‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 110 sur 156 · FAMILLE DR, SAINTS; PETITE; POSTULANTE SAUVAGE · texte numérisé non relu

FAMILLE DR, SAINTS; PETITE; POSTULANTE SAUVAGE

Les Relations inédites nouvellement publiées par le R. P. Félix Martin, ancien supérieu r des Jésuites à Québec, dounent les détails spiyants sur une famille

MSTOIRE DU MONASTÈRE. 856

de bénédiction, de la bourgade des Hurons, à N. D. de Lorette. ‘ Les chefs en sont, dit le missionnaire, Hotachétak et Catherine ZJeSachégnien sa femme, qu'on peut justement appeler l'aumônière, à cause de sa libéralité euvers les pauvres. Entre autres enfants, ils ant une file âgée de vingt-trois ans, très-bien faite pour une sauvagesse. Cette jeune sauvage, appelée Marguerite, s'est mariée à un homme de sa nation, appelé Jacques, qui lui laisse en mourant trois enfants, un garçon et deux filles. Il y eut un an à la Présentation de Notre-Dame, que Jacques, étant déjà attaqné de la maladie qui l'a conduit au tombeau, sa femme lui rapporta ce que le Père Chaumonot avait dit dans son sermon, du sacrifice que S. Joachim et sainte Anne avaient fait de leur fille anique, la bienheurense Vierge Marie, Cet exemple le toucha, et, de concert avec sa femme, il prit la résolution de présenter de même à Dieu leur fille Marie-Anne Garihonnentha, Ils lui déclarèrent leur dessein, et cette enfant, âgée pour lors de quatre ans et demi seulement, y consentit avec autant de joie et de ferveur qu'eut pu le faire une grande personne qui aurait eu une vocation bien décidée à la vie religieuse. Le Père Chaumonot est ensuite appelé, et on lui met l’enfant entre les mains, en le priant de la conduire chez les Ursulines afin qu'après y avoir été élevée en qualité de pensionnaire, elle y soit reçue religieuse, si Notre-Seigneur lui en conserve la volonté. Pour eut, ajoutaient-ils, ils faisaient à Dieu un entier sacrifice de cette fille, leur aînée qu’ils aimaient plus qu’eux-mêmes.

“ Le missionuaire, qui voulait les éprouver, leur répondit d'abord qu'il penserait à cette affaire. Mais le

père de l'enfant ne se contenta pes de cette réponse ; et avant de mourir, il l'en chargea encore très-particulièrement, en protestant que ce serait le missionnsire qui en répondrait si sa fille, lui ayant été confiée, n'était pas entièrement dévonée à Dieu, à qui sa femme et lui l'avaient présentée et la présentaient encor, Ce pieux malade reçut ensuite les derniers sacrements avec baucoup de dévotion, et mourut très-chrétiennement le 25 décembre de l’an 1673; de sorte que nous avons sujet de cruire que Dieu lui a fait la grâce de naître au ciel, ls même jour qu'il est né sur la terre pour notre amour. Sa veuve n’oublia rien de tout ce qu’elle devait à son mari, et ne se contentant pas de ses propres prières, elle fit des aumônes de blé et de porcelaine, (les grains de porcelaine servaient de monnaie parmi les sauvages), afin que l'on priât pour le repos de son âme. Il n’y ent pas jnsqu'à la petite Marie-Anne, qui, étant avertie de la mort de son père, ne demandât un chapelet, et alla le dire tout entier dans la chapelle de Notre-Dame de Foye.

“ Depuis ce temps là, elle et sa mère nous pressent presque continuellement de la faire recevoir au Séminaire des Rév. Mères Ursulines; et parce qne M. le Comte de Frontenac y entretient depuis quelque temps de petites filles sauvages, elles se présentèrent toutes deux à lui, lorsque dernièrement il vint faire ses dévotions à Notre-Dame de Loretie, Elles lui demandèrent une place chez les religieuses, M. le Conte ayant répondu qu'à l’arrivée des vaisseaux il verrait ce qu'il pourrait faire en leur faveur, elles ne furent pas encore tout à fait conutentes, Ainsi un des Pères de leur mission étant allé à Québec, elles

vinrent l'y trouver par un très-mauvais temps, et le prièrent de les mener aux Ursulines,

“ La Rev. Mère S. Athanase, supérieure, qui était malade, envoya d’abord au parloir plusieurs de ses religieuses ; mais celles-ci lui ayant rendu un compte très-avantageux de notre petite Huronne, elle vint ellemême recevoir l'enfant qu'on lui présentait, L'ayant vue, elle fut ravie de sa modestie, de ses réponses, comme aussi de la beauté de la voix et de toute la conduite de la petite Marie-Anne, qui n'avait qne cinq ans et demi. Elle l’eut dès lors retenue si M. le Gouverneur n'eut promis de la mettre l’été prochain dans leur séminaire. Elle ajouta même que, s'il était empêché de garder sa parole, elle la recevait déjà pour ce temps-là. Pour gage de sa promesse, ia Mère S. Athanase lui fit quelques présents et l’adopta pour sa fille à la façon des sauvages.

“ La mère et l'enfant, bien contentes des marques d'affection que leur ont données les religieuses, attendent le temps de la réception. Le grand-père, la grand’'mère et les autres parents de la petite Marie. Anne, sont dans les mêmes sentiments pour le sacrifice qu'ils en veulent faire, Toutes ces circonstances nous donnent sujet de croire qu'il y a quelque choss de surnaturel dans cette vocation, vu la tendresse extrême qu'ont naturellement les sauvages pour leurs é”fants.”

Il y avait en effet quelque chose de surnaturel dans cette vocation, car, d’après les notes que nous avons trouvées concernant cette intéressante Huronne, nous voyons que sa santé seule fit défaut et mit obstacle à son pieux dessein de rester toujours dans ‘ la maison des Vierges” Une année après son entrée au sémi-

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