‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 66 sur 199 · N SE DÉCIDE À BATIR · texte numérisé non relu

N SE DÉCIDE À BATIR

Le désastre de l'incendie avait abattu le courage de plusieurs personnes, au point de mettre en doute si le retour des Ursulines en France n’était pas inévitable, et commandé même par les dispositions de la Providence. Mais la Mère de l’Incarnation, l'âme de toutes les entreprises et dont le courage s'élevait au-dessus de tous les événements, tint ferme. A la vérité, elle ne forma d’abord d'autre projet que de se tenir en humilité dans la petite maison de Mme. de la Peltrie, pensant qu’au moyen de quelques appentis elles pourraient continuer l’œuvre de l'instruction. ‘“Muis de retourner en France, disait-elle, à moins d’une volonté de Dieu toute reconnue, j’y avais une aversion entière, et j'avais un amour plus grand que jamais pour ma vocation. Mes sœurs pareïillement n'avaient de pensée que pour suivre cette divine volonté; car c’était chose ravissante de voir avec quelle paix et avec quelle douceur, chacune portait la croix qu'il avait plu à Notre- Seigneur de nous envoyer.”

Les Ursulines attendaient donc en paix de la divine Providence, le temps et les moyens de rétablir leurs affaires. ‘J'avais un instinct intérieur, écrivait notre Mère, que toute cette charge me tomberait sur le dos, qu'il me faudrait recommencer tout de nouveau, et j'en avais une appréhension naturelle, que je n’osais déclarer de crainte de m'opposer à la volonté de Dieu. Tous nos amis, surtout le R. P. Ragueneau, les Pères de sa

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maison et M. d’Aïlleboust, notre Gouverneur, crurent qu’il ne fallait pas demeurer plus longtemps sans prendre une résolution. L'affaire ayant été mûrement consultée, tous furent d’avis qu’il nous fallait rebâtir, et qu'à moins de cela il n’y avait nulle apparence de pouvoir subsister en ce pays.

“ Quant à l’exécution et aux moyens, ils résolurent entr'eux de nous prêter de l'argent pour commencer l'édifice, et de nous assister de leur secours et de tout leur crédit. Après nous avoir proposé leur sentiment et fait des offres si charitables, ils nous disent de conférer entre nous, et de voir si nos sentiments seraient conformes aux leurs. L'affaire ayant été proposée à la Communauté par notre Révérende Mère, nous fûmes toutes du même sentiment, c’est-à-dire qu’il fallait faire un effort et profiter de l'offre de nos amis, pour relever notre Monastère sur les mêmes fondements, qui étaient posés sur le roc, et qui, après la visite des architectes, furent jugés capables de porter le bâtiment. La chose étant ainsi arrêtée, il fallut abattre les masures jusqu’au rez-de-chaussées, et je fus chargée de tous ces soins, tant intérieurement par Dieu qu’extérieuremefñ® par l’obéissance. M. le Gouverneur en voulut lui-même faire le dessin, et comme père temporel de la Communauté, avoir la vue sur le gros de l’entreprise, nous y assistant non-seulement par charité, mais encore par inclination ; car, lorsque notre accident arriva, il n’y avait pas un mois que la sœur de Mme. d’Ailleboust, sa femme, avait fait sa profession religieuse dans notre Communauté. J'’eus un mouvement particulier de prier le R. P. Supérieur de nous donner le R. P. François le Mercier pour m'aider dans toute cette entreprise, si épineuse pour le pays et si difficile pour notre extrême pauvreté, n'ayant d'autre appui pour tout ce

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grand dessein que la divine Providence. Notre Révérende Mère ayant été dans le même sentiment, ce Rév. Père, qui n’a omis ni oublié aucune occasion de nous obliger, m’accorda très-volontiers le Père que je lui demandais, qui, de son côté, sentait que Dieu lui donnait le désir de nous faire cette charité ; laquelle il nous a toujours continuée jusqu’à présent, en sorte que notre Communauté lui en sera éternellement obligée. Il est à présent Supérieur de la Mission, et par conséquent le nôtre.” Les arrangements faits, la Mère de l’Incarnation se mit à l’œuvrt, et l’on voit par nos Annales que dès le 19 mai 1651, la bonne Dame de la Peltrie posait la première pierre du nouveau Monastère. L’ardeur avec laquelle on poursuivit l'ouvrage, s'explique par la confiance en Dieu et l'énergie de notre incomparable Mère, ainsi que par ce mot de la Relation de cette année : ‘ Tout le pays a intérêt à leur rétablissement, principalement à cause de leur séminaire : car l’expérience nous apprend que les filles qui ont été aux Ursulines s’en ressentent pour toute leur vie, et que dans leur ménage, la crainte de Dieu y règne davantage, et qu’elles y élèvent bien mieux leurs enfants.”

La Mère de l’Incarnation, de son côté, faisait remarquer à ses amis de France, de quellé importance étaient les maisons religieuses dans la colonie. ‘Il faut que vous sachiez, écrivait-elle à son fils, que si une seule quittait, cela serait capable de décourager la plus grande partie des Français, qui n’ont soutenu qu’en considération des maisons religieuses et par leur moyen. De plus, les filles Françaises, en un sens, ont encore plus de besoin de l’éducation qu'elles reçoivent de nous, que les sauvages : car les Révérends Pères peuvent suppléer à celles-ci, mais ils ne le peuvent faire aux autres pour les raisons que vous pouvez juger.”

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$ 3.—LA MÈRE DE L'INCARNATION DE NOUVEAU SUPÉRIEURE—COMMENT ON FAIT LES CLASSES PENDANT LA CONSTRUCTION DU SECOND MONASTÈRE,

Les six années de supériorité de la Mère St. Athanase étant expirées le 12 juin de cette année 1651, on fit les élections, et la Mère de l’Incarnation fut de nouveau élue Supérieure ; la Mère St. Joseph malgré l’état précaire de sa santé fut nommée Assistante, et la Mère Ste. Claire, Dépositaire.

Dès leur retour à la maison de Mme. dela Peltrie, ces infatigables Institutrices avaient trouvé moyen de reprendre jusqu'à un certain point l'instruction de leurs chers néophytes. Le printemps favorisa leur zèle en leur permettant de rappeler autour d’elles un plus grand

nombre d'élèves. Ce n'était pas toutefois dans des ap-

partements meublés à la française que se faisaiert alors les classes, mais tout simplement sous des toits (1) d’écorce ou de verdure. On voyait accourir tout aussi gaîment que les petites filles sauvages les jeunes demoiselles françaises, heureuses de se réunir à leurs

(1) D'après les traditions dn Monastère, le voisinage de la maison de Mme, de la Peltrie devait offrir à cette époque un coup-d’æil à la fois touchant et pittoresque. Ici, à l'ombre du ‘‘vieux Frêne,” c’est la Vén. Mère de l'Incarnation entourée de ses petites filles sauvages, à qui elle parle avec une onction céleste de ff Celui qui a tout fait ;' là, sous le fameux Noyer qui se voyait encore il y a quarante ans, à douze pas du ‘vieux Frêne,” c’est un groupe de jeunes Françaises qui écoutent avec avidité les leçons de la Mère St. Athanase; d'un autre côté, à l’ombre des arbres séculaires de l’antique forêt, sont des cabanes d'écorce où se rassemblent les néophytes, femmes et filles, que l’on instruit dans la foi, et avec qui on trouve encore moyen de partager les ressources de l’aumône et du travail, Plus loin, les murs d’un nouveau Monastère sortent des ruines de l'ancien, et promettent de donner bientôt un abri permanent à la famille éprouvée.

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