ARRIVÉE D'UNE URSULINE DE FRANCE
“Le 5 septembre 1697, nons eûmes nouvelle de l'approche de nos vaisseaux et de l’heureux retour de notre illustre Prélat absent depuis trois ans, ce qui
donner sou trousseau à son entrée. Nous avions consenti par un motif de charité, à l'égard d’une pauvre étrangère qui d'ailleurs était très-vertueuse, M. de Montigny, notre Supérieur, mit obstacle à son entrée." On sait que le major Whalley commandait sous Phipps, dans le siêége de 1690.
répandit une grande joie dans tout le pays. Nous apprimes aussi que sur ces mêmes vaisseaux se trouvait une religieuse Ursuline, ce qui nous surprit grandement, n’ayanteu aucune communication à ce sujet. (') On résolut cependant de le recevoir, avec l'agrément de Mgr. Enfin le 7, elle débarqua à la Rasse-Ville et fut accueillie par une de ses parentes, en attendant la permission de notre digne Evêque. Sur les 3 h. de l'après-midi, le R. P. Germain, notre confesseur, et un autre ecclésiastique l’allèrent quérir. Plusieurs dames l'accompagnèrent jusque dans notre chapelle, et nous la fimes entrer par la sacristie. On entonna aussitôt le Laudate, que l'on répéta trois fois, puis le 7e Deum, pendant lequel nous embrassämes notre nouvelle sœur, Cette chère Mère s'appelle Marie LeVaillant de Vocelles dite de Ste, Cécile ; elle est professe de la maison de Bayeux. Dès sa jeunesse elle a en une vocation extraordinaire pour le Canada; elle en écrivit à nos premières Mères, mais la Providence permit que ces lettres fussent perdues. Son zèle pour le salut des sauvages la poursuivant sans cesse, elle profita d’un séjour que Mgr. fit à Paris, dans son dernier voyage, pour s'offrir à venir en ce bout du monde aider à la conversion des sauvages. Notre digne Prélat, ravi de sa ferveur et de l'excellent rapport que l’on faisait de sa vertu, l'agréa, et elle ent le courage d'entreprendre le voyage dans un temps de guerre et sans savoir comment elle serait reçue en cette Communauté.
() On avait attendu, en 1695, une Religieuse de Paris, la Mère Ste, Gertrude, qui avait une forte vocation pour le Canada. ‘ Nous l’avious reçue, non pas qu'il Mt nécessaire de faire venir des Religieuses de France, mais pour marquer à nos chères Mères de Paris l'estime que nous faisions de leurs sujets et renouveler uotre étroite uaion avec elles.” Le projet ne fut pas effectué.
Toutes les personnes qui ont eu des rapports avec elle pendant la traversée ont été si édifiées de sa vertu que son éloge est dans toutes les compagnies. Elle est âgée de 55 ans, dont environ 38 de profession religieuse.”
68 —Fonnarion Des URrsuLI“ES DES TRot8-RIVIÈRES.
Dans l'automne de 1697, Mgr. de Saint-Valier, quoique accablé d'affaires, songea sérieusement à son projet d'établir un couvent d’Ursulines dans la ville des Trois-Rivières. Avant son départ pour l'Europe, il avait donné sa parole aux principaux habitants qu'il ne cèderait à personne son droit de fondateur et que lui-même doterait le futur établissement pour l’éducation de la jeunesse, Cependant la ville avait aussi besoin d'un hôpital et la population était encore trop faible pour occuper et entretenir deux institutions,
Après mûre délibération, Mgr. se décida à réunir les deux instituts d'Ursulines et d’Hospitalières, et le succès de l’œuvre justifia pleinement la sagesse de ces
mesures.
“ Le 10 septembre, Mer. vint traiter de cette affaire avec la Communauté. Il se faisait fondateur en payant la maison et constituant 600 Ibs. de rente annuelle pour l'entretien de six lits à l'hôpital, qu'il meublerait à ses frais Notre Communauté se trouva dans une grande perplexité, à cette proposition de joindre le soia des malades à l'Institut. Après y avoir bien pensé, et même pris conseil de personnes expérimentées, on jugea qu'il était plus à propos d'accepter et l’on passa outre. Notre Communauté ayant choisi les sujets jugés propres, conformément aux Règlements, Mgr. confirma la Mère Marie Drouet de Jésus,
comme supérieure du nouvel établissement, mais il voulut lui-même nommer les autres, qui furent la Mère Le Vaillant de Ste. Cécile, Assistante, la Mère Amyot de la Conception, la Mère Dronard de S, Michel, et sœur Gravel de Ste. Anne, converse.
“ Avant de passer le contrat Mgr. désira que la Mère Supérieure de notre Monastère, avec trois des religieuses destinées à la fondation, fit le voyage des Trois-Rivières pour visiter la maison que l’on voulait acheter. Elles sortirent le mardi 8 octobre, sur les 10 heures du matin, et furent accompagnées dans le voyage de M. de Montigny, Supérieur de notre Mo. nastère et de M. le Gouverneur des Trois-Rivières qui cédait la maison. Cette sortie se fit si précipitamment qu'à peine pûmes-nous dire adieu à nos chères sœurs, Elles arrivèrent aux Trois-Rivières jeudi soir, à nuit close ; le lendemain elles visitèrent la maison, et l'ayant agréée, les trois destinées à l'établissement en prirent possession, c’est-à dire partiellement, car M. le Gouverneur se trouvait dans la nécessité d'en occuper une partie jusqu’au printemps. Notre Révérende Mère nous revint samedi, le 12, à notre grande consolation.
“ Mgr, passa aussitôt le contrat de fondation. La Communauté laissait aux deux religieuses de France les Mères de Jésus et de Ste. Cécile, à toucher leurs pensions de France, et pour les professes de Québec, notre maison s'engagea à leur donner à chacune 100 Ibs. de pension annuelle, tant que le Monastère en serait capable.”
Le départ des deux autres missionnaires fut fixé au 23 octobre. La veille fut destinée aux visites d'adieu, dont les détails sont assez curieux pour être cités, La toilette des épouses du Seigneur n'étant pas longue, “on monta de bonne heure dans le carrosse d'une
amie du Monastère. Les deux voyageuses étaient conduites par notre Rév. Mère Supérieure accompagnée de la Mère Louise de la Naudière de Ste, Catherine. M. notre R. P. Supérieur les mena d’abord au Château $. Louis pour y saluer M. le Comte de Frontenac. Elles visitèrent ensuite la maison des RR. PP. Récollets, puis se rendirent à l'Évêché où Mgr. leur fit tout l'accueil possible et voulut lui-même les conduire au Néminaire visiter Mgr. l'Ancien, Le vénérable Prélat et toute sa maison les reçurent avec les démonstrations de la plus cordiale charité. De là elles se rendirent chez nos RR. PP. où elles furent traitées avec des bontés toutes peternelles, Après y avoir fait la collation, elles poursuivirent jusqu'à l'Hôtel- Dieu, puis au palais de M, l’intendant ; et enfin à l'Hôpital-Général, étant partout comblées de bontés et d’honnêtetés.”
Cet incident fait voir quel esprit de famille régnait entre les autorités civiles et religieuses du pays.
“ La séparation nous fut un amer calice. Nous pourvûmes ces chères sœurs le mieux quil nous fut possible, en linge, habits, etc. Le lendemain matin, sur les 7 h., le KR. P. Germain vint les quérir. Elles descendirent encore une fois à l’évèché demander la bénédiction de Mgr., puis se rendirent à la Basse-Ville où elles s’embarquèrent. Elles sortirent sans faire d'adieux à la Communauté craignant de trop s'attendrir.”
Telle fut l’origine d’une maison dont la prospérité a toujours été croissante, et dont le pensionnat, de plus en plus florissant, fait depuis bientôt deux siècles la joie et l'honneur de la ville et du district des Trois- Rivières.