DERNIÈRE CÉRÉMONIE AYANT L'INCENDIE
La population du pays (1) s’'augmentant sensible. ment, les Ursulines durent songer à agrandir leurs, classes devenues trop étroites pour le nombre de leurs élèves. Il fut donc résolu en 1686 que l’on entreprendrait la construction d’une aile de soixante pieds, Selon notre Récit, “ce fut un samedi, 22 juin, que l'on posa la première pierre de ce bâtiment qui s’éten-
(2) Le recensement de 1681 donne neuf mille «ept cent dix habitants pour tout le Canada, et en 1685, ilen donne dix mille sept cent vingtsept. En 1663, il y avait deux mille cinq cents habitauts, dont huit cents à Québec,
Nos lectrices seront peut-être curieuses de connaître aussi le temporel du Monastère à cette époque.
Terre en valeur .......... 200 arpents.
Bêtes à cornes........:.... 40 Chevaux... rmmmssssese 3 Brebis.......... pnaporanii ÈS
\l À ä k î ls
dait: sur la longueur du jardin. La cérémonie se fit en cette manière, À une heure do l'après-midi, la Corsmunauté se rendit aux lieux (:) où les fondements avaïent été creusés, et étant toutes à genoux avec les pensionnaires, l’on chanta un salut en l’honneur de. la sainte Famille, Jésus, Marie, Joseph. Ensuite une petite sauvagesse nommée Marie-Rose, vêtue:de blanc: représentant le saint Enfant-Jésus, posa la première: pierre sur laquelle on mit une médaille de la sainte Famille, pour marque éternelle que c’est en l'honneur et sous: la protection dé Jésus, Marie, Joseph, que nous faisions ce bâtiment.”
La nouvelle bâtisse axançait rapidement, et déjà le premier étage était monté quand, dans l’automne da la même année, un affreux accident vint suspendre: les travaux et réduire plus à l’étroit que jamais nos pauvres Mères.
Avant de passer outre, nous.allons donner quelques détails sur les Mères et Sœurs. bien-aimées, qui furent. les premières à rejoindre au, ciel nos saintes, Fondatrices.
Ba Mere Anne Le Bngle de Sainte-Claire, Protesse De Paris, 1640-1677.
Nos lectrices ne sont nullement surprises de trouver marquées du sceau. de la sainteté toutes ces premières religienses de notre maison:; il y aurait plutôt lieu de s’étonner-du: contraire: Im effét, si un certain feu passager d'imagination, comme dit notre Vén. Mère, pouvait jeter dans les hasards d’une entreprise aussi difficile, il fallait une vertu plus qu'ordinaite pour y persévéter. “Pour goûter la vocation du Canada, disait-elle, il faut de toute néccssité mourir à tout.”
(:) L'endroit où se: trouve: l’ancienne: des 4 ina audessous de la salle de-communauté,
HYSTOTME DU MONASTÈNE, 36%
Dès son arrivée à Québec en 1640, la Mère Saïnte:Claire nous & dotiné, dans la lettre qu'elle adrossaît à sa maison de Püris, quelque idée de son âme confiante, aimable et généreuse. Elle était faite pour saisir et goûter les arômes de’ la sainteté.
La circulaire annonçant son décès, aïînsi que les Antiales manascrites du Grand Couvent de S. Jacques, à Paris, nous donnent des détails eur sa jeunesse et sur sa vocation de missionnaire, Nous allons essayer de faire connaître cette Mère bien-aimée dont la mémoire est tonte rnyonnante de bonté, et qui semblait pratiquer en se jouant l'abnégation et le sacrifice.
Comme un pronostic de son tendre amour pour Notre-Seigneur, la Mère Anne de Sainte-Claire naquit dans la nuit Jde Noël, l'année 1605. ‘“ Elle était, dit la Mère Marie du Breuil de 8, Joseph dans sa lettre circulaire, d’une très-honorable fümille de Püris, et av-ntugée selon le corps et l'esprit db toutes les qualités qui pouvaient rendre accomplie unie: demoiselle de sa qualité, ayant l'esprit et l'humeur fort agréables, ce qui là fi sait rechercher et souhaiter dans les meilleures compagnies.” De son côté, Mile. Le Bugle aimuit le monde et se laïsait comme fäsciner par le tourbillon des pluisirs. Maïs ‘ Dieu qui ne l'avait
enrichie de’si précieux dons que pour en fuiré: un digne instra:
ment de sa gloire, permit qu’au moment où elle ÿ pensait le moins, des circonstances toutes providentielles la sondüisirent au pensionnat des Ursulines d'Eu. La Rév. Mère S. Michel, supérieure de lh maison, frappée des belles qualités de la jeune demoiselle, l’engagea à profiter de ce petit sursis pour établir sa piété sur dés buses solides, et elle lui enseigha à faire chaque jonr quelque petite’ méditation.”
L'aimable et candide jeune fille n'eut pas longtemps fixé les yeux sur Notre-Seigneur, descendant du ciel pour souffrir et mourir pour les hotimes, sans’ concevoir l'importance du salut, et là folie dè ne point employer tous les moments de la vie à s'ase surer l'éternité bientieureuse. “ Dès lors sa résolution fut prise dè n'appartenir jamais qu'à Dieu ét de consacrer à son service tout ce qu'elle avait reçu de sa libéralité‘”” Nos lectrices suvent qu'élié « teuu parole.
no inénsiitiptitiiiinnétinminetitnitenini
Qui ne dira ici avec nous : O fructueuse, inappréciable médi tation, qui a provoqué plus d’un demi-siècle de dévouernent et de. sacrifices |
Mile. Le Bugle âgée de 18 ans, avait été rappelée par Mme. sa mère, dont elle étuit l'aînée, et qui désirait ‘ passionnément ”? l’étublir dans le monde, La lutte fut vive et pénible, Voyant qu'elle ne gagnait rien à argumenter et solliciter, la jeune demoiselle, qui avait déjà 21 ans, alla se jeter aux pieds de la Mère Supérieure des Ursulines de Paris, la suppliant de lui ouvrir les portes du Monastère, certaine qu’une fois la chose exécutée elle gagnerait. sa mère. Ce moyeu lui réussit, et elle commença “ avec une ferveur incroyable " les exercices de la vie religieuse, sans rien perdre de cet aimable enjouement qui la rendait si agréable à tous.
On a vu qu'en 1639, le matin même du jour où une Ursuline de Paris allait se joindre, à nos premières fondatrices, av lieu de l'Obédience que l’on attendait arriva une défense expresse de l'Arclievêque.. La communauté de Paris ne s'était pas découragée. Toute cette année, les Religieuses firent des prières et pratiquèrent des, pénitences, po:r obtenir une part duns les sacrifices de,la Nouvelle-France. Notre Mère Sainte-Claire était ‘ en des ardeurs nonpareilles et ne pouvait quasi parler d'autre chose, co qui lui attiruit de petites railleries et d'assez bonnes confusions parfois. Eile ne s’en déconcertuit pas. Sachant que S. Joseph étuit le protecteur du Canada, et qu'il s'était déclaré le protecteur particulier des Ursulines dans la vocation de nos Fondatrices, elle s'en remit entièrement à lui, disant agréuble. ment et résolument que lors même que son bon père S. Joseph la devrait porter par les cheveux comme un ange fit Habaouc, elle irait en Canada.
# La nouvelle de l’houreuse arrivée de Mme. de la Peltrie et de ses religieuses enflamma encore davantage nos Canadiennes de Paris, La Supérieure, la Mère Béron de Sainte-Madeleine, ménagea si prudemment les choses et employa des personnes si puissantes, que Mgr, l’Archevêque signa enfin l'Obédience de la . Mère Sainte-Claire et de sa jeune compagne la Mère 8. Athanage,.
et l'on achevait les préparatifs de voyage, quand, trois ou quatre jours avant le départ, arriva une lettre de l’Archevêue, disint à la Mère Supérieure de choisir telle religieuse qu'il lui plairait, à /a réserve de la Mère Suinte-Claire. Mme, sa mère, retenue depuis longtemps au lit par une grave maladie, uvait conçu un si grand chagrin du départ de sa fille, que son second mari, M. l'Éves. que, beau-père de notre mwissionnaire, était allé supplier . Sa Grâce de ne point le mettre en tel hasard que d'exposer les jours de sa femme,
“ N'eut-on pas cru que le ciel et la terre étaient de concert pour contrarier ses désirs? À ce dernier coup où il restuit À peine assez de temps pour renouer l'affaire, une autre ayant déjà été désignée pour partir à sa place, sa constunce fut véritable. ment héroïque, Sachant que Dieu veut ordinairement que nous travaillions avec lui, elle mit une diligence incroyable à solliciter de nouvean Dieu et les hommes, et sans avoir égard que Mgr. l'Archevêque devait être lassé aussi bien que les autres, elle écrivit un sommaire des motifs qui lui faisaient désirer le Canada, suppliant très-humblement Sa Grâce de considérer encore une fois la chose, afin de décharger sa conscience de la responsabilité de sa vocation. Pendant qu'on alla porter cette lettre, notre Canadienne ne bougea de l’église, à genoux et à jeun quatre ou cinq heures durant, disant à Notre-Seigneur avec une merveilleuse confiance qu'elle ne se lèverait point de la place qu'il n’eût changé le cœur de son Archevêque,
“ Mgr, voyant toutes les marques d'une vocation divine, donna son consentement à condition que l'on gagnât doucement Mme, l'Éves jue,
&: Sortant de l’église le cœur rempli d2 la plus vive gratitude, la Mère Sainte-Claire écrivit aussitôt à sa mère une lettre extrêmement persuasive et touchante, et prit si bien sea mesures que cette lettre fut remise à la dame pendant son action de grâces après la communion dans l’église de Notre-Dame, où elle était allée pour sa première sortie remercier Dieu de sa convalescence, La pauvre mère était vainoue, et malgré ses larmes, elle fit une
seconde fois à Dieu le sucrifice de sa fille chérie, elle demanda. ,