CORAN ET AN EME
de l'Enfant Jésus n’a jamais perdu au Monastère sa ferveur primitive.
Plusieurs amis et entre autres M. Sain, trésorier de France, l’un de nos plus sighalés biénfaiteurs, instruits des fruitsque produisait parmi les élèves cette aimable dévotion, se plurent à enrichir la petite chapelle. Grâce à leur libéralité, rien n’ÿ manquait: tableuux, fleurs, parements, chandeliers, figures äe iEntant- Jésus, en cire eten bois doré, tout y était du meilleur goût.
Ces précieux objets devinrent plus tard la proie d’un incendie, mais la dévotion au saint Enfant-J ésus ne se perdit pas dans les flammes, la chapelle reparut avec la nouvelle église, et elle fut enrichie de très-grandes indulgences obtenues de Rome par plusieurs de nos seigneurs Évêques, entre autres Mgr. de Saint-Valier et Mgr. Plessis.
La vue de cet autel de Jésus:Enfant, placé au bas du chœur actuel, nous reporte souvent au temps de notre Vén. Mère, et le salut du 25 de chaque mois ne nous permet pas d'oublier sa tendre dévotion au Sacré Verbe Incarné.
Nous rappellerons encore ici une des ingénieuses et touchantes pratiques de nos anciennes Mères, pour augmenter parmi les séminaristes et les pensionnaires, la dévotion envers la sainte Enfance de Notre-Seigneur. Tous les ans, à l'époque de Noël, elles faisaient venir de Lorette (1) ou de Sillery, un petit sauvage qu’elles habillaient de neuf, honorant en lui le saint Énfant- Jésus. Déjà l’on avait dressé dans la chapelle une grande et belle crèche, où figuraient de hauts sapins
3 (2) ‘ Les Hurons de Notre-Dame de Lorette, si déots envers le saint | Enfant-Jésus, n’oubliaient pas non plus sa divine Mère, En 1678, Î ils envoyèrent à Notre-Darne de Chartres, en France, un Yœu ou con-
verts, arbres chéris des sauvages; à l’ambre de ces sapins paraissaient les trois personnes de la sainte Famille, Jésus, Marie et Joseph, tandis que dans le lointain se révélaient aux yeux des sauvages étonnés, les anges, les pasteurs et leurs troupeaux. Après avoir chanté leurs joyeux Noëls dans ce nouveau Bethléem, les sauvages prenaient part au festin préparé pour eux par leurs tendres Mères, puis se retiraient avec de nouveaux sentiments d'amour pour le divin Enfant dont ils venaient de contempler une si touchante image.
Ba fere Bhilippe-Gertrude de Boulogne dite De &. Dominique.
Au 20ième jour d'août de l’année 1667, se rattache le départ de ce moude de la Mère Philippe-Gertrude de Boulogne, dite S,. Dominique. La lettre circulaire que l’on adressa sans doute aux Communautés de l'Ordre, à l’époque de son décès, ne se retrouve plus ; elle devait être remplie d'édification, si l’on en juge par les notes que nous a conservées le vieux Récit, Au reste, le seul fait de sa venue en Canada à cette époque, et de sou entrée dans notre Monastère, encore si pauvre et si dépourvu de tout confort, dit assez de quel feu son âme était embrasée, ui
sécration, avec un collier de porcelaine, comme témoignage de leur vénération et de leur dévouement envers la Vierge, mêre du Dieu Sauveur. Cette ceinture, de quatre doigts de large, est faite de graine de porcelaine blancs et noirs, bordée de soiesde porc-épic rouges. On y lit: Wirgini paril':rœ votum Huronum. Les lettres sont formées par les grains noirs, les blancs servent de fond. Cette ceinture ainsi qu'une autre envoyée par les Abénaquis en 1699, se conservent dans une des chapelles de la crypte de l’église de Notre-Dame de Chartres.
‘ Pour remercier ces bons Hurons et honorer leur piété, le chapitre de Chartres leur fit don, en 1680, d’une grande chemise d'argent du poids de cinq à six marcs, remplie de diverses reliques. Ce précieux reliquaire se voit encore dans la chapelle de la Nouvelle-Lorette, près Québec.’’— Relations inédites de la Nouvelle-France,
Elle naquit et fut baptisée à Ravière, comté de Tonnerre en‘ Champagne, en 1603, et était de 15 ans l'uînée de sa sœur Barbe, plus tard Mme, d'Ailleboust. Les deux sœurs paraissent avoit eu mêmes goûts, mêmes attraits, quoique le caractère culme et posé de Philippe-Gertrude dût contraster avec la pétillante viva: cité de sa jeune sœur, kr
LS
Nous ne savons si leurs pieux parents, ‘M. Florentin de Boulogne et Damoiselle Eustache Quen, ” vivaient encore ; toujours est-il que les deux sœurs furent inséparables däns leur vocation au Canada, quoiqu'il il y eût de part et d'autre de grands sacrifices à faire.
Mlle. de Boulogne suivit done sa sœur et son beau-frère, faisant le voyage en compagnie de plusieurs missionnaires, entre autres, de notre Mère des Séraphins et de M. Chartier, second Chapelain du Monastère, ‘ Toute cette sainte troupe, dit la dut: Relation, de pareil courage et vertu, aborda à Québec en l'heu-
reux jour de l'Assomption de Notre Dame, et se vint consacrer à Dieu et à la conversion des sauvages sous la protection de l'Empérière de l'Univers.”
Arrivée à Montréal, : Mile de Boulogne y rencontra Mme de la Peltrie et Mlle. Mance. Ces cœurs étaient faits pour se comprendre et s’encourager mutuell:ment à tout sacrifier aux intérêts du ciel, En 1648, M. d'Ailleboust venait à Québec comme gouverneur de la colonie, Mlle, de Boulogne n’eut pas plus tôt lié connaissance avec nos Mères qu'elle désira se joindre à elles. Peut-être même en avait-elle déjà communiqué avee Mme, de] Peltrie. Comme dès son arrivée en Canada. elle s'était appliquée ainsi que sa sœur à l'étude des langues sauvages, afin de pouvoir instruire les pauvres infidèles, elle se trouvait toute prête à exercer les fonctions d'Ursuline,
Entrée au noviciat le 2 décembre 1648, elle fit ses vœux le 9 décembre 1650, à la veille du premier incendie de notre Monastère, Jamais peut-être ne s'offrit-il une plus belle occasion de pratiquer la pauvreté, et de faire preuve de cette ‘ humeur douce et accommodante,” que lui donne le Récit, ‘‘ (était une âme fort
ue
intérieure et unie à Dieu, charitable, exacte et régulière. Un
gros rhume, joint à une maladie de foie, qui avait amené nn épuisement complet de Or0e8, nous l'a ravie, Pendant deux ans, elle a porté de grandes infirmités avec beaucoup de douceur, sans jamais se relâcher de l’observance ni de la mortification, donnant des preuves évidentes de sa grande vertu. Elle était dans la 65ième année de son âge et su 19ième de religion.”
La Mère S. Dominique, seconde professe de cette maison, avait eu le bonheur d'être formée à la vie religieuse par notre Vén. Mère Marie de l'Incarnation, et c'est entre ses bras qu'elle se disposa à aller à la rencontre de l'Époux céleste.
La Mère S. Dominique et Mme. d'Aïleboust étaient d'u famille noble, elles pouvaient figurer avec avantage dans les beaux cercles de Paris; cependant elles quittent tout ; elles s’exilent au milieu des barbares, s'exposent même à une mort cruelle, Dieu ne se laisse pas vainere en ‘générosité ; l'onction divine qu'il répandit dans leur âme, les dédommagea amplement des sacrifices du temps. Les deux sœurs, également généreuses, ne se réservèrent rieu; tout fut consacré à Notre-Seigneur pour le faire connaître et aimer dans ces contrées infidèles, Que de bénédictions ne sont pas retombées sur ce pays à leur prière, et quelle n’est pas leur récompense au Ciel !
La soeur une Bataille ve &. Laurent, prentière soeur cons berse Du fMonastère.
La troisième ct dernière religieuse que la Vén. Mère devait assister, à son départ du Monastère pour la patrie céleste, fut sœur Anne Bataille de S. Laurent. Désormuis, ce sera du haut du Ciel que la Vén. Mère consolera ses filles au moment suprême, venant à leur rencontre pour les présenter à l'Époux divin.
Sœur $. Laurent, première sœur converse de ce Monastère, fut enrichie de grâces toutes spéciales, et peut être regardée comme un modèle accompli de toutes les vertus de son état; la longue suite de sœurs qui lui succèderont, n'auront qu'à jeter les yeux sur elle pour voir de quelle manière elles sont appelées à être Ursulines,
Nous avons Je bonheur de posséder la Lettre Circulaire de cette pieuse sœur, écrite de la main même de notre Vén, Mère; pous y puiserons les détails qui suivent et citerons volontiers,
Cette enfant prédestinée naquit à Dieppe en 1615, de parents très-respectables et surtout excellents chrétiens. Ses premiers instincts furent tous pour Ja jiété. A l'âge de seize ans, cette fille unique et chérie ss sentit pressée par la grâce de demander son entrée comme sœur converse chez les Ursulines de Dieppe. Les Religieuses, qui la trouvaient faible et délicate, différèrent pendant quatre ans de l’admettre. Dans cet intervalle, des personnes pieuses lui indiquèrent plusieurs maisons religieuses trèsrégulières, où elle eût été reçue à bras ouverts «comme religieuse de chœur. D'autre part, sa mère, qui était pieuse et très à l'aise, la pressait de demeurer avec elle, pour mener ensemble une vie dévote, toute consacrée aux œuvres de charité.
La jeune fille tint ferme dans sa ré<olution d'être sœur converse Ursuline, Enfin à l’âge de 20 ans, elle fut admise comme telle, et commença son noviciat avec une fe:veur qui devait sans cesse prendre de nouveaux accroissements.
Elle était jeune professe lorsque nos Mères fondatrices passèrent à Dieppe, L'amour de la souffrance avait excité dans son cœur de grands désirs du Canada, entendant dire que “c'était un pays de croix et de pauvreté, où on ne trouvait que Dieu seul, dans l'éloignement de ses parents, de ses amis, de sa patrie, de toutes les douceurs de la France; et dans un abandon total de soi-même, en un pays barbare, qui vraiment était pour lors abandonné. Déjà sou cœur passait les mers .....
‘“ Peu après elle se rompit un brus: ses douleurs furent excesgives, mais sa patience le fut encore davantage. Elle fut fort longtemps entre les mains des chirurgiens, qui lui remirent si mal le bras, qu’elle en était demeurée estropiée, avec des douleurs extrêmes, La consultation faite, on jugea qu'elle ne s'en aiderait jamais et qu’elle en souffrirait beaucoup. Là-dessus elle se sentit portée de faire un vœu à Dieu que s’il avait agréable de lui rendre l’usage de ce bras, elle s’ofrirait à ses supérieurs pour le servir en Canada, en la personne des petites filles sauvages, et
de notre communauté destinée à leur instrurtion, Le vœu fait, sans aide d’aueun remède humain, ses douleurs s'apaisèrent, et bientôt elle se trouva guérie; et ce qui est plus admirable, ce bras s’est moins ressenti de douleurs que l’autre, et lui a servi jusqu’à la fin de sa vie.
‘ Ce miracle fit le coup de son envoi en Canada, nos Révérendes Mères de Dieype s'étant dépouillées généreusement d’un si digne sujet pour nous en enrichir.”
Les documents du temps nous disent la joie de nos Mères en 1642, lorsque, renfermées dans leur étroite habitation sur le quai de la Basse-Ville, elles virent aborder le vaisseau qui leur amenait cette sœur tant désirée, et désignée par Dieu même, la première sœur converse des Ursulines de Québec, Eiles avaient en effet grand sujet de se réjouir, car sœur $, Laurent allait être un véritable trésor pour la communanté.
“Je puis dire que c'était une fille accomplie en vertu, dit la Vén. Mère, et un parfait modèle d’une converse Ursuline, qui trouve Dieu dans son travail, et qui dans toutes ses dévotions, consacre et ses forces et son corps et sa vie aux emplois de la vie active, pour particiner par ce moyen à l'instruction que les religieuses de chœur donnent à des âmes rachetées du Sang du Fils de Dieu, pour l'achèvement de leur salut.
& Ses oraisons étaient pour l'ordinaire dans une grande paix... Oh ! que je suis heureuse que Dieu soit le Dieu de mon cœur 1 Mais vous aimé-je, 6 mon Jésus ? Quand tout de bon vous aimeraije? Mon Jésus, mon Sauveur, mon amour et mon tout ! Que votre volonté soit faite ! Je m'ubandonne à tout, et ne refuse rien... Une seule de ces paroles l'entretenait des heures entières.
“ Quelquefois, lorsque son corps était tout abattu d'un long travail, ou que Dieu permettait qu’elle fût en des aridités étranges, ou que quelque tentation possédait, malgré elle, son imagination et son cœur même, lui semblait-il:—O mon Dieu, disaitelle, fuites de moi et en moi tout ce qui vous plaira, hors le péche que je déteste et qui seul vous dépluît ; brisez mon corps ;