‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 34 sur 199 · BEAUX EXEMPLES DE VERTU DANS LES NÉOPHYTES SAUVAGES · texte numérisé non relu

BEAUX EXEMPLES DE VERTU DANS LES NÉOPHYTES SAUVAGES

Ce serait priver nos intéressantes lectrices d’un grand sujet d’édification que de ne pas dire ici quelques mots

des néophytes sauvages qui fréquentaient autrefois nos parloirs.

Voici comme parle notre Vén. Mère de ses filles et de ses fils spirituels :

sense sense O ma chère sœur, quel plaisir de se voir au milieu d’une troupe de femmes et de filles sauvages dont les pauvres habits, qui ne sont qu'un bout de peau ou de vieille couverture, n’ont pas si bonne odeur que ceux des Dames de France; mais la candeur et la simplicité de leur esprit est si ravissante qu’elle ne se peut dire. Celle des hommes n’est pas moindre. Je vois des Capitaines généreux et vaillans se mettre à genoux à mes pieds, me priant de les faire prier Dieu avant que de manger ; ils joignent les mains comme des enfans, et je leur fais dire tout ce que je veux. Ilen est arrivé plusieurs d’une nation fort éloignée qui, en nous voyant, étaient en peine de notre façon de vivre. Ils:me demandaient pourquoi nous avions la tête enveloppée, et pourquoi l’on ne nous voyait que par des trous ? C’est ainsi qu’ils appelaient notre grille. Je leur dis que les vierges de notre pays étaient ainsi vêtues et que l’on ne les voyait pas autrement qu'à travers des grilles. Ils étaient ravis de ce que pour l’amour de leur nation nous avions quitté notre pays, et que par pure charité, nous vêtions et nourrissions leurs filles comme si elles nous eussent appartenu.”

L'un d'eux me dit: “Tu sauras bientôt parler comme nous ; pour nous, nous n'avons point encore d'esprit, mais nous en aurons quand nous serons instruits.”

Dans une autre lettre, nous trouvons les détails suivants : ‘* Le bon Victor est un des meilleurs chrétiens ; ayant peu de mémoire, il oublie facilement ses prières : il n’en est pas de même de son oraison intérieure, car il

est dans une attention continuelle à Dieu, et dans un entretien familier et très-intime avec sa divine Majesté ; mais il croit ne rien faire s’il ne fait comme les autres chrétiens. Il s’en vient donc à la grille, et à la première de nous qu’il rencontre, il dit : “ Hélas! je n’ai point d'esprit, fais-moi prier Dieu.” Il a la patience de se faire répéter dix ou douze fois une prière, et la croyant bien savoir, il retourne à sa cabane, où il n’est pas plus tôt arrivé qu’il l’oub'ie. Il revient aussitôt, puis, les mens jointes, il coufesse comme un enfant qu'il n’a pas d'esprit, et prie qu’on recommence à l’instruire. Combien pensez-vous que cette ferveur est agréable aux âmes qui désirent la gloire de Dieu et le salut de ces pauvres sauvages !

‘ Le bon Charles s'accorde des mieux avec celui-ci ; car quand il le visite il lui dit: ‘“ Prions Dieu, mon frère!” Ils se mettent à genoux et récitent trois ou quatre fois le chapelet avant de se lever. Je n'avais dessein de vous parler que de nos séminaristes, mais comme ceux-ci sont passagers et la plupart du temps à notre grille, il ne m'est pas facile de m'empêcher de parler de leur ferveur, la charité me liant à nos néophytes d’une étrange manière.”

Voici un autre trait bien frappant de la vertu de Victor, c'est le R. P. Vimont qui parle.

“Victor 8echkivé, voulant aller en traite, vint se présenter au sacrement de pénitence. Après avoir fait ses dévotions, il dit: ‘ Mon Père, prie Dieu pour moi et pour ina femme et pour mon enfant; je suis par expérience ce que peut la prière faite sans feintise. Tu vois ma petite fille, Dieu me l’a donnée deux fois; étant cet hiver dans les bois pour faire notre grande chasse, elle tomba malade, de sorte que je n’attendais plus que sa mort. Ma femme ne faisait que pleurer: ‘ Les larmes,

lui dis-je, ne ressusciteront pas votre enfant; ayons recours à Celui qui nous l’a donnée et prions-le qu’il nous la donne une autre fois.”

Jls se mirent donc à genoux et firent cette petite prière plus remplie de sentiment que de paroles: “Toi qui as tout fait et qui conserves tout, c’est toi qui as créé cette enfant et qui nous l'as donnée: elle est malade, tu peux la guérir; guéris-la donc si tu veux; si elle vit, elle croira en toi; elle t’obéira quand elle sera grande. Si tu ne la veux pas guérir, je ne laisserai pas de croire en toi; je n’en dirai pas un mot davantage, car tu es le maître, fais ce que tu voudras.” Le lendemain, disait le bon néophyte, ma fille était en aussi bonne santé que tu la vois maintenant !...........7

Encore, chères lectrices, un moment d’attention, ce sont des traits charmants du bon Charles, que nous trouvons dans les écrits de notre Vén. Mère. ‘“ Nous habitons, dit-elle, un quartier (la Basse-Ville) où les Montagnais, les Algonquins, les Abénaqui8ois et ceux du Saguenay viennent s'arrêter ; tous veulent croire en Dieu et lui obéir; n’y a-t-il pas là de quoi mourir de joie? Un homme de leurs côtes, qui a été baptisé depuis peu, a plus fait par ses sermons, que cent prédicateurs. C’est le bon Charles de Tadoussac. Il n’y a que deux jours que je prenais un singulier plaisir à lui faire raconter ses harangues, et de quelle manière il s'est comporté au dernier voyage qu'il a fait à Tadoussac, où il emporta tous les cœurs pour les faire acquiescer à la doctrine que prêchait le Père le Jeune. Enfin, l’on voyait prêcher deux apôtres en même temps, l’un Jésuite, l’autre sauvage, chrétien seulement depuis six mois.

Dans l'entretien que j’eus avec ce bon néophyte, je ius 7ivement touchée pendant qu’il me racontait tout

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