‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 44 sur 199 · MAISON DE MADAME DE LA PELTRIE · texte numérisé non relu

MAISON DE MADAME DE LA PELTRIE

Peu de temps après son retour de Montréal, Mme. de la Peltrie jugea à propos de faire bâtir une maison, sur les deux arpents de terre qui lui appartenaient dans le voisinage du Monastère.

Il ne s’agit pas ici, chères lectrices, d’un édifice remarquable pour ses dimensions, puisque la maison dite ‘de Mme. de la Peltrie,” quoiqu’à deux étages, n'avait que trente pieds de longueur sur vingt de largeur. Elle était de pierre et se trouvait à cent pas du Monastère.

Cette maison, d’abord louée au profit de la Communauté, devint une véritable Providence pour nos Mères, à l’époque des incendies. Mais elle n’eut pas seulement l'honneur de tenir lieu de monastère à la famille du cloître à deux différentes reprises, elle servit même assez longtemps de palais épiscopal, à l’arrivée du premier évêque à Québec.

D'autres souvenirs encore se rattachaïent à ces murs vénérables qui ne furent démolis qu’en 1886. C’est là, en effet, que s’éteignit en 1652, au milieu d’incommodités de tout genre et avec des marques si sensibles de prédestination, la bien-aimée Mère St. Joseph, qui fut la première des trois fondatrices à recueillir le prix de ses travaux.

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Nous ne devons pas oublier de mentionner aussi que dans ces mêmes murs la Vén. Mère de l’Incarnation réunit, pendant de nombreuses années, les anciennes élèves afin de les entretenir dans la piété envers la Ste. Famille. Ces réunions paraissent avoir été interrompues vers l’an 1676.

La maison de Mme. de la Peltrie servait depuis longtemps de classes aux élèves externes, mais elle était bien délabrée, ayant souffert non-seulement du temps, mais des bombes et des boulets à l’époque du siége. On se crut obligé de la remplacer, il y adix-sept ans, par un édifice plus spacieux et plus commode: c’est celui qui se voit sur la rue des Jardins, et où s’assemblent, comme par le passé, les nombreuses élèves qui composent l’Externat.

Depuis douze ans, toutefois, l’école des externes n’a pas été surchargée au point où elle l'était auparavant, vû l'établissement à Québec des Sœurs de Charité et la fondation des Sœurs du Bon Pasteur, dont les écoles réunissent un grand nombre d'enfants dans trois quartiers de la ville: St. Jean, Champlain et St. Louis.

C'est en 1824, qu’on ouvrit à l’Externat des classes anglaises en faveur des jeunes filles parlant cette langue. De plus, on établit un catéchisme anglais, préparatoire à la première communion, pour celles qui ne pouvaient suivre les classes. Le nombre de ces jeunes filles venues aux externes dans les classes anglaises, uniquement pour recevoir l'instruction religieuse, a dépassé deux mille de 1824 à 1850,

Nous entrerons plus tard dans le détail du bien produit par cette école des externes, sous le rapport de l'instruction élémentaire; disons en passant que dans l’Institut des religieuses Ursulines, une école élémentaire gratuite ou Externat est regardée comme

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aussi indispensable qu’un Pensionnat, afin que les enfants pauvres aussi bien que les riches puissent participer au bienfait de l'instruction.

$11.—SECOURS DE FRANCE—AUMÔNES PRODIGUÉES AUX SAUVAGES— LE MONASTÈRE S'ACHÈVE,

À l'arrivée des vaisseaux, dans l’automne de 1644, on reçut de France deux mille huit cent quatre-vingt-quatorze livres ; de plus, une chasuble en drap d'argent (1) et cinq tableaux d'église. Au printemps suivant, on reeut encore la somme de quatre mille quatre cent quarante-sept livres. Tout cela fut employé à soulager la misère des sauvages, à les nourrir et vêtir, surtout les femmes et les filles; et il en fut ainsi pendant de nombreuses années. Le détail de ces aumônes est donné bien au long en différentes iettres de la Mère de l’Incarnation ; la tradition s'en est même conservée jusqu'à nos jours parmi les sauvages, qui se rappellent encore la fameuse marmite de “sagamité ” que l’on tenait journellement au feu pour regaler leurs ancêtres d'heureuse mémoire. En voici la preuve.

En 1818, un parti de sauvages était descendu de l'Outaouais à Québec pour régler certaines affaires avec le Gouverneur. Arrivés à l’ancienne ville qui, si sou-

(1) Outre les beaux ornements que nos Mères reçurent de leurs amis de France, elles en brodèrent elles-mêmes plusieurs sous la direction de la Mère de l’Incarnation, qui avait une adresse exquise pour les ouvrages de bon goût. Tous ces objets précieux furent malheureusement détruits dans les incendies du Monastère ; la seule broderie qu'une tradition constante attribue à notre bonne Mère de l’Incarnation, est le magnifique parement de la Chapelle des Saints, dont l’exécution ferait honneur à la main des personnes de notre temps les mieux exercées à ce genre de travail.

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vent, avait donné refuge aux tribus sauvages poursuivies par les perfides Iroquois, ils n’ont rien de plus pressé que de se rendre au couvent des Ursulines; ils savent que c'est là cette maison des “filles vierges”’ dont leur pères ont tant de fois parlé. Ils sonnent donc bien fort. La sœur portière accourt pour voir ce que l’on désire. “ Nous sommes des sauvages, dit le chef, nous venons chercher à manger.—Vous vous méprenez, mon ami, reprend la religieuse ; c’est ici une maison d'éducation et nous ne sommes pas dans l'habitude de distribuer des vivres.—Ecoute, dit alors le chef, nos pères nous ont dit que du temps de tes premières mères, les sauvages trouvaient toujours à manger ici!” Inutile de dire que l’argumeut fnt décisif. Quelques instants après les sauvages, assis à terre dansla salle du parloir, voyaient arriver, non pas la fameuse marmite de sagamité d’autrefois, mais un diner copieux préparé à la hâte, et parfaitement d'accord avecleur appétit. Si les sauvages firent de grand cœur honneur au festin, les religieuses, de leur côté, n'étaient pas moins ravies de contempler un tableau qui les reportait si sensiblement à l’époque de leurs premières Mères.

Mais reveuons à l’année 1645. En voyant se prodiguer ainsi aux sauvages les secours venus de France, nos lectrices ne seront pas peu surprises d'apprendre que le Monastère était encore loin d’être achevé. “Il y reste plus à faire qu’il n’y a de fait, dit le Rév. Père Vimont ; la patience gagnera tout. Cette vertu est le miracle du Canada. Ce séminaire est un des plus beaux ornements de la colonie, et une aide signalée pour l'arrêt et la conversion des sauvages. Elles ont eu toujours un assez bon nombre de filles sauvages, tant pensionnaires arrêtées que passagères, outre les petites filles françaises, et quantité de sauvages, hommes et

femmes, qui les vont voir souvent et recevoir quelque secours et instruction.” .

Tandis que les religieuses s’oubliaient ainsi ellesmêmes dans la distribution des aumônes qui leur étaient adressées, la bonne Providence ne les oubliait pas. En 1646, par exemple, lorsqu'elles se trouvaient absolument sans argent même pour payer un domestique, un jeune homme arrivait de France; il venait en qualité de jardinier offrir gratuitement ses services aux pauvres Ursulines de Québec.

Voici un autre éxemple entre plusieurs. Vers l’entrée de l'hiver 1647-48, les ressources jJ'écuniaires des religieuses étaient tellement épuisées qu’on ne pouvait plus continuer le plâtrage, et voilà qu’un jeune maçon, venu de France en 1641 pour travailler à la bâtisse, s'offre à la Mère de l’Incarnation pour servir gratuitement notre Communauté ; il eut même la générosité de remettre la somme de cent quatre-vingt-dix iivres qui lui était due pour ses services passés.

Ce ne fut donc, comme on le voit, qu'après sept années de travaux et de sacrifices que l'édifice fut complètement achevé. Il avait coûté de cinquante à soixante mille livres.

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