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des cantiques, répéter le catéchisme et 1ait l'instruction ou l'explication de la doctrine chrétienne, on leur distribuait à manger de la sagamité. Chacune apportait son ‘ouragan’ (1) et sa cuillère, et ces enfants après avoir rendu grâces à Dieu, s’en retournaient en leurs cabanes, emportant à leurs parents les restes de leur repas.”
C'est le vieux récit qui nous a conservé ce trait. Ces enfants donnèrent d’abord beaucoup de consolation ; mais la passion des boissons enivrantes continuant toujours ses ravages parmi les sauvages, les enfants ne se ressentirent que trop des vices des parents. Les religieuses ayant voulu leur faire voir les suites de leur mauvaise conduite, toutes les coupables disparurent. (2) ‘ Le naturel des sauvages est comme cela, disait la Vén. Mère ; ils font ce qu'ils voient faire aux autres en matière de mœurs, à moins qu’ils ne soient bien afisrmis dans la morale chrétienne.” Malheureusement, ces pauvres enfants n’avaient pas encore eu le temps de s'établir dans la pratique d’une vertu solide. Mais les marques sensibles de la colère de Dieu que l’on crut éprouver dans les épouvantables calamités des années suivantes, ramenèrent ces pauvres gens à la raison et à la foi.
A part cette défection momentanée parmi les filles sauvages externes, qui se trouvaient sous le contrôle immédiat de leurs parents égarés, tout allait bien au séminaire. En 1668 et en 1670, la Mère de l’Incarna-
(1) Espèce d’assiette sauvage faite d’écorce de bouleau.
(2) Nous ne savons comment un auteur qui écrit beaucoup sur les Institutions de Montréal, a pu conclure, à propos de la disparition momentanée des élèves externes dont il est ici question, que nos Mères ne réussissaient aucunement auprès des filles sauvages, et surtout comment il a pu étendre cette conclusion aux ‘‘séminaristes.”
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FRANCISATION DES SAUVAGES,
Cette question a donné lieu à bien des théories et des discussions. Si l’on entend par francisés, des sauvages devenus pieux, bons, charitables, sous l’influenez du christianisme, nos Mères ont francisé à peu près toutes les filles qui leur ont passé entre les mains; mais s’il s’agit d'enfants de la forêt attachés à la vie sédentaire et aux mœurs de peuples civilisés, la généralité des sauvages s’est montrée jusqu’à ce jour peu susceptible de ce genre de progrès. “Un Français devient plutôt sauvage, disait la Mère de l’Incarnation, qu’un Sauvage ne devient français.”
Vers l’an 1668, le Roi voyant que Dieu avait béni ses armes, prit des mesures pour tâcher de franciser la race indigène, afin de n’avoir plus qu’un seul peuple dans sa lointaine colonie. On voulut commencer par la jeunesse, et l’on plaça au séminaire de Québec et aux Ur-
(1) Nous croyons avoir déjà parlé des trois cents sauvages qui se cantonnèrent auprès du Monastère en 1644, et avec qui nos Mères partagèrent si généreusement leurs faibles ressources. C’est en cette occasion que les Religieuses s’aperçurent pour la première fois que le pain se multipliait entre les mains de la Mère de l’Incarnation à mesure qu’elle le distribuait. En effet, n’ayant à chaque aumône que deux ou trois pains à partager entre cinquante à soixante sauvages, il se trouvait que tous en avuïent de très-bons morceaux, ce que la Vén. Mère attribuait aux bonnes dispositions de ces pauvres gens.— Wie de la Mère de l’Incarnation.
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sulines, un certain nombre de jeunes garçons et de jeunes filles sauvages. Ce dessein montrait du côté du gouvernement une grande bienveillance pour la race indigène ; maïs d’après l'expérience qu'elle en avait faite, la Mère de l’'Incarnation comprit aussitôt l’inutilité de l’entreprise ; “ car c’est à peine, disait-elle, si sur cent nous en avons francisé une.” En effet, à la fin de l’année, il ne restait plus qu’un petit sanvage au séminaire de Québec, et nos Mères en revenaient À leur premier mode d'enseignement dans des classes séparées.
Quand la Mère de l'Incarnation dit qu’elles en ont à peine francisé une sur cent, elle nous donne à entrevoir le grand nombre de filles sauvages qui ont été instruites dans cette maison ; car on trouve dans ses écrits et dans nos régistres, un nombre assez considérable de jeunes filles sauvages parfaitement francisées, comme l'on disait alors. ‘ Nous avous francisé plusieurs filles sauvages, Huronnes et Algonquines, que nous avons ensuite mariées à des Français, qui font fort bon ménage,” écrivait la Vén. Mère.
“ Nous n'avons néanmoins francisé, ajoutait-elle, que celles dont les parents l’ont bien voulu, et quelques pauvres orphelines dont nous étions les maîtresses.” On compte jusqu’à huit jeunes filles sauvages que nos Mères jugèrent capables de la vie religieuse, et qui se fussent en effet consacrées à Dieu si la Providence n’eut permis divers accidents qui les en empêchèrent. Les deux filles sauvages qui se firent sœurs de la Congrégation vers 1685 moururent jeunes, et il en fut de même de celles qui se firent religieuses à l’Hôtel-Dieu de Québec.
Quelques historiens paraissent avoir attaché beaucoup trop d'importance à l’idée de la francisation des
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sauvages ; si la nature errante et vagabonde de ces enfants des bois leur ôtait la stabilité nécessaire à la culture des science et des arts, (c’est ce que l’on entendait, je pense, par francisation), ils n'en comprenaient pas moins les enseignements du christianisme, cette civilisation par excellence ; et ils n’en pratiquaient pas moins les vertus, comme il est facile de le voir par le peu que nous avons extrait des écrits du temps, en ce qui regarde l’œuvre de nos Mères.
Pour les filles sauvages, écrivait la Mère de l’Incarnation, nous en prenons de tout âge. Il arrivera que quelque sauvage, soit chrétien, soit payen, voudra s’oublier de son devoir et enlever quelque fille de sa nation, alors on nous la donne, et nous l’instruisons et la gardons jusqu’à ce que les Révérends Pères la viennent retirer.
‘ D’autres n’y sont que comme des oiseaux passagers, et n’y demeurent que jusqu’à ce qu’elles soient tristes, ce que l’humeur sauvage ne peut souffrir ; dès qu’elles sont tristes, les parents les retirent de crainte qu’elles ne meurent, Nous les laissons libres en ce point, car on les gagne plutôt par ce moyen que de les retenir par contrainte ou par prières. Il y en a d’autres qui s’en vont par fantaisie et par caprice; elles grimpent comme des écureuils notre palissade, qui est haute comme une muraille, et vont courir dans les bois. Il y en a qui persévèrent et que nous élevons à la françaïse: on les pourvoit ensuite et elles font très-bien. L'on en a donné une à M. Boucher, qui a été depuis Gouverneur des Trois-Rivières. D’autres retournent chez leurs parents sauvages; elles parlent bien français, et sont savantes dans la lecture et dans l'écriture.”
Il y a loin, ce semble, de cette sage liberté accordée à la nature mobile des sauvages, à cette austérité qu’on
a reprochée à nos Mères et dont on a voulu se servir de prétexte pour déprécier leurs services. (1)
Il est à remarquer que dans toutes les dépenses qu’il fallait s'imposer en faveur des filles sauvages, nos
(1) On ne doit pas s'étonner de trouver dans certains écrits du temps des passages défavorables à nos Mères, car leur œuvre, comme toutes les œuvres de Dieu, fut à plusieurs reprises en butte à des calomnies répandues en France, par des gens jaloux des concessions que le gouvernement avait faites aux Ursulines de Québec, et qui auraient pu leur profiter plus tard. Ecoutons la défense toute sage et toute sainte de la Mère de l’Incarnation, une fois entr’autres où l’on s’appuyait sur le silence de la Relation, pour donner créance à ces faussetés. A la fin d’une longue lettre où elle détaille à son fils les travaux de sa Communauté, lettre dont nous avons extrait une bonne partie de ce qui précède, elle ajoute :
Voilà les fruits de notre petit travail, dont j'ai voulu vous dire quelques particularités, pour répondre aux bruits que vous dites que l’on fait courir en France que les Ursulines sont inutiles en 2: jays. Nos Révérends Pères et Mgr. notre Prélat sont ravis de l'éducation que nous donnons à la jeunesse. Ils font communier nos filles dès l’âge de huit ans, les trouvant aussi instruites qu’elles le peuvent être. Que si l’on dit que nous sommes ici inutiles, parce que la Relation ne parle point de nous, il faut dire que Mgr. notre Prélat est inutile, que son Séminaire est inutile, que le Séminaire des Révérends Pères est inutile, que MM. les Ecclésiastiques de Montréal sont inutiles, et enfin que les Mères Hospitalières sont inutiles, parce que les Relations ne disent rien de tout cela. Et cependant c’est ce qui fait le soutien, la force, et l'honneur même de tout le pays. Si la Relation ne dit rien de nous, ni des Compagnies ou Séminaires dont je viens de parler, c'est qu’elle fait seulement mention du progrès de l'Evangile. Mon très-cher fils, ce que nous faisons en cette nouvelle Eglise est vu de Dieu et non pas des hommes ; notre clôture couvre tout, et il est dif: ficile de parler de ce qu’on ne voit pas. Il en est tout autrement des Mères Hospitalières : l'Hôpital étant ouvert, et les biens qui s’y font étant vus de tout le monde, on pourrait louer avec raison leurs charités exemplaires. Mais enfin, elles et nous attendons la récompense de nos services de Celui qui pénètre dans les lieux les plus cachés, et qui voit aussi clair dans les ténèbres que dans la lumière, cela nous suffit.”
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Mères n'étaient secourues que par déux pieuses dames de France donnant annuellement chacune cinquante livres, par les dons des maisons religieuses de Tours et de Paris, par les aumônes qu’elles sollicitaient continuellement des âmes pieuses en France, et surtout par la bonne Providence. Le gouvernement avait, à la vérité, fait aux Ursulines des concessions de terre assez considérables ; mais il avait rarement alloué plus de trois cents livres en argent. (1)
Nous avons cru devoir dire ce mot par justice pour ces femmes dévouées qui vinrent en Canada user leur précieuse existence, en grande partie, à l'instruction des
filles sauvages, œuvre à laquelle elles se consacraient même par un vœu exprès.
Œraits évifants des Séminaristes,
Nous ne laisserons pas le séminaire sans dire un mot de l’édifcation que donnaient, soit dans cette maison, soit au milieu des tribus sauvages, les élèves instruites dans la Foi par nos Mères,
“T1 faut parler de nos séminaristes sédentaires qui nous donnent tous les contentements possibles, écrivait la Vén. Mère. L'une
d'elles me disait il y a quelque temps : “Je parle souvent à Dieu dans mon cœur, je prends grand plaisir à nommer Jésus et Marie. Ah ! que ce sont de beaux noms!” Un jour, plusieurs d’entre
(@) Voyant qu’il n’y avait pas encore d'école pour les sauvages dans les environs de Montréal en 1680, le gouvernement accorda mille livres d'encouragement à la Vén. Sr. Bourgeois, pour ouvrir sa première école à la Montagne; cependant on demandait encore cinq à «ix cents livres pour habiller ces enfants à la française. On voit par là ce qu'il devait en coûter à nos Mères pour entretenir leur séminaire, L'école de la Montagne en 1685 comptait une quarantaine d'enfants. Quoique non cloîtrées, et au milieu de la bourgade des sauvages, les Sœurs qui instruisaient à l’école de la Montagne comprirent l'avantage de soustraire ces enfants à l'influence de leurs pa-
rents, et elles gardaient autant que possible les mieux disposées comme pensionnaires.
elles se demandaient les unes aux autres quelle était la chose pour laquelle elles pensaient avoir le plus d'obligation à Dieu. L'une dit : “ C’est parce qu'il s’est fait homme pour moi, et qu'il a enduré la mort pour me délivrer de l'enfer ; ” l’autre ajoute : “ C’est de ce qu’il m’a faite chrétienne, et de ce qu’il m'a mise par le baptême au nombre de ses enfants.” Une petite fille qui n’a pas plus de neuf ans et qui a fait sa première communion depuis un an et demi, haussa la voix et dit : “C’est de ce que Jésus se donne à nous en viande au St. Sacrement de l'autel ! ”