‹ Les Ursulines de Québec [microforme]Chapitre 73 sur 156 · PRemMiÈREs NOVICES CANADIENNES · texte numérisé non relu

PRemMiÈREs NOVICES CANADIENNES

Entrons maintenant dans l’intime de ce Monastère restauré par Marie, e. voyons par qui fut levé l’étendard de la vocation religieuse parmi les jeunes filles de Québec.

Au mois d’août 1652, sous les auspices du grand S, Augustin, se présente d'abord Mile. Geneviève Bourdon, “fille de Messire Jean Bourdon, Procureur- Général, et de Mine. Jacqueline Potel, née et baptisée en la ville de Québec, dans la paroisse de la sainte Vierge (Eglise de N. D. de Recouvrance). Cette première postulante canadienne n'avait pas encore quatorze ans; mais elle plaida si bien sa cause qu'il fallut

lui permettre de se ranger parmi les courageuses filles de sainte Ursule, sons les soins maternels et les saintes leçons de la Vén. Mère Marie de l’Incarnation. Elle prit à sa vêture le nom béni de $S, Joseph, et prononça ses vœux le 25 novembre 1654, promettant à Dieu de “ vaquer selon son pouvoir à l'instruction des petites filles, tant sauvages que françaises, le tout entendu selon les Constitutions de ce Monastère de S. Joseph ou Congrégation de Québec.”

Mile. Geneviève Bourdon ent le plaisir de voir son exemple suivi par trois (:) de ses sœurs et par plusieurs de ses amies. Mlle. Anne Bourdon n'avait, elle aussi, que quatorze ans, lorsque le 8 septembre 1858, elle vint solliciter une place au noviciat de sainte Ursule.

Le jour même de l’entrée de sa sœur aînée an Noviciat des Ursulines, Anne, la plus jeune des quatre sœurs, Célébrait le huitième anniversaire de sa naïissance. Dès lors $ vocation parut fixée On la voyait par fois quitter les jeux de son enfance, et courant se jeter dans les bras de son père lui dire avec une ingénuité charmante: “ Papa, voulez-vous que je sois religieuse ? Je veux aller vivre au Couvent avec ma sœur Geneviève.— Oui, ma fille, répondait ce bon père, quand vous sereZ assez grande. Alors, papa, ajoutait l'enfant, j'instruirai les petites filles sauvages ; oh! quand serai je assez grande pour aller instruire les petites filles sauvages !” Ces pensées d'avenir si sérieusement discutées par une enfant de son âge,

(1) Mlle, Marie Bourdon entrée à l'Hôtel-Dieu en 1653, y fit profersian sous le nom de Térèse de Jésus et mourut en 1660, âgée de 20 ans. Marguerite dite de S. Jean-Baptiste entra aussi à l’Hôtel-

Dieu en 1657. Elle fut une des fondatrices de l’Hôpital-Général, où elle mourut en 1706, âgée de 64 ans.

jetaient dans l’étonnement ses parents et ses amis; mais lorsqu'on vit ces préoccupations enfuntines se fortifier chaque jour de plus en plus, on commença à croire que l’Esprit-Saint voulait en effet * conduire cette âme dans la solitude, et là, parler à son cœur.”

Vers le temps de la première communion de cette fille chérie, M. Bourdon passa à de secondes noces, (1655), et Anne eut le bonheur de trouver dans sa

belle-mère, (:) le cœur le plus tendre et le plus dévoué.

(:) La dame qui devint l'épouse de M. Bourdon et la gardienne de ses enfants, était Mme, Anne Gasnier, veuve de Jean Clément du Wault, Seigneur de Moneeaux, Chevalier de S. Louis et Colonel d'un régiment de chevau-légers, Dégoûtée du beau monde de Paris, et voulant se rapprocher de sa fille Mme. d'Auteuil, déjà établie à Québec, elle vint se fixer en Canada dans le cours de l’année 1649, vers le temps où elle obtint la concession de la seigneurie de Jacques- Cartier. Elle avait d'abord établi sa résidence chez M. d'Auteuil, à Sillery, mais bientôt ia renommée de ses bonnes œnvres la fit connaître à M. Bourdon, qui clésira fort la voir à la tête de sa jeune famille. Luissons raconter à la Vén. Mère ce touchant épisode de la vie intime ; son langage à la fois simple et plein de dignité, a ce charme inséparable des récits fondés sur la vérite et embellis par la vertu, charme bien différent de ce que produisent tant d'écrits frivoles de nos jours,

‘ Cette dame, dit-elle, est un exemple de piété et de charité dans tout le pays. Elle et Mme. d'Ailleboust, sont liées ensembie pour visiter les prisonniers, assister les criminels et les porter niême en terre sur un brancard. Celle dont je vous parle, connme la plus agissante et la plus “ative, est continuellement occupée à ces bonnes œuvres,

pour les pauvres, ce qu’elle fait avec succès. Enfin, elle

les misérables, et l’exemple de toutes sortes de bonnes

rés ant de passer en Canada où elle n’est venue que par un acipe de piété et de dévotion, elle était veuve de M. de Monceaux, gentilhomme de qualité, Quelque temps après sou arrivée, M. Bourlon demeura veuf avec sept enfants, dont aucun n'était capable d’avoir soin de 8oi-m ve ni de son père. Elle eut un puissant mouvement d'assister cet amille, et, pour cet effet, elle résolut d'épouser M. Bourdon, don rtu lui était assez connue, mais à condition qu’ils vivraient en: le comme frère et sœur; cela s’est fait et la

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Heureuse d'élever ces enfants pour Dieu seul, Mme, Bourdon s’appliquait à développer dans leurs cœurs les bonnes dispositions qu'elle y découvrait chaque jour. Voyant que la jeune Anne persistait dans son

‘ dessein de suivre l'exemple de ses trois sœurs, elle l'en-

couragea dans son pieux désir et lui obtint le consentement de son père. M. Bourdon, homme de cœur et d'honneur, voulut assurer la dot de sa fille, dès son entrée en Religion. Sa qualité de procureur du Roi et de seigneur des terres de S, François et de S, Jean, eut dû, ce semble, lui faciliter le débonrsement de la somme de trois mille livres, formant l'héritage de cette fille bien-aimée, Néanmoins il est un fait digne de remarque, c’est que l'argent était alors chose si rare dans le pays, même parmi les hauts fonctionnaires du gouvernement, que la Mère de l'Incarnation crut devoir assigner à M. Bourdon le terme de huit aunées pour compléter ses paiements, ()

condition a été exactement observée. Elle se ravala de condition, pour faire ce coup de charité, qui fut jugé en France où elle était fort connue, tant à Paris qu’à la campagne, comme une action de légèreté, eu égard à la vie qu’on lui avait vu mener. Mais l’on a bien changé de pensée, quand on a appris tout le bien qui a résulté de cette généreuse action ; car elle a élevé tous les enfants de M. Bourdon avec une débonnaireté nonpareille.”?

() Selon les clauses du contrat passé ‘‘à la grille du Couvent,’ entre lui et les religieuses, an devant de Guillaume Audouart, notaire royal, la somme entière devait être payée en argent, en castors, et en fonds d'héritage. Trois mois avant la profession de sa fille, le 18 octobre 1660, M. Bourdon fit donation à la Communauté de son fief sainte Anne à la Pointe-Lévi, à lui concédé par M. de Lauzon. Quatre ans après, la Mère de l’[ncarnation donnait à M. Bourdon le reçu suivant: ‘‘ Le 14me jour de juillet 1664, nous avons reçu de M. Bourdon la somme de mille livres toute en bons castors etc. Sr. Marie de l'Incarnation, Supérieure.” Deux ans plus tard, un antre écrit de sa main attestait la recette de mille livres tournois faisant l'entier paiement des droits de Mile. /.nne Bourdon.

Mlle. Anne Bourdon prit l'habit religieux le 9 jan: vier 1659, et porta en Religion le nom de sainte Agrés. Nous dirons plus tard avec quelle ferveur cette première supérieure Canadienne parcourut sa carrière religieuse.

Le 15 septembre 1658, Mlle. Marie Boutet de Saint- Martin, née et baptisée en la ville de Xaintes, se hâtait de rejoindre au noviciat Mlle Anne Bourdon sa compagne de classes. . Elle était fille de M. Boutet, sieur de Saint-Martin, Professeur ès Mathématiques, et de Mme. Catherine des Champs. Cette fervente postulante, âgée de 14 ans, prit l’habit de l'Ordre le 22 janvier 1659, sous le glorieux nom de NS. Augustin. Les deux compagnes furent réunies pour la profession, qui eut lieu le 30 septembre 1660. La cérémonie eut un éclat tout particulier, ‘ Mgr. de Laval, évèque de Pétrée, ayant bien voulu recevoir les vœux de nos sœurs Ste. Agnès et S. Augustin, ce qui ne s'était point encore vu en ce pays,” remarque notre vieux Récit.

Le 26 juillet 1659, entra au noviciat Mlle. Jeanne Godefroy, ‘fille de nob'e homme Jean Godefroy, écuyer, Sieur de Linctot, (:) et de Mile. Marie Le Neuf

(1) Par ce titre de noble homme, et autres, donnés à M. Godefroy, il est facile de voir que notre vieux réci!, tracé de mémoire, anticipe un peu sur les dates en faveur de cette famille, dont la noblesse ne remonte qu'à 1686. Jean Godefroy de Linctot et Thomas Godefroy de Normanville, son frère, étaient natifs de Linctot en Nermandie, En considération de leur mérite personnel ainei que des services importants qu’ils avaient rendus au Canada, des lettres de noblesse leur furent accordées par Louis XIV en 1668. Ces premières ayant été perdues, le roi en expédia d’autres en 1686, dont voici le passage le plus intéressant. ‘Jean Godefroy a travaillé un des premiers À former la dite colonie; il a dépensé beaucoup de biens, tant à dé-

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