ALERTE AU MONASTÈRE EN
A dater de la seconde époque de l’histoire de la colonie, c'est à dire depuis 1663, l’organisation civile, religieuse et politique de la Nouvelle-France, annonçait que Louis XIV avait pris les rênes du gouvernement, et que Colbert était, par sa profonde sagesse, le gardien fidèle des destinées de la puissance française et le digne ministre de son ‘roi. Toutes choses donc s’'améliorsient en ce pays. Cependant comme les moyens de défnse n'étaient pas encore complètement organisés, on y vivait dans l'inquiétude, et au moindre bruit d’invasion, chacun tremblait pour sa sûreté personnelle. En voici un exemple:
‘“ L'an 1675, dit notre fidèle Récit, dans la nuit du 19 au 20 octobre, environ les onze heures, on entendit trois coups de canon : c'était pour avertir tous les habitants, tant de la ville que des côtes voisines, de se tenir sur leurs gardes. En effet, on avait donné avis à M. le Major (qui pour lors commandait, M. le Gouverneur étant monté à Montréal), que l’on avait vu quelques navires ennemis, qui venaient pour prendre Québec. L'on n'était nullement en état de leur résister; cependant les Messieurs qui avaient l'autorité et la conduite, prirent leurs mesures pour se défendre, étant résolus de vendre leur vie bien cher. Dès les 4h. da matin, le KR, P. Beschefer, notre confesseur, nous vint dire la messe et nous communier, puis nous commençâmes à déménager, cachant dans le caveau des mortes tout ce qu'on y put mettre, La journée se passa dans une inquiétude étrange, croyant à chaque instant voir paraître ces grands vaisseaux dont on nous avait menacés. Au moment qu'ils devaient paraître, il y avait des barques toutes prêtes
pour nous mener à Montréal. L.R. P. Bouvart, qui devait être notre conducteur, avait déjà promis à la sainte Vierge de nous conduire à Lorette, au retour, afin de la remercier de sa protection, On envoyait de temps en temps des canots à la découverte, lesquels ne revenant point, cela redoublait les craintes, croyant que l'ennemi les retenait tous, pour empêcher qu'on ne sût leur approche, La véritable raison était que ne trouvant pas ce qu'ils cherchaient, ils poussaient toujours plus avant, allongeant ainsi leur voyage. Enfin le lendemain, sur les 7h. du matin, comme on nous allait faire sortir de notre Monastère pour nous embarquer, un canot arriva, assurant que c'était une fausse alarme, qu'il n’y avait d’ennemi ni au loin ni auprès, Nous fûmes extrêmement réjouies de cette nouvelle et en rendimes nos actions de grâces à Dieu, trop heureuses d'en être quittes pour la peur.”
On s'imagine facilement de quel cœur nos Mères fêtèrent la Sainte-Ursule, remettant volontiers au lendemain à ‘“ refaire” la maison.