ARRIVÉE DE MGR. DE LAVAL
Comment dépeindre la joie de la colonie, de la population de Québec en particulier, le 16 juin 1659, jour où le premier Evêque de ce pays, Mgr. François de Laval, venait enfin combler les vœux de ce lointain troupeau, qui désirait depuis si longtemps la présence d’un premier pasteur. Nos lectrices en-
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tendront encore avec plaisir une voix chérie de l'époque, voix qui nous apprend si doucement à ap+ précier les personnes et les choses au point de vue d'une sagesse toute céleste.
“ L'arrivée de Mur. de Laval, dit la Mère de l’Incarnation, a été une agréable surprise de toutes mauières ; car outre le bonheur qui revient à tout le pays d’avoir un supérieur ecclésiastique, c'est un bonheur d’avoir un homme dont les qualités personnelles sont sirares. Nans parler de sa naissance qui est fort illustre, car il est de la maison de Montmorency, c’est un homme d’un mérite et d’une vertu singulière, J'ai bien compris ce que vous avez voulu dire de son élection, mais que l’on dise ce que l’on voudra, ce nesont pas les hommes qui l’ont choisi …........ Je dis avec vérité qu’il vit saintement ct en apôtre, Il ne sait ce que c’est que respect humain. Je vous ai dit qu’on n'attendait pas d’'évêque cette année ; aussi n’a-t-il rien trouvé de prêt pour le recevoir quand il est arrivé. Nous lui avons prêté notre séminaire qui est à un des coins de notre clôture et tout proche de la paroisse. Il y aura la commodité et l'agrément d’un beau jardin, et afin que lui et nous soyons lpgés selon les saints canons, il a fait faire une clôture de séparation. Nous en serons incommodées parce qu'il nous faut loger nos séminaristes (*) dans nos appartements: mais le sujet le mérite, et nous porterons avec plaisir cette incommodité jusqu’à ce que la maison épiscopale soit bâtie.”
(> Le Récit dit: ‘ Nous les fimes donc déloger au plus vite (les géminaristes) et nous fûmes obligées de leur abandonner la salle de communauté des religieuses pour servir de classes. Mgr. demeura chez nous environ deux ans, pendant lesquels il disait quasi tous les jours la sainte messe dans notre église.”?
Ce pasteur justifin pleinement les grandes espérances que l’on avait fondées sur lui; et si le Canada en général lui doit une éternelle reconnaissance, pour avoir affermi l’œuvre des premiers Missionnaires, et consolidé les bases de sa prospérité temporelle, notre Communauté lui a aussi de grandes obligations, pour la sollicitude avec laquelle il s'est occupé de ses intérêts les plus chers.
Mais hâtons nous d'ajouter quelques détails sur l’admirable début de Mgr, de Laval, dans sa longue et sainte carrière apostolique en Canada,
“ Nous ne pouvons douter, dit le R,. P. J. Lalemant, que Dieu n'ait de hauts desseins sur ces terres pour en tirer sa gloire, puisqu'il a relevé nos espérances, par le don qu’il nous a fait d’un prélat après lequel cette Église naissante soupirait depuis si longtemps... Il fut reçu comme un ange consolateur envoyé du ciel, et comme un bon pasteur, qui vient ramasser les restes du Sang de Jésus-Christ, avec un généreux dessein de ne pas épargner le sien, et de tenter toutes les voies possibles pour la conversion des pauyres sauvages. Dieu lui a bientôt fait naître les occasions de leur faire connaître son amour ; car, le jour mème de son arrivée, nn enfant Huron étant venu aü monde, il eut la bonté de le tenir sur les fonts du baptême. Vets le même tempsun jeune homme, aussi Huron, malade à l'extrémité, devant re: cevoir les derniers sacrements, il voulut s’y trouver et lui consacrer ses premiers soins et ses premiers travaux donnant un bel exemple à nos sauvages, qui le virent avec admiration prosterné près d’un pauvre moribond qui sentait déjà le cadavre, et auquel il nettoyait de ses propres mains, les endroits du corps où l’on devait faire les onctions sacrées.”
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“ Lo dernier vaisseau s'est trouvé infecté de fièrres malignes et contagieuses, dit la Vén. Mère eu dite du mois de septembre 1660. Il portait deux cents personnes qui ont presque toutes été malades. Il en est mort huit sur mer et d'autressur terre. Presque tout le pays en a été infecté et l'Hôpital rempli de malades. Myr, de Laval y est continuellement pour les servir et faire leurs lits. On lait tout ce que l’on peut pour l'en empêcher et conserver sa personne, mais il n’y a point d’éloquence qui le puisse détourner de ces actes d’humilité.”
“ C'est un autre S. Thomas de Villeneuve pour la Li charité et l'humilité, car il se donnerait lui-mêine pour cela. Il ne se réserve pour sa nécessité que le pire. | Il est infatigable au travail; c'est bien l’homne du D monde le plus austère et le plus détaché des biens de cette vie. Il donne tont et vit en pauvre, et l’on peut dire avec vérité qu'il a l'esprit de pauvreté, Ce ne sera pas lui qui se fera des amis pour s'avancer et pour accroître son revenu, 11 est mort à tout cela, Peutêtre, (sans faire tort à sa conduite), que s'il ne l'était pas tant, tout en irait mieux; car on ne peut rien faire ici sans le secours du temporel: mais je me puis tromper, chacun a sa voie pour aller à Dieu. Il pratique cette pauvreté en sa maison, en son vivre, en ses meubles, en ses domestiques; car il n’a qu’un jardinier, qu'il prête aux pauvres gens quand ils en ont besoin, et un homme de chambre, qui a servi M de Bernières. [l ne veut qu’une maison d'emprunt, disant que quand il ne faudrait que cinq sols pour luien faire une, il ne les voudrait pas donner. En ce qui regarde néanmoins la dignité et l'autorité de sa charge, iln'omet aucune circonstance. [l veut que tout se fasse avec la
majesté convenable à l’Église autant que le pays le peut permettre, Les Pères lui rendent toutes les assistances possibles, mais il ne laisse pas de demander des prêtres en France, afin de s'appliquer avec plus d'assiduité aux charges et aux fonctions ecclésiastiques.”
Le temps ne lit que confirmer la haute idée que la Vên. Mère avait conçue tout d'abord du mérite de Mgr. de Laval. Elle se plait, dans ses Lettres, à exalter sou zèle apostolique, et semble vouloir tout résumer en un mot: C'est un Saint.
La Commission pour l'Enquête Episcopale, préparatoire à la Bcatification et Canonisation de Mgr, de Laval, a commencé ses séances en octobre de cette année: il s’agit, comme l'on sait, de prouver la réputation de Sainteté dont il a joui dans la N. France
Du haut du Ciel, Ja Vén. Mère doit voir avec joie se préparer la glorification de celui qu’elle a devancé en ce pays et dans la récompense, et dont elle vénérait si hautement le caractère sacr@ et les éclatantes vertus.