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T—LES PETITES COUREUSES DU MONASTÈRE

En contemplant les travaux et les succès de nos premières Mères, dans leurs fonctions d’Ursulines et de missionnaires, ne vous semble-t-il pas, chères lectrices, qu'il manque des ombres au tableau? Les religieuses ue trouvaient-elles pas parfois, dans le caractère indompté de ces petites coureuses des bois, ample exercice à leur patience ? Elles le devaient sans doute, et les détails qui vont suivre vous donneront à entrevoir quelque chose de ces épreuves.

En 1643, une jeune Algonquine, pensionnaire depuis quelque temps, eut un accès de noir ennui, Pendant plusieurs jours, les religieuses, voyant qu’elle ne jouissait plus du bonheur de ses compagnes, essayèrent de la rappeler à des sentiments plu* raisonnables ;

rien ne put la fléchir, Ce fat en vain que les autres élèves s'empressèrent auprès d'elle. “Je suis triste, leur répondait Catherine, je m'en vais mourir loin de ma cabane!” Assise dans un coin et enveloppée de sa couverture, elle semblait avoir fait ses adieux eu monde entier, et si parfois elle ouvrait encore son œil

morne, c'était pour regarder les chemins bien connus qui conduisaient aux terres de chasse de son père. Enfin, n° pouvant plus supporter cet état de gêne, elle sort un jour par une croisée, saute par dessus la

clôture et prend sa course par la grande Allée (”). Quelques minutes apres elle se retourne, et voyant que personne ne s'occupait d'elle, Catherine ralentit sa marche, et tout su cheminant vers sa cabane commençait à regretter sa fuite, Cependant, elle arrive à la cabane de ses parents. Ceux-ci, étonnés, lui demandent pourquoi elle a quitté les filles vierges, — C'est parce que je suistriste.—“ Eh bien ! dit sa mère, puisque tu ne veux pas laire autre chose, viens travailler avec moi.” k

Quelques jours après, revenant d’une course dans les bois, elle dit à sa mère: “Je m'en vais retourner chez les filles vierges, je ne suis plus tris'e, je n'avais pas d'esprit quand je les ai quittées.” Sa 1ère iui répond: Va si tu veux, mais ne reviens plus sans qu'on te le dise,”

Catherine, livrée à sa volonté, reprend la route du Monastère. In traversant le parc (?), son cœur commencça à battre, car elle se sentait un peu coupable, et ne savait de quelle manière on la recevrait, Hlle se glisse derrière la cloture et voit ses compagnes qui s'amusaient gaiment, “Oh! dit-elle, je ne serai plus

(2) Aujourd’hui, rue St. Louis.

(2) Terrain eur la rue St, Louis

triste!” et s’élançant vers la porte, elle demahde l'entrée, La portière lui répond que sa place est prise au séminaire et qu'elle ne peut plus entrer. A ces paroles, elle éclate en sanglots, et supplie la sœur d’intercéder pour elle. Peine inutile ; la Mère de l’Incarnation avait résolu d’expulser, au moins pour quelque temps, ces petites coureuses des bois qui troublaient l'ordre dans le séminaire : elle refusa positivement de l'admettre. Voyant qu'elle ne gagnait rien avec la portière, elle prend finement un détour, et connaissant l'heure où les séminaristes passagères se rendaient au couvent, elle les attend en silence, Dès que celles-ci arrivent, Catherine leur conte ses aventures et elles lui promettent leur assistance. On sonne ; la porte s'ouvre, et la troupe entre lestement, Bientôt la portière aperçoit Catherine qui court se jeter aux pieds de la Mère de l'Incarnation. ‘“ On m'a sollicitée de vous quitter, dit-elle, j'ai mal fait; je ne m'enfuirai plus, je serai obéissante ; c'est tout de bon que je veux être instruite!” La Mère de l'Incarnation, touchée de ses larmes et de ses promesses, lui fait grâce ; on lui donne des habits neufs; elle se remet à l'étude, et jamais depuis l’on n'eut le moindre reproche à faire à Catherine.

Voici l'histoire d'une autre espiègle convertie, racontée par le Père Vimont.

“Une petite fille de huit à neuf ans, sortit (à la sourdine) du séminaire des Ursulines, l'an dernier, pour retourner chez ses parents et passa l'hiver avec eux près du lort de Richelieu. Au printemps ils revinrent à Québec, et cette pauvre enfant va prier les Mères de la reprendre. Elles la refusent d'abord pour de justes raisons. L'enfant pleure et veut rester malgré ses parents et contre la volonté des religieuses. On Ja renvoie pourtant ; elle revient, on la refuse encore, Enfin

elle prohite de l’occasion d’une procession publique pour y retourner la troisième fois. Ce jour-là (dimanche dans l’octave du $. Sacrement), les religieuses faisaient festin aux sauvages et la petite était présente avec ses parents. Mais au moment de leur départ pour Sillery, elle les quitte et court se jeter à genoux à la porte du Monastère en criant de toutes ses forces : “ Je veux être instruite, ayez pitié de moi, mes parents ne peuvent pas m'instruire”” La nuit vient, la pluie tombe, elle se couche à la porte, et les religieuses sont enfin forcées de l’admettre, Cette enfant devint une des plus sages de la classe.

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