‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 21 sur 156 · RÉSIDENCE À LA BASSE.VILLE · texte numérisé non relu

RÉSIDENCE À LA BASSE.VILLE

Départ de France, voyage et arrivée des premières Religienses à Québec— Visite à Sitlery—Le ‘ Louvre ” des Ursulines ; —Etude des langues sauvages— Arrivée de deux Ursulines de Paris ; — Lettre de la Mère Ste. Claire— Les Séminaristes Sauvages--Thérèse la Huronne— Les petites courenses du Monastère Piété et zèle de Me. de la Peltrie— Améliorations à la maison de la Basse. Ville —On pose la première pierre du Monastère— Fusion des Ursulines de Québec en un seul corps-—-Un mot de l'Ordre de Ste. Uraule —Madame de la Peltrie suit Mlle. Mance à Montréal—On continue la construction du Monastère Nos Bienfaiteurs—Consolations de l’année 1642 ;—Mauisons pour les Sauvages ; bourses ; marraines,

$l—DÉPART DE FRANCE, VOYAGE ET ARRIVÉE DES PREMIÈRES RELI-

GIEUSES À QUÉBEC.

EE "ÉTAIT, comme on vient de le voir, | Ve À, sous des influences toutes célestes L£ 7, GN\, Là et divines, que nos Missionnaires | RAS pur disposaient à quitter les rives Le 3-7 de la patrie.

La Mère Marie de l’Incarnation, par sa magnanhnité, sa grandeur d'âme, les héroïques vertus dont elle avait donné jusque-là les preuves les plus touchantes, était bien la femme forte dont l'attitude inspire le courage et la confiance, Elle était dans 40ème année de son âge,

A ses côtés, et quatre ans plus jeune qu’elle, se présentait la noble et généreuse Dame que

Dieu lui-même avait choisie pour introduire les Ur sulines dans cette nouvelle terre de promission ; Mme, de la Peltrie se sacrifiant elle-même à sa chère fondation, semblait un gage assuré des bénédictions du Ciel,

L'intéressanteet angélique Mère Marie de St. Joseph, âgée de 22 aus, et l’infatigable Mère Ste, Croix, qui en comptait 30, étaient les dignes auxiliaires de ces femmes apostoliques.

Une cinquième héroïne s'était jointe à elles, c'était Mile, Charlotte Barré, à peine âgée de 19 ans. Nous rencontrerons plus tard sous le nom de Mére St. Ignace, cette première professe de notre Monastère, dont la vocation fut si extraordinaire et providentielle,

De grand matin, le 4 mai, nos saintes missionnaires, ayant fait leurs adieux, sortirent du Monastère des Ursulines de Dieppe pour se rendre à l'Hôtel-Dieu de cette ville, où les attendait nne petite colonie d'Hospitalières qui, elles aussi, brülaient du désir d'exposer leur vie pour Dieu dans les missions du Canada, Ces nouvelles compagnes de voyage étaient la Mère Marie Guenet de St. Ignace, la Mère Anne Le Cointre de St, Bernard, et la Mère Marie Forestier de Nt. Bonaventure ; elles venaient fonder à Quebec, sous les auspices de la duchesse d’Aiguillon, un Hôtel-Dieu, pour Le service des pauvres malades de cescontrées,

La sainte messe se célèbra à lintention des ferventes voyagenses, et toutes y reçurent comme en viatique la sainte communion, Depuis quinze jours le vaisseau préparé pour les recevoir était en rade : c'était l'amiral St. Joseph, commandé par le capitaine Boutemps, Madame la Gouvernante de Dieppe vint elle-même en carrosse pour les conduire au bord de ja mer, où une foule immense était accourue pour être témoin d'un spectacle si nouveau si touchant, Cette

fervente troupe, loin de se laisser attendrir par les derniers adieux, s’embarqua joyeusement en compagnie des RR. PP. Vimont, Poncet et Chaumonot. Bientôt on lève l'ancre, on étend les voiles, et le vent les emporte loin des rivages de la France,

Le voyage commençait sous d’heureux auspices, mais les dangers et les contre-temps ne devaient pas se faire attendre : la rencontre d'une flotte ennemie les obligea de se détourner de leur route, et les retarda tellement que la Mère de l'Incarnation, donnant de ses nouvelles en date du 20 mai, disait : “ Nous avons donc passé les côtes d'Angleterre, et nous sortons de la Manche en très-bonne disposition, grâce à notre bon Jésus ; non sans avoir couru risque d’être prises par les Espagnols et par les Dunkerquois. A présent, nous sommes hors des dangers des ennemis, mais il n’y a que Dieu qui sache si nous sommes à couvert de ceux des tempêtes et de la mer.”

Le voyage en effet fut long et orageux. Une fois entr'autres, la tempête les jeta si avant dans les mers du nord, qu'ils se virent au moment d’être brisés sur une énorme glace, que la brume leur avait d’abord cachée, et qui se précipitait sur le navire avec une impétuosité incroyable. Le péril parut si imminent que le R. R. Vimont donna l’absolution générale, et fit au nom de tous un vœu à la très-sainte Vierge. (Cette divine Mère les secourut si efficacement qu'une manœuvre accidentelle fit faire un tour au vaisseau, qui longea la monstrueuse glace et sortit sain et sauf de ce danger.

A l'exception de treize jours, où le navire fut trop violemment ballotté par la tempête, les saints missionnaires purent dire la messe, et les religieuses eurent

le bonheur de communier journellement pendant la

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traversée, Leur vie dans le navire, ressemblait fort à celle que l’on mène dans la tranquillité du cloître ; la méditation se faisait régulièrement, et l'office se récitait en chœur, les Hospitalières d’un côté et les Ursulines de l’autre. C’était une ferveur à ravir les anges, et sous la protection de ces esprits célestes, malgré la violence des vents contraires qui leur avaient fait parcourir plus de deux mille lieues, elles allaient enfin arriver à bon port. Toutefois la Providence leur ménageait encore quelques épreuves, Dès qu’on aperçut les côtes du Nouveau-Monde, le religieux équipage voulut s'acquitter du vœu qu’on avait fait ; mais leur ferveur les exposa à un nouveau danger ; car pressés du désir d'aller remercier leur céleste protectrice, ils se jetèrent tellement en foule dans la chaloupe qui devait les conduire à terre, qu’elle fut sur le point de couler à fond sous le vaisseau. (omme on s’éloignait de la côte, une brume épaisse fit perdre la route, et les vaisseaux se trouvèrent engagés au milieu de rochers d’où l’on eut bien de la peine à se tirer.

Le long et pénible voyage de trois mois touchait enfin à son terme, Arrivées à Tadoussac, où tous les navires venant de France faisaient alors station, Mme de la Peltrie et les religieuses quittèrent le vaisseau. # Nous fimes rencontre de plusieurs sauvages en arrivant aux terres, dit la Mère de l’Incarnation, ce qui nous apporta une grande joie. Ces pauvres gens qui n'avaient jamais vu de personnes faites comme nous ” étaient tout surpris, et lorsqu'on leur disait que nous étions des filles de capitaines, (car il leur fallait parler à la mode de leur pays), qui pour l’amour d'eux avions quitté notre pays, nos parents et toutes les délices de la France, ils étaient ravis d’étonnement ; et encore plus lorsqu'on leur disait que c'était pour ins-

truire leurs filles, afin qu’elles ne fussent pas brûlées dans les feux; ils ne pouvaient comprendre comment cela se pouvait faire, et pour voir ce qui en arriverait, ils nous conduisirent par terre jusqu'à Québec, sans cesser de jeter les veux sûr notre vaisseau.”

Les joyeuses missionnaires avaient pris à Tadoussac une embarcation légère, sur laquelle elles continuèrent leur route, et le dernier jour de juillet 1639, elles côtoyaient l'Ile d'Orléans. Nous conçumes quelque espérance d'arriver à Québec, mais la marée se trouvant contraire, et le vent n'étant pas assez favo. rable, il fallut attendre au lendemain ; et comme l'endroit était beau et le débarquement facile, on nous mit à terre à l'Ile d'Orléans (*), qui pour lors n'était point habitée. L'on y fit trois cabanes à la façon des sauvages; les religieuses se mirent dans l’une, les religieux dans l’autre, et les matelots dans la troisième ; nous avions une joie qui ne se peut exprimer de nous voir dans ces grands bois, que nous fimes retentir de nos cantiques.” (°)

Le petit vaisseau de notre fondatrice les ayant derancées de quelques jours, toute la population de Québec était duns une joyeuse attente, et lorsque l’on sut, dans la soirée, que nos voyageuses étaient à une lieue de la ville, il fut décidé par le Gouverneur et son Conseil, que les religieuses n’entreraient dans le port que le lendemain matin. M. le Chevalier de Montmagny, alors Gouverneur du Canada, voulut leur faire une réception digne de sa foi et de la belle œuvre qu'il allait inaugurer. (3) Dès que cet homme de bien et de

(1) À une lieue et demie de Québec, à la pointe ouest de l’île. (2) Histoire de l'Hôtel-Dieu.

(5) ACTE DE RÉOKPTION, 1639, ‘6 Nous, Charles Huault de Montmagny, Chevalier de l'Ordre de St,

dévouement eut avis de leur présence, il envoya à leur rencontre, cette “ chaloupe tapissée” dont il est fait

Jean de Jérusalem, Lieutenant pour Sa Majesté en toute l'étendue du fleuve St. Laurent de Ja Nouvelle-France, certifions à tous qu’il appartiendra que les Révérendes Mères Religieuses Ursulines, savoir, la Mère Marie Guyart de l’Incurnation, la Mère Marie de Savonnières de St. Joseph, du Couvent de la ville de Tours, et la Mère Cécile de Ste. Croix, de la ville de Dieppe, en la compagnie de trés-religieuse et tres dévote dame Madeleine de Chauvigny, veuve de feu Mre. Charles de Gruël, vivant, Chevalier Seigneur de la Peltrie, sont arrivées en ce lieu de Québec, ce premier d'août de la présente année, mil six cent treute-neuf, pour y établir une maison et couvent de leur ordre de Ste. Ursule, à la gloire de Dieu et pour l'éducation des petites filles, tant des Français que des Sauvages du pays : ayant été conduites dans une barque gouvernée par Jacques Vastel, contre-maître du navire du Capitaine Bontemps, amiral de la flotte de la Nouvelle-France, après avoir passé de Dieppe jusqu'à Tadoussac dans le dit navire; et sitôt que nous fûmes certains que les dites Révérendes Mères Religieuses Ursulines étaient en la barque susdite et voulaient descendre à terre, nous envoyämes une chaloupe pour les prendre et accueillir, etallâmes nous-mêmes les recevoir au bord de la rivière, accompagnés des principaux habitants et suivis de la plupart du peuple qui en faisait paraître une joie extraordinaire, à laquelle nous concourûmes par le bruit des canons de notre Fort, et les amenâmes à l’église où fut célébrée la sainte messe et chanté le Te Deum laudamus pour remercier Dieu de leur heureuse arrivée, et du grand bien que nous en espérons à la gloire de Dieu et à l'édification et l'utilité commune, comme déjà il est manifesté au grand contentement des Français et des Sauvages,

‘ Les prières finies, nous menâmes les dites Révérendes Mères Religieuses Ursulines et la Dame de la Peltrie en un corps de logis appartenant à Noël Juchereau Sieur des Châtelets et ses associés, ecis sur le bord de la rivière St. Laurent au-dessous du magasin de Messieurs de la Compagnie de la Nouvelle-France, qui leur a été loué dès France par les dits associés du dit Sieur des Châtelets, en attendant qne leur maison et couvent soit construite et édifié. Certifions avoir vu leurs lettres d’obédience de Messeigneurs les Révérendissimes Archevêques de Rouen et de Tours, portant ample témoignage des vertus, mérites et saintes intentions des dites Révérendes Mères Reli-

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