LES SÉMINARISTES SAUVAGES
La Relation de 1641 nous offre des détails ravissants du zèle et des succès de nos Mères. C’est le R. P. Le Jeune qui parle: “ Disons deux mots des Mères Ursulines. Deux vertueuses filles armées d’une bonne dot, pour aider à faire bâtir la maison qu’elles font commencer à Québec, seraient bien reçues en leur Monastère, qui renferme plus de joie dans sa petite enceinte que les palais des Césars dans leur grande étendue... Outre les séminaristes sauvages, nous voyons d’autres élèves passagères, vêtues à la sauvage, qui demeurent quelque temps en cette petite maison pour y être instruites sur les mystères de notre sainte croyance. Ces jeunes filles ayant pris quelque bonne teinture en cette maison, s’en retournent par après chez leurs parents. Quand ces bonnes Mères seront logées plus au large, elles auront encore une autre occupation; les filles et les femmes sanvages qu'on voudra baptiser iront passer quelques jours en leur monastère pour y apprendre avec plus de repos la doctrine de Jésus-Christ. Voir même, les néophytes, ou hommes sauvages, y pourront aller pour se mieux préparer à la sainte communion. Or, encore qu’elles soient logées à l'étroit, elles ne laissent pas d’être souvent visitées par de bons sauvages pressés de la faim ; les Mères les font prier Dieu, leur disent un bon mot, les font manger, puis les renvoient avec cette double aumône.
# Mais descendons plus en particulier et & sons deux mots de leurs petites séminaristes, suivant le mémoire que leurs bonnes Mères m'ont envoyé. Ces petites créatures ont un si grand désir de se faire instruire, qu’elles disent à leurs maîtresses qu'elles les châtient
si elles manquent à leur devoir; et si l’une tombe en quelque faute, elle se jette aussitôt à genoux pour demander pardon. Un de nos Pères étant descendu ce printemps à Tadoussac, les deux plus grandes séminaristes lui écrivirent de leur propre main, lui témoignant une grande consolation, d'un côté, de ce qu'il instruisait leurs compatriotes, et de l'autre, le plaisir qu’elles auraient de le revoir. Le Père lut ces deux lettres en présence des sauvages, leur montrant comme leurs enfants étaient capables d'écrire aussi bien que les Françaises, [ls prenaient ces lettres, les tournaient de tous côtés, les regardaient avec attention comme s'ils eussent pu lire, et ils faisaient dire et redire tont ce qu'il y avait dedans, bien joyeux de voir que notre papier parlait leur langue, car ces enfants écrivaient en sauvage, C’est un plaisir de voir les plus grandes et les mieux instruites parmi ces élèves faire l'accueil aux séminaristes passagères, leur expliquer la doctrine de Jésus-Christ, en leur faisant les mêmes interrogations qu’on leur fait au catéchisme, déchiffrer une image sainte, raconter gentiment une histoire et se concilier l'attention de celles qui les écoutent.”
“ Si les actions extérieures sont des indices des mouvements et des affections du cœur, ces enfants croissent tous les jours en la dévotion et en la vertu; elles font chaque soir l'examen de lenr conscience, et entre avertissent avec paix de leurs petits défauts Elles ont un grand soin de rechercher leurs offenses lorsqu'il se faut confesser. [Il y en a une qui n’a pas plus de huit ans qui instruit celles qui sont plus jeunes, leur aide à s'examiner et leur recommande sur toutes choses de ne cacher aucun péché. Je pense rendre hon témoignage de leurs consciences, et je pais assurer que je n’ai entendu aucun enfant Français de leur âge qui ouvrit son
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cœur plus nettement, et qui en reconnût mieux les petits plis et replis. En un mot, les sauvages se confessent parfaitement bien; c’est chose admirable comme ils conçoivent l'importance de ce sacrement, cela m'a parfois étonné de voir des barbares mieux instruits de la doctrine chrétienne que bien des personnes polies et civilisées.”
La Mère Marie de St. Joseph, rendant compte des dispositions de ses chères petites élèves Huronnes, écrivait : “ Quand on eut donné avis à trois de nos plus grandes séminaristes qu'elles pourraient communier à Pâques, je ne vis jamais plus de joie. Elles témoignèrent un plaisir indicible pendant qu’on les instruisait sur cet adorable mystère, se rendant extrêmement attentives, Il semblait qu’elles eussent une intelligence de cette amoureuse vérité bien audessus de leur âge. Elles voulurent jeûner la veille ue leur première communion, coutume qu'elles ont gardée depuis autant de fois qu’elles se sont approchées de la sainte table. Un jour pendant que le R, P. Pijart instruisait ces trois séminaristes, une des plus petites, âgée d'environ six ans, se présenta devant lui, demandant la sainte communion comme les autres, Le Père lui dit qu’elle était trop petite. “ Ah ! Père, s'écria-t-elle, ne me renvoyez pas parce que je suis petite, vous verrez, je deviendrai bientôt aussi grande que mes compagnes |” On la laissa écouter l’instruction, et elle retint si bien ce qu’on expliquait de cet adorable mystère, et en rendait après un si bon compte, qu’elle ravissait tous ceux qui l’interrogeaient, mais on ne lui accorda pas, néanmoins, cette viande des forts.
“La mère étant venue la voir ces jours-là, cette enfant se mit à l'instruire des mystères de noire sainte
foi, qu’elle lui expliquait par des images; ensuite, eile la lit prier et lui montra les lettres alphabétiques dans un livre pour lui prouver le désir qu’elle avait de lui enseigner à lire. Cette bonne femme sauvage était si ravie qu'elle faisait l'enfant avec son enfant, proférant les lettres après la petite fille comme si elle eut répété sa leçon Puis, s'adressant aux religieuses, elle disait : “ Ah ! que n’ai-je connu Dieu aussitôt que vous! Je suis très-contente de voir ma fille avec vous ; quand nous la retirerons, elle nous instruira son père et moi; nous avons tous deux un grand désir d’être baptisés, elle nous enseignera à prier Dieu l”