‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 51 sur 156 · TRAITS ÉDIFIANTS DE LA JEUNE AGNÈS · texte numérisé non relu

TRAITS ÉDIFIANTS DE LA JEUNE AGNÈS

Persuadée que ces pieux récits du temps passé donneront à nos lectrices autant de plaisir que d’édifica-

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tion, nous ajouterons ici quelques détails sur une jeune fille sauvage dont nous avons déjà parlé; c'est la jeune Agnès, qui écrivait en 1642 une si julie lettre “À sa cabane ” pour solliciter la permission de se faire Ursuline. ‘“ Agnès Chabdik8echich, dit la Mère de l'Incarnation, nous fut donnée en même temps, (au mois d'août 1639). Le nom d’Agnès lui convient très-bien, car c’est un agneau en douceur et en simplicité. Quelque temps avant d'entrer au séminaire, elle rencontra le Rév. Père de Quen dans le bois où ellé coupait sa provision; elle ne l’eut pas plus tôt aperçu qu'elle jeta sa hache à l'écart et lui dit: * Knseigne-moi.” Agnès fit cette action de si bonne grâce qu'il en fut sensiblement touché, et pour satisfaire sa ferveur il l’amena au séminaire avec deux de ses compagnes, où elles se rendirent en peu de temps capables du saint baptême. Elle a fait de très-grands progrès auprès de nous, tant dans la connaissance de nos saints mystères, que dans les bonnes mœurs, dans la science des ouvrages, à lire, à jouer de la viole, et en mille autres petites adresses. Elle n’a que douze ans, et elle fit sa première communion à Pâques avec trois de ses compagnes.”

Trois ans s’écoulent, Agnès avançait en âge, en vertu, en science et en grâces naturelles. Habillée à la française, douce et polie, parlant et écrivant sa propre langue, ainsi que je français, avec facilité, elle ne ressemblait en rien à cette enfant dela forêt que le Père de Quen avait rencontrée au printemps de 1639, coupant des branches d'arbres avec sa petite hache. La

* voyant si gracieuse et si accomplie, ses parents vou-

lurent l'avoir avec eux pendant quelque temps, avant de la laisser entrer au noviciat, La pauvre enfant ne fevait plus revoir le Monastère.

Au mois d'août suivant (1644), la Vén. Mère de PIncarnation annonçait à ses amis de France la fin édifiante de sa douce Agnès, “ Il est mort une de nos séminaristes dans les bois. C'était une fille qui réglait parmi les sauvages les points de notre foi que l’on devait chanter. Nous avons pensé la faire religieuse, car elle en était très-digne ; mais enfin elle est morte son livre à la main et en priant Dieu. Nous avons encore quantité de filles très-sages.”

Le R. P. Vimont, dans la Relation de 1644, nous donne les détails de l'accident qui détermina la mort d’Agnès, et les circonstances consolantes de cette fin prématurée. ‘“ Cette année, dit-il, une séminariste, qui avait désiré ardemment d'être religieuse, est passée de cette vie dans une meilleure ; elle se nommait Agnès Chab8ek8echich. Ses prrents l'ayant retirée du séminaire pour se servir de son petit travail, parce qu’elle était déjà grande, il arriva qu'en naviguant dans leurs petits canots, elle tomba dans la grande rivière, Son beau-frère l'ayant aperçue, se jette à l’eau et la retire de la mort, car elle coulait déjà à fond ; il sauva aussi ses compagnes qui étaient dans le même naufrage. Or, comme on ne réchauffa point cette pauvre enfant que le froid d’une saison bien rude avait portée à deux doigts du trépas, elle ne fit que languir jusques environ les fêtes de Noël qu’elle prit une nouvelle naissance en paradis, Elle donua beaucoup d'édification aux sauvages dans le peu de temps qu'elle vécut avec eux, Comme elle avait une belle voix, elle leur chantait les cantiques spirituels qu'on lui avait appris au séminaire; elle se rendait obéissante et sa dévotion agréait extrêmement à ces bons néophytes. Quand ceux qui assistaient Agnès lui eurent annoncé la nouvelle de sa mort, elle rentra en elle-

même, puis poussant üun profond soupir, elle dit; “ Hélas! je voudrais bien pouvoir me confesser, je ne sens rien qui me pèse sur Ja conscience, mais je souhaiterais fort néanmoins d’être assistée par quelque Père.” Il n’y avait pas moyen pour lors de la satisfaire, car ses parents étaient dans leurs grandes chasses, et elle se trouvait avec eux. Un jeune Français qui accompagnait cette escouade de sauvages chrétiens pour apprendre leur langue, s’en rovint si édifié et si étonné de tous tant qu'ils étaient, et particulièrement de la belle mort de cette jeune séminariste, qu'il en consola bien fort tous ses parents, qui nous l’ont raconté. Elle produisait des actes de douleur d’avoir offensé Dieu, mais avec des sentiments si {endres que les sauvages en étaient touchés. Elle avait toujours en main ou devant ses yeux son livre et son chapelet pour entretenir ses petites dévotions. Ses parents enterrèrent avec elle son livre et son rosaire, pour témoignage de sa piété et de l'amour qu’elle avait envers Dieu et envers la sainte Vierge.

‘“ Comme on demandait aux parents d’Agnès s'ils n'avaient point de regret de sa mort: “ Non, dirent-ils, elle a fait une trop belle mort ; nous la croyons bienheureuse, il ne faut pas s’attrister de son bonheur.”

“ C'était un excellent esprit ; Dieu Ini a accordé la grâce de mourir vierge comme élle avait désiré, nonobstant qu'elle eût été recherchée de quelques Français et quelques Sauvages,”

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