‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 15 sur 156 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

Rien n’est admirable comme ce choix judicieux inspiré par le Saint-Esprit, et qui conduit chaque membre au corps pour lequel il semble fait. Il y a de secrètes affinités qui réunissent les éléments homogènes d’une même association ; la grâce de Dien, un soufle victorieux du ciel les poussent ou les attirent, après en avoir fait un triage dans l’ensemble où ils paraissaient confondus. On voulait telle chose, et sans s’en douter on aboutit à une autre; on avait tel obstacle à renverser, et la vocation en triomphe lentement ou tout à coup, suivant que la volonté de Dieu a besoin de délai ou de promptitude. Ce qui doit être une pierre dans l'édifice de l'Eglise participe à l’éclat et à la solidité du monument divin. Rien n’est persistant comme une vocation, rien aussi ne doit être obéi et respecté à son égal. Cette puissance du sentiment religieux et cette impulsion irrésistible de la vocation, furent une des causes les plus actives du ‘rapide développement des Ursulines. La Mère Françoise de Bermond, d'Avignon, est une des Mères les plus illstres. Autorisée par le pape Clément VIII, elle commença à instruire gratuitement les filles dans sa ville natale, et fonda dans la suite plusieurs communautés de ses Sœurs à Aix, Marseille, Lyon, Mâcon. Une de ses disciples, la Mère Clémence Ranquet, se détacha de sa maison de Lyon pour constituer les Monastères de Clermont et de l'Auvergne. L'Evéque Ja reçut dans sa cathédrale, et ses fondations réussirent, en dépit de tous les efforts du démon pour en entraver le succès. La Mere Micolon, dite Colombe du Saint-Esprit, fonda les Ursulines de Tulle; la Mère Cécile de Belloy les établit à Montargis. Partout Dieu suscita des hommes pour aider les Fondatrices, Les Pères Jésuites leur furent surtout d'un grand succès pour la propagation

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de leur ordre; et il est admirabie de voir comment Dieu fortifie ses œuvres par le concours d'hommesspécenux, qui parent aux premiers inconvénients, éclairent les obseurités et sontiennent le courage des ouvriers.

“ Les Ursulines ne devaient pas se borner à la France ; elles étaient nées apôtres et appelées par ce glorieux privilége à s'étendre dans les contrées lointaines, Mme. de la Peltrie, d’une noble famille d'Alençon, fut élne de Dieu pour procurer à l'étranger le premier étabhissement de ces religienses missionnaires Marie Guyart, connue sous le nom de Mère Marie de l'Incarnâtion, et originaire de Touys, lui fut associée pour cette œuvre, qui demandait persévérance et force d’âme. L'histoire de ces deux vies a un attrait séduisant Les épreuves que Dieu leur envoya comme préparation aux derniers sacrilices, les moyens mis en œuvre pour réaliser leur projet. la rencontre de ces denx héroïques veuves, tout est paipitant d'intérêt, entremêlé de scènes attendrissantes et inattendues, Ceux qui cherchent dans les romans des émotions et des tableaux pittoresques, ne savent pas ce que les vies des saints personnages renferment de charmes sous ce rapport, C'est le réel à

la place de la fiction, le chrétien au lieu du profane, et le spectateur voit se dérouler les drames les plus saisissants, où la Providence intervient et dispose sans bruit le dénouement, Les saints ont passé par des positions plus difficiles, ont eu des heures plus remplies de périls ou d’espérances, que ces héros imaginaires et monotones du théâtre où du roman, dont ie sort presque toujours identique dégoûte à ia longne les moins difficiles. Mme. de la Peltrie et la Mère de l’Incarnation, fondatrices des Ursulines au Canada, passèrent successivement par les plus rudes épreuves. La seconde de ces deux saintes femmus était veuve; elle trouva

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AXVII INTRODUCTION.

dans son fils l'obstacle le plns sérieux à sa vocation religiense et à son désir de passer à la Nouvelle-France, On pleure d’attendrissement en lisant les citations de M. Sainte-Foi, qui nous peignent ce pauvre orphelin venant redemander an couvent des Ursulinesde Tours sa mère, à qui il regrette d’avoir donné son consente. ment, et s'écriant à travers la grille : “ Rendez-moi ma mère !” Mais quiest fort contre Dieu ? Lesévénements donnèrent raison à la mère contre ce tendre fils, que la grâce pénétra peu à peu jusqu’à lui laisser lire et accepter les volontés du ciel. Nous ne pensons pas qu'on puisse trouver dans la littérature romanesque rien de plus capable d'émouvoir l'âme. Les passions mauvaises ne sont point excitées dans ces récits si peu connus, et le cœur s'attendrit au contact de la foi naïve et courageuse, sans qu'il soit besoin pour le toucher de tout l’attirail d'invraisemblances toujours nécessaire au mensonge.

“# Quel est done le mobile qui soulève ainsi les plus grands obstacles et opère ces prodiges ? On s’épuiserait vainement à chercher des motifs humains pour les expliquer. L'ambition ne va pas jusqu’à s’'appauvrir pour les autres ; l'orgueil ne se met pas au service des inférieurs, de l'orphelin on du sauvage; l'enthousiasme du monde n'est qu'un feu passager qu'éteignent les premières sueurs et qui se décourage au premier échec, Le moteur invisible qui accomplit tant de merveilles, c'est l'amour bien compris de Dieu et du prochain, c'est le zèle de Jésus-Christ, C’est cet amour et ce zèle qu'une Ursuline, la sœur Etiennette Guyot, exprimait, encore enfant, par cette naïve réponse à ceux qui lui demandaient compte de ses longues prières: “ Je ne fais rien que brûler” La charité pour Dieu et les âmes est véritablement un feu ! “Je ne fais que brûler,” Voilà

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