‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 169 sur 199 · MADAME DE CHAMPIGNY ET LES URSULINES · texte numérisé non relu

MADAME DE CHAMPIGNY ET LES URSULINES

Vers la fin d'août 1698, il fut jugé nécessaire que nos bonnes Mères allassent visiter leurs terres situées sur la rivière St. Charles. En donnant à six religieuses la permission de sortir, Mgr. de St. Vallier ne manqua pas de leur imposer l’agréable devoir d'aller prendre le dîner chez les bonnes Hospitalières de la petite rivière. Les conducteurs de cette excursion champêtre furent le R. P. Raffeix et M. de la Colombière.

La messe de communauté ayant été celébrée de bonne heure, nos voyageuses sortirent du Monastère vers cinq heures du matin, et cheminèrent dans un équipage fort modeste vers les bords de la rivière St. Charles. Après avoir fait le tour des terres, examiné les chaussées, clôtures, etc., elles se rendirent vers midi à l'Hôpital. Quelle joie de se revoir ! Pour les trois sœurs Bourdon,

ce fut un moment bien précieux, puisqu'elles étaient alors réunies pour la dernière fois. Les heures s’écoulaient trop vite; que de choses bonnes et édifiantes l'on avait à se dire !

(En foi du quel engagement, cet acte a été dressé en notre Communauté de Notre-Dame des Anges de Québec, et que nous avons signé, nous Supérieure et Conseillères au nom de tout le chapitre, et fait sceller du sceau de notre Monastère le douzième de janvier, l’an de notre salut mil sept cent deux.

(Sr, MARIE GABRIELLE DENIS DE L'ANNONCIATION, Supérieure, “Sr. Louise SOUMANDE DE Sr, AvGusrin, Maîtresse des novices, (SR. Mar1E M. SOUMANDE DE LA ConoePrion, Conseillère, (Sr, Marie G. Gosselin DE STE. MADELEINE, Conseillère, (Sr. MaRIE-MARGUERITE BoURLON DE ST. JEAN-BAPTISTE, Assistante et Secrétaire du Chapitre.’

La Mère Gabrielle Denis de l’'Annonciation, seconde supérienre de l'Hôpital-Général, était à nos classes en même temps que sa sœur Mlle, Catherine Denis, qui se fit religieuse à l’Hôtel-Dieu de Montréal.

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À deux heures, cette aimable causerie fut pour un moment suspendue par l’arrivée de sœur Catherine, fille de confiance et messagère de l'Hôtel-Dieu, avec une lettre obligeante des Hospitalières de la ville, qui désiraïient voir les Ursulines au retour du voyage, et sans retard. Les Mères de l'Hôpital-Général firent l’opposition la plus gracieuse, de sorte que nos bonnes Mères ne purent s'éloigner de “ Notre-Dame des Anges” que vers trois heures.

Les voilà donc en route pour Québec; mais bientôt elles aperçoïivent la voiture de Mme. de Champigny, qui venait en personne les prier d'entrer au palais de l’Intendant. Nouvel embarras pour les Ursulines ! Il était tard; comment satisfaire cette gracieuse amie sans désobliger les Mères de l'Hôtel-Dieu ? La question fut bientôt résolue en faveur de ces dernières ; mais Mme. de Champiguy ne se laissa pas payer d’excuses. Elle donne ordre à son cocher de rebrousser chemin, rentre à son palais et fait fermer les portes de la ville. Les Ursulines ainsi prises au piége, ne purent plus se défendre: pour pénétrer dans la “ Forteresse”” il ne restait qu’un passage, les appartements du palais de l’Intendant. L’aimable hôtesse se présente à la porte, on entre avec elle, et après mille civilités de part et d'autre, M. de Champigny et sa dame les font passer par une porte privée qui communiquait avec les remparts, et les accompagnent jusqu’aux portes de l'Hôtel-Dieu.

Les Rév. Mères Hospitalières qui les attendaient dans leur église, les reçurent au chant du Laudate en musique. Il serait difficile de raconter ici toutes les preuves de tendre amitié dont nos bonnes Mères furent l’objet en cette occasion: qu'il suflise de dire que la Mère Marie du Breuil de St. Joseph, supérieure, ainsi MMM

que ses compagnes de voyage, n’arrivèrent ici que vers huit heures du soir. ‘“ Nous renträmes dans notre maison bien lasses et bien fatiguées, comme autrefois la colombe dans l'arche. Dire toutes les honnêétetés, amitiés et cordialités que nous recûmes de ces Rév. Mères, cela se peut bien imaginer, mais non pas s’expliquer.”’

Notice sux la Dénérée fière Marguerite De Plécelles De Ste. Atbanase, Deurième supérieure De ce Monastère.

L'ancienne et vénérable Mère Marguerite de Flécelles de St. Athanase, décédée au mois de juin 1695, a pratiqué de hautes vertus dans cette maison, et mérite bien le beau souvenir qu’une constante tradition a conservé d'elle au Vieux Monastère. Nous allons esquisser sa notice biographique, citant d’abord le témoignage que lui rendent les Ursulines du grand Couvent de Paris dont elle était professe. C’est dans une lettre de la Révérende

Mère Bruscoly supérieure, que nous avons puisé les détails suivants:

“La Mère Marguerite de Flécelles est née le 28 mai 1614. Elle était d'une famille très-connue dans Paris, par les charges considérables dans la robe qu’elle y a exercées avec honneur, Elle fut mise fort jeune chez nous pensionnaire, et dès lors son excellent caractère promit de réaliser parfaitement toutes nos espérances. Son humeur était gaie et accommodante, son extérieur agréable et modeste, et ses manières si gracieuses et si prévenantes, qu’elle gagnaït tout d’abord l'estime et la confiance de ceux qui l’entouraient.

4 Mais l'Epoux céleste voulait posséder seul un cœur si bien fait, et dès sa jeunesse il l’appela à son service. Voyant que sa famille lui donnait la liberté de choisir un état de vie, elle prit J'habit de notre ordre avec une ferveur d'ange et continua ainsi son noviciat. Douée d’une intelligence et d’une pénétration peu communes, on remarqua dès lors en elle une grande facilité à s’ap-

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pliquer aux études les plus difficiles, une mémoire heureuse et une vivacité d'esprit peu ordinaire. Avec cela la bonté de son cœur se manifestait de jour en jour ; son exactitude aux observances régulières était inviolable, et son attention à la présence de Dieu la portait à s'exercer continuellement aux vertus propres de notre saint état. Cependant cette âme si parfaite qui, dès le commencement de sa vie religieuse, »’* çait d’atteindre la voie des plus saints, se vit atta : api « profession de peiner &..::"t si violentes qu’elle ne savait que uevenir. Au milieu a ces angoisses, elle entendit une voix intérieure qui lui suggérait l’idée de se consacrer par vœu à la mission du Canada. Elle le ft sans délai, et son âme, soudain inondée de joie, se sentit en même temps fortifiée d’une ferme résolution d'exécuter ce qu'elle venait de promettre à Dieu. Puis se souvenant que la bénédiction du ciel eouronne toujours les œuvres qui ont l'approbation de l’obéissance, elle alla trouver sa supérieure et lui rendit compte de tout. Il est aisé de juger quelle fut la joie de la Mère Béron de Ste. Madeleine, d’avoir à sa disposition un sujet si rare, et si propre au grand dessein qu’on avait concerté d’envoycr des Ursulines en Canada, où la Mère Marie de l’Incarnation avee Mme. de Ja Peltrie et ses deux autres compagnes, travaillaient déjà à l’instruetion des sauvages avec tant de zèle et de succès.”

Voyons maintenant comment mos ‘“ Mémoires” résument les vertus de cette vénérée Mère:

“La Mère Marguerite de Flécelles de St. Athanase, chargée d'années et de mérites, tomba malade le 28 mai 1695, dans la quatre-vingt-unième année de son âge. Quoiqu'elle ge fût trouvée assez ma] le 27 au soir, elle ne laissa pas de se lever à quatre heures, et d'aller se prosterner devant le St. Sacrement à son ordinaire. Vers cinq heures, l'on s’aperçut qu’elle avait peine à se, soutenir. L'infirmière la conduit hors du chœur et la presse de se mettre au lit, mais lle répondit que cette indisposition ne serait rien. Dans l'après-midi elle alla trouver le Père Germain au confessionnal, et quoiqu’elle eût la fièvre, elle reçut la sainte communion le lendemain au chœur. Ba nature forte et courageuse luttà encore contre le mal qui l’accablait durant trois jours ; mais le

mercredi, un redoublement de fièvre, une plus forte oppression de poitrine et quelques autres accidents, rendirent visibles les symptômes de la mort. Connaissant son état, la Mère St. Athanase demanda les derniers sacrements et les reçut avec une piété exemplaire. Quoiqu’elle fût tout-absorb.. en Dieu, et dans de grandes douleurs, elle ne laissait pas de recevoir avec une affabilité charmante les visites de ses sœurs. L'une de nous s'étant aperçue que la force de la fièvre lui donnait une soif ardente, lui en fit l’observation ; majs elle répondit par cette parole si pleine de sens : “J'ai bien une autre soif!” La supérieure lui répliqua : “Ma Mère, vous avez soif de souffrir, de glorifier Dieu, de lui gagner des âmes l””’ A cela elle répondit avec force : ‘ Oui, oui, j'ai soif de glorifier Dieu et de l’aimer!”” Puis elle prononça ce verset des psaumes : Zn terra deserta et in via et inaquosä, ete. Ainsi elle passa les derniers moments de sa vie dans cette communication douce et intime avec Dieu qui lui était habituelle, et ‘après avoir prononcé trois fois avec une dévotion sensible le saint nom de Jésus, elle expira sans agonie le 3 juin 1695, soixante-troisième anniversaire de sa profession religieuse.

La Mère St. Athanase nc 3 a toujours offert dans sa conduite le modèle d’une parfaite Urs” . Humble sans affectation, ce fut l’amour de cette vertu qui la porta, en 1682, à faire instance auprès de Mgr. de Laval pour obtenir.la grâce de ne pas entrer à l'élection de la supérieure, où sans doute elle eût été élue si la Communauté avait eu la liberté d'agir. Mais nous ayant lié les mains à notre insu, ce fut en vain qu'on voulut changer la décision de Monseigneur. Il était d'avis qu’elle nous avait servi assez longtemps dans une charge aussi responsable, et lui ayant donné sa parole, tout ce qu'on put obtenir de lui et d’elle, fut la permission de l’élire assistante.

‘ Cette excellente Mère portait jusqu’au scrupule l'amour de la pauvreté religieuse, et jamais nous ne lui avons vu s'approprier aucune chose de tout ce qu'on lui envoyait de France ; son unique plaisir était de laisser aux autres l’usage de ce qui lui venait de ses parents. Son zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes était le mobile de toutes ses actions.

ssion de “ Ayant exercé la charge de supérieure durant dix-huit années symptô- et celle d’assistante douze ans, elle se regardait cependant nase de- comme la servante de ses sœurs, se rendant toujours la première $ exem- aux travaux communs. Quand nous cherchions des prétextes grandes pour l'éloigner de la lessive et des autres lieux de travail, elle nous té char- faisait tant d'instances qu’il fallait céder à ses désirs pour ne pas que que la contrister. Son obéissance était entière et parfaite, embrassant l'obser- les plus petites choses comme les plus grandes. Amie de l'austé- > sens : rité, son jeûne eût été continuel si la permission lui en avait été : “Ma donnée, et elle jeûna encore le jour qu’elle tomba malade. Bagner “ Ses meubles les plus riches étaient ses instruments de péniai soif tence, et quand on lui représentait que son grand âge la dispensait set des des haires et des cilices, elle répondait agréablement : ‘ Mes pensi elle tites sœurs, il faut aller jusqu’au bout, et ne point donner de reication pos à la nature lâche et paresseuse.” Je ne dois pas oublier ici avoir la générosité envers Dieu dont elle fit preuve dans nos deux in- Hs de cendies. Ce n’était pas assez pour elle de se soumettre à la diisième vine Providence en tout ce qui nous arrivait de fâcheux, il lui fallait de plus entraîner les autres, par ses paroles et ses exemples, nduite à entrer dans cette voie d'abandon à la divine volonté qui faisait On, ce son propre bonheur. Le zèle de la Mère St. Athanase pour la stance conversion des sauvages était tout-à-fait admirable, et pour l’obtetrer à nir du ciel elle n’épargnait ni prières ni pénitences. Mais les dé. e si la lices de son cœur étaient l'instruction de la jeunesse et celle des ié les filles sauvages en particulier. Durant les heures de classe, c'était cision là qu'il fallait la chercher tous les jours de sa vie, si l’on en exassez cepte les derniers six mois.

donné “ La Mère Marguerite de Flécelles de St. Athanase sera tourmis- jours regardée comme une insigne bienfaitrice de ce Monastère, et le Seigneur, qui seul connaît combien nous lui sommes redevables, de la la récompense maintenant comme nous l’espérons. Tant de rares prier vertus nous rendent plus sensibles à sa perte, et sa mémoire sera | uni- toujours en bénédiction parmi nous.” li lui

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