‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 68 sur 199 · UNE DERNIÈRE ÉPREUVE · texte numérisé non relu

UNE DERNIÈRE ÉPREUVE

Pour ne pas interrompre le fil de la narration, nous | n'avons parié jusqu’à présent que des difficultés où l’incendie avait jeté les Ursulines, et des efforts qu’il avait fallu faire pour relever le Monastère. Mais dans cet intervalle, la pauvre maison de Mme. de la Peltrie avait offert le spectacle touchant des souffrances d’une sœur bien-aimée. Oh! sans doute, la Mère St. Joseph n’était pas seule à éprouver les douleurs de son long crucifiement ; que ne durent pas ressentir nos bonnes Mères dans ces dernières épreuves qui les atteignaient daus le plus intime de leur cœur!

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Il y avait plus de quatre ans et demi que cette chère malade souffrait d’un asthme et d’une pneumonie accompagnée d’une fièvre continue. Elle gardait néanmoins rarement le lit, son courage et sa ferveur lui faisant trouver la force de ‘ dévorer ”” les douleurs de la maladie et les peines du travail.

Enfin le 2 février 1652, jour de la Présentation de la très-sainte Vierge,-elle se sentit frappée à mort, et continua de baisser jusqu'au 4 mars, où elle fut réduite à une telle extrémité qu'on lui donna le St, Viatique et l’'Extrême-Onction.

Dès le 2 février.il avait fallu veiller la chère malade ; ‘ mais, dit notre bonne Mère de l’Incarnation, les nuits se passaient doncement auprès d’elle, et Dieu a tellement béni nos petits travaux que nulle de nous n’a été incommodée, quoique nous couchions toutes dans une même chambre.” Sur la fin, l'hydropisie se joignit à ses autres maux, et comme le plus fort de ses douleurs arriva dans la semaine sainte, elle éprouvait une joie sensible de ce que Notre-Seigneur lui faisait la grâce de l’accompagner à la croix. Ce fut le jeudi de Pâques, 4 avril, sur les huit heures du soir, que cette âme sainte s’envola vers Celui qu'elle avait toute sa vie si ardemment aimé.

Dès cette nuit, ses restes précieux furent portés dans le nouveau Monastère, afin de les y exposer plus convenablement et d'y faire ses funérailles. ‘ Le R. P. Lalemant fit les cérémonies avec une solennité tout extraordinaire. Il ne s'était point vu un si beau convoi en ce pays depuis qu’il est habité. Tout ce qu'il y avait de considérable y assista, les grands et les petits, les Français et les Sauvages. Les Hurons avaient déjà fait en leur île la solennité de son enterrement pour

marque de leur reconnaissance en son endroit. Enfin,

comme elle était universeliement aimée et estimée, il n'y eut personne qui ne voulût donner des marques de son affection en cette rencontre, et témoigner le regret qu’il avait de la perte d’une personne si sainte et si aimable.” (1)

En attendant la construction de la nouvelle église, on inhuma la dépouille mortelle de cette chère Mère dans le jardin du Monastère, non loin de l'endroit où fut placée depuis la petite statue de St. Joseph que l’on 7 vénère encore.

La Mère Marie de St. Joseph n'avait que trente-six ans ; mais quand on considère la faiblesse de son tempérament et la délicatesse dans laquelle elle avait été élevée, on s’étonne qu’elle ait pu si longtemps soutenir les rigueurs du climat du pays, et les privations qui accompagnèrent la fondation de ce Monastère. Au témoignage de celle qui l’a le mieux connue, “elle avait vécu en sainte et était morte en sainte.” Mais ce n’est pas ici le lieu de nous étendre sur ce sujet ; nos lectrices, sans doute, désirent connaître plus particulièrement cette âme privilégiée. Il nous sera facile de satisfaire ce pieux empressement, notre Vén. Mère nous ayant laissé un récit assez ample de la vie et des vertus de cette première compagne de ses travaux apostoliques (2). Le cœur se sent à l’aise et l'âme jouit de vôir avec quelle fidélité une faible créature a su répondre à l'abondance des grâces du Seigneur !

(1) Lettres de la Vén. Mère.

(2) ‘Il ne faut point dire, écrivait la Vén. Mère, que j'aie eu de la peine à cela (à écrire ce récit), à cause de l’embarras de nos affaires, Sachez, ma très-chère Mère, que ni les veilles, ni le temps, ni le travail ne m'ont jamais rien coûté à son égard.”

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