‹ Les œuvresChapitre 116 sur 149 · A MADAME *'\ LETTRE XXIV · texte numérisé non relu

A MADAME *'\ LETTRE XXIV

'ous sçauez vous deffendre de si bonne grâce, que ie ne feindray 5 de vous accuser: et si d'aduenture jusqu'icy ie l'ai fait injusteit, vous ne deuez pas vous en plaindre, ni moy m'en repentir; jque cela a fait naistre vn si bel effet; et qu'il vous en est reuenu ; de gloire, et à moy tant de contentement. le fus rauy hier. nd ie vis vue page et demie escrite de vostre main. le ne me souis pas d'avoir iamais esté si content , ni d'auoir veu tant de es choses ensembU» : et pour vous dire lo vray, la plus f^rando T. ' \o

eM N0VVELLE6 LETtlIBS

marque que ie voye en. vous de n'estre pas coupalde , c'est d^A^^ que vous traittez si doucement v^s-ftccusateurs; et que ton f tant de bien à ceux qui ont dit tant de mal de vous. La i ce que vous m'auez escrit pourroit justifier la plus mmineb| sonne du monde : et l'innocence mesme ne ^me aembieroit i belle^ ni si aymable, que la deffense quQ vous doDim à ml Aptes cela^ vous pourrez Caire prendre à ma créance tel pii^| votas plaira. Car tant que vous parlerez ainsi, ce ne sera ] rite qui sera la plus forte chose du monde; et voatre 1 estera cette qualité. le remets donc toutes mes opinions i muns. Celles que ie tenois les plus vrayes, me semUenott injustes, » vous ne les approuuez pas. le croiray^ si vous' que vostre Religion est meilleure que la mienne; queleltfl}| point de plus fldelles sujets^ que ceux de la Rochdie; qu'il i plus expédient, pour le bien de TEstat^ d'abattre hÇiti Mets, que le Bastion de l'Ëuangile ; et que mon afTectioa ifcjj gueres plus grande que la vostre. Bfais ie croiray ton8iours,(li| quand vous ne le voudriez jpas, que vous n'auez pas an monde i tre pareille ; et qu'on ne vous sçauroit assez aymer« Adieu.

A MADAME ***

LETTRE XXV

Vous ne fisles ianiais vne si bonne letlre que la dernière qucj'iy recenë de vous : et ce qui m'a cmpesché d y respondre pluslost; c'est que j'ay employé à la lire tout le loisir que j'ay eu depuis. Eircore ne m'en puis-je lasser, tant j'y trouue de gentillesses de toM costez. Sans mentir, ie ne voudrois pas n'auoir point esté absenl de vous à l'heure que vous Tauez escrite. Car cela m^eust erapes^ ché de receuoir ce contentement : et ie doute si vostre présence .m'en eust pu donner vn plus grand. Ce Garesme-prenant, que vouî dites que vous espérez après Pasques, m'a beaucoup plus resioû] que celuy qui est passé : et sur la fin, vous me reprochez si doun* ment ma négligence, et vous ajoustez si à propos, faymemn-^ ' dire comme vous, mandez-moy ce quil coustera; que ie ne croy pa que vous ayez iamais rien dit de si bonne grâce. M'** ( pardonnei moy si ie vous le dis) mais il falloit que vous fussiez en bonne hu meur : et en vérité, vous me faites bien glorieux, de me dire, qu

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rencontrons en nos pensées; puis que vous rencontrez si ostres. Mais puis que cela est, vous n'en eusles que de ces iours passez; et vous ne vous estes entretenue que maginations. Car pour raoy, il y a long-temps que ie n'ay ennes en vn estât si plein de repos^ et de tranquillité ; et re dire, de contentement. Peut-estre, qu'en la fortune où ne sied mal de parler ainsi^ et que ie ne deurois estre caien de tout cela, puis que ie ne vous voy point. Mais oy, sll vous plaist : ie n'ay pu m'empescher d'estre cons au(Mr receu vostre dernière lettre. Et de plus, j'ay veu itre iours vn homme qui m'a dit tant de bien de vous, que [nps ie ne sçaurois estre triste. Ce fui Monsieur ***♦♦♦ afln sçachiez à qui nous auons cette obligation. Il me parla îs de vostre esprit, de vostre douceur, et de tout ce qui ible en vous : et me dist en suite, que vous estiez la plus ique du monde. Fauouê que cette dernière qualité me le moins autant, que pas vne des autres : et que cela me le cœur plus doucement, que toutes les louanges qu'il données. Il me descriuoît si bien vos resueries, et Tînque vous auez pour toutes choses ; que, sans mentir, le fendit de pitié : et neantmoins, pour rien du monde, ie ulu que vous eussiez esté moins triste. Voila de merueiltradictions : et si vous n'estiez frappée de la mesme maîeluy qui vous les escrit; à peine les pourriez-vous croire. e et la joye me possedoient également : et celuy qui par- , en eût veû sans doute quelque chose. Mais elles estoient X si meslées en mon visage, que ni Tvne ni l'autre n'es- )nnoissables. Aussi, sans s'aperceuoir du trouble qu'il moy, il me reprochoit que ie ne vous aymois pas assez ; l'estimois pas selon son prix vne affection si parfaite que Il me déplut de le voir si peu iudicieux: et deslors j'eus ne se fust trompé en jugeant de vostre passion, puisqu'il nal reconnoistre la mienne. Car ayant dit tant de bien de alloit de mon interest d'auoir bonne opinion de son juge, eusse bien vouluen auoirde meilleures marqucs.Mais cela s estrange? ie sçauois mieux que luy tout ce qu'il disoit Bsprit, et de vos humeurs; et ie ne croy pas qu'il y ait u monde, qui vous sçache mieux connoistre, ni plus esnoy : et pourtant, toutes les fois qu'il vous loûoit, comme appris quelque nouueauté, ou s'il m'eust dit quelque ie n^eusse point sçeuë, j'estois ravy de joye; et cet eu-

m NUVVELLËS LETIRES

tretien m'a donné tant de contentement^ que ie doute à le tosIr mesme m'a iamais edté plus agréable. Parmy tous ces plaîflii,a n'ay eu qu'vn dépit, çne vous m'ayez auerty d'vne chose, qn b pen8(MS faire, sans que vous y songeassiez; et que j'ayeestépri- 1^ uenu de vous au dessein que j'auois. Et en venté, vous aiieitR| d'impatience; et vous me deuiez donner encore vn peu de fenfii Car ie veux mourir si ie n'y songeois : et ie ne tous puis dire le 16gret que j'ay, que vous m'en ayez parlé la première. Mais ne m faschez point de n'auoir pas eu plùtost mon portrait. Car auribioi les premiers mois de cette absence m'auoiènt tellement diaog^ que vous ne m'auriez pas reconnu : et ie differôis à tous l'eDoojcr, jusqu'à ce que l'espérance de vous reudr, ni'eust rendu le viaÉ|i que vous m'auez veû autrefois auprès de vous. Mais il sera Imloit temps d'y commencer. Au moins, ie voy que les beaux ioms r hastent de retourner : et cela me fait croire que les miens reiMdront aussi. Car j'espère que le Printemps, en rendant à tout b Monde ce que le froid auoit caché de beau, me redonnera le moja de vous voir ; et que ie sentiray en yôstre sein les premières wlettes qu'il fera naistre..Les autres fois, il h'auoit accoustuinédenùenir pour moy, qu'en Automne; et mon hyver duroit tonâoni jusqu'en Aoust. Mais cette sxitïée, comme il a esté plus doux ponr tous les autres, ie pense qu'il sera moins long pour moy. Nous verrons reuerdir ensemble les palissades de la Tuillerie, où nous nous sommes promenez six mois auparauant : et le premier Rossignol que vous entendrez chanter, vous auertira de ma venue. Que celte pensée m'en donne de belles ! et que j'ay de regret de vous quitter si-tost là-dessus ! Mais il faut que ie ferme ce discours, et ma lettre; et que ie reserue quelque chose à vous conter en ce temps-là. Et pourtant, quand ie n'aurois rien à vous dire, ie ne laisserois pas d'auoir dequoy vous entretenir long-temps. Songez, M***, comment cela se peut entendre : et receuez quand-et-quand , mille baisers que ie vous donne en vous disant. Adieu.

A MADAME LA MARQVISE DE RAMBOVILLCT.

LETTRE XXVI

Madame, Vous m'auez appris en trois lignes tout ce que ie désirois savoir,

DE MONSIEVR DE VOITVUE. tiSKI

t si vous ne m'auez escrit une grande lettre, au moins vous m'auez fiandé de grandes nouuelles. Selon la briéneté du style et l'imporance des matières, il me sembla d^abord que c'estoit une LacédéaoDÎenne quim'escriuoit^ et la mère de Brasidas auroit^ sans doute, scrit de la sorte^ si elle auoit eu à parler de maistre Martin^ ou à lire quelque chose des religieuses d^Hierre. Sans mentir^ il faut .vouer que vous estes merueilleuse en tout ce que vous faites! vous le vous contentez pas de posséder les vertus solides de ces dames lomaines qui estoyent Thonneur de leur république; vous y voulez îïicore aiouster les grâces de tous les autres païs. Et quoyque vous le bougiez quasy iamàis de vostre cabinet^ il semble que vous 'oyagez tous les iours par tout le monde, pour y apprendre ce qui l'y pratique de plus louable, et de plus digne d'estre imité, l'eusse seulement désiré, Madame, que vous m'eussiez dit quelque chose ies potages, et si ces plats de Tentre-mets que nous ouïmes un soir prononcer s! barbarement ont esté mieux exécutez , qu'ils ne furent [eus par M. de Chaueroche. Vue chose d'vne si grande instruction inéritoit bien possible d'estre traittée plus amplement, et il seroit à désirer, pour la satisfaction des honnestes gens, que mademoiselle Paulet, qui n'escrit pas tant à la laconique que vous, eût entrepris la description de toute cette affaire. Cependant ie nie resiouis de ce que maistre Martin a dégagé si glorieusement sa parole et la mienne. le vous suppli^rès-humblement de le reconnoistre, autant que son affection et sa capacité le méritent, et de luy donner dans vostre esprit une place tout auprès d'Alexandre, le ne scay , Madame, si ie puis prétendre d'estre mis auec ces deux grands homuies, mais si vous me faites cet honneur^ ce sera vue grâce que ie tiendray purement de vostre bonté, et qui m'obligera sur toutes choses, à estre toute ma vie,

Madame, Vostre, etc.

Madame, si vousn*aymez M. vostre mary l>eau('oup moins que de coustume, vous ne serez pas fâchée que i(; Tasseure icy que ie suis son très humble et très otn^'issant serviteur; ie ne me sraurois pa^ empescher aussi de dire à M. de Chaudeboune que personne ne l'honore, et ne le respecte plus que moy, et sans mentir, il y a quelques heures au iour où ie doute si ie vous ayme plus que luy. le me resiouis extrêmement de Tadvi^ que Ton a donné à M. de \ an- ^^elas. Il est bien raisonnable qu'ayant ius(]ues icy converti <n aii* tontes les choses qu'il a fonunr'mws. il ronvrMliss*- à celte jicnn-

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Tair en quelque chose. Hé ! Madame, au pauure pourceau, dites- 1

luy s'il vous plaist un compliment pour moy.

A MADAME LA MARQVISE DE SABLÉ

LETTRE XXVII

Madame,

Les précautions auec lesquelles vous priez Mademoiselle de Ghi* lais de me parler de vostre affaire, m'ont semblé estre d'une personne peu judicieuse et peu généreuse; car vous auez mal jugé de mon cœur, et vous me deuez faire présumer que vous ne vous résoudriez pas aisément à me faire vn plaisir important, puisque vous auez tant de peine k demander de moy un si léger seruice. Sur nu part de paradis, j'aurois fait pour maistre Jean ce que vous auezeo peur que ie vous refusasse, et quand ce scroit ma vie que voos eussiez désirée, c^eût esté encore la demander auec trop de façon que de la demander de la sorte. le suis bien marry que vous, qui vous vantez dans la mesme lettre d'auoir vn bonheur particulier pour connoistre les cœurs, connoissiez si mal le mien, et que vous soyez si loin d'imaginer jusques où va mon affection pour vostre service. Mais, ce dites vous, il y a dès personnes. le vous avoue, Madame, que ie ne croyois pas qu^il pût arriver que vous parlassiez jamais de moy en ces termes-là ; et sans mentir, il ne se peut rien dtplus offensant. Pour vous dire le vray, toute cette procédure iii«' semble étrange, et d'vne autre que de vous; et ie m'étonne qur cela soit arrivé à vue personne qui a tant de jugement dans toute> les autres choses, et en laquelle je puis dire que ie n'auois rienveu jusqu'à cette heure qui pût déplaire. Ne trouuez pas, s'il vou> plaist, Madame, que ie sois trop rude, ni que j'écriue du stile de Madame de Querueno. Considérez le sujet que i'ay de me plaindre, et si vous voulez que mon ressentiment passe , trouuez bon que ie m'en sois déchargé le cœur. le fus hier voir Monsieur d^lrval (li. qui est celuy que vous appelez Monsieur d'Avaux, et qui est surintendant des affaires de Monsieur de Mantoiie ; ie ne pus parler

(1) G'étoit le frère cadet du comte d'Avaux.

DE MONSIEVU DE VOITVRE. 631

pour ce qu'il estoit malade, le fus trouuer de là vn nommé Lir Pépin, qui est intendant de la mesme maison, fort enet fort de mes amis; ie luy dis que Ton m'auoit donné auis chose touchant la pairrie du Maine. Il me dit qu'il y auoit Tips qu'il le scauqit, et qu'il croyoit y auoîr remédié. le luy ' iay comment? il me répondit : En remontrant à Monsieur de et à Monsieur le garde-des-sceanx l'injustice que ce seroit, s ne sçauroient venir à bout de cela, pour ce que ce seroit >er toutes choses, et que nous nous opposerions partout à la tion de Tédit par lequel on voudroit faire passer cela. Et, en le dit-il, ie crois que c'est vue chose qu'ils ne sçauroient faire, est que leroy y voulût à tout^ force employer toute son au- , et qu'il ne craignoit point que cela se fît; que toutes les > estoyent vérifiées au parlement; qu'ainsi il ne consentiroit à la vérification; que quand bien mesme le grand conseil oit redit, ils ne laisseroyent pas de porter tousiours les apleurs paiiTies au parlement, qui les receuroit tousiours pour st qu^il a à les conseruer. Il ajousta qu'ils auoyent donné un re à Monsieur le garde-des-sceaux, par lequel ils luy montrent lirant quelque chose des justices des bailliages prochains de et des lieux circonuoisins, ils pourroyent faire la mesme «ans toucher à la pairrie du Maine. le luy demanday si dans noire Boisdauphin y estoit. Il me dît que non. Et Sablé, luy Pour Sablé, cedit-fl, ie n'en sçay rien; et après y auoir vn usé : Ouy, ie crois que Sablé y est; ouy, il y est. Mais, luy ay-je, c'est viie pairrie. Il me dit qu'il ne le sçauoit pas. le là-dessus que i'estois extrêmement seruiteur de Madame la se de Sablé; que ie serois bien fâché que l'on luy fît tort en [ue ie luy allois escrire pour luy en donner auis, et quel cheme conseilloil de vous faire prendre pour empêcher cela, mesme, me dit-il, que nous auons tenu, crier, faire du bruit, à Monsieur le Cardinal , à Monsieur de Bulion et au garde- ;aux. Il me dit que le garde-des-sceaux n'en auoit point Voilà, Madame, tout ce que* j'ay à vous dire sur cela ; si à R il faut faire quelque autre chose, et beaucoup plus difficile, uidez-le-moy auec authorité, si vous voulez que j'oublie le jue vous m'auez fait ; et croyez que ie ne suis point de ces nés qui ont peine à parler, à escrire, ou à faire quelque chose eruir leurs amis. Que cette affaire, au reste, vous confirme résolution de venir icy, et vous fasse voir qu'il est tousiours 'eslre à Paris pour mille rencontres. le voils remercie très-

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hnniblement, Madame, de vos melons, que ie reçus hier, et qui sont bien meilleurs que les autres. Mais îe ne suis pas à cette heure en humeur de faire des remercîments ; et tout ce que ie puis faire, c'est d'asseurer Armande et sa secrétaire, que îe les aime de iour en iour dauantagé, et que ie ne souhaite rien tant que de les voir. Néantmoins, Madame, au milieu de tout mon mécontentement, ie ne puis acheuer cette lettre sans vous dire que jamais personne au monde ne vous respectera, ne vous estimera, ne vous aymera tant que moy.

A 3IADEM0ISELLE DE RAMBOVILLET.

LKTTRE XXVIII.

Mademoiselle^

Monsieur est pei*du, et tous ses gens, d'vne perte, à mon auis, infaillible et certaine. Voyez en quel estât doit estre mone^t^ et

si ie ne suis pas le plus malheureux homme du monde. Peussc (piilté la fortune de toutes choses, si elle m^eust laissé entière la ioye de retourner vous voir, et elle l'est venu troubler par la plus estrange et la plus funeste auenturc qui pouuoit arriuer. La seule imagination du plaisir de reuenir m'auoit fait résister à toutes les incommoditez de ce voyage, et après cela, il faut que ie retourna l)eaucoup plus triste que ie ne suis venu. A cette affliction, Mademoiselle, ie ne voy aucune consolation, de quelque costé que ie me tourne, car l'honneur de vostre amitié, qui me pourroit consoler de tous les autres malheurs, est ce qui me rend celui-cy plus sensible, et ie ne puis me résoudre à vue infortune par laquelle ie suis menacé de passer le reste de ma vie sans vous voir. Dans ce déplaisir où ie suis, ie reçois de l'amitié de Monsieur de Ghauigny, toute l'assistance que i'en pouvois attendre, et de grandes assurances que ma fortune n^en sera pas pire. Mais il me semble que ie ne puis honnestement n'estre pas misérable, et ie ne voy pas qu'il y ait pour moy d'autre party à prendre que cehiy qui est le plus ruineux. Nous allons bien vite à Paris, où ie pense, selon que l'on compte icy, que nous serons le 49 ou le 20 de ce mois; de sorte quej 'espère que j'auray bienlost l'honneur de vous voir, et de tant loin que ie jette ma vcuë sur Pauenir, c'est la seule étincelle de

joye que i'y puisse voir.Vous serez estonnée de ce que l*on a découiiert ; nous allons voir d'estranges et pitoyables choses ; Ton en propose à Monsieur de si eslranges à faire, et de si fâcheuses à soufTirir^ que ie crois asseurément qu'il ne receura pas Raccommodement que TonUiy offre, si cela se peut appeler accommodemenL le vous supplie très-humblement, Mademoiselle, ne montrez cette lettre à personne que de chez vous : ayez pitié de moy, et faites- moy l^honneur de croire que ie suis plus cpie personne

Voslre, etc.

A Moulélimart , le 3 luiiiet lëi'i.

A MONSIEVR DE LONtiVElL,

Seigneur de Maisons, Conseiller du Roy en ses Conseils el premier Président en la Cour des Avdes.

LETTRE XXiX.

MoNSIBVfi,

Si j'ay esté quelque temps sans vous escrire, ce n'a pas esté par négligence que j'y ay manqué, car ie n'en puis auoir pour vous, ni manquer en quelque sorte à vn deuoir auquel ie suis si ' obligé. Mais ie n'auois point de nouuelles certaines à vous mander, ayant esté tout ce temps hors de la cour. Monsieur de Ghauigny a fait plusieurs voyages de Monsieur le Cardinal au Roy, et du RoyàMonsieur le Cardinal, dans lesquels ne le pouuant suivre sans grande inconmiodité, par la diligence auec laquelle il alloit, j'ay demeuré quelques iours auec Monsieur son frère à Beziers et à Montpellier. le croy, Monsieur, que vous estes à cette heure aussi bien informé que moi de tout ce qui s'est passé à Narbonne; ie ne laisseray pas pourtant de vous en dire quelques particularitez ; car quand vous les auriez ouï dire, ce que ie vous diray, et ce que ie sçay de bonne part, vous asseurera au moins, que ce que vous aurez ouï dire est vray. Après vue conférence de deux heures, que Monsieur de Ghauigny eust auec lé Roy, le iour qu'il le vint trouuer à Narbonne, où le Roy estoit venu sans autre dessein que de prendre des eaux. Monsieur le Grand entra en grand soupçon, et commença à estre fort estonné. Il fut ce soir-là chez Messieurs deBeaumont, où ayant trouué force monde, il dit à laîné, qu'il y auoit là beaucoup de

ea* NOVVELLES LETTRES

gens qu'il ne conuoissoit pas^ et qu'il le prioit de s'en défaire. Après souper, il fut chez vn gentilhomme qui estoit à luy^ nommé Sioujac^ qui a esté arresté et remis en liberté : estant-là^ il donna charge à vn autre gentilhomme des siens^ d'aller voir si les portes de la ville estoient fermées. Ce gentilhomme au lieu d'y aller, se cou tenta d'y envoyer vn laquais, qui lui vint dire qu'eUes Festoient; ce qui néantmoins n'estoit pas vray ; car les portes de Narbonne, qui tous les iours se fermoient à huict heures du soir, ne se fermèrent ce iour là qu'à neuf heures et demie, à cause des trains qui arrivoyent, et pour lesquels on les 'fit retarder. Il estoit neuf heures quand Monsieur le Grand enuoya, et elles ne furent fermées qu'vne demy-heure après. Voyant cela, il se résolut de coucher hors du logis du Roy, et enuoya sur les dix heures du soir vn des siens couuert du manteau qu'il auoit porté ce iour-là, lequel passa dans la salfe des gardes, et vn autre qui suruint, dit aux gardes qui estoyent demy-endormis : Messieurs, voilà Monsieur le Grand qui passe. On creut donc qu'il estoit retiré, et on le vint déclarer au Roy, qui enuoya en sa chambre voir ce quMl faisoit. Ses gens dirent qu'il estoit couché et qu'il dormoit. Sur les onze heures. Monsieur de Charost y fut pour l'arrester : mais ayant tiré les rideaux du lit, il ne trouua personne, et sceut^ après avoir cherché partout, qu'il n'y estoit pas. On creut donc qu'il s'étoit sauvé ; néantmoins, ayant enuoyé à l'écurie, et ayant trouué tous ses cheuaux, et ayant sceu aussi que Monsieur de Thou estoit dans Narbonne, on iugea fju'il n'estoit pas hors de la ville. On enuoya aussitost commander au lieutenant de Roy dans Narbonne, de ne faire ouurir les portes pour qui que ce lut, et de faire faire des rondes toute la nuit siii les nmrailles. Cependant, Monsieur le Grand auoit esté mené par Sioujac dans vn logis où il y auoit deux belles filles soeurs, qui n ont pas réputation d'estrefort chastes, et auecrvne desquelles quelques vus disent qu'il auoit couché quelques iours deuant. Estant là seul. il se fit debotter et coucha tout habillé sur le lit. Le lendemain; on enuoya par toutes les maisons faire commandement sur peine de leze-majesté et de la vie, aux maistres des logis, de déclarer ceux qui estoyent logez chez eux. Les filles pour cela, ne dirent rien estant seules; mais leur oncle, qui estoit aux champs, revint ce iour-là, par grand malheur pour Monsieur le Grand, et ayant seen quil estoit ciiez luy (car il le connoissoit), le fit dire au lieutenant; qui y vint aussitost ; et ayant trouvé Monsieur le Grand fort troublé, et auec un visage, à ce qu'il dit si changé, qu'à peine estoit-il reconnoissable, il luy dit qu'il auoit charge de l'arrester. Monsieur le

DE MONSIEVH DE VOITVRE. 635

Grand luy demanda à voir son ordre; il luy dit qu'il n'aaoit point d'autre ordre que eeluy qu'il auoit receu de la bouche du Roy. Monsieur le Grand luy demanda, si le Roy lui auoil commandé luymesme. Sur quoi ayant respondu qu'oui ; le Roy, dit Monsieur le Grande a bien fait, et vous faites bien de lui obeïr. Le monde dit icy, qu'en disant ces paroles, il se prit à pleurer ; mais Monsieur de Ghauigny à qui j'ay demandé si cela estoit vray, m'a dit que le lieutenant ne le luy auoit point dit. H arriua auant-hier dans la citadelle de Montpellier, où il est gardé par Céton. Selon que j'en ay ouy parler, ie juge, et sur des conjectures bien raisonnables et quasi asseurées, que Ton croit icy qu'il auoit des desseins bien hardis et bien meschants ; et j'ay peur qu'il se trouuera d'autres gens enveloppez dans son malheur. le croy que nous pourrons bienlost prendre le chemin de Paris où j'ay une extrême impatience d'estre.

Depuis auoir escrit cette lettre, j'ay veu icy, à Monfrein celuy qui arresta Monsieur le Grand, qui m'a dit, que le lendemain qu'il le fut voir, il se donna deux cens coups dans le visage et sur l'estomac, en sa présence, de sorte qu'il en vomit le sang.

METAMORPHOSES

METAMORPHOSE DE LVCîNE EN ROSE.

POVR MADAME LA MARQYISE DE RAMBOVILLET.

Dans l'enclos des sept montagnes, qui ont si long-temps fait trembler tonte la Terre : njisqnit vne Nymphe, dont le Soleil fut amoureux, et que les Dieux et les hommes aymerent également. Elle eut vu corpsjoible, mais parfaitement beau, vne sagesse diuine, et vne conduite merueillense. Venus, qui iuy voulut mal , à cause ije sa beauté, et pource qu'elle jugeoit estre moins honorée d'elle, que les autres Déesses, entreprit sur sa vie. Mais Phebus là sauua , la changeant en vne Fleur, qui est encore aujourd'huy, comme elle, la plus belle, et la plus délicate de toutes les cJioses créées. Le Ciel , et la Terre se resioûissent de la voir. Elle est le Soleil des fleurs , comme elle l'estoit autrefois des beautez. Elle porte la liurée de la Pudeur, et de la Chasteté ; et s'est reseniée cette propriété^ qu'encore aujourd'huy elle met en tonne odeur, toutes celles qu'elle accompagne. Non plus qu'autrefois, elle ne désire pas qu'on Papproclie. Elle s'arme d'espines, pour s'en défendre : et il est aisé à juger qu'elle n'ayme pas qu'on la touche. Elle se tient enfermée les trois parts de l'année. L'extrême chaud, et l'exti'éme froid la blessent. Et Ton ne la voit paroistre qu!au Printemps.

«3g MËTAIiOIlPBOSES

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