RENDRÉ HOMMAGE À MARIE
La consécration des Ursulines à la très-sainte Vicrge, ayant été fixée au 6 mai, dimanche qui suivait les élections, Mgr. de St. Vallicr témoigna aux religieuses le désir d’y assister avant son départ pour la France. Ce digne évêque portait jusqu'à la tendresse sa dévotion filiale envers la Mère de Dieu, et les preuves touchantes qu’il en donna en cette occasion, nous ont été fidèlement transmises par nos bonnes Mères.
“ Le 6 mai, fête de la Ste. Famille, nous rendîmes notre hommage à la très-sainte Vierge. Monseigneur voulut être présent à cette pieuse cérémonie, qui se fit à la chapelle des Saints, à la suite de sa messe, L'acte de consécration étant terminé, chacune rendit hommage de la manière ordinaire, pendant qu’on chantait le Te Deum au son des cloches. Ensuite Monseigneur nous fit une fervente exhortation. Jamais nous ne lui avions vu un air plus heureux ; une joie toute céleste brillait sur sa figure, pendant qu’il nous faisait part des sentiments que cette action avait produits dans son cœur, et du bonheur qu'il ressentait de nous voir placées d’une manière si spéciale sous la protection de la Mère de Dieu.” ‘“ Mes chères filles, dit-il, puisque la Vierge Immaculée est votre Mère, adressez-vous à elle dans tous vos besoins ; priezla avec confiance, non-seulement pour vous-mêmes, mais aussi pour le salut de ce pauvre peuple et la conservation du pays. Et vous mes enfants, ajouta-t-il en s'adressant aux pensionnaires, vous jeunes filles, qui avez été si souvent consacrées à Marie par la piété de vos Mères, prenez pour modèle cette vierge de Juda, élevée dans le temple dès sa plus tendre enfance. Comme elle, vous êtes maintenant séparées du monde, soyez donc pures et douces comme Marie, et que son exemple vous apprenne à rendre gloire à Dieu par la fuite du péché, dans l’intérêt de votre propre salut et pour l'édification du prochain.” Puis, il rendit lui-même hommage à la très-sainte Vierge, lui remettant en main toutes les affaires de
son diocèse et le bon succès de son voyage. ‘“ O Mère Immaculée, dit-il, veillez du haut du ciel sur ce diocèse, et rendez-moi digne d'éprouver les effets de votre céleste protection dans toute la suite de ma vie et à l’heure de ma mort!”
CITAPITRE IL.
La guerre et ses alarmes; Marie protége ses enfants,
La colonie menacée d’une entière ruine ; on cherche à apaiser la co- A lère de Dieu—Québec assiégé par les Anglais ; les Ursulines ouvrent leurs portes au peuple ; état du Monastère pendant le siége—Une armée d’une nouvelle espèce ; les malheurs reculent devant la prière— Un petit fort au milieu d’une forteresse—Les Ursulines soldent et équipent deux soldats pour la guerre.
$l.—LA COLONIE MENACÉE D'UNE ENTIÈRE RUINE; ON CHERCHE À APAISER LA COLÈRE DE DIEU.
1 nos lectrices sont d’abord un st peu étonnées de l’allure militaire de ce chapitre, elles ne tar- Qderont pas à s’apercevoir de tout
ce qu'il y a de vrai dans cette parole de M. le Chevalier J. C. Taché: ‘“L’histoire des Ursulines de Québec se trouve intimement liée à l'histoire du pays.”
A re
En effet, appelées dès l’origine de la colonie à contribuer à sa formation par l'instruction des jeunes personnes, les Ursulines durent prendre un intérêt immense à la prospérité générale, et c’est aussi ce qu'elles firent dès le commencement, comme on a pu voir par les nombreuses citations que nous avons faites des écrits de la Vén. Mère Marie de l'Incarnation, citations où viennent sans cesse se confondre les intérêts du pays et ceux du Monastère. Cet esprit pri-
mitif est tellement celui de notre maison, qu'il est resté dans toute la suite du vieux récit et des annales. Ces pages tracées dans la solitude du cloître, ne laissent passer sous silence aucun événement extraordinaire, les Ursulines ayant dû presque toujours y prendre part, soit par les sacrifices qu’elles se sont imposés dans les nécessités publiques, soit d’une manière non moins effective en recourant aux armes de la prière. Il faut avouer que le site du Monastère dans Québec, qui est la clef du Canada et le point de mire des attaques de l'ennemi, a beaucoup contribué à intéresser si vivement les Ursulines aux grandes crises politiques du pays. Les articles suivants vont nous présenter les principaux incidents de ces années désastreuses, qui ne furent suivies que bien tard d’une paix complète et durable.
Les affreux massacres de La Chine avaient glacé d'épouvante toute la colonie, et jamais les Iroquois n’avaient été plus redoutés qu’en 1689. ‘ Encouragés par les Anglais, ils faisaient, dit le récit, jour et nuit le guet sur nos frontières, nous tenant dans de continuelles alarmes.” La politique malheureuse du Marquis de Denonville n'avait fait que les exaspérer davantage ; leurs incursions étaient continuelles et il n’y avait plus de sécurité pour qui que ce fût. Tous les hommes en état de porter les armes s'étaient enrûôlés au service, et l’on ne voyait plus dans les villes et les campagnes, que des enfants en bas âge, des vieillards infirmes, et de pauvres mères, qui tremblaient au seul souvenir des horreurs que les Iroquois avaient exercées à Montréal. L'avenir était sombre, mais le peuple, soutenu et animé par ses pasteurs, mettait plus que jamais sa confiince au Seigneur ; il y eut successivement dans toutes les églises de la ville, exposition du St. Sacrement pendant trois jours; on fit des processions publiques, ne cessant
resté $ d’implorer le secours de celle que l’on n’invoque jamais
Ces 4 en vain.
pas- 4 “Le 10 juillet 1689, par ordre de messieurs les , les \ Grands-Vicaires, on commença les prières des quarante part, ; heures à la cathédrale, et ensuite chez les Mères de 8 les À l'Hôtel-Dieu ; la semaine suivante, elles se firent chez | 18 ef- 1 les RR. PP. Jésuites, puis aux Récollets, et enfin dans faut 4 notre petite chapelle. Pendant que les prières se faii est à saient chez nous, l’on apprit que les barbares Iroquois s de avaient désolé cinquante lieues de pays, mettant tout à nent 4 feu et à sang. Cette nouvelle causa une étrange cons-
Les À ternation, mais aussi elle excita merveilleusement les x in- ! cœurs à la pénitence, chacun pleurant ses propres péivies 4 chés, cause ordinaire de tous les maux de la terre. A
4 la fin des prières des quarante heures, l’on fit une pro-
lacé 4 cession solennelle, où la relique &e St. Paul et celles de n'a- À St. Flavien et de Ste. Félicité, furent portées en station s par | aux trois églises de la Haute-Ville. L'on fit encore guet 4 d’autres processions, et l’on continua à chanter des elles É grand’messes et des saluts pour apaiser la colère de
s de } Dieu. Cependant l'épreuve durait toujours : le Seiage ; 4 gneur en usait envers son peuple comme un bon père plus À qui tient les verges en main, jusqu’à ce que ses enfants sen { renoncent entièrement aux habitudes qui lui déplaisent. \l e, et È Le pays resta donc plongé dans un état d’effroi impos- 1 res, 1 sible à décrire.
s, et ; ‘ Une lettre du Marquis de Denonville, en date du
des ! commencement d'août, augmenta encore notre désola-
éal. : tion. Cette lettre portait qu'il avait quinze à seize
imé ! cents Iroquois sur les bras, et qu'un autre parti de
nce À quatre cents sauvages, et deux cents colons de la Nou-
les \ velle-Angleterre, venaient fondre sur la ville de Trois-
lant À Rivières et les habitations d’alentour. Cela causa d’au-
tant plus d’effroi que dans toute la ville de Québec, il
ne se trouvait que deux cent quarante hommes, dont Ja plupart étaient marchands et artisans. Cependant M. le Major résolut d'élever des fortifications pour nous défendre, à quelque prix que ce fût.
‘ Une palissade du côté de l’ouest traverse la ville en passant par le milieu de notre cour et de notre jardin : voilà nos fortifications. Tous les hommes en état de combattre ont été divisés en quatre compagnies, et l’on fait faire la sentinelle aux postes les plus dangereux ; outre cela, des gardes veillent jour et nuit autour de la ville en cas de surprise.
“Figurez-vous une ville sans portes ni murailles, et dont les habitants sont allés secourir une autre place ; voilà l’état où nous sommes réduits. Nous avons mis toute notre confiance en Dieu, lui seul peut rémédier à nos maux ; c’est pourquoi nous sommes dans des prières continuelles pour apaiser sa justice et attirer sur nous sa protection. S'il est pour nous, nous n’avons rien à craindre; mais s’il est contre nous, nous sommes perdus ! Jamais le pays ne s’est vu dans l'état où il est et dans de si grandes misères. Dieu est le maître, que sa sainte volonté soit faite !”
Pendant que nos Mères courbaïent ainsi la tête sous le poids des fléaux de Dieu, elles n’oubliaient pas qu’une Communauté cloîtrée ne vit dans la solitude de la retraite et de la prière, que pour être plus libre d’apaiser le ciel et d'attirer ses miséricordes sur le monde. Ainsi, ne se contentant pas d'ajouter à leurs pratiques ordinaires de piété les exercices publics de dévotion et de pénitence, elles s’en imposaient de spéciales, et voici en quels termes le naïf récit en rend compte :
Le même jour de St. Laurent, la Communauté fit une procession où l’on fut en station à l'autel des pensionnaires et à l’infirmerie. Notre Rév. Mère portait
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dans sa châsse le corps de St. Clément martyr ; tous les autres reliquaires furent exposés dans la chapelle extérieure pendant trois jours, à la grande consolation du peuple. De plus, il fut résolu que nous commencerions les dévotions suivantes, dévotions qui devront se pratiquer toute cette année pour obtenir de Dieu la conservation du pays, l’humiliation des Iroquois, et le bon succès des affaires tant générales que particulières. 1° “ Une communion générale chaque semaine.
2° Tous les jours à l'élévation de la Ste. Hostie, le chant de O Salularis Hostia, et le soir à la fin de matines, celui du Salve Regina.
8° “IL y aura de nommées chaque semaine pour prier à ces intentions, cinq religieuses dont quatre de chœur et une converse : deux diront chaque jour devant le St. Sacrement l'office de l’Immaculée Conception ; les deux autres, le petit office de St. Joseph, et la sœur converse, neuf Ave Maria et neuf Gloria Patri. Toutes les pénitences et autres bonnes œuvres devront être appliquées à ces mêmes fins.”
Dieu exauça enfin son peuple ; les Iroquois n’osèrent pousser plus avant leurs courses, et les craintes peu à peu s'évanouirent. On pria cependant toute cette année avec une grande ferveur, et l’on demandait encore d'être délivrés des Iroquois, quand un ennemi plus redoutable vint menacer la colonie, et Québec en particulier.
$2.— QUÉBEC ASSIÉGÉ PAR LES ANGLAIS ; LES URSULINES OUVRENT LEURS PORTES AU PEUPLE ; ÉTAT DU MONASTÈRE PENDANT LE SIÈGE,
Les annales nous ont conservé des détails si circonstanciés du siége de 1690, que nous n'avons qu’à abréger ci et à faute d’espace, Le langage simple et vrai d’un récit fait pour rester à ja-
mais dans l'intimité de la famille du cloître nous paraît préférable à tout autre, et nos lectrices souriront probablement avec nous, en voyant le ton patriotique que prend de temps en temps la plume de notre aimable annaliste.
“ Le 7 octobre, on reçut la nouvelle qu’une flotte anglaise de trente-quatre vaisseaux venait pour se rendre maîtresse du pays, et que dès le second jour du mois les Anglais étaient déjà àla Malbaie. Cette nouvelle surprit extrêmement; l’on n’était pas en état de résistern’y ayant dans la ville qu'environ deux cents hommes de la bourgeoisie, M. le Gouverneur étant à Montréal avec toutes les troupes. Aussitôt l’on dépêcha un canot pour porter ces nouvelles à Montréal. En attendant, M. le Major fortifiait la place. On dressa des batteries de canons à la basse-ville, on mit des barricades dans les rues, on fit venir des gens des côtes pour défendre la ville; ensuite on pensa à nous envoyer à Montréal, mais il ne se trouva point de barques ; alors il fut résolu de nous envoyer à Lorctte, quelques religieuses avec des provisions devant partir d'avance afin de disposer toutes choses. Dès que les voiles des ennemis paraîtraient, on devait envoyer toutes les autes. L'on fit une cache dans notre caveau où l’on mit linge, habits, ete. L'on commença une neuvaine aux Saints Anges, puis une autre à St, Joseph patron du pays, faisant dire tous les jours la messe en son honneur avec un petit éloge de ce grand saint. L'on faisait aussi une neuvaine à Ste. Anne et une autre aux âmes du purgatoire, n’épargnant rien pour tâcher d’apaiser la divine justice et attirer sur le pays la miséricorde de Dieu.
“ Le ciel, exauçant nos vœux, envoya des vents si contraires à nos ennemis qu’ils ne firent pas en neuf jours ce qu’ils pouvaient faire en un demi-jour. Enfin ils arrivèrent le 16 du même mois à six heures du matin, la ville étant en état de se défendre, ayant environ deux mille hommes pour sa garde, y compris les troupes qui étaient descendues avec M. le Comte de Frontenac ; M. de Callières était aussi venu avec les troupes canadiennes d’en haut pour secourir Québec. |
‘# Ce même jour, les Anglais envoyèrent un trompette pour sommer M. notre Gouverneur de se rendre. Leur lettre était si isv-
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‘lente qu’ils voulaient qu'après avoir livré forts, armes, munitions,
magasins, on leur livrât même les personnes à discrétion, ne leur donnant qu’une heure à délibérer. M. le Gouverneur leur répondit comme ils méritaient, savoir : “Que Dieu ne favoriscrait pas des traîtres à leur roi et à leur religion, et qu’il n'avait pas d'autre réponse à leur rendre que par la bouche de ses canons.” Il renvoya ainsi l'Anglais sans seulement un mot de lettre, de quoi le général de la flotte nommé Guillaume Phipps, autrefois charpentier, se fâcha fort et ne pensa plus qu’à nous attaquer de son mieux. Ce fut un mercredi, 18 du courant, fête de St. Luc, que sur les deux heures après midi, il tenta la descente entre Québec ct Beauport. Ainsi quinze à seize cents Anglais prirent terre, le combat s'engagea et ils furent repoussés avec perte au moins de cent hommes et d'autant de blessés, quoiqu'il n’y eût pas plus de deux cent cinquante Français et Sauvages à leur résister. Cependant nous ne perdîmes dans ce choc que quatre personnes, et n’eûmes que sept ou huit blessés dont un seul mourut ce soir 1à même, Sur les cinq heures du soir ce même jour, ils commencèrent à canonner la ville de leurs vaisseaux jusque sur les huit heures. Le lendemain, ils recommencèrent encore le matin et le soir, mais avec moins de furie que les jours précédents.
“ Dès le premier soir, un boulet de canon entra par une fenêtre de notre Communauté, ayant rompu le chassis et le volet, et vint tomber au pied du lit d'une de nos pensionnaires. Un autre boulet de canon emporta le coin du tablier d'une de nos sœurs. Quantité d’autres boulets sont tombés dans nos cours, jardins et pares; mais par la grâce et protection de Dieu, personne n’en a été blessé, nous en avons été quittes pour la peur.
“ Pendant ce choc, notre maison était remplie de personnes séculières, outre que notre classe des externes était encombrée de meubles et de marchandises, servant de magasin à beaucoup de personnes ‘qui avaient apporté leur bagage. Notre pensionnat et la classe de nos sauvagesses étaient occupés par des familles de la ville. Notre Communauté servait de classe à nos pensionnaires ; notre réfectoire, notre noviciat, et les trois caves étaient remplis de femmes et d'enfants, ct à peine pouvions-nous sortir de notre cui-
sine, dans laquelle il y avait souvent des personnes séculières. Nous y prenions nos repas debout, à la hâte, à peu près comme les Israélites lorsqu'ils mangeaïient l’agneau paschal.
“La première nuit, nous la passâmes devant le très-St. Sacrement en prières; pour les autres nuits, quelques unes prenaient leur repos dans la sacristice, les autres dans leur cellule, toutes vêtucs, attendant à chaque instant le moment qui devait terminer sa vie (1). Pendant tout ce temps, l'on était en prières continuelles ; il y avait dans le chœur les figures de Jésus, Marie, Joseph, devant lesquelles brûlait continuellement un cierge, et où il y avait toujours une religieuse en prière.
“ Nous prêtâmes aussi en cette occasion notre tableau de la Ste. Famille, qui fut exposé au haut du clocher de la Cathédrale, pour témoigner que c'était sous les auspices de cette Ste. Famille et sous sa protection, que l’on voulait combattre les ennemis de Dieu et les nôtres. La plupart des soldats recherchaient avec empressement des passe-ports de l’Immaculée Conception ; nos sœurs ne pouvaient sufüre à en écrire pour contenter la piété de ces bonnes gens. Enfin les ennemis, après avoir vainement tenté de se rendre
maîtres du passage et de la petite rivière (St. Charles), ayant été repoussés vigoureusement par nos braves Canadiens, désespérant de venir à bout de leur entreprise se retirèrent, la nuit du samedi au dimanche, 22 du courant.
La veille, jour de Ste. Ursule, Monseigneur (2) vint dire la messe où toutes les religieuses communièrent. Ensuite, voyant que
() ‘La première nuit du siêge, le R. P. Germain resta en prière au pied de l'autel, dans la chapelle du Monastère, afin de nous assister au moment du danger. A minuit, voyant que tout était tranquille, il pensa que les soldats pourraient avoir un plus grand besoin de son ministère, et il se rendit dans les corps de-garde, pour exhorter ces braves gens à se mettre bien avec Dieu par une vraie pénitence.”?
(2) Monseigneur était à Montréal lorsque la nouvelle du siêge lui parvint. Il interrompit aussitôt sa visite pastorale pour accourir auprès de son troupeau assiégé. Le 12, il était déjà aux portes de la ville, où il fit son entrée à la lueur des flambeaux vers dix heures du soir. Dès le lendemain, il vint consoler nos Mères et ne manqua pas de les visiter tous les jours que dura le siége.
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la guerre et le trouble qu’elle apportait, empêchaient que nous n’eussions le sermon, il emmena avec lui M. de la Colombière sur les deux heures de l’après-midi, lequel nous fit une très-fervente exhortation en l'honneur de Ste. Ursule, observant que le grand danger où nous étions de mourir pour la conservation et maintien de la foi, par la main des ennemis de la sainte Egjlise, était la plus illustre manière de célébrer cette fête. Ensuite il nous exprima de grandes conjouissances sur notre bonheur prochain d’être vierges et martyres, imitant de si près notre glorieuse patronne. Comme il finissait son exhortation, Monseigneur commença d’un ton plein de ferveur Maria Mater gratiæ, ce qui nous persuada presque à toutes que nous étions arrivées au dernier moment de notre vie. La consternation était d'autant plus grande que l’on devait livrer un grand combat ce jour-là même, sur les quatre heures du soir.
“ La veille de la Ste. Ursule, on avait jugé le danger si pressant, que sur les onze heures du matin, le R. P. Germain était venu consommer les saintes hosties, et nous restômes sans avoir le St. Sacrement; mais Monseigneur nous étant venu voir l’après-dinée, ordonna que dès le lendemain matin on nous le rendit, ce qui fut exécuté. Nous ne pûmes dire les grandes matines de Ste, Ursule. faute de livres pour l'office, la cache tenant engloutie la plus grande partie de nos livres de chœur ; Monseigneur voulut que l'on fît une demi-heure d’oraison extraordinaire, afin de ne rien diminuer du temps destiné au service de Dieu. Cependant les premières et les secondes vêpres furent chantées aussi bien que le salut, où Monseigneur nous donna lui-même la bénédiction du St. Sacrement.
‘“ Le lendemain de leur déroute, les ennemis ayant voulu se hasarder à reprendre quelques pièces de canons et autres bagages, abandonnés le soir précédent sur les rives de Beauport, ils furent si chaudement reçus qu’ils se sauvèrent en toute hâte (1).
(1) Dans leurs conseils de guerre tenus à Boston, les Anglais avaient décidé qu’une armée de quatre mille hommes, y compris les auxiliaires Iroquois, agirait de concert avec les forces navales, allant fondre sur Montréal aussitôt que les troupes se seraient concentrées JJJ
‘“ Lorsque la flotte ennemie fut à quelques lieues de Québec, ils envoyèrent redemander leurs prisonniers ; ils en rendaient près de vingt des nôtres, mais ils furent obligés de se contenter de seize des leurs, encore la plupart étaient des enfants. Ils se retirèrent ensuite le plus vite qu’ils purent, laissant le pays dans une grande et universelle joie de se voir libre d’un si fâcheux voisinage (1).
‘ On ne savait comment témoigner sa gratitude à la divine Majesté, reconnaissant que c'était un coup de sa puissance qui nous avait délivrés et que nous n'avions aucune part à cette victoire. Pour eet effit, Monseigneur ordenna une procession générale d'actions de grâces ; le dimanche dans l’octave de la Toussaint, 7 novembre, l’on porta l’image de la Ste. Vierge aux quatre églises où l’on fut en station, et l’on chanta le Te Deum à la Cathéd:sle. On fit aussi un feu de joie ce même soir. De plus, Monseigneur a désigné que la chapelle que l’on doit faire à la Basse-Ville serait bâtie sous le titre de Notre-Dame de la Victoire, conformément au vœu que l'on en avait fait. Chaque année, il y aura une fête et une procession en l'honneur de la très-sainte Vierge le quatrième dimanche d'octobre.”
sur Québec. Mais Dieu déconcerta tous ces projets ; la petite vérole s'étant déclarée parmi les soldats anglais, les Irouuois abandonnèrent avec insultes et reproches leurs alliés malheureux. Ces seize cents hommes vêtus à la légère, souffrirent extraordinairement du froid quand ils eurent traversé nos frontières, et après quelques vains efforts pour approcher des habitations, ils durent tristement reprendre la route de leur pays.
(1) Cette victoire gagnée à Québec par une poignée de Français et de Canadiens fit grand bruit en Europe, surtout à Paris où l’on admira beaucoup l’audace et le sang-froid guerrier du Comte de Frontenac. Fier de ses sujets du Canada, Louis XIV fit frapper une médaille pour perpétuer le souvenir de cet exploit. D’un côté du médaillon, on voit la tête du Roi ; de l’autre, la France conquérante assise sur des trophées au pied de deux arbres du pays, sur des rochers d’où s'échappe un torrent ; un castor va se réfugier sous un bouclier. Pour devise on y a inscrit ces mots : Kebeca liberata M. DC. XC ; et au revers : Francia in novoorbe victrir. — Québec délivré 1690 ; — La France victorieuse dans le Nouveau-Monde,
ébec, ils nt près de seize tirèrent > grande (1).
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Ançais et l’on ad- Fronteune médu méante asrochers bouclier.
. XC ; é 1690 ;
Tout en bénissant Dieu, il y avait encore grand sujet d’implorer sa miséricorde, car ‘au milieu de ces réjouissances nous étions menacées d’un autre fléau non moins terrible que celui de la guerre ; la famine était déjà si grande que nous étions obligées de préparer de grandes marmites de potage pour donner aux pauvres et aux soldats. Dans'notre extrême besoin nous implorions le secours du ciel pour l’heureuse arrivée des vaisseaux de France. La saison qui était déjà avancée excitait néanmoins nos craintes ; mais enfin le ciel eut encore pitié de nous, en préservant de la rencontre de l'ennemi les navires qui venaient à notre secours. Ces vaisseaux chargés de lard et de farine, d'argent et de munitions, parurent le 15, le 16 et le 17 novembre, mais le froid était alors si grand qu’à peine pouvaient-ils aborder au quai à raison des glaces, et ce que l’on n’avait jamais vu, c’est que la rivière St. Charles était si bien prise que l'on passait sans crainte sur la glace comme au cœur de l'hiver. Tous ces accidents nous donnaient à craindre qu'aucun vaisseau ne pût retourner en France pour y porter de nos nouvelles; cependant le temps s'étant tout à coup adouci, les glaces disparurent et nos vaisseaux firent voile le 26 avec un vent très-favorable.
$3.—UNE ARMÉE D'UNE NOUVELLE ESPÈCE ; LES MALHEURS RECULENT DEVANT LA PRIÈRE,
L'hiver de 1691-92 fut comparativement, pour la population de Québec, une époque de tranquillité, et tous semblent en avoir profité pour retourner paisiblement au foyer domestique et mettre ordre à leurs affaires. Les nombreuses familles auxquelles les Ursulines avaient donné l'hospitalité s'étant retirées chez elles, tout rentra aussi au Monastère dans l’ordre accoutumé. Les élèves françaises ainsi que les séminaristes reprirent régulièrement leurs classes, et nos bonnes Mères se livrèrent de nouveau avec joie et avec zèle, aux fonctions de leur Institut.
Au printemps, on comptait déjà sur la belle apparence des moissons, quand il fallut lutter contre un ennemi tout aussi désastreux que la plus fächeuse bande d’Iroquois. Nos lectrices s’étonnent de ce langage et se demandent, sans doute, sous quelle forme hideuse et sauvage va paraître ce nouvel ennemi. Mais peut-être aussi sont-elles versées dans les traditions de nos campagnes, et alors elles nous ont comprise, puisque dans quelques endroits, on chante encore aujourd’hui ‘la grand’messe pour les chenilles.” Voici comment nos bonnes Mères de 1692 constatent ce fait si extraordinaire :
“ Ce pays a encore été affligé par un autre fléau ; c'était une multitude de chenilles si prodigieuse qu’elles ont en moins de rien dévoré tous les foins et l’herbage, détruit ensuite le blé-d’Inde et l’avoine, tellement que la ruine entière des grains paraissait inévitable. Elles eussent tout consumé si Dieu, fléchi par les vœux ct les prières de son peuple, n'eut apaisé sa colère et usé envers nous de sa grande miséricorde, en faisant périr ces insectes à la suite d’une procession solennelle où l’on porta les saintes reliques. Du moment que cette procession fut rentrée dans l'Eglise, on vit sortir des champs toute cette vermine, et en si grande quantité que les chemins en étaient couverts. (Ces insectes faisaient en marchant une espèce de bruit qui s’entendait d'assez loin, et allaient se jeter dans le fleuve ou dans les ruisseaux, où mouraient sur les grands chemins.
4 Dans cette affiction générale, notre Communauté a eu la plus grande obligation à la divine Bonté, car bien que nos grains aient été environnés d’une armée de cette vermine, nous n'avons pas perdu un seul épi de blé ou d'autre grain, quoique ces insectes n'aient pas épargné les chardons et autres mauvaises herbes qui les entouraient.
“ Le pays a aussi souffert par le naufrage de plusieurs vaisseaux, dont trois ont périen s’en retournant d'ici l’an dernier. En outre, trois navires chargés de provisions et de marchandises pour la colonie, qui
e appa- ) un eny bande gage et leuse et eut-être 08 camue dans hui “la ent nos extraor-
’était une ns de rien -d'Inde et issait inéles vœux 1sé envers ectes à la s reliques.
lise, on vit > quantité y faisaient loin, et almouraient
eu la plus rains aient l'avons pas es insectes herbes qui
Vaisseaux, outre, trois colonie, qui
firent voile pour notre port au mois d'août, ont été perdus : le premier a coulé à fond en pleine mer, le second appelé le “Jacob” a été pris par les anglais, et le troisième a péri en vue de Québec avant d'être déchargé ! Tous ces accidents augmentaient le prix des vivres et nous étions dans un état de gêne fort voisine de la misère (1). Cependant une nouvelle des plus agréables vint bientôt nousréjouir, Le 9 août l'on apprit que Mgr. de St. Vallier revenait de France en bonne sunté ; cela nous causa une joie d'autant plus vive que nous n'avions pas eu de ses nouvelles depuis longtemps. La flotille était de dix vaisseaux, mais dès leur arrivée à Tadoussac, ce digne évêque avait tant hâte de revoir son troupeau, qu’il prit une barque de pêcheur et arriva ici vers le 15. Bientôt nous eûmes le plaisir de le voir, et la joie fut grande de part et d'autre.”
$4.—UN PETIT FORT ÉRIGÉ AU MILIEU D'UNE FORTERESSE.—LES UR- SULINES SOLDENT ET ÉQUIPENT DEUX SOLDATS POUR LA GUERRE.
Dès l’année 1689, l’on a vu s'élever dans le jardin du Monastère, une palissade fortifiée où s'établit un corps-de-garde pour défendre la ville du côté des plaines, ou des ‘champs’ comme on les appelait alors. Nos religieuses, loin de réclamer contre les inconvénients qui en résultaient pour elles-mêmes et pour les élèves, s’y soumirent dans l'intérêt de la sûreté publi-
(1) La perte de vaisseaux venant de France était un grand malheur pour la colonie. Les lignes suivantes nous donnent quelqu'idée de la gêne où l’on se trouvait réduit par de semblables accidents.
‘ Au commencement d’août, l’on apprit que le St. Joseph avait été pris par les Anglais. Nous avions dedans tout ce qui nous venait de France, tant des provisions de bouche que les étottes et toiles, etc., et les ballots de Paris. Nous avons perdu dans ce vaisseau huit mille francs sans compter les incommodités où cette perte nous a réduites, n’ayant pas un morceau d’étoffe pour racommoder nos robes. Nous avons été obligées de faire teindre les vieux rideaux verts de l'Eglise pour les racommoder.”’
que. La seule faveur qu'elles se crurent en droit de demander, fut ‘“ qu’on ne rasât ni le bois ni les étables,”? grâce qui leur fut accordée. Mais le comte de Frontenac, voulant étendre ses opérations de guerre, ne jugea pas à propos de se contenter de ce que les Ursulines avaient déjà cédé de leur terrain, il exigea de plus le bois, le verger et les étables. Ainsi la clôture fut envahie jusqu'aux limites des parterres actuels des élèves, c’est-à-dire à quelques pas du Monastère, et les religieuses se trouvèrent dans le voisinage immédiat des soldats de la garnison.
Un jour du mois de mai 1693, le Gouverneur arrive soudain au parloir accompagné de l’Intendant, fait appeler les religieuses, et après les compliments d’usage, il leur dit tout uniment : ‘“ Mesdames, notre ville est menacée de toutes parts, il nous faut construire un petit fort (1) à l'angle de votre jardin, ici tout auprès de vous. —Un fort sur notre terrain, Monsienr le Comte, mais cela n’est pas possible ! — Mesdames, reprit le vieux militaire avec sang-froid, cette mesure a été décidée dans notre conseil. Pour cela il est nécessaire d’abattre le bois, la grange et les étables ; mais soyez tranquilles, nous vous indemniserons largement ; veuillez en être assurées, Mesdames !”” Ici, nos bonnes Mères, qui sentaient que l'argent ne leur rendrait pas les agréments de leur bocage, entreprirent d’en faire l'observation ; mais Monsieur de Champigny, qui voulait parler en ami, et qui, cependant, n’osait contrarier le Gouverneur, se hâta de dire : ‘ Oui, oui, Mesdames, croyez-le bien, vous serez amplement dédommagées,” et il disparaît aussitôt avec le comte. Tout était dit, le jugement était sans appel, et les religieuses se reti-
(1) L'emplacement du fort Ste. Ursule se trouve tracé dans l’histoire du R. P. Charlevoix.
rèrent bien tristes : leur seule consolation fut de croire que ce sacrifice était nécessaire à la sécurité de la ville. Hélas ! ce bois charmant ne retentit plus du chant des oiseaux, ces vieux échos ne répondirent plus jamais aux accents de la prière ou à l’harmonie des saints cantiques ! Le lendemain, les religieuses et leurs élèves n’entvndirent tout le jour que les coups de hache des impitoyables bûcherons, et le soir, leurs yeux attristés recherchèrent en vain les beaux arbres qui leur avaient si longtemps prêté leur frais ombrages !
Les Ursulines reçurent du gouvernement une faible indemnité d'environ deux mille livres, pour une perte dont la valeur excédait dix mille ; mais la gêne qui en résulta pour le Monastère fut tellement sensible qu’elle excita la compassion de leurs voisins. Uu de ceux-ci (1) vint quelques jours après leur offrir un petit lot de terre sur la grande allée, pour servir d'emplacement à la grange et aux étables, ce qu’elles acceptèrent moyennant la somme de trois cent cinquante livres et huit mois de pension de sa fille, Mile. La Vigne. (Cependant, le fort Ste. Ursule ne fut pas entièrement achevé cette année ; on y reprit les travaux en 1709, et l'asile de la solitude se trouva encore une fois envahi par les soldats, et troublé par le bruit des armes.
La guerre d’extermination commencée par les Iroquois depuis cinquante ans, avait bien souvent réduit la colonie à la dernière misère, et la sûreté publique n’était pas encore rétablie en 1696. Retranchés au centre de l’état de New-York, et se moquant impunément des deux plus grandes nations de la terre, ces barbares avaient pris pour programme invariable l'extermination générale de tous les “ blancs ;”” mais
(1) M. Le Vasseur,
ne pouvant exécuter leur dessein à force ouverte, ils mettaient en jeu toutes les ressources de la politique la plus astucieuse ; flattant et trahissant tour à tour et les Anglais et les Français, ils avaient ainsi le secret de les tenir en échec et de s’enrichir de leurs dépouilles.
Lassé de leur insolente bravoure et résolu de les combattre à outrance, le Comte de Frontenac s’arme enfin et se met à la tête de ses troupes. M. de Callières gouverneur de Montréal, et M. de Vaudreuil gouverneur de Trois-Rivières, hommes de cœur et dignes du vieux général (1), s’arment également, et tous ensemble se dirigent vers les terres de chasse et les champs ensemencés de l’ennemi commun.
Chaque particulier fut appelé à contribuer selon son état et sa fortune aux frais de cette expédition, et c’est alors que les Ursulines, tout en prenant en main ‘les armes de la prière,” soldèrent et équipèrent deux jeunes gens, ‘ qui ne furent pas les moins braves de l’armée.”
On connaît assez le résultat de cette expédition. Les Iroquois subirent alors un échec dont ils ne se relevèrent jamais ; le pays ne trembla plus dans la crainte de leurs terribles incursions, et Frontenac eut ainsi la gloire d’anéantir une puissance qui jusque-là avait été indomptable.
(1) Frontenac avait alors soixante et seize ans ; mais la guerre
était encore pour lui un véritable jeu de cartes ; l’idée d'une défaite n'entra jamais dans son esprit,
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ue la CHAPITRE III.
t les t de 4 i Le Pensionnat, illes.
> les 1 Importance qu’on attachait à l'éducation des Demoiselles Canadiennes irme À au temps passé—Liste des élèves de 1687 à 1700—Mlle. E. de Joy- 1 Cal- L. bert de Marson ou Haute Mission d’une élève du pensionnat—L'’hé- | reuil roïne de quinze ans.
r et 4 Let 4 $L.—IMPORTANCE QU'ON ATTACHAIT À L'ÉDUCATION DES DEMOISELLES : à CANADIENNES DU TEMPS PASSÉ, se et 3 IEN n’est mieux constaté par da nos anciens règistres que le . zèle des parents pour l’édules A#® cation de leurs filles, fait qui 02 j ÿ S est aussi glorieux à notre sain- , , 4 ée. | LA te religion, qu’honorable à la Les À population entière du pays. C’est ele- NS 0) que les hommes des premiers int 4 \K 1 NS e ; NE 5e +, #$ temps de la colonie, dont la for- . 4 | si la À À tn ÿ tune était si modique et la car- | été dt, rière si périlleuse, étaient pour \ + À leurs enfants des pères véritable- \ 4 AU ment dignes de ce vénéré nom. Les terre : / " $ ÿe à : mn faite | sacrifices que s’imposaient ces bons
et braves catholiques, pour procurer l'instruction à leurs filles, prouvent bien que les instincts héréditaires des enfants de la sainte Eglise, ne tendent pas si fort à l'ignorance qu’on nous fait quelquefois la grâce de le supposer. Pour s’en convaincre il n’y a qu’à passer en revue ces magistrats, ces interprètes des sauvages, ces médecins, ces
marchands et ces industriels de toute espèce, dont KKK
les noms brillent sur nos régistres comme amis de l'éducation et partisans du progrès. Voyez-y aussi les noms illustres de ces vaillants officiers dont les exploits ont tant de fois sauvé la colonie, ainsi que ceux de ces hardis explorateurs qui ont couvert de gloire le nom français : les de Tonty, de la Verendrie, de Bienville, de Hertel, de Villebon, de Montigny, de Vilinville, de Lamothe-Cadillac, La Vallière, etc. Placés par devoir aux extrémités de l'Amérique Septentrionale, à la Louisiane, à l’Acadie, au Détroit et ailleurs, pas un d’eux n’a négligé de faire instruire ses filles, et lorsque leurs propres ressources leur faisaient défaut, ils venaient réclamer l’indulgence des Mères. Le vieux régistre est là avec ses ‘ pensionnaires sur la fondation,” pour nous rappeler la noble attitude des uns et la touchante et douce charité des autres.
Les filles de parents aussi véritablement chrétiens, ne pouvaient que se montrer dignes d’eux et correspondre à leurs efforts : aussi la liste que nous allons mettre sous les yeux de nos lectrices, fera voir qu’un grand nombre de ces élèves, heureuses de se donner tout à Dieu, se sont dévouées sans réserve au bien de la société, soit pour le soulagement des membres souffrants de Jésus-Christ, soit pour rendre à la jeune génération qui devait les suivre au pensionnat, les’ services inappréciables qu’elles-mêmes y avaient reçus. Les autres ont été appelées à vivre au milieu du monde ; maïs quelle qu’ait été la position que le ciel leur a faite, elles ont su se maintenir à la hauteur des vertus chrétiennes, sans se laisser éblouir par le prestige d’honneurs passagers, ni abattre par les coups imprévus de la fortune.
Il est beau de voir, alors comme aujourd’hui, les autorités ecclésiastiques seconder avec tant d'intérêt ot
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de bienveillance, les efforts des parents et le dévouement des maîtresses. Le digne évêque de St. Vallier, au milieu des sollicitudes de son vaste diocèse, trouvait encore le temps de venir fréquemment, comme le témoignent nos annales, encourager et bénir cette jeune et intéressante partie de son troupeau. Tantôt, c'était une cérémonie de première communion, où lui-même exe hortait, comme en 1690 ‘ seize”’ charmantes et pieuses petites communiantes, leur distribuant de sa propre main ce Pain céleste, qui devait les faire grandiret les fortifier dans les vertus chrétiennes; tantôt, c'était la naïve ettouchante cérémonie du “ baiser de paix ”’ entre ces jeunes enfants, qu’il sanctionnait par son sourire bienveillant, et dont il rendait les impressions d'union et de charité plus profondes et plus durables. Tantôt encore, c'était un exercice moins utile en apparence, maïs dont on sent l'avantage, pour habituer les élèves ‘ & parler correclement et avec facilité, à se présenter avec grâce, et à se former, comme dit la règle, aux mœurs honnêtes des plus sages et vertueuses chrétiennes qui vivent honorablement dans le siècle.” “Le dimanche de la Passion, qui se rencontra cette année dans l’octave de l’Annonciation, Monseigneur voulut assister, disent les annales, à la petite action que firent nos pensionnaires en l’honneur de ce mystère, et il leur en témoigna sa satisfaction.” Comme on a pu le remarquer dans la notice sur Mile. Le Ber, ces dialogues ou “pastorales,” ces petits drames moraux et religieux, ont toujours été en usage dans notre maison, et nous trouvons encore au Monastère d’anciens manuscrits, en prose eten vers, composés pour diverses circonstances, comme une cinquantième année de profession religieuse, le retour d’un pasteur, etc., etc., etc.
Il s’agit maintenant de présenter à nos lectrices les intéressantes élèves qui ont occupé le pensionnat dans
les dernières années du dix-septième siècle. Comme nous les inscrivons par ordre d’entrée, il est facile de reconnaître au premier coup-d’œil, celles qui furent les plus promptes à accourir au Monastère après l'incendie, et qui firent les honneurs dela nouvelle bâtisse. Ce sont les vingt premières, qui passèrent gaîment l'hiver de 1687- 88 dans la “salle de quarante pieds” dans le bas du bâtiment neuf, égayant leur solitude par d’innocentes récréations tout en poursuivant avec ardeur leurs études, sans se mettre en peine du tapage que faisaient les ouvriers dans les étages supérieurs.
82.—LISTE DES ÉLÈVES DE 1687 À 1700—MADEMOISELLE FE. DE JOY- BERT DE MARSON OU HAUTE MISSION D’UNE ÉLÈVE DU PENSIONNAT— L'HÉROÏNE DE QUINZE ANS.
Milles. Angélique Perrot, Elisabeth des Musseaux (Rel. Us. à Québec), Madeleine Drouard (Rel. Urs., Québec), Louise du Tilly, Louise de Lanaudière (Rel. Urs., Québec), Charlotte du Tilly, Madeleine de Comporté (Rel., Hôtel-Dieu, Québec), Anre de Comporté (Rel. H.-D., Québec), Geneviève du Puy (Rel. H.- D., Québec), Françoise la Garenne, Geneviève Boutteville, Catherine Berthier (Rel. H.-D.), Marguerite Boucher, Marie M. de Lotbinière, Marie Bolduc, Marie-Anne de Rochebelle, Anne Brière, Marie du Puy (Rel. Urs.), Jeanne Landron, Gen. Soulard, Louise- Elisabeth de Joybert de Marson (1), Marie-Cath. Aubert de la
() Mlle. Louise E. de Joybert de Marson, née à Québec, était fille de M. Pierre de Joybert de Marson, et de Mme. Marie-Françoise Chartier de Lotbinière. Elle passa son enfance à Gemsek sur la rivière St. Jean, où commandait son père. Vers sa douzième année, sa mère l’amena à Québec, et la Marquise de Denonville, qui l’affectionna beaucoup, la mit au pensionnat en même temps que sa fille, Mlle. M. C. de Brisay. Mlle. de Marson, connue plus tard sous le nom de Marquise de Vaudreuil, était une jeune personne d’une vertu solide, d’un esprit supérieur, et douée de toutes ces grâces qui font le charme d’uu cercle d'élite, Une sagesse rare tempérait la vivacité