‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 48 sur 156 · LE eÉMINAIRE OU PENSIONNAT SAUVAGE, DE 1643 À · texte numérisé non relu

LE eÉMINAIRE OU PENSIONNAT SAUVAGE, DE 1643 À

Ainsi que nos lectrices ont pu le voir, les élèves sauvages étaient divisées en séminaristes on élèves sédentaires, et en élèves passagères, Les premières, la plupart filleules de ces Dames de qualité à qui notre Vén. Mère adresse nombre de ses lettres, étaient vêtues à la française et suivaient un cours d’études qui eur était propre; les secondes, qui n'étaient au pensionnat que pour cinq ou huit mois, gardaient leur costume sauvage et s'appliquaient presque uniquement à l’étude de notre sainte Religion, apprenant à lire dans leurs langues respectives et à travailler.

Il est impossible de constater le nombre de pensionnaires sanvages venues au Monastère avant le premier incendi: tous les documents ayant été brûlés, Les registres rétablis de mémoire après le second incendie (1686), ne commencent avec quelque ordre qu'au mois d'août 1650, pour le séminaire sauvage, et encore sont-ils très-incomplets. On comprend qu’il

G@) LeR.P. F, Martin, S. J., que nous avons connu à Québee, nous écrit du collége de Vannes, France, que le R. P, Vimont fut nommé Grand Vicaire honoraire en récompense du succès de son voyage. Le savant antiquaire dit que le R. P. J. Lalemant, alors

supérieur, élait seul Grand Vicaire en titre, selon la teneur des lettres de l’Archevêque, conservées encore aujourd’hui à Rome. ; J

RP RE ee

n’y avait ni le même intérêt ni la même facilité à rétublir les noms de cette famille mouvante qui se renouveluit sans cesse, la plupart gagnant les bois après avoir reçu les principes de la foi,

Par les Lettres de notre Vén, Mère, on voit qu'il y avait dès la première année dans le nouveau Monastère, en 1643, quarante-huit élèves sauvages. En 1646, elle écrivait : ‘ Notre petit séminaire a eu cette année de l'emploi aussi bien que les précédentes, Notre plus grande moisson c’est l'hiver, que les sauvages allant à leurs chasses de six mois, nous laissent leurs filles pour les instruire. Ce temps nous est précieux, car comme l'été, les enfants ne peuvent quitter leurs mères, ni les mères leurs enfants, et qu’elles se servent d'eux dans leurs champs de blé d'Inde, et à passer leurs peaux de castor, nous n’en avons pas un si grand nombre. Nous en avons néanmoins toujours asseZ pour nous occuper.” Dans la Relation de 1647, le R. P. J. Lelemant disait : “ Ces bonnes Mères, qui ont secouru et instruit dans le cours de cette année plus de 80 filles sauvages, ont vraiment réussi. Leur séminaire est une grande bénédiction pour les françaises et les sauvages.”

Le vieux Récit contient les notes suivantes, à l’année 1650 : * Au mois d'Août, le Rév. P. Ragueneau nous a donné huit séminaristes. Au dit mois d’Août est entrée au séminaire Élisabeth Astache, Algonquine, La dite y est morte après avoir été assez longtemps au séminaire. Le dit mois et an, la communauté s’est chargée de la famille du bon Joseph Trondechorin, composée de treize personnes (). Mme. notre

@) ‘Les Ursulines pareillement avec leur bonne Fondatrice, Mme, de Ja Peltrie, dit le R. P. Raguenenn, ont entrepris en cette rencon.

Fondatrice doit contribuer d’un poinçon (200 livres) de farine pour nous aider à les nourrir. Au dit an, Cécile Arenhatsi et les deux filles du pauvre Pierre Andakion.” (*)

Telles étaient les élèves sauvages les plus remarquables de cette époque.

Nos lectrices sont sans doute curieuses de savoir jusqu’à quel point on parvenait à discipliner ces natures farouches et indépendantes. “ À peine aurait-on cru, dit le R. P. Vimont dans la Relation de 1644, que les filles sauvages dussent jamais s’assujettir à tous les exerclues d’une classe comme font les françaises ; on n’eut jamais pensé dans les commencements qu'il füt permis de parler de correction à des enfants qui n’en reçoivent jamais de leurs parents. Cela se fait néanmoins et avec fruit, et maintenant elles s'y accoutument, soit à l'exemple des françaises, soit que leur esprit se rende peu à peu plus souple, Comme on disait un jour aux séminaristes que les corps des bienheureux auraient d'autant plus de gloire qu'ils auraient souffert ici-bas avec plus de patience, et que la grandeur de leurs souffrances serait la mesure de leur

tre au-dessus de leur force, mais non au-deseus de la confiance qu'elles ont en Dieu. Elle se chargèrent incontinent d’une famille très-nombreuse, la première qui dans le pays des Hurons ait embrassé la foi, Leur séminaire fut ouvert à de petites filles qui accrurent leur nombre, et le zèle de ces bonnes Mères ne trouvant point quasi de bornes, leurs classes s'ouvrirent anesi à quantité d’externes, qu'elles instruisent du catéchisme en langue Huronne, et auxquelles elles donnent à manger, étendant ainsi leurs charités en mêine temps et sur les corps et sur les âmes. el. 1650.

(2) Dans les Relations, on trouve Ahendation.

pue Fr dmiane — 2Y RER SES = PRE CS . “

rentes

es

ri Lune ER

AR AE rrrpeen te Er

Fi ‘à |

éternelle beauté : “ Voilà qui va bien, répondirentelles, les sanvages seront donc bien beaux dans le ciel, car ils souffrent beaucoup, surtout pendant l'hiver ; cela nous donne envie d’être malades, afin d'endurer davantage pour avoir plus de gloire. Elles offrent à Notre-Seigneur leurs petits travaux et leurs petites peines, dirigeant leurs penséeset leurs intentions avant de commencer leurs petits ouvrages ; que si la chose est pénible, elles s'arrêtent parfois un peu de temps pour faire une petite prière ou une élévation de cœur au ciel. Elles font même plus que cela, car pour entretenir cette ferveur, il y en a toujours une qui réveille l'attention des autres, s’écriant tout haut : ‘“ Faisons tout pour l'amour de Notre-Seigneur, mes sœurs, faisons tout pour son amour.” Cette dévotion les tire petit à petit de la paresse et de la liberté qui est trop naturelle aux sauvages.

“ Deux séminaristes ayant été envoyées en quelque endroit, s'étant arrêtées plus de temps qu’il n’en fallait pour la commission qu'on leur avait donnée, ne répondaient rien à leur maitresse qui les grondait; mais comme elle leur eut demandé à quoi elles avaient employé leur temps: “ Nous nous sommes arrêtées, dirent-elles, à penser aux souffrances du Fils de Dieu et à en parler, car il est bien étrange qu'il se soit fait homme pour souffrir et pour payer son Père, il aime aonc bien les hommes, puisqu'il a tant enduré pour leurs péchés.” “Je pense souvent à cela pendant la messe,” disait l'une des deux. ‘“ Et moi, disait l’autre, j'y pense aussi, et je me doune à lui, et je le prie qu’il dispose de moi comme il voudra”

“ Je n'aurais pas pensé que les sauvages fussent 8 constants à prier pour leurs bienfaiteurs. Une jeune fille, âgée d'environ douze ans, disait au Père qui est

retourné cette année de France : ‘ Il ne s’est pas passé de jour que je n’aie prié pour toi!” Le Père ne la croyant pas, lui demande ce qu’elle disait à Dieu : aussitôt, sans hésiter, elle lui dit promptement : “ Voici comme je lui parle: Mon Dieu, ayez pitié de notre Père, conservez-le, empêchez qu'il ne fasse naufrage par un trop grand vent ou par de trop grandes vagues ; menez-le en son pays, et ramenez-le ici; vous pouvez tout” Voilà toute sa rhétorique, qui vaut mieux que celle de Cicéron.”

Voyons maintenant quelle était l'éducation donnée à ces petites filles de la forêt. ‘ Comme les séminaristes sédentaires sont vêtues à la française et demeurent avec les pensionnaires françaises, on tâche parfois de leur donner de l’émulation. On en fait communier cette année une petite bande des unes et des autres, Une maîtresse a pris soin des françaises et une autre des filles sauvages. Ces enfants firent paraître tant d’aflection et tant de ferveur que ces bonnes Mères en étaient dans l’étonnement, On aurait de la peine à croire que de petites filles sauvages se rendissent ponctuelles aux temps des prières et des instructions, si nos yeux ne voyaient cette vérité. Il n’y a donc rien de si farouche, que la douceur, la grâce et l'éducation ne polisse. On entend souvent avec plaisir ces petites sauvages entonner un motet dans le chœur des religieuses pendant l'élévation du S. Sacrement, et même encore chanter quelquefois avec elles pendant vêpres. Il n’y a pas de doute que si l’on avait le moyen d'en loger un nombre, qu’on les rendrait aussi adroites et aussi gentilles que nos Européennes. Ce n'est pas, cependant, ce que l’on cherche à présent, mais bien de graver dans leur cœur l'amour et la crainte de OUelui dont elles ont

rcrsa pis trailers" —

Lits D M tn ts STE 5e Te af men arr rs: jm

PR ere NORGE nn DE PA 0

méninges

Eee

maintenant connaissance ; c'est à quoi visent les travaux de ces bonnes Mères auxquels Notre-Seigneur semble donner sa bénédiction.”

“ Le temps de leur communion approchant, on leur parle d’une confession générale; on les instruit làdessus. Elles s'y comportent en personnes mûres et touchées de Dieu, se confessant avec beaucoup de tendresse et une grande douleur de leurs péchés, On leur accorde enfin ce qu'elles avaient tant désiré et attendu. En vérité, N. 8. ne fait point de distinction du barbare ou du Grec, il agit en ce sacrement selon la disposition de notre cœur. Ces petites âmes eu firent paraître les effets, “ Plût à Dieu, disait l’une, que Celui qui m'est venu voir demeurât toujours avec moi ”’—-" oh ! que j'ai ressenti un grand désir de ne plus jamais l’offenser, disait l’autre !’—Füût-il ainsi, ajoutait sa compagne, que jamais je ne retournasse aux cabanes des sauvages ; j'ai trop peur d'offenser Dieu.”

Les traits charmants qui suivent se trouvent dans un petit volume fort intéressant, composé par le KR. P, de Barry, Jésuite.

“# Tout ce qui regarde le Sauveur leur est adorable et précieux surtout sa sainte mort et passion,

“ La plus grande récréation des jeunes filles sauvages est de danser à la mode de leur pays; ces petites pensionnaires ne se livrent pas néanmoins à cet amusement sans en avoir demandé la permission, Etant venues un certain jour prier leur maîtresse de leur permettre cet amusement, la religieuse leur dit: “ Mes enfants, c’est aujourd’hui vendredi, Jésus est mort le vendredi et par conséquent c’est un jour de tristesse,” Il n’en fallut pas davantage pour les arrêter : “ Nous ne danserons plus ce jour-là, lui dirent-elles, puisque Jésus

est mort à pareil jour.” Le Vendredi-Saint, ces petites sauvages baptisées voyant jeûner leurs maîtresses plus rigoureusement qu’à l'ordinaire, résolurent de les imiter ; elles cachèrent donc tout ce qu'on leur donna à manger ce jour-là, se contentant de pain sec sans jamais vouloir prendre de collation le soir. Ce n’est pas tout; ces pieuses jeunes filles se jetèrent aux pieds de la Mère Supérieure, la priant de leur permettre un autre genre de mortitication connu parmi les fidèles dès les premiers siècles de l'Église, et fort en usage aussi parmi les fervents sauvages du Canada, La Mère de l'Incarnation chercha vainement à les dissuader de ces pratiques austères, il failut accorder cette mortification à leur ferveur et à leur importunité,

‘“ À d'autres fêtes de l'année, ces ferventes chrétiennes ont demandé la même grâce, et comme on les interrogeait afin de savoir pourquoi elles voulaient se châtier ainsi: “ Ah ! répondirent-elles, c'est parce que Jésus nous en a donné l'exemple; et puis nous voulons souffrir quelque douleur pour la conversion et le salut de nos pauvres compatriotes.” Il en est de même de toutes les autres dévotions et pratiques de piété.

“ Ces bonnes Ursulines n'oublient rien pour bien élever toutes ces petites créatures. La dévotion à la Mère de Dieu est aussi florissante parmi ces petites pensionnaires des Ursulines du Canada, qu'au milieu des demoiselles de notre France. Ces religieuses impriment tellement l'amour de Marie dans le cœur de leurs élèves, que celles-ci ne respirent que son service. Assez souvent on les trouve seules priant Dieu et récitant leur chapelet, Elles prennent un singulier plaisir à ramasser des fleurs dans les bois et à en

Re ee — mme =

de ee ee

EEE

Tee ser

ER

Page 1