‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 176 sur 199 · UNE JEUNE CAPTIVE SE FAIT RELIGIEUSE URSULINE · texte numérisé non relu

UNE JEUNE CAPTIVE SE FAIT RELIGIEUSE URSULINE

La famille de Mile. Marie-Anne Davis, originaire d'Angleterre, vivait à Salem près de Boston, quand elle fut enveloppée dans un de ces massacres nocturnes dont l’histoire des colonies nous offre si souvent l’affreux tableau (1).

Mile. Davis, après avoir vu périr ses parents et brûler son héritage, fut enlevée par un chef de la nation des Abénaquis. La petite Blanche,” comme l’appelaient les sauvages, fut immédiatement transportée dans les profondeurs des terres de chasse de ces tribus, sur les bords de la rivière Penobscot, et logée dans une cabane d'écorce. Là, entourée des caresses de sa famille adoptive, Marie-Anne, à peine âgée de six ans, oublia bientôt sa patrie, ses parents et son propre malheur. Comme l'oiseau captif qui chante gaîment sans souvenance aucune de sa première liberté, la petite fille des “ Blancs ” grandissait joyeuse ct insouciante au milieu des hommes rouges, et le vieux chef qui l'aimait comme sa fille, faisait respecter à tous l'innocence de sa jeune captive.

Vers l’âge de quinze ans, elle fut instruite et baptisée sous condition par le R. P. Sébastien Râle, S. J., l’apôtre des Abénaquis, dont le crédit auprès des sauvages ne contribua pas peu à la délivrance de la jeune Marie-Anne, Une ambassade ayant été envoyée

(1) Personne n’ignore la triste position où se trouvaient en ces premiers temps les colons de la Nouvelle-Angleterre. Comme ceux du Canada, ils furent pendant de longues années presque toujours en face de la mort. Dispersés çà et là dans des habitations isolées, ils étaient peu en état de résister à leurs traîtres et implacables ennemis, les sauvages, fiers propriétaires du sol américain qui avaient juré d’exterminer la race des ‘ Blancs.”

Les précautions ne les mettaient pas à l’abri des massacres, et c'est un fait constaté que dans le seul territoire occupé par les états du Maine, du Massachusetts et du Nouveau-Hampshire, vingt-cinq mille personnes, tant hommes que femmes ct enfants, périrent ainsi dans l'espace d’une trentaine d'années.

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de Boston pour réclamer les captifs et faire l'échange des prisonhiers de guerre, ceux-ci voulurent ramener en son pays leur jeune compatriote. Mais, instruite et éclairée des lumières de notre sainte foi, Mlle. Davis comprit les dangers qui résulteraient d’une pareille démarche, surtout dans sa position isolée et dépendante, sans amis et sans parents pour la défendre et la protéger. Les sauvages, de leur côté, suscitaient maïints obstacles au départ de leur chère ‘“ Blanche,” et ce ne fut qu'après de longues négociations qu’elle put être rachetée même par les Français, dont elle accepta avec reconnaissance la protection et l'hospitalité. Après quelques changements de résidence, elle fut amenée à Québec, et obtint la permission de venir passer une année au pensionnat. C’est alors que la jeune étrangère comprit véritablement la tendresse des soins dont la Providence l'avait entourée.

A son entrée dans cette ‘“ maison des vierges” dont elle avait autrefois entendu parler au milieu des sauvages, son cœur fut transporté de joie : “ C’est la maison de Jésus, s’écria-t-elle, c’est ici que je veux vivre et mourir l”” Personne alors ne prévit que ces paroles se réaliseraient bientôt; mais la vertueuse jeune fille avait, en effet, pris la résolution de se consacrer au Seigneur, et elle y fut fidèle, malgré les obstacles qui s’opposèrent à son pieux projet. Une éducation peu en rapport avec les mœurs et le langage du pays, était le plus considérable de ces obstacles ; d'un autre côté, son aptitude pour l'étude des langues sauvages parlait en sa faveur, car les religieuses entrevoyaient de quel secours elle pourrait être à la Communauté pour l'instruction des séminaristes. On l’appliqua dons à l'étude de l’Algonquin et de l’Abénaquis, et elle y fit d’étonnants progrès.

Après une année de pension, cette enfant de la Providence renouvela ses instances pour obtenir l’entrée du noviciat, ce qui lui fut accordé avec d'autant plus de facilité, que chacune admirait alors en elle des talents et des qualités bien supérieures aux espérances qu’on avait conçues à son sujet.

Revêtue de l’habit de notre ordre à l’âge de vingt ans, Mlle. Davis se montra dès lors telle qu’on la vit toujours dans la suite, humble et douce, laborieuse et obéissante. Elle remplissait avec

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joie les devoirs dont l’obéissance la chargeait, mais les délices de sa vie étaient la décoration des autels, et l'emploi qu'elle ambitionnait le plus était celui de sacristine, qu’elle a rempli avec bonheur durant de longues années.

Ayant contracté une maladie sérieuse vers l'âge de soixantedix ans, elle résista au mal pendant cinq mois ; à voir l'allégresse avec laquelle cette âme fervente se préparait à mourir, on eût dit qu’elle entendait à chaque instant cette assurance anticipée de béatitude: ‘“ Venez, les bénis de mon Père, posséder le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde !”’ La Mère Marie-Anne Davis de St. Benoit décéda le 2 mars 1749. Elle avait quarante-huit années de profession religieuse.

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