‹ Les œuvresChapitre 121 sur 149 · HISTOIRE D'ALCIDALIS ET DE ZELIDE · texte numérisé non relu

HISTOIRE D'ALCIDALIS ET DE ZELIDE

La chambre n'estoit éclairée que d\n flambeau : et la Duchesse estoit au lit auec le peu de lumière, que désirent telles entreprises, et la honte et Pétonnèment d'vrie ieune personne, qui n'y est pas encore accoustumée. Ainsi, quand le Prince eust esté plus en lujmesme, et moins preuenu, à peine eust-il pu connoistre son erreur, et la supercherie que la fortune luy faisoit. D'abord il se mita genoux deuant elle : et ayant commencé à dire quelques paroles qm furent mal prononcées, et plus mal suiuies; il demeura au milieu d» son discours. Le trouble de son esprit, et Pagîtation de tant de passions, le pressèrent de sorte, qu'il ne put continuer : et à demy hof^ de luy mesme, il se laissa tomber la teste sur le lit de la mm Princesse : laquelle aysâit porté la main pour le repousser, il la prit : et reuenant par là en luy-mesme, après Taucir mouillée de beaucoup de larmes, il dit ainsi. Enfin, Zelide, le Ciel a eu vn peu de pitié du misérable Alcidalis : et quelque contraire qu'il me soit, ie luy rends mille gracea, de ce qu'au moins deuant que ie meure, il m'a permis vne fois de vous voir. Ses soupirs interrompirent là son discours. Et comme il le vouloit reprendre , ils entendirent vu grand bruit dans le Palais.: auquel celle qui Fauoit conduit estant sortie , r'enlra toute éperdue, disant que c'estoit le Duc; et qiiH estoit desia dans le quartier de la Duchesse. Ce bon homme, bien loin d^imagi^^r ce qui se passoit dans son Palais, estoit sorty, en dessein d'estre trois iours à la chasse. Mais soit que son amour, ou sa jalousie le r'appelast, ou qu'il creût faire par là vne grande galanterie , et témoigner aion impatience , et son affection à la Duchesse; il estoit reuenu le iour mesme, et deuant toute autre chose accourut à grand haste pour la voir.

Il me déplaist^extrémenfient qu'il soit vêtiu si hors de temps. Car j'eusse esté bien-aise de voir ce que la Duchesse eust respondu dans rétonnement, où vray-semblablement elle estoit, de ce qu'elle venoit d'entendre. le le trouue fort fascheux d'estre arriué en cetle occasion : et si j'eusse fait l'histoire, par dépit , ie l'eusse fait cocu. La Duchesse dans Tétonnement, où elle estoit, de cette «urprise, et de ce qu'elle venoit d'entendre, ne put rien dire. La Dame qui auoit amené le Prince, le reprit par la main : et l'ayant renjené par les mesmes endroits qu'il estoit venu, en vn moment elle le mit à la fenestre; par laquelle, voyant les trahisons que luy faisoit la Fortune, il eut enuie de se précipiter, au lieu de descendre. ****.

Page 1