‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 69 sur 156 · LES DOUZE PREMIÈRES ANNÉES DANS LE SECOND MONASTÈRE · texte numérisé non relu

LES DOUZE PREMIÈRES ANNÉES DANS LE SECOND MONASTÈRE

MARIE Restauratrice du Monastère—Le Séminaire Sauvage ; Visite des ambassadeure Iroquois—Classe spéciale de Huronnes à l Externat—Le pain se multiplie entre les mains de la Vén. Mère Marie de l’Incarnation—Traits édifiants — Arrivée d’une Religieuse de France—Supérieurs Ecclésiastiques; M. de Quélus— Arrivée de Mgr. de Laval—Premières Novices Canadiennes— Les Gouverneurs du pays jusqu’en 1665— Visite des Hospitalières de Montréal—Première Visite Épiscopale du Monastère Le Monaetère en état de siêge—Martyre de M. Vignal— Translation des restes mortels de la Mère Marie de S, Joseph—Fondation du Séminaire des Missions Etrangères de Québec—Grands tremiblements de terre— Mme. d’Ailleboust entre pour la seconde fois au Noviciat—Piété envers saint Joseph et la sainte Famille.

tl.—MARIE RESTAURATRICE DU MONASTÈRE.

E Monastère restauré !...…..… Les cœurs ont tressailli à cette annonce, ct nous voyons avec bonheur la famille Ursuline quitter sa ) pauvre maisonnette, ses arspentis et ses cabanes d’écorce, pour entrer une seconde fois dans son cloître ” béni. La saison même se prêtait à l'allégresse de cette réinstallation.

“ Nous sommes dans notre nouveau bâtiment depuis la veille de la Pentecôte (29 mai), se hâtait d'écrire la Mère de l’Incarnation à ses amis de France. Le clergé de la paroisse

avec un grand concours de peuple y vint transporter

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le S Sacrement du lieu où nous étions logées. L'on commença les prières des quarante heures, qui durèrent jusqu'au mardi de la Pentecôte. Tout le monde était dans la joie de nous voir logées là où nous étivns auparavant, et délivrées des grandes incommodités que nous avions endaré. lepuis notre incendie. Pendant ces trois jours, la paroisse y vint avec le peuple chantant les litanies.”

Ce second Monastère avait été prolongé dans la direction de la cuisine actuelle :i mesurait cent huic pieds de longueur. On a déja vn avec quelle rapidité merveilleuse s'étaient élevés lr:x ini de ce nouveau bâtiment ; quel ne sera pas le bonht:'17 fe nos lectrices, en apprenantque Marie cls-mimes :: 1chargée du rétablissement de cetie maison. * Mou rit dit la Vén. Mère, fut rempli de courage et de force pour travailler jour et nuit à cet ouvrage, que je regardais comme appartenant à la très sainte Vierge, notre bonne Mère et Supérieure. Je l'appelle ainsi parce que, quelque temps avant notre incendie, la Mère S, Athanase, Supérieure, avait eu une forte inspiration de lui remettre sa charge entre ies mains, ce que nous avions fait avec une grande solennité. Je la regardais done en cette entreprise, comme ma directrice et mon tout après Dieu. Ainsi je n’eus pas plus tôt commencé, que je ressentis son assistance d’une manière extraordinaire ; je l’avais continuellement présente partout où

: j'allais et en tout ce que je faisais. Je ne la voyais pas

des yeux du corps, mais en la manière que le suradorable Verbe Incarné me fait l'honneur de se communiquer à moi, par union, par amour et communication actuelle; ce que je n'avais jamais encore expérimenté de la très-sainte Vierge, Mère de Dieu, qu'en cette oc casion. Je la sentais auprès de moi, m'accompagnant

partout dans les allées et venues qu'il me fallait faire dans le bâtiment, depuis qu'on eut commencé à abattre les masures jusqu’à la fin de l'édifice. Chemin faisant je m’entretenais avec elle et je Ini disais: Allons, ma divine Mère, allons voir nos ouvriers. Et selon les occurrences, j'allais en haut, en bas, sur les échafaudages, sans aucune crainte, l’entretenant toujours de la sorte, Je lui disais souvent : Ma Mère gardez s’il vous plaît tous vos ouvriers; et en effet elle les a si bien gardés que dans la construction du Monastère pas un n’a été blessé.”

D'après un document du temps, les ouvriers euxmêmes se ressentaient de cette céleste direction, ‘ travaillant à-refaire la maison de Dieu, autant par dévotion que pour leurs propres intérêts”

L'intervention du ciel se manifesta encore dans la liquidation des comptes. ‘“ Vous êtes en peine de ce que je vous ai dit qu'il y a eu du miracle dans notre rétablissement, écrivait plus tard la Vén. Mère à son fils, [1 y en a eu en effet. Nous avions tont perdu, et notre incendie nous avait dépouillées de toutes choses, Nous avons fait rebâtir notre Monastère; nous nous sommes vêtues et remeublées, et pour tout cela il nous a fallu faire des dépenses au montant de trente mille livres. L'on nous a prêté huit mille livres sur le pays, lesquels ne valent pas six mille livres de France, Nous n'avons eu que très peu d'aumônes, dont une partie a servi à nous vêtir et l’autre à acheter un peu de grain. De cela il ne nous reste que quatre mille livres à payer; encore la personne à qui nous les devons nous donne le fonds après sa mort, s'en réservant l’asufruit pendant sa vie. Enfin il y a vingtquatre mille livres de pure Providence .....”

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Il est à remarquer que cette terrible épreuve que devaient subir les Ursulines, avait été manifestée d'une manière merveilleuse à deux personnes de grande vertu, comme il appert par les écrits de notre Vén. Mère. De plus, ‘“ J'ai su, écrit-elle, par la communication que j'ai eue ayec une personne fort chérie de Dieu (1) et qui reçoit de sa bonté des grâces bien particulières, que quelque temps après notre incendie, la sainte Vierge lui révéla et l'assura que c'élait elle qui réparerait les ruines de notre maison, el qu'elle en aurait soin” Or la Mère de l’Incarnation n’apprit cette circonstance consolante que deux ans après l'incendie, c'est-à-dire, lorsque le rétablissement du Monastère fut effectué, et la personne en question ignorait complètement la part miraculeuse que la très sainte jh avait prise dans la reconstruction.

Quelle consolante pensée pour nous qui habitons aujourd’hui ce Monastère! Ces murs cimentés dès leurs fondements par les sueurs de nos premières Mères, et qui ont été élevés sons le regard bienfaisant, la direction, et l’intendance maternelle de l’'Immaculée Mère de Dieu, n’ont souffert ni des boulets d’un siége désastreux, qui endommagèrent les plus solides édifices de la ville, ni même d’une nouvelle conflagration qui les a complètement enveloppés ; ils sont encore la, debout, après plus de deux siècles, attestant les miséricordieuses bontés de leur céleste Restauratrice.

Nous ne pouvons nous défendre ici de quelques réflexions sur les mystérieux desseins de Dieu dans les événements de ce monde. Que nos lectrices veuillent ‘bien faire avec nous un petit retour sur cette calamité

(1) Nous ne pensons pas nous tromper en disant que cette personne était la vénérée Mère Cath. de Longpré de S. Augustin, de l'Hôtel-Dieu de cette ville,

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HISTOIRE DÜ MONASTÈRE. 207

du 30 décembre 1650.—Qui craindrait de déclarer qu’elle fut fructueuse dans ses résultats, même au point de vue de la terre ?

En effet, moins de dix-huit mois après l’accident, le Monastère était refait, agrandi et amélioré, et les Religieuses ainsi que leur œuvre, en plus grande estime que jamais aux yeux des hommes ; d’un autre côté, les colons, voyant que les Ursulines n'avaient aucunement songé à laisser le pays, reprirent un nouveau courage pour vaincre les difficultés, que la hardiesse des Iroquois allait accroître encore. Voilà pour la terre.

Et au point de vue du Ciel, ne voit-on pas tont d'abord les immenses avantages qui résultèrent de cette catastrophe : l’accroissement de vertu dans l’âme de ces héroïques religieuses; l'édification produite par leur abnégation et entier acquiescement à toutes les volontés divines, tant sur le public que dans l'âme de ces nouveaux chrétiens en qui devaient pénétrer si difficilement les leçons évangéliques ; les actes de churité sans nombre provoqués par leur dénuement, de la part des corps religieux, des autorités civiles et des généreux colons ; l’affermissement de la foi et de la confiance en la Providence de Dieu, en voyant se réparer si miracuieusement le désastre.

Nous dirons encore à nos lectrices: oui tels sont les fruits savoureux de l'épreuve, lorsque l'impatience de l'homme, on sa volonté propre, ne mettent point obstaclé aux desseins du Ciel, Puissent celles qui habiteront cette maison de Marie Immaculée, ne jamais rien perdre des précieuses bénédictions accordées alors à nos Fondatrices, pour elles-mêmes et l’a-

venir de leur œuvre!

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$2.—LE SÉMINAIRE SAUVAGE, DR 1652 À 1665 ;— VISITE DES AMBASSADEURS IROQUOIS AUX URSULINES.

Dix-huit mois après l'incendie, les Ursulines ouvraient de nouveau leur Pensionnat français et leur Séminaire sauvage. Les élèves sauvages se trouvent moins nombreuses à cette époque, de même que les visites des Sauvages, par suite de la terrenr que répandaient dans tout le pays les incursions des Iroqnais. Cependant, en 1654, la Vén. Mère écrivait: ‘ Nous avons de fort bonnes séminaristes que les ambassadeurs Iroquois ont vues chaque fois qu'ils sont venus à Québec, Comme les sauvages aiment le chant, ils étaient ravis de les entendre chanter si bien à la française, et pour marque de leur affection, ils leur rendaient la pareille par un autre chant à leur mode, mais qui n’était pas d’une mesure aussi réglée. Nous avons des Huronnes que les Révérends Pères ont jugé à propos que nous élevassions à la française...

“ Enfin la moisson va être grande, et j'estime qu’il nous faudra chercher des ouvriers. Aidez-moi à bénir la bonté de Dieu de ses grandes miséricordes sur nous, et de ce que non-seulement il nous donne la paix, mais encore de ce que de nos plus grands ennemis, il en veut faire ses enfants afin qu'ils partagent avec nous les biens d’un si bon Père.”

‘# Au mois de mai 1654, dit le Récit, la fille de feu Herman, Capitaine Huron, est entrée au Séminaire.

Le 21 juillet, Catherine, petite créature de-Dieu, Huronne et orpheline, nous a été donnée à l’âge de cinq ans, pour être instruite et élevée au Séminaire, Le même jour, une petite fille nommée Jeanne, Huronne de nation, nous a été donnée par le R,. P. Chaumonot.”

“ Maintenant que la paix est faite, dit la Vén, Mère,

nous avons beaucoup d'emploi, de sorte que si quelqu’une de nous venait à manquer, il nous faudrait par nécessité faire venir des sœurs de France... Quand je vous dis que nous nous relevons peu à peu, ce n’est pas que nous ne manquions de beauconp de choses ; mais cela n'est rien en comparaison de l'extrémité où nous nous sommes vues... La divine Providence est une bonne mère, quand on s'ippuie plus sur elle que sur les forces humaines qui sont toujours faibles et inconstantes... Nous sommes chargées d’un grand nombre de filles sauvages en notre Séminaire sur ce seul appui. L'on me fait quelquefois des questions à ce sujet, et on me demande si j'ai fondation pour cela; je réponds que nous avons celle de la Providence. En effet, je m'y sens très-forte, et elle ne m'a encore jamais manqué.” * L'année 1655 fut remarquable par le nombre de sauvages qui vinrent à Québec, et qui amenaient leurs enfants à nos Mères pour les faire instruire. En deux mois seulement, on en compta une vingtaine.

L'examen des séminaristes huronnes et algonquines en présence des ambassadeurs Iroquois fit grand bruit, ‘“ Leurs ambassadeurs, dit la Vén. Mère, n'ont pas manqué de nous rendre visite. Ils ont admiré nos séminaristes sauvages, en les entendant chanter les louanges de Dieu en trois langues differentes. Ils étaient ravis de les voir si bien dressées à la française ; mais ce qui Les étonna le plus fut de voir que ne nons touchant en rien, nous en faisions tant d'estime, les aimant et caressant comme les mères aiment et caressent leurs enfants.” Dans une autre lettre: “ Pendant le séjour de tous ces ambassadeurs à Québec, ils nous ont visitées plusieurs fois et nous les avons régalés

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splendidement à leur mode. 1ls ont pris un singulier plaisir à voir et à entendre nos séminaristes et entre autres une petite Huronne de dix à onze ans, que nous francisons. Elle suit lire, écrire et chanter en trois langnes, en Latin, en Français et en Huron. Après qu'eile eut fait le catéchisme à ses compagnes en leur présence, elle alla faire une petite harangue au chef de la troupe pour lui témoigner le plaisir que lui causait la paix, la joie qu’elle avait de ce qu'il emmenait des Pères Jésuites, et elle termina par le prier d'envoyer en notre Séminaire des filles [roquoises pour y être instruites, l’assurant qu'elle les regarderait comme ses sœurs, Le chef agréa sa proposition, reçut un présent qu’elle lui fit, et il admira beaucoup l'esprit et l'adresse de cette jeune fille. Elle en fit autant à la Capitainesse (*), qui lui a fait des caresses tout à fait extraordinaires à des sauvages. Le R. P, Chaumonot, après en avoir Catéchisé trois durant quelque temps, en a baptisé deux dans notre chapelle, Ce sont les prémices du Christianisme parmi les [roquois. Je vous laisse à juger si nous avons chanté de bou cœur Je Te Deum; nous l’avons fait les larmes aux yeux et la joie dans l'âme, en voyant ceux qui détruisaient le Christianisme l’embrasser de si bon cœur.”

À leur retour à Montréal; où ils avaient laissé une troupe nombreuse de leurs compatriotes, ces Iroquois racontèrent toutes les circonstances du bon accueil qu'on leur avait fait à Québec, ce qui ravit tellement les autres qu’ils firent exprès ce voyage de soixante lieues, pour voir de leurs propres yeux les choses

(:) Ces Capitainesses étaient des femmes de qualité parmi les sauvages ; elles avaient voix délibérative dans les conseils et en tiraient des conclusions comme les hommes; ce furent elles qui déléguèrent les premiers ainbassadeurs pour traiter de la paix.

admirables qu'on leur avait racontées, Toutes les femmes Iroquoises furent adinises dans le Séminaire où les religieuses leur firent festin, et les comblèrent A» ces petits présents (*) tant estimés des sauvages.

R. P. Chaumonot, leur missionnaire, qui les avait amenés à Québec, les reconduisit au pays des Cinq- Cantons. li écrivit en chemin à la Mère de l'Incarnation une lettre intéressante, qui se trouve dans la Relation de 1655.

“ Montréal, 4 octobre 1655.

“ Ma Révérende Mère,

“ Demain, s'il plaît à Dieu, nous quitterons de vue les dernières habitations de nos amis pour aller vers celles de nos ennemis. La femme de notre Capitaine Jroquois se fait instruire sur leschemins avec six autres,

t hommes que femmes, outre nos chrétiens Hurons

J8 deux autres Iroquoisde Tsonnonthouun qui est la nation la plus éloignée de nous et la plus peuplte, Ce sont en tout dix-huit personnes priant Dieu soir et matin. Je vous recommande cette petite Église voyageant avec ses pasteurs. Notre Capitainesse m'a prié de vous écrire qu’elle tiendra parole, et qu'elle vous enverra non sa fille qui est trop petite, mais une de ses sœurs qui est de l’âge de Marie, votre petite Huronne. Cette Capitainesse ayant laissé à Montréal une de ses parentes, lorsqu'elle est descendue à Québec, l’a été voir aussitôt que nous füumes arrivés et nous l’a amenée pour la faire prier Dieu. En ma présence elle l’a instruite sur les mystères que nous lui avions enseignés, Plaise à Dieu qu’elle fasse de même lorsqu'elle sera arrivée en son pays et qu’elle gagne ainsi à Dien tous ses autres parents! Elle m'a prié de vous écrire qu’elle ne fa-

(1) Images, ciseaux, canifs, petits miroirs, etc.

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