‹ Les œuvresChapitre 118 sur 149 · DÉDIÉE AV BARON DE SALLES · texte numérisé non relu

DÉDIÉE AV BARON DE SALLES

Dans vne des principales villes des Orcades, qui sont situées en la mer Germanique, proche le royaume d'Ecosse, nasquit autresfois une^ nymphe d'vne forme et d'vn esprit fort extraordinaire ; mais d'un naturel si doux qu^elle ne laissa pas d'estre chèrement ajrmée de ses parents. Son père qui n'auoit qu'elle, l'éleua auec vn si extrême soin, qu'il la rendit accomplie en beaucoup de choses, et par ce que la musique estoit sa principale passion, il désira que Dintonide, qui est le nom de la nymphe, s'estudiât particulièrement en cette science. En moins de rien elle s'y rendit si sauante, que les grâces que la nature luy auoit déniées, furent .récompensées par celles que l'art luy fit acquérir, et les charmes de son lut et de sa voix ne la rendirent pas moins puissante sur les bergers de l'îsle, que ses compagnes, dont les beaulez estoient adorées de tous. Plusieurs des principaux en deuinrent amoureux ; mais Dintonide qui auoit résolu de ne se marier iamais, n^en voulut écouter pas vn. Elle menoit vne vie fort tranquille, exempte de toute sorte de passion, lorsque sajnauuaise.fôrtynçji^^ en son isie, vn certain philosophe^ lequel pours'estreétudiédès son enfance, à mépriser los choses de la terre, s'adonna si fort à la contemplation des célestes, que mesme il deuint amoureux de la lune, ne jugeant rien qu'elle digne de posséder son cœur. Il sortit de son pays par dépit de cf» qu'elle n'estoit pas la principale diuinité qui y estoit adorée, et fu^ vint habituer dans l'isle où elle Testoil pour lors comme dans le reste de l'Ecosse par dessus toute autre. La grande connoissance que le philosophe Erasle eut de la nymphe Dintonide durant son

im METAMORPHOSES

st'iour dans l'isle, liiy fit changer Topinion qu'il auoit eue iusqu'alors que rien de mortel n^estoit digne de ses désirs^ — mais Ton peut rendre ce témoignage à la fidélité d'Eraste, qu'en ce rencontre Seulement sa constance fut ébranlée, mais elle ne fut iamais vaincue. Car se repentant aussitost de Taffection qu'il auoit témoignée à la nymphe, il publia partout que c'estoit sans autre dessein, que celuy auquel la ciuilité Tobligeoit enuers foutes les femmes. Gela estant sceu de la nymphe, elle en pensa- mourir de regret. L'esprit d'Eraste auoit tant de rapport auec le sien, et les soins qu'il auoit pris de luy persuader sa passion auoient obligé Dintonide, qui auoit résisté iusque-là a tous ses amants, d estre sensible à son amour. Mais las ! elle le fut bien dauantage à son mépris, car laissant tous ses diuertissements ordinaires, elle se couurit la teste d'vn voile noir, et se renferma dans son logis, sans vouloir iamais voir personne. Elle sort oit seulement les nuicts pour aller faire ses plaintes aux rochers et aux bois, ne pouuant prendre cette confiance aux hommes, puisque c'estoit leur infidélité dont elle se vouloit plaindre. Entin vne nuict son désespoir fut tel, que voyant paroistre la lune, qu'elle n'auoit point veuë depuis son malheur, et se souuenant que c'estoit de peur de Toffenser qu'Erastel'auoit quittée, elle luy dit mille iniuresdont la déesse se sentant offensée, se résolut de la changer en vn oyseau, que Ton a appelé depuis chauue-souris, et pour mai- (jne (le plus grande punition, elle voulut qu elle demeurât comioissahle, de sorte que son visage et sa coiffure conseru an t leur forme ordinaire; les bouts de son voile qui pendoyent sur ses épaules, se firent comme deux ailes, et le reste de son corps se rappetissa si fort, que la malheureuse Dintonide se vit au mesme instant élevée de terre malgré elle. Les bois ne furent point sa retraite, comme aux autres oyscaux, mais fuyant le monde et le iour, selon son ordinaire, elle se cacha dans les maisons les plus désertes, et l'on ne la \it iamais paroislre que la nuict. Tous les habitants du pays prenoient sa rencontre pour un signe de malheur, tant ils auoycnteii horreur la hardiesse qu'elle auoit eue de déplaire à leur déesse, h' pauvre Eraste, ce creiirent quelques vns, plaignit son auenture, mais il ne l'osa iamais faire paroistre, tant il estoit respectueux aux volontés de sa maistivssr.

(iarde/ le secret au tnuhu tcur, ou il vous promet de vous faire jmsscr pour aiilhcur.

DE MONSIEVR DE VOÏTVRH. iU\

METAMORPHOSE 1)V SAGE ICAS EN PERROQVET.

Il y eut autres fois dans la cour du roy Lisuart^ vn ieune cheualier à qui la nature auoit esté si prodigue de ses grâces^ qu'il estoit Tobjet de î'enuie et de Tadmiration de chacun. 'Jl faisoit toutes les choses d'vne façon si agréable^ il se conduisoit avec tant de prudence auprès du prince^ qu'il act[uit le nom du sage Icas^ du consentement de tout le monde. Outre, les disciplines qui sont nécessaires à vn homme de guerre, il s'estoit adonné aux autres sciences, mais il auoit principalement estudié la magie, qui pour lors n'estoit pas diffamée cqmme elle est aujourd'huy. Ses vertus le firent aymer des plus honnestes personnes de la cour, mais il ne put iamais faire compte que de la bien-vueillance du parraict Alcidon, de ^Incomparable Arthénice, et de l'adorable lulie. Le temps qui ne pardonne ni aux temples, ni aux palais des roys, a toutes fois pardonné à ces noms illustres, et les naiades de la Tamise ne se treuuent iamais ensemble qu'elles ne parlent des miracles de leur vie. Hymen qui porte ordinairement vn bandeau sur les yeux, et vne fausse balance dans la main, n'auoit iamais assemblé deux personnes phis dignes l'vne de l'autre . La noblesse de la race d'Alcidon estoit plus vieille que celle des rois. Il auoit donné des prennes de courage durant la guerre et de prudence dans les n^ociationsr où le prince Pauoit employé. Mais ce qui fut le comble de tout son bonheur, il épousa Arthénice, qui fit voir que a beauté et la vertu, la grandeur et la courtoisie, la science et 'humilité ne sont pas des ennemies irréconciliables. Julie fut vn 'es rayons de ce soleil, et elle eut esté la plus accomplie de son ^mps, si elle n'eut point eu de mère. Elle fut Fenuie de ses comagnes, le désespoir de ses amants, et le désir de tous les princes, énus auoit pris le soin de fonner son visage. Minerve s'estoit réspvé celuy de former son cœur. .Depuis, tous les traicts que Taiour y pensa tirer retournèrent contre liiy-mesme,et luy firent des lessures dont il souhaita de pouuoir mourir. Les conquérants vinent des plus froides et des plus éloignées parties du monde [x>ur ny rendre hommage; et tous confessèrent que hi son sexe lui eut erniis de prendre les armes, le monde n'eût |)as esté assez grand ^our son courage et pour ses conquestos. 11 n'y auoit pr>int de lame qui ne vint estudier auprès de ces trois excellentes pcrsonncî» ^our se rendre aymabh*.

643 METAHORPHOBES DE M0N81EVR DE VOITVRE.

Camille qui estoii vefve du prince Esplandian^, y vint un ioi f pour la mauuaise fortune d^Icas^ car il ne put se deflendre de Ta mer. Toute la cour scèut cette passion et s'en étonna^ à cause qi usques 'alors il ne s'estdt montré sensible qu'à la beauté de fortune^ et que Ton Tauoit vu plus soiui^nt à la porte des cabinet qu'aux pieds d'vne piaistresse. Vamour fut luste pour luy, trouua le cœur de Gamilte disposé à receuoir son affection. Ils vi curent long-temps dans une parfaite intelUgeoce, et ils y fusseï tousiours demeures sans laJalQUjrie f|ft rj>mîilft Elle creût qo" eo aynioit vnp autre ou quITne Tayoïoit pas^assez. Elle coromi niqua ses soupçons à sa nourrice^ qui luy donna vue fiole^ {deii d\iie eau qu'elle disoît auoir la puissance de r'enflamer l'amour i celuy au visage duquel on .la jettoit. Mais l'événeinent fut bien coi traire à son dessein ; car cette eau mal-heureuse n'eut pas si-to touché le panure Icas^ qu'il fut transformé en vn oyseau que d'i bord on nomma coquet^ et qui depuis piur corruption de langai est appelle perroquet. 11 estait babillé de verd le ioîir decetétranj changement : cette couleur luy est demeurée sur. ses pluine Comme durant sa vie il auoit tousiours esté captif soit de la fortnn soit de quelque maistresse, il se platt encore aiqourdliuy dans vu cage. Gomme il aymoit fort à parler^ il babille encore tout le Ion du leur; mais il se souuient principalement d'auoir esté amoureux ('>ar il se plaît à répéter les paroles d* amour, et ce sont celles qu' apprend plus aisément : il a mesme pitié des amoureux^ et 1 oi conte de luy, qu'estant dans la chambre de la princesse Orsinthe qui l'auoit voulu auoir, et voyant Lindamis qui n'osoit luy décoiv urir son affection, il dit de luy-mesme : Le perroquet jure que Lindamis ayme Orsinthe plus que la vie.

Camille voyant le mal-heureux effet de sa jalousie, se mouilla le visage du reste de Teau, mais elle fut changée en vue corneille juir vne iuste punition du ciel.

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