DERNIÈRES NOVICES AU DIX-SEPTIÈME S1ÈOLE
En 1692, le 29 septembre, se présenta au Noviciat Mile M. Françoise Chorel de Saint-Romain dite du Sacré-Cœur de Jésus, sœur de la Mère Jeanne Chorel de Ste. Ursule. M. le Comte de Frontenac honora de sa présence sa prise d’habit et sa profession.
En 1693, le 29 septembre, Mlle, Anne (rauthier de Comporté venait aussi rejoindre au noviciat sa sœur aînée Marie-Madeleine. Elle entrait avec une amie de pensionnat, Mlle. Angélique Roberge, fille de M. Denis Roberge, bourgeois de Québec, et de Mme. Geneviève Aubert. La première s’appela en religion Anne de $. Gabriel et la seconde, Angélique de Ste. Marie. ‘“ Mgr. leur donna l’habit avec grande solennité. Mme. l’Intendante, Mme, la Lieutenante du Roy, Mme. la Trésorière et plusieurs autres que nous avions introduites dans le chœur pour la cérémonie, furent ensuite conduites à l’infirmerie pour faire la collation et ne sortirent du Monastère que sur les 5 h.” Malgré les préparatifs de guerre et les embarras de tout genre, l’infatigable Comte de Frontenac se trouvait à la cérémonie de leur profession, le 3 janvier
Trois semaines plus tard, le 26 janvier, 11 assistait encore à la profession de la fille d’un de ses premiers fonctionnaires civils et militaires, M. Paul du Puy, ancien officier du régiment de Carignan, Procureur du Roy, et plus tard, Lieutenant Général de la Prévôté de Québec, qui avait épousé à Québec en 1668 Mlle. Jeanne Couillard. La Mère Marie du Puy de l'Enfant-Jésus, née et baptisée à l'Ile-aux-Oies dont son père était seigneur, n'avait pas encore quinze ans lorsqu'elle entra au noviciat ; la cérémonie deses vœux
fat signalée par un incident qui semble démontrer que la ferveur de notre novice n’était pas médiocre.
C'était donc le 26 janvier. Il y avait fête au sanctuaire où une jeune vierge allait se consacrer d’une manière indissoluble à son divin Epoux. L’autel rayonnait de lumière, et au milieu des flambeaux et des fleurs se dessinait le plateau d'argent qui portait le précieux voile noir, signe béni de la consécration de la nouvelle vierge. L’officiant était à l'autel ; la fiancée du Christ et les religieuses avaient terminé leur procession et pris place dans le petit chœur. Bientôt le R. P. Germain commence un discours ravissant sur le bonheur de se donner à Dieu au printemps de la vie. Mais voilà qu'un malaise indéfinissable se répand dans l'assemblée. M. de Montigny, pensant se trouver mal, passe à la sacristie, quitte ses habits sacerdotaux et sort pour prendre l'air; plusieurs, ecclésiastiques, affectés de la même manière, le suivent de près... [ls rentrent, et sortent encore .….....Mêmes accidents du côté des religieuses ........ plusieurs, ne pouvant plus se tenir debout ni respirer, quittent à la hâte leur rangs et s’en vont pour ne plus revenir. Quelques-unes persistèrent jusqu'à la fin de la cérémonie, mais au sortir de la chapelle, il leur fallut se mettre au lit, “ celles qui restèrent debout ne valant guère mieux que les autres.” Le célébrant eut bien de la peine à achever sa longue suite de bénédictions et d’oremus. Enfin voilà toute la Communauté et l'assistance asphixiées “par une chaudronnée de charbon introduite dans le voisinage de la chapelle !” Plus de prières en commun ce jour-là, point de repas joyeux au réfectoire !.… Voyant tout ie monde ainsi incommodé, M. de Montigny, supérieur du Monastère,
(") dispensa les religieuses du lever de quatre heures le lendemain, et comme c'était un vendredi, il eut aussi l'attention délicate d'abroger toutes les pratiques de pénitence, jeùne, etc., propres à ce jour.
Il est remarquable que la Novice seule (peut-être aussi le vigoureux Comte de Frontenac, le récit n’en dit rien) échappa à un accident qui eut pu retarder son beau sacrifice.
Nos lectrices se rappellent que l’usage des poêles ne datait pas de très-loin au Monastère (1668); il n'y en avait pas encore à la chapelle, de là le petit expédient de nos bonnes sœurs pour tempérer un peu les rigueurs du mois de janvier. On en fut quitte pour une expérience un peu fAcheuse sur les effets du charbon en combustion.
Le 10 juin 1694, se présentait au noviciat la plus jeune enfant d’une famille patriarcale, Mlle. Greneviève Boucher, qui elle-même devait être un des patriarches de notre famille religieuse. Pierre Boucher, Ecuyer, sieur de Gros Bois, seigneur de Boucherville et Gouverneur des Trois-Rivières, avait épousé en premières noces cette jeune Algonquine accomplie, Marie-Madeleine Chrétienne, dont la Vén. Mère Marie de l’Incarnation fait un si beau portrait dans ses lettres. Cette fleur des bois n'eut qu'une existence éphémère au contact de la civilisation ; elle alla s'épanouir au ciel. En 1652, le futur gouverneur des Trois-Rivières épousait en secondes noces Mlle Jeanne Crevier de la Meslée. Mile. Geneviève Boucher, née et baptisée à Boucherville, était âgée de 17 ans lors de son entrée
() Le 2 mai 1698, disent les Annales, M. de Montigny est parti pour la mission des Arkansas. Mgr. a donné ordre à M. de la Colombière son Grand Vicaire de remplir en sou absence les fonctions de Supérieur de notre Conimunauté,
au Noviciat, À sa vêture le 18 septembre 169,4, elle prit le nom de son père chéri, nom qu’elle devait porter si dignement pendant les 72 années de sa vie religieuse. “ À son entrée en religion, Mme sa Mère eut permissio" de visiter notre maison et se retira après avoir passé deux heures en notre Monastère.” Nous aurons à parler plus d’une fois dans la suite de la “ Grand’'Mère S. Pierre” et de sa famille.
La Mère $S. Pierre eut la consolation de se voir suivie au Noviciat par sa propre nièce, Mlle. Anne- Marguerite de Varennes, fille de M. le Chevalier-René Gaultier de Varennes, seigneur de Varennes, du Tremblay et autres lieux, et Gouverneur pour Sa Majesté en la ville des Trois Rivières, et de Damoiselle Marie Boucher de Boucherville, La petite postulante n'avait que 14 ans, “ mais elle avait poursuivi avec tant d’importunité que, Mme. sa mère ayant consenti, nous acquiesçâmes à son désir vu ses belles qualités et surtout sa bonne vocation. Elle prit l'habit le 14 septembre 1699, sous le nom d'Anne-Marguerite de la Présentation, Mme. l'Intendante, Mme. de Varennes et plusieurs autres dames entrèrent pour la cérémonie.”
Miles de Varennes eut pour compagne de vêture et de profession une jeune anglaise, Mile. Marie-Anne Davis, (‘) captive de guerre enlevée par les Abénaquis,
() A la prise du fort Casco, le capitaine Davis, commandant fut fait prisonnier et emmené à Québec, ainsi que les deux filles de son lieutenant, qui avait été tué. Ces prisonniers furent rendus, l’au* tomne suivant, lors de l'échange des prisonniers avec l'amiral Phipps. Une Dlle. Davis se faisait religieuse à l'Hôtel-Dieu en 1710,
Le 22 décembre 1697, disent les Annales, nous avions reçu comme pensionnaire perpétuelle, une anglaise nommée Madeleine Ouëlii Whalley ?). Elle devait payer cinquante écus de pension, et
et rachetée par la charité ingéniense et persévérante du R. P, Sébastien Rasle, missionnaire de la Compagnie de Jésus. La famille Davis, originaire d’Angle. terre, était établie à Salem, près Boston, quand elle fut enveloppée dans un de ces massacres nocturnes dont l'histoire des colonies offre si souvent l’affreux tableau. L'enfant avait à peine six ans quand elle vit massacrer ses parents et dévaster son héritage. Adoptée par un chef Abénaquis et comblée de caresses par sa famille adoptive, elle oublia bientôt sa patrie, ses parents et jusqu’à son propre malheur. A l'âge d'environ 15 ans elle fut instruite et baptisée sous condition par le Missionnaire, qui après bien des négociations devint aussi son libérateur. Ayant connu et apprécié le don de la foi, elle ne voulut jamais profiter de l'échange des prisonniers pour retourner dans son pays. À son entrée comme pensionnaire dans cette ‘ maison des Vierges” dont elle avac entendu parler au pays des
Abénaquis, elle fut transportée de joie: C’est la maison de Jésus! s’écria-t-elle, c’est ici que je veux vivre et mourir.” Nous verrons plus tard avec quelle ferveur la Mere Marie-Anne Davis de S. Benoit parcourut sa carrière religieuse.