ER
366 LES UNSULNÉS De! QUÉREC.
seulement qu'à sa sortie du Monastère élle passfit par sû fon pour lui dire le dernier adieu, Cela lui fut accordé sans peine. …
‘Le Monastère pourvut amplement des deux ebnrageures sœurs, défraya leur long voyage, et s'oblipea de donner annritllenient à chacune une pension viagère de cinquante écus, Enfin après des ddieux très-sensibles de part et d'autre, alles sé réparè: rent de leure plus'chères compagties, quittèrent pour j1mais leurs parents, leur patrie, leur couvent, et toutes les obrhuiodités de la France, pour traverser seise cents lieues de mer, puis habiter un: pays siuvuge et dénué quasi de tout, y vivre au milien de la barbarie, dunsune maison très-priuvre et chétive, exposées à mille incommodités, étant en outre ordinairement dans les alurnies des Iroquois, sans espoir de revoir jaitiais la terre de lour naissance. Mais la peusée de contribuer au salüt de ces peuples et faire fructifier le Sang: du: Fils de Dieu, animait tellement le cœur de: ces-deux généreuses Aunatones, que’ ce qu’elles quittaient et oë qu’elles entreptenaient ne leur paraissait rien.
“Elles partirent donc avec un courage adthirable lé sixième jour de mars, et s'étant embarquées à Dieppe, elles demeurèrent six setuaines entières duns lb vaisseau, à la rade, attendant un vérit propice. Ce temps leur sérvit conitie de noviciat, pouvant se dédire et rotourner en arrière. Muis ldind de là, elles s'uffermirent de’ pluë et plus, s'apprivoisant pour ainsi dire avec les ennuis et les misères dè la vie héroïque qu'elles allaient commencef,
“ Leur'trrvéraée fut heureuse, en moins de cin4 semaines; elles arfivèredt suines et sauves à Québeo, lieu dé la principale h2bitation des Français, et du séminaire des Ursulines, Les trois qui y'étuient de l'an paësé les reçurent avec des conjouirsances nonipäreillés. Leë' vaisséaux revenant en France, rayportèrent dé leurs nouvelles avant la fini de l'année. Notre Monastère de Püris, quieñ'étüit dans l'impatienve, eut une joie indicible d’appreridre’qu'elles avaient suryi à bon port, jôie qui angmentait à' mesurequ'ou'lisait des‘lettres de ces chèrés Mères où elles racontalent leurs aventures, plusieurs Heures se passant à les lire en conrautteut#." ,
‘HHOTOIRR DU MONASTÈRE, 807
.. L'Histoire de notre maison jusqu'ici, a donné la merure du dévouement et des travaux de ls Mère Sainte-Claire en Canada. Type spécial dans le genre de ls Mère Marie de la Trache de S. Joseph, elle assuisonuait les plus dures privations d'une gaieté si franche et si naturelle que tout le monde en était gomue réconforté; l'âpreté des sacrifices était toute pour sou cœur, elle ne laiasait réjaillir sur autrui que l'épanouissement de ses généreuses vertus. Voici coment sa lettre cireulaire résume ces vertus, annonçant de plus amples détails dans une Notice destinée au public, que nous ne retrouvons pss.
‘“ Au sortir du novioiat catte chère Mère fut favorisée de quelques g âces partienlières qui la portaient À un grand détachement des créatures, et où probablement elle eut vue de sa vocation au Canada, Son directeur l'obligea de rédiger par écrit cette faveur. Soit à dessein, soit accidentellement, elle perdit ce papier, ce dont sa supérieure profita pour la reprendre ot mortier devant toute la Cominunanté, mais son humilité on ressortit duvantage. Elle éprouvait dès lors des attraits extraordinaires de l'amour divin, surtout au chœur où elle était comme interdite et ex-
tasiée.
‘ Son attrait particulier la portait À honorer Notre-Seigneur
dans les trois mystères deson Enfance sacrée, de sa sainte Passion et an très-saint Sacremont de l'autel. Quelque affaire ou infirmité qu'elle eût, elle n'a jamais manqué de dresser une crèche à Noël, pour exciter la dévotion des Français et des Sauvages, Elle n'a cessé qu'en la dernière extrémité ses prières et pratiques jourvalières les bras en eroix, et autres, en l'honneur de la mort et Passion. Son amour pour le S, Sacrement, lui faisait trouver sa plus solide consolation à s'es approcher, se faisant de très-grandes violences en sa dernière maladie, afin de communier au moins deux ou trois fois la semaine, dissimulant ses maux de crainte qu'on ne mît obstacle à sa dévotion, disant qu'elle n'avait point de plus grand lénitif à ses douleurs, Elle récitait tous les jours le rosaire en l'honneur de la sainte Vierge sa bonne mère, et révérait d’une singulière dévotion S. Joseph. Sa piété lui suygérait mille industries pour la décoration des autels, Jusqu'à ss
pen mme me ee ms,
ET D tits —
"368 LES URSULINÉS Dk QUÉBEC
mort, elle a fait ses délices d’avoir soin de la chapelle des Saints, que nous avons fuit construire pour honorer les saintes Reliques, que nous possédons en quantité.
“Son caractère particulier était un amour cordial, une union tendre …nvee Jésus Christ. Que feraï.je, mon cher Maître, mon aimable Jémis, disait-elle dans ses doutes et ses difficultés, que ferai. je en cette rencontre f Puis, rentrant dans son cœur, elle enten dait le divin} Sauveur lui dire: Discite à me, quia mitis sum et humilis corde ; d'autres fois: 2n charitate Dei et patientia Christi. Elle s’entretenait cœur à cœur avec son divin Époux: Deus cordis mei et pars mea, Deus in æternum …..Jesu voluptas cordium. Ces actes de confiance et d'amour lui servaient de préparation à la sainte Communion ; d'entretien et d'action de grâces, et aussi le long du jour après avoir communié: car un mot de cette nature en vaut dix mille, et tous les cœurs qui aiment, et qui veulent aimer Jésus-Christ en sont cnpables.
“ Sa confiance en Dieu était éminente et au-dessus du commun, et souvent elle en a ressenti des effets qui tenaient du miracle. Elle disuit dans les occasions: Notre bonne mère la Providence ne nous manquerz point; et en effet, le secours attendu ne manquaitipoint. Dans les circonstances les plus critiques, elle encourageait tout le monde d’un visage gai et assuré.
‘ Elle a été toute su vie un modèle achevé d'une vraie et parfaite Relivieuse Ursuline, le soutien des observances et de lu régulürité, ayant rendu de très-grands services à notre communauté, surtout dans l’emploi de Dépositaire, qu'elle a exercé quinze ans à la satisfaction et édification du dedans et du dehors ; de Muîtresse des Novices, où elle avait un talent particulier pour inspirer l'esprit religieux ; enfin de Maîtresse Générale des Pensionnaires, où sa dernière maladie l'a prise dans l'exercice du sèle. Elle a passé les six derniers mois de sa vie à l'infirmerie, où' Notre-Séigneur a achevé de former son image en cette chère Mère’ par de très-grandes infirmités, ayant une jaunisse universelle ac-' compagnée d'enflure, de fièvre continue et de douleurs très-cuisantes, qu'elle a sup|'ortées uvec une patience qui ne se peut dire,” f’apprehéndant que de ne pas souffrir assez purement, ne voulant:
HISTOIRE DU MONASTÈRRE. 369
pas perdre une seule petite goutte de son onlice, étant sur ses gardes pour ne point prendre de soulagement superflu. Klls fuisait pour les moindres services des remercîments qui nous jetaient duns la confusion, et montruient le peu d'estime qu'elle avait d'elle-même, et des services qu'elle avait rendus à la maison, bien que trés-considérubles. Son mal augmenta au commencement de novembre et l'obligea de s’aliter tout à fuit le 8; pendunt les huit jours qui suivirent, elle eut la consolation de communier trois fois, reçut l'Extrême-Onction avec sa piété ordinaire, gagna le 8. Jubilé, et regut la bénédiction de Mgr. notre Évêque, qui lui fit l'honneur de la visiter, Elle décéda le 15 novembre 1677, sur les trois heures du matin, dans une confiance et joie nonpareilles de s'unir pour jamais à son Souverain-Bien;, à son aimable Maître Jésus-Christ, Notre très-honorée Mère Anne Le Bugle de Sainte- Claire aurait eu 72 ans accomplis lx nuit de Noël; elle était dans sa 52ième ‘année de Religion et la 38ième de sa demeure en ce pays.” La Mere Anne Le Boue De Notre-Danre, Protesse De Éours, 1644-1680.
Aucun document ne nous donne de détails sur les premières années de la Mère de Notre-Dame. Les notes que nous retrouvons dans le vieux Récit et divers passages des Lettres de notre Vén. Mère, nous la montrent pleine de zèle pour le bien commun et l'éducation des enfants,—souvent aussi en des maladies cruelles et pénibles qui excitent la compassion, Elle cut extraordinairement à souffrir des rigueurs (1) du climat de ce pays et
(1) Il y eutà cette époque des saisons d’une rigueur excessive, En 1660, la Vén. Mère écrivait: * L'hiver a été cette année extraordinaire. Nous ne pouvions nous échauffer ; nos habits nous semblaient légers comme des plumes; quelques-unes de nous s'étaient abaudonuées à mourir de ‘froid.’ En 1670: ‘Tous les hivere sont froids en ce pays, mais le dernier l’a ‘été extraordinaire. ment .. Il y avait encare de la glace dans notre jardin au mois de juin; nos aibres et nos entes, qui étsient des fruits exquis, en sont morts. Tout le pays a fait la même perte.’ Nos lectrices se rappellent
que jusqu'à l’année 1668, il n’y eut que des feux de cheminées pour chauffer le Monastère.
jl fi Èk N à f Ë fi