MARTYRE DE M. VIGNAL
Le grand effort des Iroquois avait été paralysé en 1660, mais ils ne se tenaient pas encore pour battus, et ils donnèrent bien de l'exercice à la colonie française en 1661 et 62. C'est à l’année 1661 que notre vieux Récit mentionne l'épisode, à la fois triste et glorieux, de la mort de notre insigne bienfaiteur, M. G. Vignal.
S'étant agrégé comme on l’a vu à la maison de S. Sulpice, M. Vignai s'était dévoué avec ardeur anx emplois de sa nouvelle mission, Il s'occupait du saint ministère quand il fut chargé de l’économat de la maison, après la mort violente que les Troquois avaient fait subir à M. Le Maistre, Deux mois après, le 25 octobre, ne soupeonnant pas qu'il düt partager le même sort, M, Vignal s'était transporté dans l'Ile à la Pierre, an face
Il en étuit de même des chiens français à Québec : ne connaissant
pas les Froqnois, ile se jetaient sur eux comme s'ils n'enussent été que du gibier. Tout le contraire arrivait à l'égard des chiens élevés parmi les sauvages: ls ittach ent à Le urs tarouches QE iitre et ne cher.
chaier qu à iles défendre,
de Montréal, pour surveiller les ouvriers qui y ramassuient les matériaux pour la maison des Sulpiciens.
Les lroquois, qui y étaient en embuscade, se jetèrent sur les Français comme des loups enragés et en tuërent une partie, M. Vignal fut dangereusement blessé. Ces barbares le traînèrent jusqu'à la Prairie de la Madeleine, où ils firent un fort pour s’abriter contre uue surprise. Ce bon prêtre répétait à ses compagnons d'infortune : “ Tout mon regret dans l’état où je suis, est d’être la cause que vous soyez dans l’état où vous êtes, prenez courage et souffrez pour Dieu!” M. Vignal ne tarda pas à succomber à ses blessures, Après sa mort, ces barbares lui enlevèrent la chevelure (*) et firent rôtir son corps pour le manger, le 27 octobre
Il y avait vingt années que cet ouvrier zélé du Père de famille, travaillait à la vigne du Seigneur dans les missions d'Amérique, et nous voyons, par les Relations, qu'il était particulièrement estimé et chéri des Jésuites. 4“ Sa vie, dit le KR, P. J. Lalemant, était d'une très-douce odeur à tous les Français par la pratique de l'humilité, de la charité et de la pénitence, vertus rares qui le rendaient aimable à tout lé monde, Sa mort a été bien précieuse aux yeux de Dieu, puisqu'il l’a reçne de la main de ceux pour lesquels il a bien souvent voulu donner sa vie. 1l avait de grandes tendresses pour le salut des sauvages, il s'était offert plusieurs fois de venir nous joindre quand nous étions à Onnontagné, afin d'y travailler conjointement âvec nous à la conversion de ces barbares, et il l'aurait fait si sa complexion et ses forces eussent correspondu à sa ferveur et à son courage,”
(1) Note du R. P. Félix Martin, S. J.
$14.-—LES RESTES MORTELS DE LA MÈRE MARIE DE 8. JOSEPH SONT TRANSFÉRÉS DU JARDIN À LA NOUVELLE ÉGLISE.
Dix années s'étaient écoulées depuis la mort de la Mère $S. Joseph, et sa dépouille mortelle reposait encore dans le jardin du Monastère, En 1662, le caveau de la nouvelle église étant enfin terminé, nos Mères se pourvurent de l'autorisation nécessaire pour faire la translation de ce corps vénéré. “ Au printemps de l’année 1662, dit le vieux Récit, on leva de terre le curps de la vénérable Mère Marie de S. Joseph, qui avait été inhumé dans le jardin faute de lieu convenable. À l'ouverture du cercueil, on trouva la substance du cœur et du cerveau encore toute fraîche et exhalant une douce odeur, Une de nos sœurs s'étant emparée d'un petit morceau de ce cœur où l’on voyait encore un petit bout d’une veine, pour le porter sur le sien par dévotion, toutes celles qui l’approchaïent ont senti l'odeur d’iris qui s’en exhalait. Toute la substance de son corps et de sa chair était réduite en une masse blanche tout le long du cercueil sous les ossements, de l'épaisseur d'environ un pouce (!). L'on remit avec dévotion ces os avec cette manne dans une nouvelle bière, que l’on déposa sous notre chœur, lieu destiné pour la sépulture des religieuses.
“Le R. P, J, Lalemant, directeur de la Mère Marie de S, Joseph, qui présidait à la cérémonie, nous fit une exhortation touchante. Ayant pris pour texte ces pa-
(1) ‘ On remarqua que cette pâte blanche étant mise sur un fer chaud ou sur des charbons ardents, fondait comme de la cire ou de l’encens, et exhalait une très-duuce odeur. Il en était de même des morceaux de son cœur que l’on metiait sur le feu. Quelques années après, l’occasion s'étant présentée d'ouvrir de nouveau le cercueil, la substance du cerveau se trouva réduite à deux petites boules dures comme de la pierre.''—Lettres de 1a Vén. Mère.
roles de S. Paul aux Romains: “ Saluons Marie, qui a \ beancoup travaillé parmi nous,” il rapporta les vertus de cette bienheureuse servante de Dieu, donna une explication morale de cette substance blanche, de cette odeur si douce, des qratre nœuds de sa ceinture (1)
ll restés sans corruption, et il ne fit point de difficulté de { l'appeler sainte, disant qu’il la croyait au ciel dans un [in R LA Lé , @ \
; très-haut degré de gloire, Il fit aussi remarquer à nos
j Mères que dans la vie du R. P. L. du Pont, il se trouvait quelque chose de semblable, et que les médecins ayant été appelés pour examiner ce qui paraissait être extraordinaire à l'ouverture du cercueil, ils attestèrent que de pareils faits ne pouvaient être attribués à des à causes naturelles ; et 1l ajouta qne l’on devait rendre le même témoignage aux restes mortels de la vénérée
SE Mère Marie de S. Joseph” Quelle douce consolation n'éprouvèrent pas nos Mères en cette circonstance! Le parfum des vertus
| de cette chère sœur, la seule de la Communauté qui | fût morte depuis leur arrivée en Canada, n’+. aient ! pas cessé d'embanmer le Monastère; mais ce par- | fum sensible qui s’exhala de ses restes mortels en ref nouvela vivement la mémoire. Aussi n'est-il pas sur- | prenant que la tradition nous ait transmis le nom de Ê la MèreMarie de S. Joseph, comme le symbole de ce | qu'il y a de plus suave et de plus touchant dans la Ù | piété religieuse,
ÿ (:) La ceinture dont il est ici parlé est celle que l’on porte dans les maisons d'Uraulines fondées par la Congrégation de Bordeaux ; | cette ceinture fut portée par nos Mères jusqu'en l’année 1681, où l’on adopta les constitutions ei règlements de Paris.