‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 35 sur 156 · ALTER · texte numérisé non relu

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l’Incarnation, comme on sait qu'il le fit plns tard dans la reconstruction, les offrandes de In charité ? Nous le croyons sans peine, c'était une hnédiction accordée au désintéressement et à la générosité des Bienfaiteurs, ainsi qu'à la con‘iance invincible de ia Servante de Dieu en l’adorable Providence,

Nos lectrices trouveront, à la fin de ce volume, la liste de nos Bienfaiteurs, telle que nos Mères nous l'ont transmise, ayant eu soin de la rétablir, après les incendies avec toute l'exactitude possible. Nous aimons à redire ces noms bénis qui sout comme inhérents à l'existence même de ce Monastère de Québec, et sur lesquels, depuis bientôt 250 ans, nons appelons chaque jour, par des prières spéciaies, les bénédictions du Dieu rémunérateur. Nous sommes les héritières de leurs bienfaits ; il doit encore se trouver, en France, en Canada et ailleurs, des héritiers de notre reconnaissance, sur lesquels retombent les bénédic-

tions que nous sollicitons du ciel.

Nous tenions, dès le commencement de cette Histoire, à appeler l'attention de nos lectrices sur les Bienfaiteurs de notre œuvre, afin d’en suivre les progrès «n compagnie des âmes généreuses qui ont con-

tribué à adoucir à nos premières Mères les si rudes travaux de leur apostolat,

$14.—CoNSOLATIONS DE L'ANNÉE 1642; MAISONS POUR LES SAU- VAGES ; BOURSES; MARRAÏINES.

Ni cette troisième et dernière année à la Basse-Ville fut des plus pénibles à nos Mères, Dieu leur accorda des consolations extraordinaires par les fruits que portait leur saint Institut. Citons un trait entre bien d’autres.

“ Nous avons eu, dit la Vén. Mère, trois grandes séminaristes qui ont été cet hiver à la chasse avec leurs parents, pour les aider dans le ménage et à apprêter les pelleteries. Elles s'appellent Anne-Marie, Agnès et Louise, Elles eurent bien de Ja peme à se résoudre à ce voyage, parcequ’elles devaient ètre trois mois privées de la sainte Messe et de l'usage des sacrements ; mais leurs parents étant de nos principaux chrétiens, on ne les put refuser. Nous les garnimes autant que notre pauvreté nous le put permettre, après quoi elles nous quittèrent avec bien des larmes, Leur principal office était de régler les prières et les exercices de chrétien parmi les sauvages, L'une réglait les prières et les faisait faire avec une singulière dévotion ; la seconde déterminait les cantiques spirituels sur les mystères de notre foi; la troisième présidait à l'examen de conscience et faisait concevoir à l’assemblée l’importance de cet exercice, Mais quoiqu'’elles passassent ainsi le temps dans des pratiques de dévotion, elles ne laissèrent pas d'écrire deux fois au R, P. Supérieur de la Mission, et à moi, en des termes si religieux et si judicieux que tout le monde admirait leur esprit. Monsieur notre Gouverneur surtout m'en parla avec une consolation toute particulière, de voir en des filles sauvages, nourries dans les bois et dans les neiges, des sentiments de dévotion et une politesse d'esprit, qui ne se trouvent pas très-souvent dans des filles bien élevées de la France. Le sujet de leurs lettres était que se voyant si longtemps privées äes sacrements, elles demandaient qu’on leur envoyät du secours pour les retirer de cet ennui.

“ À leur retour, la premiére visite qu'elles firent fat au très-saint Sacrement, la seconde à l’image de la très-sainte Vierge, à laquelle, comme aussi au petit

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Jésus, Anne-Marie avait cherché les premières fleurs du printemps pour faire des couronnes, Ensuite elles nous reudirent compte de toute leur conduite. . Ah! disaient-elles, que la privation de la sainte messe et des sacrements nous a été pénible !”

Anne-Marie et Agnès étant suffisamment instruites, leurs parents songèrent à les retirer tout-à-fait du séminaire. Élles en eurent beaucoup de chagrin, et vinrent un jour trouver notre Vén. Mère, lui présentant deux petites lettres qu'elles désiraient envoyer à leur ‘“ cabane.”

Nous mettons avec plaisir sous les yeux de nos lectrices ces échantillons du style des séminaristes de

“ Mon frère, je suis résolue de ne m'en pas aller, c'est une conclusion prise que je veux être vierge, et que je désire aimer et servir en cette maison où je suis Celui qui a tout fait. Je désire, dis-je, y demeurer toute ma vie pour instruire des filles de ma nation. Si je puis une fois savoir bien lire et écrire, je les enseignerai plus efficacement à aimer Dieu. Apaise-toi, mon frère, apaise ma sœur, Car je ne veux plus aller chez toi. Adieu donc, mon frère, je te serai servante tant que je vivrai, et je prierai Dieu pour toi daus la maison des prières, Agnès.”

Voici la seconde lettre.

“ Mon frère, agréerais-tu que je demeurasse pour toujours avec les lilles vierges en cette maison ? car de tout mon cœur, je souhaite d’être vierge comme elles, et c'est une affaire d'importance pour moi que je sois toujours vierge. Quand je serai plus grande, j'instruirai les filles de ma nation, et leur enseignerai le chemin du ciel, afin qu'elles puissent un jour après

leur mort, voir Celui qui a tout fait. Voilà pourquoi j'ai résolu de ne m'en pas retourner chez toi si tu l’agrées, et de demeurer pour toujours dans la maison des prières. Prie pour moi, je prierai pour toi tant que je vivrai, et je te serai servante, moi qui suis ta fille Anne-Marie.”

Tels étaient pour nos saintes Mères “ces biens du Paradis qui adoucissaient les épines du Canada.”

Quelques extraits des Lettres de notre Vén. Mère nous révèleront les pieuses industries dont on usait pour améliorer la misérable position des Sauvages. Il est intéressant et touchant à la fois de voir ces infatigables maîtresses écrire lettre sur lettre, pour gagner à leur chers protégés les libéralités des personnes puissantes de France.

En 1641, la Vén. Mère parlant à une dame de qualité d’une jeune fille sauvage de 17 ans, disait : “ Elle est recherchée en mariage par un Français, mais on a dessein de la donner à un de sa nation, à cause de l'exemple qu’on espère qu’elle donnera aux Sauvages. Oh ! si Dieu donnait la dévotion à quelque personne de France d'aider à lui faire #ne petite maison ! Elle ferait sans doute une œuvre d'un très-grand mérite, Cette fille nous a beaucoup aidées dans l'étude de la langue, parce qu'elle parle bien français. Enfin cette jeune fille gagne les cœurs de tout le monde par sa grande douceur et par ses belles qualités.” Plus loin : “ Votre /illeule Marie-Madeleine Abatenau nous fut donnée toute couverte de petite vérole et n'ayant encore que six ans. À cet âge, elle seule avait servi son père et sa mère dans la maladie dont ils moururent; ce qu'elle faisait avec tant d'adresse, qu'elle tenait en admiration tous ceux qui la voyaient. Il ne

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se peut rien voir de plus obéissant que cette enfant ; elle prévient même l’obéissance, car eJle a l'adresse de se placer dans les lieux où elle prévoit qu'on ia pourra employer; et elle fait ce qu'on lui demande avec tant de conduite et de si bonne grâce qu’on la prendrait pour une fille de qualité ; aussi est-elle votre filleule, je dirais volontiers votre fille en J, C.”

Ailleurs : “ Marie-Ursule Gamitiens, flleule de Mlle de Chevreuse, n’est âgée que de 5 à 6 ans. Toute petite qu’elle est, elle n’est pas plutôt éveillée qu'elle se met elle-même en devoir de prier Dieu. Elle dit sou chapelet durant la messe et chante des cantiques en sa langne sauvage.”

Dans une lettre du mois d'août 1641, la Mère de l'Incarnation disait à une Supérieure de Tours : “ Nos Rév. Mères de Paris ont marté, cette année, une de nos filles; je leur envoie un billet pour une autre ; Notre- Seigneur leur rendra abondamment cette charité.”

Les Relations des Jésuites, disent à ce sujet: “ Ces bonnes Mères sont extrêmement charitables, les difficultés du pays ne les étonnent point ; leur séminaire ne refuse aucune Française ni aucune fille sauvage. L’aumône se fait chez elles en tout temps, leur cœur est plus grand que leurs biens, Les pensionnaires en France ne grèvent point les Monastères où elles,sont instruites, ce n’est pas de même en Canada ; il faut non-seulement nourrir et instruire les petites séminaristes ; mais il faut de plus les habiller et leur faire à leur départ de bonnes aumônes, et souvent encore à leurs parents, tant ils sont pauvres Il n’y a pas longtemps qu'une petite Huronne, sortant de cette sainte et charitable maison pour être reconduite en son pays, ces bonnes Mères non-seulement l’habillèrent

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de pied en cap, maïs elles fivont encore des présents à ses parents pour marque du sontentemeint que cette enfant leur avait douné. Ce wast pas tout, il fallut fournir des vivres pour elles ci pour ceux qui la venaien: quérir; en un mot, vous diriez qu'eiles feraient volontiers tous les ;rais nécessaires pour les mener et pour les conduire jusqu'en Paradis...

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