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bonnes Mères, et de profiter des leçons de dévouement et de vertu qui se mêlaient si agréablement à leurs leçons de classe.
Mais la Vén. Mère ne pouvait jouir longtemps du bonheur d’instruire elle-même ses petites filles sauvages, il lui fallait céder bientôt sa place à une autre pour voir aux affaires dont elle était plus que jamais chargée depuis son élection. Son courage et sa confiance en Dieu semblaient s’accroître avec les difficultés, et l’entreprise entre ses mains prospéra tellement qu’au mois de septembre elle écrivait : “ Notre bâtiment est déjà au carré de la muraille, l’on monte les cheminées et dans huit jours on lèvera la charpente. Si les vaisseaux étaient arrivés de France, nous pourrions faire un effort, empruntant des ouvriers de nos amis qui en amènent de France, et cela étant, nous y pourrions loger dans quatre ou six mois; mais sans ce secours nous n’y pourrons loger que l’année prochaine vers cette saison. C'est une chose étonnante combien les artisans et les manœuvres sont chers ici, nous en avions à quarantecinq et à cinquante cinq sols par jour. Les manœuvres ont trente sols par jour avec leur nourriture. Notre accident étant arrivé inopinément, nous étions dépourvues de tous ces gens-là, c’est ce qui fait qu'ils nous coûtent cher; car dans la nécessité, nous en faisons venir de France à un prix plus raisonnable : on les loue pour trois ans, et de la sorte ils trouvent leur compte et nous aussi. Maintenant il y a des jours auxquels nous avons pour trente livres de journées d’'hommes, sans parler de ceux qui travaillent à la toise ou à la tâche. Quatre bœufs qui font notre labour, traînent les matériaux de bois et de sable, nous tirons la pierre sur le lieu : voilà comme les affaires se manient en ce
pays.”
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La bâtisse cependant progressait rapidement : ‘ La perte a été grande, disait le R. P. Ragueneau ; mais ces bonnes Mères n’ont pas perdu leur confiance en Dieu. Dès cet hiver, nous espérons qu’elles pourront loger dans ce nouveau bâtiment, qui est déjà bien avancé.”
Mais que de difficultés, que d'obstacles de tout genre ! ‘ Pour commencer, disait notre Vén. Mère, nos KR. KR. Pères nous on prêté huit mille livres, mais à l'heure que j'écris (1) nous en devons bien quinze mille, et avant que notre bâtiment soit achevé nous en devrons bien vingt mille, saus parler des accommodements du dedans et des meubles.
“ Il faut que je vous dise encore qu’il semble que notre bon Dieu veuille triompher de nons en nous réduisant à l'extrémité. Croiriez vous que pour quarante à cinquante personnes que nous sommes, y compris nos ouvriers, nous n’avons plus que pour trois fournées de pain, et nous n'avons nulles nouvelles des vaisseaux qui apportent le rafraîchissement à ce pays ? Je ne puis faire autrement que de me réjouir dans tout ce qu’il plaira à cette bonté paternelle de faire. Qu'elle en soit bénie éternellement.”
‘ Nous n’osions plus attendre les navires lorsqu'ils sont arrivés, disait-elle à la fin d'octobre, et l’on craint beaucoup leur retour à cause qu'ils partent dans une saison avancée et en danger d’être brisés parmi les glaces... Je crois que nous ne pourrons habiter notre nouveau bâtiment qu’ÀA la fin de mars de l’année prochaine, Nous avons toutes les peines du monde à l’achever À cause du froid qui est déjà assez grand.”
Quant à Mme. notre Fondatrice, écrivait-elle un peu plus tard, elle est aussi ferme que nous dans sa
(1) Septembre 1651.
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É { vocation, et elle a de si forts mouvements de nous À bâtir une église, que les insultes des Iroquoïs n’empéê-
il chent pas qu’elle ne fasse amasser des matériaux pour
4 À ce dessein. On la persuade fortement de n’y pas penser, | mais elle dit que son plus grand désir est de faire une
j maison au bon Dieu, ce sont ses termes, et qu’ensuite
elle lui édifierai des temples vivants. Elle veut dire qu'elle fera ramasser quelques pauvres filles françaises } écartées, afin de les faire élever dans la piété. Elle n’a point eu d'inspiration de nous aïder dans nos bâtiments, \ tout son cœur se porte à son église, qu’elle fera faire À peu à peu de son revenu, qui est assez modique.”
Le nouveau bâtiment était enfin à la veille d’abriter les Religieuses. “Tous ceux qui voient cela en sont dans l’admirution, écrivait la Vén. Mère, et disent qu'il semble que ce logis se fasse de lui-même, et que Île doigt de Dieu y travaille. Tout le pays est dans la joie de nous voir à la veille de faire comme auparavant les fonctions de l'instruction, que nous ne faisions que (f petitement dans une cabane d’écorce.”’