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LES AVENTURES DE MARIE, FILLE DU GRAND TEKSERIMAT

Quelle consolation ne reçut pas le Rév. Père Le Jeune quand, la veille de lAssomption, ayant entendu la confession de la petite Marie, fille du grand Tek8erimat, elle lui dit après avoir reçu l’absolution : ‘ Père, je veux être toujours vierge, ne me faites point sortir de cette maison | ”

Pauvre petite Marie ! Elle avait bien changé de langage depuis son entrée aux Ursulines! Certes, ce

n'étaient ni les beaux habits, ni la nourriture saine et abondante, ni même la bonté et la politesse exquise de Mme. de la Peltrie et des religieuses, qui pouvaient ainsi fixer nos petites coureuses des bois dans la solitude du cloître; c'était bien plutôt la beauté des enseignements du christianisme, et ce Je ne sais quoi de mystérieux qui, en tout temps et en tout lieu, attire les enfants vers les Âmes vouées par état au céleste Époux.

Cette intéressante fille du chef Algonquin avait été présentée à nos bonnes Mères par Noël Tek8erimat luimême, le lendemain de leur arrivée dans le pays, lors de leur visite à Sillery. Mme, de la Peltrie l'embrassant avec tendresse, l'avait emmenée avec elle à la petite résidence des Ursulines au pied de la montagne. Là, on lui fait de beaux habits rouges, on l’habille à la française ainsi que ses compagnes : Madeleine Amisk8evan, Marie-Madeleine Abatenau, Marie-Ursule Gamitiens, Agnès Chabdik8echich, Louise Aretevir &t Nicole Assepanse. La nouveauté plut à toutes. N'était-ce pas un délicieux passage de la vie errante et grossière aux manières civiles et douces et à la propreté des dames françaises ? Ce plaisir cependant dura fort peu pour notre volage petite Marie. Elle parut d'abord, il est vrai, avoir oublié les bois, les jeux de son enfance et tous les gais passe-temps de la vie indépendante et oiseuse ; ‘“ Je suis triste, dit-elle un jour à ses compagnes, je n'entends plus les oiseaux de Sillery, je ne puis plus courir sur nos rochers, ni jouer avec nos gentils écureuils ; je vais donc mourir....., je suis triste, je vais mourir ici!” À midi, Marie n'était pas à table, et ce fut en vain qu'on l’attendit, en vain qu'on la chercha, La fugitive avait très-bien imité

“ ses gentils écureuils” en grimpant par dessus la clôture pour prendre la route des bois.

Après deux heures de course, la petite déserteuse se trouvait au milieu de la bourgade de Sillery ; ses jolies chaussures ne tenaient plus, sa belle robe rouge était en pièces, et ses longs cheveux noirs tombaient en désordre sur ses épaules.

Hélas ! la réception ne fut pas aussi flatteuse qu’elle se l'était imaginé. Sa mère, la voyant dans ce triste état, éclate en sanglots et lui dit: “ Enfant, tu seras cause de ma mort!” Son père lui adresse ces paroles avec un regard sévère : “ Ma fille, est-ce moi qui t'ai permis de quitter les filles vierges? Va, ingrate, retourne à la maison de Jésus....tu ne resteras pasici !”

Tout interdite, Marie court se cacher dans les environs de l’église; mais bientôt, oubliant ses ennuis et son chagrin, elle vole au bord du fleuve pour s'amuser avec d’autres petites filles. Tout-à-conp, le Père Le Jeune l’aperçoit de sa fenêtre ; fort surpris il va à sa rencontre. ‘ D'où viens-tu, petite coureuse ? Tu es une enfant perdue! Tiens, je vais te jeter à la rivière !” et il l'avait saisie par le bras pour lui faire peur : ‘“ Père, s'écria ia pauvre petite, Père, laisse-moi aller, tu verras que je serat toujours obéissante !” Le Père fait alors semblant de s’adoucir comme il avait feint de s'émouvoir, et il la ramène chez son père. Pas une seule parole ne lui fut adressée de la soirée. Dès la pointe du jour, sa mère ia réveille et iui donne à manger; Tek8erimat, sans prononcer une seule parole, prend sa filie par le bras et l'amène au canot qui les attendait. Une heure après, ils étaient sur le rivage à la porte du petit cloître de la Basse-Ville. Voilà une surprise fort agréable pour les religieuses, On

veut parler de part et d'autre, impossible ! Mme. de la Peltrie serre dans ses bras la pauvre Marie, qui éclate en sanglots, en lui promettant tout haut qu'elle sera obéissante pour toujours.”

Cette généreuse marraine l’habille de nouveau, lui lave le visage, arrange ses cheveux, lui met des souliers et des mitaines rouges, et la ramène à sa classe. Marie en effet fut obéissante; à partir de ce jour, elle se distingua par son assiduité au travail et sa bonne conduite.

Quelque temps après sa sortie du séminaire des Ursulines, on voit que cette pieuse fille du chef Algonquin fut guérie miraculeusement d’une maladie violente, qui avait mis ses jours en danger.

Dans la Relation de l’année 1647, le R. P. J. Lalemant disait : “ On a marié cette année, une jeune fille sortie depuis quelque temps du séminaire des Ursulines, Celle-ci qui fut la première donnée à Mme. de la Peltrie, leur fondatrice, est d’un nature! tort doux, et elle est bien affermie dans la foi; le jeune homme qui l’a épousée n’est pas moins bon chrétien que son épouse.”

La générosité de nos bonnes Mères ne fit pas défaut en cette occasion ; car, non-seulement elles donnèrent à Marie tous les petits meubles nécessaires dans son nouveau ménage, mais aussi elles obtinrent pour cette élève chérie une belle somme d'argent, que les Ursulines de Paris voulurent bien fournir comme dot pour son mariage.

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