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ce qu’il avait fait pour gagner ses compatriotes. Je lui dis pour l’encourager davantage: ‘Je vais te donner de la bougie et des images, afin que tu puisses prier le matin et le soir lorsque tu seras à la chasse.” Cela va bien, me dit-il, je m’en vais te moutrer comme je dresserai mon autel, et de quelle manière je prierai Dieu.” Il plaça ses images, puis il se mit à genoux, et ayant fait le signe de la croix, il pria quelque temps avec tant d’ardeur, et entra dans un si profond recucillement qu’il semblait qu'il fûtravi. Ce fut Charles qui éleva une cabane d’écorce pour le Père le Jeune, et lui fit aussi une petite chapelle. C’était encore lui qui le gardait de crainte que quelque ennemi de la foi ne l’abordât: ‘Mon Père, lui disait-il, je porte mon pistolet pour te garder, et je ferai autant de pas que toi.”
Les traits édifiants qui suivent se trouvent dans une autre lettre. |
‘ Comme le grand fleuve de St. Laurent, a été cette année tout couvert de glace, il a servi de pont à nos sauvages, et ils y marchaient comme sur une belle plaine. Nous eûmes toute la satisfaction possible, la veille et le matin du saint jour de Pâques, de les voir accourir à perte d’haleine pour se confesser et communier. Comme nous sommes logées sur le bord de l’eau, ils aperçurent quelques unes de nous et s’écrièrent : “ Dites-nous si c’est aujourd’hui le jour de Pâques, auquel Jésus est ressuscité? Avons-nous bien compris notre Massinahigan ?” C’est un papier sur lequel on leur a marqué les jours et les lunes. Oui, répondîmes-nous, mais il est tard, et vous êtes en danger de ne point entendre la messe.” A ces mots, ils commencèrent à courir au haut de la montagne et arrivèrent à l’église où ils eurent encore le temps de faire M
leurs dévotions. Ils étaient altérés comme des cerfs du désir d'entendre la sainte messe et de recevoir le Baint-Sacrement, après en avoir été privés durant quatre mois.
On les voyait venir en notre petite église faire leurs prières par troupes, rendre leur première visite au Saint-Sacrement, et nous prier de les aider à rendre grâces à Dieu de ce qu’il les avait gardés durant leur chasse qu'il leur avait donnée très-bonne. Charles, dont les Relations parlent si avantageusement, fut un des premiers qui arriva la veille de Pâques, avec une grande troupe de femmes et de filles pour se disposer à la fête. Après son action de grâces, je lui dis : ‘Que veux-tu faire de toutes ces femmes et ces filles ?”” ‘ Ma Ningue, me dit-il, c’est-à-dire ma mère, je les ai toujours gardées durant la chasse, et je n'avais garde de les laisser seules, de crainte qu’il ne leur arrivât quelque accident ; nous avons toujours prié ensemble et elles n'ont point eu d'autre cabane que la mienne.” Ce bon homme, qui mène la vie d’un saint, n'avait quasi rien rapporté de sa chasse, parce qu’il lui avait toujours fallu nourrir ses hôtesses durant les trois mois de son absence, nar un pur zèle de rendre service à Dieu. Il fit preuve d’un zèle apostolique, en allant au Saguenay, afin d'inviter de nouveau sa nation à croire en Dieu ; à cet effet il me vint trouver et me dit: ‘“Jete prie de me prêter un crucifix assez grand, je te le rapporterai, je ferai un coffre exprès pour le conserver.” Je lui dis: “Que veux-tu en faire?” ‘Je veux, dit-il, aller aider le Père de Quen à convertir ma nation. Il y a des lieux très-dangereux où il ne saurait aller, ce sont des cascades où il faut toujours aller à genoux dans les eaux; 1noi j'irai pour convertir mes gens, et je ferai ce voyage que le Père ne saurait faire saus mourir!” Je
le louai de son dessein et je lui donnai mon crucifix qu'il baisa avec une grande dévotion, puis il sortit aussitôt pour aller trouver sa compagnie qui était venue ici pour se faire instruire et baptiser. Ce sauvage, devenu apôtre, a enseigné tous ceux de sa nation, en sorte qu’ils sont cupables d’être mis au nombre des enfants de Dieu. Le Père de Quen, qui l'avait attendu à Tadoussac, n'ayant pu passer outre, fnt ravi du zèle apostolique de Charles, de sorte qu’en peu de temps il en baptisa un grand nombre.”
Parlons maintenant, chères lectrices, du jeune Au gustin. ‘Un jeune homme, de ceux que nous vîmes baptisés, dit la Vén. Mère de l'Incarnation, ne voulut jamais partir qu’il ne fût lavé des eaux du saint baptême. Je l’interrogeai longtemps sur les mystères de notre sainte religion, et j'étais ravie de l'entendre et de voir qu'il en avait plus de connaissance que des milliers de chrétiens qui font les savants: c’est pour cela qu'on le nomma Augustin. Durant son séjour à la chasse, il fut contraint de demeurer avec des payens de sa nation, qui est des plus libertines. Ils lui donnèrent de grands sujets d'exercer sa foi et sa patience ; mais, quoi qu'ils lui pussent dire, ils ne l’ébranlèrent jamais, et il ne quitta point sa prière, qui est le point sur lequel on le combattait. Etant de retour pour la fête de Pâques, je lui demandai comment il s'était comporté. ‘Ah! me dit-il, le diable m'a grandement tenté!” Et que faisais-tu pour le chasser, lui dis-je? Je tenais, répondit-il, en la main le chapelet que tu m'as donné, et je faisais le signe de Jésus, (le signe de la croix) puis, je disais : “ Aie pitié de moi, Jésus ; c’est toi qui me soutiens, chasse le diable, afin qu’il ne me trompe point !”’ Ainsi ce bon néophyte demeura victorieux de ses ennemis visibles et invisibles.”
Nous trouvons, chères lectrices, dans nos vieux ré-
istres ainsi que dans les écrits de notre Vén. Mère de ’Incarnation des détails sur un grand nombre d’autres
bons sauvages. Déjà vous connaissez Joseph l’Algonquin, le pauvre ‘“ Pierre Ondakion”” ou Ahandation, dont nos Mères adoptèrent les enfants, Noël, Michel, Jean-Baptiste, etc., ete., qui tous étaient les habitués de nos parloirs et l'honneur du Christianisme. Il serait beau, ce semble, de vous faire part de tous les pieux récits qui les concernent; cependant nous ne rapporterons que les traits suivants.
“ Nous voyons continuellement faire à notre grille des actes de vertu, continue notre Mère: un Huron nommé Michel, instruit par la Mère St. Joseph, étant pressé par d’autres sauvages de sa nation d’aller à la chasse, leur dit qu’il ne pouvait se résoudre d’y aller qu’il n’en eût eu la permission de sa bonne Mère et directrice. Les autres lui répondirent avec une sorte d'indignation et de mépris: ‘“ Ah! tu n’es pas un homme, mais une femme !”’ A ces paroles, ce pauvre homme baissa la vue sans oser dire un mot, maïs son cœur en fut vivement touché. Il alla déclarer sa peine à sa bonne maîtresse, qui le consola et l’exhorta de supporter cette injure en chrétien, qui doit faire profession de patience et d'aimer ses ennemis. Il lui répondit en soupirant: ‘“ Ah! Marie, c'est une chose difficile à un homme d’être tenu pour une femme. Néanmoins, puisque je veux être chrétien, il faut que j'imite Jésus-Christ.” Le voyant dans cette disposition, la Mère Marie de St. Joseph lui conseilla d'aller avec les autres. Il y alla et en revint heureusement. Il avait pardonné à son ennemi, maïs Dieu entira le chàtiment, car il permit que cet iufidèle fût pris par les- Iroquois.
“ Je vous ai déjà parlé, dit-elle dans la même lettre, de la bonne Marie, femme de Bernard, qui a £té tué par les Iroquois; cinq jours après son arrivée, une jeune femme Attikamèque vint se présenter à elle. La première chose que fit Marie, qui ne la connaissait pas, fut de lui inspirer ses sentiments ainsi que les sauvages chrétiens ont coutume de faire aux infidèles : J'ai été captive aux Iroquois, lui dit-elle, où j'ai souffert toutes les misères qu’on peut souffrir, mais tout cela n’est rien en comparaison de ce que tu souffriras en enfer si tu n’es chrétienne.” L'autre lui répondit : Je le suis, mais j'ai un mari payen qui à une autre femme que moi, et je voudrais bien le quitter, car il a
‘ une aversion extrême de la foi et de la prière.” A ces
paroles, Marie l’embrassa et lui dit: “ Ah! si tu savais la valeur de la foi, tu la préfèrerais à toutes choses et à la vie même. La foi est une chose si admirable qu’on ne la peut assez estimer: elle réunit les nations et de plusieurs n’en fait qu’une. C’est elle qui fait que les chrétiens sont mes parents, et qu’ils me traitent comme si j'étais leur sœur ; c’est la foi qui fait que je t'aime; car quel sujet ai-je de t'aimer? Tu n’es point de ma nation, je ne te connais pas, il importe fort peu que tu vives ou que tu meures, que tu restes ici ou que tu t'en ailles; cependant je ne sais comment cela se fait, mais je sens bien que je t'aime parce que je crois en Dieu et que tu crois en lui. C’est pour cela que je ne puis m'empêcher de te donner un bon conseil, qui est de laisser ton mari avec sa femme, car il te ferait perdre la foi, qui est le plus grand mal qui pourrait t'arriver. De plus, tu seras peut-être prise par les Iroquois, qui te feront souffrir toutes sortes de tourments.
“ Ah! si tu savais la pesanteur du joug de la captivité et combien il est sensible à un chrétien d’être éloi
gné de la maison de la prière! L'on porte envie aux petits oiseaux: souvent je leur disais: ‘“ Ah! que ne puis-je voler pour aller prier Dieu avec les chrétiens !” Si je voyais de loin une montagne, je disais: ‘Que ne suis-je en haut de ta cime pour me voir délivrée de ma captivité !” En un mot, la mort est plus douce que la vie à un captif: si ton mari te fait quitter la foi, ce sera bieu encore pis, car sortant des mains des Iroquois, tu tomberas en celles des démons qui te tourmenteront en des feux qui n’auront jamais de fin, et d’un esclavage passager, tu tomberas dans une captivité éternelle.” Cette exhortation si touchante fit prendre à cette jeune femme la résolution de ne plus retourner parmi les payens: voilà une petite partie des fruits que cette nouvelle Eglise a produits cette année !”
A ces paroles si naïves de notre bonne Mère, nous ajouterons ici le témoignage du R. P. Vimont (1): “ Les Ursulines ont de petites écolières françaises, et le pays se peuplant davantage, augmentera aussi leur emploi: elles ont des séminaristes passagères tirées des cabanes sauvages et elles en ont de sédentaires. Leurs grilles sont visitées des nouveaux chrétiens et des bons néophytes qui les vont voir pour entendre parler des choses du ciel. Il y a des religieuses en cette maison qui parlent Algonquin, d’autres qui parlent Huron: elles honorent Notre-Seigneur en plusieurs langues, et sa bonté leur donne occasion de débiter la science qu’il leur a départie, leur envoyant des personnes qui, par leur moyen, apprennent à le connaître et à l'aimer.
‘“ Comme les séminaristes sédentaires sont vêtues à la française, et demeurent avec les pensionnaires françaises, on tâche par fois de leur donner de l’émulation. On en fait communier cette année une petite bande
(1) Relation, 1644.
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des unes et des autres. Une maîtresse a pris soin des françaises et une autre des filles sauvages; elles ont employé six semaines à les instruire et à les disposer plus particulièrement à cette communion. Ces enfants firent paraître tant d'affection et tant ‘de ferveur que ces bonnes Mères en étaient dans l’étonnement, les voyant goûter et concevoir les choses de Dieu d'une façon toute particulière. On aurait de la peine à croire que de petites filles sai. ‘ages se rendissent ponctuelles aux temps des prières et des instructions, si nos yeux ne voyaient cette vérité. Il n’y a donc rien de si farouche, que la douceur, la grâce et l'éducation ne polisse. On entend souvent avec plaisir ces petites sauvages entonner un motet dans le chœur des religieuses pendant l'élévation du St. Sacrement, et même encore chanter quelquefois avec elles pendont vèêpres. Il n’y a pas de doute que si l’on avait le moyen d'en loger un nombre, qu’on les rendrait aussi adroites et aussi gentilles que nos Européennes. (Ce n’est pas, cependant, ce que l’on cherche à présent, maïs bien de graver dans leur cœur l’amour et la crainte de Celui dont elles ont maintenant connaissance; c’est à quoi visent les travaux de ces bonnes Mères auxquels Notre-Seigneur semble donner sa bénédiction.”
‘ Il ne se passe jamais quinze jours, dit la Mère de l’Incarnation, qu’elles ne demandent à se confesser ; elles font tous les soirs une exacte recherche de leur conscience, mais avec une telle candeur, qu'elles disent publiquement les fautes qu'elles ont marquées en leur examen; que si elles en oublient quelqu’une qui ait
paru au dehors, celle qui eu aura la connaissance dira tout haut: ‘ Ma sœur, vous ne vous souvenez pas de
telle faute ; demandez-en pardon à Dieu.” Ce procédé ne les offense point, le bon accord et la bonne intelli-
gence qu'elles ont par ensemble, leur est quasi naturelle. Le Père leur ayant promis, qu’elles jouiraient du bonheur de communier à Pâques, si elles étaient savantes, il n’est pas croyable combien cette réponse les réjouit ; mais la crainte qu’elles eurent de ne pas bien répondre aux interrogations qu’on leur devait faire sur ce grand mystère les porta à venir me trouver tous les jours, pour me prier à mains jointes de les ‘nstruire. Enfin elles ont vu combler leur désir; Notre-Seigneur s’est emparé de leurs cœurs. La préparation et la ferveur qu’elles ont apportée à cette action toute divine nous donnait autant d’étonnement que d’édification. J'avoue qu’elles ont surpassé mon attente, les voyant instruites et touchées au-delà de mes espérances.
6... Le temps de leur communion approchant, leur maîtresse, qui voyait augmenter leur désir, leur dit qu’il leur manquait encore quelque chose pour plaire à celui qu’elles voulaient recevoir; ces pauvres enfants se croyant rebutées, demandaient en pleurant ce qu’il fallait donc faire. On leur parle d’une confession générale, qui ne pouvait pas être de beaucoup d’années, non-seulement parce qu’elles sont encore jeunes, mais aussi parce qu'il n’y a pas longtemps qu’elles sont baptisées; on les instruit là-dessus, elles s’y comportent en personnes mûres et touchées de Dieu, se confessant avec beaucoup de tendresse et une grande douleur de leurs péchés. S’étant ainsi disposées, elles vont trouver leur maîtresse et lui disent : “Il n’y a plus rien dans notre cœur, tout le mal en est dehors ; c’est à ce coup que Jésus y viendra.” On leur accorde enfin ce qu’elles avaient tant demandé et tant attendu. En vérité Notre-Seigneur ne fait point de distinction du barbare ou du Grec, il agit en ce sacrement selon la disposition de notre cœur. Ces petites âmes en firent
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paraître les effets. ‘“ Plût à Dieu, disait l’une, que celui qui m'est venu voir demeurât toujours avec moi !”? “Oh! que j'ai ressenti un grand désir de ne jamais plus l’offenser, disait l’autre !”” Fût-il ainsi, ajoutait sa compagne, que jamais je ne retournasse aux cabanes des sauvages, j'ai trop peur d’offenser Dieu.”
À peine aurait-on cru, continue le Père Vimont, que les filles sauvages dussent jamais s’assujettir à tous les exercices d’une classe comme font les françaises ; on n'eut jamais pensé dans les commencements qu’il fût permis de parler de correction à des enfants qui n’en reçoivent jamais de leurs parents. Cela se fait néanmoins et avec fruit, et maintenant elles s’y accoutument, soit à l'exemple des françaises, soit que leur esprit se rende peu à peu plus souple. La Mère de l’Incarnation ayant vu quelqu’une d’entre elles commettre une faute, elle recommanda à la maîtresse de lui imposer une pénitence ; la pauvre enfant se montra plus contrite et plus affligée de sa faute que de la peine ; elle vint se jeter aux pieds de la Mère Supérieure après la correction, avec des regrets si sensibles qu’il la fallut consoler, Comme on disait un jour aux séminaristes que les corps des bienheureux auraient d'autant plus de gloire qu'ils auraient souffert ici-bas avec plus de patience, et que la grandeur de leurs souffrances serait la mesure de leur éternelle beauté: ‘Voilà qui va bien, répondirent-elles, les sauvages seront donc bien beaux dans le ciel, car ils souffrent beaucoup, surtout pendant l’hiver ; cela nous donne envie d’être malades, afin d’endurer davantage pour avoir plus de gloire. Elles offrent à Notre-Seigneur leurs petits travaux et leurs petites peines, dirigeant leurs pensées et leurs intentions avant de commencer leurs petits ouvrages ; que si la chose est penible, elles s’arrêtent par fois un
peu dé temps pour faire une petite prière ou une élévation de cœur au ciel. Elles font même plus que cela, car pour entretenir cette ferveur, il y en a toujours une qui réveille l'attention des autres, s’écriant tout baut: “Faisons tout pour l’amour de Notre-Seigneur, mes sœurs, faisons tout pour son amour.” Cette dévotion les tire petit à petit de la paresse et de la liberté qui est trop naturelle aux sauvages.
‘ Deux séminaristes ayant été envoyées en quelque endroit, s'étant arrêtées plus de temps qu'il n’en fallait pour la commission qu’on leur avait donnée, ne répondaient rien à leur maîtresse qui les grondait; mais comme elle leur eut demandé à quoi elles avaient employé leur temps: ‘“ Nous nous sommes arrêtées, direntelles, à penser aux souffrances du Fils de Dieu et à en parler, car il est bien étrange qu'il se soit fait homme pour soufirir et pour payer son Père ; il aime donc bien les hommes, puisqu'il a tant enduré pour leurs péchés.” “Je pense souvent à cela pendant la messe,” disait l’une des deux. “ Et moi, disait l’autre, j'y pense aussi, et je me donne à lui, et je le prie qu’il dispose de moi comme il voudra.”
“ Je n'aurais pas pensé que les sauvages fussent si constants à prier pour leurs bienfaiteurs. Une jeune fille, âgée d'environ douze ans, disait au Père qui est retourné cette année de France: “Il ne s’est pas passé de jour que je n’aie prié pour toi!” Le Père ne la croyant pas, lui demande ce qu'elle disait à Dieu : aussitôt, sans hésiter, elle lui dit promptement : “ Voici comme je lui parle: Mon Dieu, ayez pitié de notre Père, conservez-le, empêchez qu'il ne fasse naufrage par un trop grand vent ou par de trop grandes vagues ; menez-le en son pays, et ramenez-le ici; vous pouvez
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tout.” Voilà toute sa rhétorique, qui vaut mieux que celle de Cicéron.” “Or, continue le Père, parlant toujours des Ursulines, ce n’est pas seulement à l'endroit de ces jeunes enfants que ces bonnes Mères emploient leur zèle: des femmes sauvages, et même encore d’autres personnes les vont visiter à leurs grilles et les supplient de leur donner quelque instruction; d’autres laissent leurs filles comme en dépôt pendant quelques mois qu'ils vont faire leurs grandes chasses, ce qui ‘les accommode entièrement: car ils n’ont point la peine de les traîner après eux dans les bois ; au contraire ils sont bien assurés que leurs enfants ne souffriront ni la faim, ni le froid pendant qu'ils seront avec ces bonnes Mères, et ce qui vaut mieux que tout le reste, ile se réjouissent de ce qu’on leur apprend le chemin du ciel. Une pauvre femme voulant laisser sa fille aux Ursulines avec les autres, cette enfant ne put demeurer si longtemps éloignée de sa mère ; elle pleure, elle s’afflige, enfin on la renvoie à ses parents. La mère s'en attristant disait : ‘ Ma fille n’a pas d'esprit; j’espérais qu’elle m’enseignerait ce qu’elle aurait appris auprès de ces bonnes Mères cet hiver, et me voilà frustrée de mon attente.” Une de leurs parentes disait à cet enfant: ‘ Plût à Dieu que je fusse de ton âge pour être avec les religieuses ; j'aurais plus d'esprit que toi, car je ne les quitterais pas que je ne fusse instruite.” Pour conclusion, ces deux bonnes femmes sauvages vinrent assidûment aux Ursulines durant cinq ou six semaines pour entendre parler de la doctrine de Jésus-Christ, puis il leur fallut suivre dans les bois ceux qu'elles ne pouvaient plus quitter. 4 Une autre femme sauvage baptisée depuis quelques années s’en alla exprès chez les Mères et demanda qu'on l'instruisît du très-Saint-Sacrement. ‘J'ai été long-
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