DEUXIEME LIVRE
Cy dime la iêle du soleil : comment Phebu» ehasiie Phélon son fils. Cy trébuche Phéton, — Le commentateur soutient qu'Ovide a voulu rappeler un été brûlant, qui dévasta l'Éthyopie sous le règne de Pbébus roi de Lyope. Ce prince s'était foit adorer comme Dieu; son fils se nommait Phéton. — Phéton était peut-être un savant qui voulut étudier l'astronomie. Quoiqu'il n'y comprît rien , il publia des livres erronés, qui trompèrent le peuple. Jupiter, roi de Crète, les fit détruire , et Phéton de désespoir se donna la mort en se précipitant du haut d'une montagne. — Dans tous les cas ce récit prouve que l'orgueil et la présomption perdent l'homme : la chute de Lucifer en est la preuve. -^ Le palais du soleil est le trône de gloire, où s'assied la sainte Trinité. Le soleil est le Christ ; le char représente sa doctrine. Les chevaux sont les évangélistes. Le conducteur, à qui ils sont confiés, est le pape. loi le poète se pennet une satyre contre le haut clergé, qui n'aspire à la chaire de saint Pierre que par ambition. — Phaéton 90U8 représente
eneore rAntéchrist : ses faax miracles aveuglent pape , rois et peuples, il trouble le monde et le fera périr, sî Dieu n*y met ordre. Mais certainement le Sei^eur le foudroiera tôt on tard et sauvera la terre.
Cy parle du courroux de Phebu», — Lorsque Ovide prétend qtt*Âpollon , dans son désespoir , refusa d*éclairer le monde, il fait allusion à une éclipse, par exemple à celle qui obscurcit la terre le jour où mourut Jésus-Gbrist. Climène, mère de Phaeton , est Thumidité : avec Taide du soleil elle engendre les plantes , les arbres et les fruits. Les sœurs de Phaéton, le roy de Lyope , restèrent sans doute vierges et passèrent leur vie à faire de bonnes œuvres. Gygnus est l'homme de bonne foi , qui pleure le malheur d*autrui , et se corrige en voyant les fautes de son prochain. C'est eneore l'image de ceux, qui croiront d'abord à l'Antéchrist et qui se repentiront ensuite. Dieu lavera leura fautes dans les eaux du baptême.
Comment Jupiter s'aquointa de CtUiste, Comment Dyane s'aperçut de Caliste, qui étoit grosse. Cy fiit muée en ourse : — Yitry profite de cette histoire pour déclamer contre les jeunes filles, qui s'abandonnent à leurs amants et deviennent mères sans la permission de l'église. Il tonne contre celles, qui font périr le fruit, qui croit dans leur sein. Caliste, changée en ourse, représente la jeune fille se livrant d'abord au vice , puis ^ la prostitution , enfin au vol. Elle devient étoile; c'est-à-dire que la pécheresse , quand elle se repent , se réconcilie avec Dieu qui l'appelle à lui. — Caliste , tant qu'elle est vertueuse , est la Judée , dans U sein de laquelle Jésus- Christ voulut naître. Quand elle sacrifie à Jupiter sa virginité, elle représente le peuple d'Israël méconnaissant le fils du très haut. Mais le seigneur le convertit et le fait briller, comme une étoile, d'une gloire sans tache. — Lorsque Junon obtient que la constellation de l'ourse ne descendra jamais dans la mer« le poète fait simplement allusion à l'immobilité de ce groupe d'étoiles. La mer d'ailleurs n'est-elle pas l'image de l'enfer? Quand la Judée sera convertie, elle restera dans les cieux et ses enfants ne tomberont pas dans les abîmes infernaux.
Cy eonie de Choronis. Comment Choronis fut muée en eometUe. — Philippe aperçoit dans l'histoire de Coronis une allusion à une galante aventure. Le corbeau est un serviteur fidèle mal récompensé : et à cette occasion notre texte nous donne un sermon contre les bavards et les médisants. — Au point de vue allégorique , Phébus joue ici le rôle de la divine sapience : Coronis est la nature humaine. Dieu l'aime tant qu'elle est vertueuse : il Tabandonne et la fait périr dès qu'elle
te livre aux vices ; si elle se repent , il loi pardonnera et sauvera son âmt. Le corbeau c*oft lucifer , ange d*abord » et à la fin diable : il tente TSme , la conduit au mal , puis racense près de Dieu son époux, qui la chasse en enfer. — Quantàrbistoirede Coronée, c'est celle d'une jenne, fille qa*un pécheur voulut corrompre : elle lui échappa par son habileté , son bon sens et ses sages paroles. Pallas lui donna asile dans son palais : mais son bavardage lui fit perdre Toflice qu*on lut avait confié. — La naissance d*Eryctoneus et les efforts dô Volcain pour violer Pallas peignent les attentats de la luxure contre la pudeur. Vulcain , qui se vante ae ses turpitudes , n*esl qu*un auge déchu , chassé du paradis. — Corni^ » la fille de Coroneus, est la couronne de Dieu et do ceux qui Taiment; c'est la synagogue jadis épouse fidèle et bien aimée du Seigneur , depuis bannie de ses affections et du Paradis.
Comment Chyron nourri EMilapium , et comment Àrehiroé sa fUU prophitiia de euU trois. — Saturne , en s'unissant k Arohiroé qu'il a changée en jument, est le type de la luxure brutale et de la bestialité. Chyron ressemble à l'homme, dont l'ftme mène le corps. Escalape représente Jésus-Christ venu pour sauver notre race ; mort comme tous les hommes , il remonte dans les cieux. Arehiroé, qui prophétise , est la sybille annonçant la naissance du Christ. Les dieux, qui foudroyent Esculape, sont les prêtres juifs et les pharisiens. Ils . crucifièrent le Sauveur, qai ressuscita et fit encore des miracles. — Arehiroé changée en jument, est une allusion k la folle science, qui oublie le ciel pour ne songer qu'aux intérêts de ce mopde. Ici se trouve une satyre assez mordante contre les mœurs du temps. Chiron, demi cheval et demi homme , est l'emblêo^ des payons et des juife qui se confondirent pour former la gent chrétienne. C'est l'homme tantôt pécheur, tantôt vertueux ; c'est Salomon sage dans sa jeunesse, vicieux à ses derniers jours. Arehiroé est encore l'image de la synagogue ; elle savait que le Christ devait venir , et refusa de croire en lui. Enfin les flèches, qui blessèrent Chyron, représentent le péché originel.
Comment Merewrius déçut Batum , qui devait celer son terrecîfi. — Phébus, pasteur chez Admète , représente Jésus- Christ : Mercure, est l'image des faux prêtres. Les troupeaux sont les simples gens, qu'ils enlèvent au sauveur. Batus est le type de la convoitise et des vices. Les flèches, que Mercure vole à Apollon, sont les remords et le repentir, qui désarment la colère du Seigneur; la lyre, que Mercure donne k Apollon, est la prédication de la foi. Ses sept cordes représentent les sept
articles de U foi , les sept saoremeDts et les sept vertos d^ cerasiresaux docteurs de la foi. La houlette, que Mercore reçoit, est la crosse que Die» remit à saint Pierre pour lui et pour la trausmettre à ses successeurs.
Comment Mercwrku ama Her» te belle : ey décrit Ovide
la maiton d'Envie. -* L'auteur voit ici 4nii8toire de Gécrops,
seigneur Égyptien. 11 quilla son pays quand la colère de Dieu
Taffligea des dix plaies, et vint en Grèce fonder Athènes. Mercure,
fils de Jupiter, roi de Crète , épousa sa fille Herse. Sa fille ainée
Agaros en mourut d'envie. Si l'on a dit que Gécrops fut changé
en cheval , c*est que ce prince était leste , fier et courageux.
Sa fuite d'Egypte est l'emblème de la vertu , qui évite le vice.
Athènes, qu'il fonda, est la ville de la sagesse ; elle est l'image
de la vertu et de la gloire céleste. Les trois filles de Gécrops
représentent trois périodes de la vie. L'ainée est l'image des
vices et des passions qui mattrisèrent l'homme : Herse est celui de
son repentir; la jeune sœur représente la pénitence, qui lai
vaut le pardon de Dieu. Mercure est l'éloquence des prédicateurs,
le savoir des pères de l'église. Herse figure l'âme religieuse et
repentante , qui aime les bonnes doctrines. — La toilette galante de
Mercure n'est qu'une allégorie. La rose qui le pare, c'est la
pénitence : la violette est l'humilité , le lys la virginité , le souci
la foi t le coquet chapeau , qui retient sa chevelure , est la lutte
de l'âme contre la folie et le luxe , la ceinture d'or la pore
vérité , l'agrafTe la force et la valeur , l'aumosnière la charité,
la chaussure la netteté d'une bonne conscience, la robe les
vâtements des noces du paradis. A cette occasion , le poète
écrit une satyre contre les mauvais docteurs. Il compare
Pallas à la sagesse divine, le palais de l'envie au cœur déchiré
par les vices , Herse k l'égliso catholique , et Aglaros au
paganisme et à la synagogue.
Comment DanaiU maria ses 89 filles au» 89 fils d'Egistus son frère. — La haine des deux frères est l'antagonisme de l'âme et do corps. Les fils do l'âme sont les ftons principes. Les filles du corps sont les mauvaises passions. L'âme oifte ses fils au corps. Les filles de celui-ci les anéantissent. Ypermenestre joue le rôle des bonnes pratiques, qui parviennent li sauver lime. Le supplice des DanaYdes est la vie avec ses soucis , ses remords et ses tourments sans fin.
Bisioire de Jupiter et de Europa, fille Àgénor, roi de Sy^ doine. — Cette ftible est encore empruntée h l'histoire de Crète. Jupiter enleva une princesse nommée Europe, â l'aide d'un vaisseau k la tête duquel était représenté un taureau. — La métamorphose de Jupiter nous rappelle le Christ, qui se fit
homme pour nous laaver, et se laissa conduire à ta mort, cémme ie bœuf qu'on mène à la boucherie ; après son supplice , il redevient Dieu et remonte au ciel eomme Jupiter.
TROISIÈME LIVRB.
Comment Cadmus fonda Tkèbes. — Cadmus est un homme <1e savoir: ses compaignons , gens ignorants, vont quérir sapience h la fontaine de clergie : leurs efforts sont vains et la science ne leur appartiendra pas. Le serpent est Temblôme d^ Pétude et de la science : Cadmus le dompte et s*empare de la fontaine de clergie. Les trois têtes du monstre représentent les trois arts libéraux. Ses dents sont les éléments du savoir que Cadmus répand sur la terre. Les cinq guerriers, qui survivent au combat , que se livrent les hommes issus des dents du monstre , sont évidemment les cinq voyelles : et la ville de Thèbes, qu'ils élèvent» est le culte catholique , qui a pour base la science. ^
Comment Àcthéon fut mué en cerf. — Cette histoire doit être celle de quelque chasseur, qui aura sacrifié à cette passion sa fortune et sa vie : ce qui prouve que la vénerie ne mène qu'à la misère et au malheur. — Diane représente le Père étemel , qui daigne faire de son fils un homme. Les juifs qui le crucifient sont représentés dans cette allégorie par les chiens, qui déchirèrent Âctéon.
Comment Junon déçut en guise de vielote Sémelé , fUle Cadmus. — Junon représente ici la fragilité humaine : Sémelé est la dissolution , la cupidité et la gourmandise qui tuent l'homme. Cette fable a pour base diverses traditions historiques, mattresse de Jupiter, roi de Crète, Sémelé eu eut un fils nommé, suivant les uns Lacédémon et fondateur de Lacédémon, et suivant les autres Bacchus. Ge dernier quitta l'Egypte lorsque les dix plaies la désolaient, tint en Grèce et fut reçu comme un Dieu. Il fonda Aigos , et dans les Indes qu'il conquit, la cité de Nise. C'est loi qui planta la vigne. — An point de vue allégorique , Sémelé est l'Ime éprise de Tamovr de Dieu. Elle doit se défier des faux prophètes et attendre la venue du Seigneur, qui la sauvera «t lui donnera la vie étemelle, ai elle la mérite par son amour et sa foi.
Jupiter soutient que la femme est plus luxurieuse que Thomme» Naturellement Junon prétend le contraire ; on s'en rapporte au 4levin Tirésiaa. Il donne gain de cause k Jupin. — L'auteur
voit dans Tirésias le Saint-Esprit ; la mission des apôtres el la conversion des infldèles. Quant à la loxore , elle signifie ici Tarnoor de Dieu '- les femmes le ressentent plus vivement que les hommes.
De NareiiUi, — Echo doit être ouT-dire,qui se joue des hommes : Junon, est le monde, qui épie les défonts d*autnii et que trompent les hypocrites. — Echo est encore la bonne renommée due aux œuvres vertueuses. Narcisse est le vrai mérite digne d*un bon renom : mais il le perd par sa vanité. Ovide inventa cette histoire pour trouver une étymologie aux noms d*une fleur , de la fontaine de Narcysi , de la ville de Narcys. Ce récit prouve la vanité des biens de ce monde , qui passent comme la fleur des champs. La fontaine est Temblême du siècle perfide.
Comment Venthéus eêchami le devin, qui nouvelle» U diei de ta mort. H^ftioire de Bacue. — Yitry voit dans le culte de Bacchus le triomphe de la luxure, qui mène au crime. Penthée est la sagesse et la religion , toutes deux ennemies des vices qui les déchirent. — Tirésias , à un autre point de vue , représente les saints prophètes annonçant le Messie , et menaçant de malheurs quiconque ne croira pas en lui. Le Messie c'est Bacchus : Penthée » dans cette hypothèse , joue le rôle des juifs et de Judas.