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se mettaient à nu et réduisaient leur famille à la mendicité ; ils allaient même jusqu’à vendre leurs propres enfants, pour avoir de quoi contenter cette passion er
ragée. Je ne veux pas décrire, ajoute-t-il, lesmalheurs que ces désordres ont causés à cette Eglise naissante. Mon encre n'est pas assez noire pour les dépeindre de leurs couleurs ; il faudrait du fiel de dragon pour coucher ici les amertumes que nous en avons ressenties : c’est tout dire que nous perdons en un mois les sueurs et les travaux de dix et vingt années.”
Mais ‘ quand Dieu parle, il se fait bien entendre, surtout quand il parle par la voix des tonnerres et des tremble-terre qui n’ont pas moins ébranlé les cœurs endurcis, que nos plus grands rochers, et ont fait de plus grands remuements dans les consciences, que dans nos forêts et sur nos montagnes.”
Sans nous arrêter à d'autres détails, nous ferons voir à nos lectrices comment nos bonnes Mères passèrent les sept mois que durèrent, à intervalles plus ou moins prolongés, et avec secousses plus ou moins fortes, ces effroyables convulsions de la nature.
‘ Le prarvier tremblement de terre eut lieu le 5 f6vrier, sur les &:1q heures et demie du soir. (1) Le temps était foit cale et garein, lorsqu'on entendit un bruit et un bourd:nriement épouvantable, comme celui d’un grand nowbre de carrosses roulant sur des pavés avec vitesse ct impétuosiié. Ce bruit n’eut pas plus tôt réveillé l’atteution que l’on entendit sous terre et sur terre et de tous côtés, comme une confusion de flots et de vagues qui donnait de l'horreur. L'on entendait de toutes parts comme une grêle de pierres sur les toits, dans les greniers et dans les chambres. Une poussière épaisse volait de tous côtés ; les portes s’ouvraient
(1) Lettres de la Mère de l'Incarnation,
d’elles-mêmes, les autres se fermaient. Les cloches de toutes nos églises et les timbres de nos horloges sonpaient toutes seules, et les clochers aussi bien que nos maisons étaient agités comme des arbres quand il fait grand vent ; et tout cela dans une horrible confusion de meubles qui se renversaient, de pierres qui tombaient, de planchers qui se séparaïent, de murailles qui se fendaient, et d'animaux domestiques qui hurlaient, dont les uns sortaient des maiïsous, les autres y entraïient ; en un mot, tout le monde était si effrayé que l’on croyait être à la veille du jugement puisque l’on en voyait les signes.
‘ Ces secousses nous étant inusités, ajoute la Vén. Mère, elles faisaient sur nous des impressions bien différentes : les unes sortaient dehors, de crainte d’être ensevelies sous les ruines de la maison, qu’elles voyaient branler comme si elle eut été de carte ; les autres se retiraient devant le St. Sacrement afin de mourir au pied de l’autel ; une bonne sœur converse entra une fois dans une appréhension si vive de la puissance souveraine de Dieu, qu’ellé trembla une heure entière dans tout son corps, sans pouvoir en retenir l'agitation.”
Au moment du second choc, qui arrivasur les 8 heures du soir, lc 5 février, nos Mères étaient rangées en leurs stalles, au chœur, récitant debout le ‘ Venite” 4e Matines. La secousse fut si violente qu’elles se trouvèrent toutes prosternées à genoux. Les religieuses passèrent ce carême d’une manière assez extraordinaire. Elles couchaient toutes vêtues sur des paillasses étendues sur le plancher dans la salle de communauté, et à chaque secousse elles se jetaient à genoux et récitaient le psaume Miserere. Le jeûne étant de précepte, elles y ajoutaient les pénitences en usage pour le vendredi, et autres “qui n'étaient pas épargnées,” dit le ‘vieux
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