A MONSIEVR DE PINCHESNE
i suis charmé. Quelques rares que soient ses pensées^ il n'est pas I les chercher bien loin. Il les a trouuées sur les lieux^ et en des IX, où j'ay passé cent fois en ma vie sans y remarquer rien qui Fut commun. Mais c'est, que cet excellent Génie auoit le secret découurir dans le fonds des choses, des veines de marbre^ des les d'or, des carrières de diamans, et en vn mot, des Trésors, il sembloit que les Démons eussent reseruez pour idy , et qu'ils eussent enuiez aux simples mortels. Fentens les Démons des mes et des belles lettres, dont il estoit le confident et le fauory. effet. Monsieur, il falloit bien, qu^l y Qjist de la magie en cela. ;rement, pourquoy et moy et mes confrères les faiseurs de lis, n'eussions-nous pas apperçeu ce qui nous paroist dans ses its, si facile à rencontrer ? Sans doute, son esprit familier, qui ouuroit les yeux et qui luy conduisoit la veuë, détoumoit la tre, et la couuroit de quelques nuages. Vous n'en croirez pourt, Monsieur, que ce qu'il vous plaira : pourueu, que vous vous siez persuader ce que ie demande instamment de vous, qu a la miere édition nouuelle des œuures de Monsieur vostre Oncle, is preniez le soin d'y faire adjouster son Alcidalis. le consens j vous m'en fassiez reproche, si vous n'en receuez de tous costez remercieoiens et des louanges ; et si pour mon droit d'auis, is n'augmentez encore de quelques carats ,ila précieuse amitié it vous honnorez ,
MoNSiEVB, Vostrcyetc,
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MINISTRE D'ESPAGNE (i).
£n cette occasion^ il témoigna^ que toutes les raisons d 'Estât ne pouuoient pas tant sur son esprit^ que celles de la Religion; et qu'il aimoit mieux estre mauuais Politique , que de n'estre pas bon Chrestien. Son intégrité est reconnue mesme de ses ennemis. Il a tousiours esté libéral de son bien, et ménager de celuy du Roy : et, ce qui ne semble pas croyable, ayant disposé de plus de cent cinquante millions, il est aujourd'hui endetté de cinq cens mil escus. Son train, sa dépence, et sa maison, sont comme d'vne personne priuée, aussi-bien que son affabilité, et graîide facilité qu'il y a de luy parler. Les autres qui tiennent vne place pareille à la sienne, fuyent également les amis, et les ennemis : et n'ont pas moins de peur de ceux qui demandât du bien , que de ceux qui pcuuent faire du mal. Pour luy, il ne craint point les vns; et il escoute les autres : et ne pouuant tout accorder; il croit au moins, qu'il doit tout entendre. Pour ce qui est de son esprit, il ne peut, ce me semble, estre mis en doute de personne. Pour en faire imaginer la grandeur, il suffit de dire, qu'il s'estend aux deux bouts du monde, qu'il gouueme en Orient et en Occident, et conduit seul en mesme temps les plus importantes affaires de l'Europe. Pour ee que j'en ay pu connoistre, il est merueilleusement prompt, actif, et pénétrant, subtil, charmant, et agréable, plein de feu, et de lumière. Il parle sa langue : c'est assez pour cela de dire, qu'il s'appelle Guzman : et qu'il est de celte illustre souche qui estoit célèbre en
(1) Le commeucement deffaut à ce Fragment , aussi bien que la tin.
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Espagne deuant qu'il y eut des Roys en Castilïe ; et qui a laissé â cette Natjonj les plus anciens et plus rares exemples qu'elle ait de vertu j et de fidélité. Son Fere Dom Pedro de Guzman , eut en son temps peu ou point de pareils en esprit ^ ou en mérite : et cette louange estoit alors de plus grand poids, qu'elle ne seroit à présent- Ll fut Ambassadeur auprès du Pape^ et en suite^ Yice-Roy de* Sicile; et puis de Naples : et estant de retour à Madrid , il M m dans le Conseil d^Estat ^ qui est en cette Cour le plus haut de^ d'honneur^ et de dignité. Estant à Rome, son fils ** * * de Guzman luy nasquit : lequel, pour eslre le puisné , fut destiné à l'Eglise; fil les premières années de sa jeunesse employées aux estudes. Mais quelque temps après il demeura lé par la mort de son frère;
et par celle de son Père Iieritier qr s .ante mille ducats de reote. Estant ieune, il fut extmmcmi'nt
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-fait de sa personne, grand, homme de cheual de toute lagniiique ; et fut sans doute u'il en fust le plus puissant.
)ix il sérabloîtj que le Gérde t que cette Monarchie, qui grandeur par Charles Quint,
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cv :>u*.^,^.é à peine soua fouippe second, sembloit vouloir décliner sous les autres Roys. Ceux qui ne peuuent iamais estre contens des choses présentes , et qui cherchent tousiours des sujets de plaintes dans la préuoyance de Tauenir, ou dans la coniparaison du passé; regrettent la grandeur et la richesse de la Cour telle qu'elle estoit sous Philippe troisième; et trouuans par tout à cette heure^ moins de lustre^ et de bonheur^ y concluent aussi moins de conduite. Mais il faut considérer^ que ceux qui ont tenu cette place deuant luy, ont tousiaurs gouuerné durapt le calme j. en vu temps où il ne failoit que tendre les voiles, que les choses alloient d'ellesnàesmes, et que les vents ne souffloient que pour faire venir l'or des Indes. L'Allemagne, qui se souuenoit encore de la bataille de l'Elbe, et d*auoir veu l'Aigle de l'Empire auec la foudre de Chârles- Quint; ne pouuoit au plus auoir que de mauuais desseins. Les Hollandois n'imaginoient point encore de plus grand bonheur, que de jouir de la Iréue. L'Angleterre estoit gouuernée par vn Roy vieux, et Philosophe ; la France par vn mineur. Toute l'Europe dormoit en repos, et en silence : et les Ministres d'alors n'estoient occupez qu'à distribuer les trésors du Pérou , et à donner ou refuser des grâces. Geluy-cy au rebours, a tousiours cheminé auec vn vent contraire. Parmy les ténèbres, et lors que le Ciel estoit cou-
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ueri de toutes parts ; il a tenu sa route au milieu des bancs et des écaeils : et durant la tempeste et Forage, il a eu à conduire ce grand vaisseau^ dont la prouê est dans FOcean Atlantique^ et la poupe dans la Mer des Indes. Il a eu à s'opposer en France aux desseins d*vn grand Ministre , haïssant particulièrement les Espa-
' gnols^ habile^ hardy^ et tout-puissant sur l'esprit d'vn Roy ieune, guerrier, et heureux en mesme temps. Du costé du Nord, la For-
« tane a suscité à la maison d'Autriche y Te plus dangereux ennemy qu'elle ait iamais eîi : vn conquérant y en qui la moindre qualité estoit celle de Roy sage et vaillant, pmdent et avantureux, de grande expérience, et de grands desseins; et qui ayant toutes les vertus d'Alexandre, n'auoit pas vn de ses vices, que son ambition. Ainsi cette Monarchie par elle , ou par ses alliez, a eu tout à la fois pour ennemis, les François, et le Duc de Sauoye, les Anglois, les Hollandois, les Protestans d'Allemagne, et le Roy de Suéde; et cela en vn Siècle tres-sterile de grands hommes pour l'Espagne ; et où la iFortune luy estoit plus ennemie que tout le reste. Geluy-^ cy alloit tous les iours de l'Escurial à Madrid auec deux Secrétaires dans son carrosse : et cette personne qui fait mouuoirtant d'Armées, et agir tant de millions d'hommes, n'en a d'ordinaire que trois ou quatre à sa suitte. Il n'y a point d'accompagnement si glorieux que cette solitude. La meilleure preuue de n'auoir point failly, est de ne point craindre. Pour sa conscience, nous sommes obligez particulièrement de la reconnoistre , après la facilité qu'il nous a donnée, à la ruine des Huguenots, et à fa destruction de la Rochelle. Que si les vents ont porté briser contre la coste de Guyenne les Garraques qui se denoient descharger dans Lisbonne ; si les Généraux des flottes les ont laissé prendre toutes entières; et si la Mer en a englouty d'autres ; si le Marquis de Spinola est mort deuant que de prendre Gazai; si les Allemans estans les plus forts, se sont laissez battre à Veillane ; si les chefs des Armées ayans de grands auantages , ont suby des conditions desauantageuses; et si la bonne fortune ou la bonne conduite du Roy de Suéde a gagné la bataille de Lipsic : ce sont des accidens, que le Comte d'Oliuares n'a pu empescher, et qu'il a fallu qu'il ait reparez. Vn des malheurs de ceux qui gouuernent : c'est que , des choses bien-faites, et qui ont vn bon succez , chaque particulier tâche d'en tirer à soy la gloire ; et que celles qui reiississent mal se rejettent toutes sur vn seul. Sa conduite a donné remède à toutes les choses qui en pouuoient receuoir : et si elle n'a pu tout releuer, c'est beaucoup, quelle ait empesché que tout ne tomhAt,
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Quand la Fortune ne s'est point oppo^iée k se^ conseils j et qu elle H laisaé fiùre sa prudence : les bons succez luy sont venus en foule de tous costez. En vne inesnie apnée il conquis! Breda, non seiitement sur les BollandoiSj mais sur tous les Potentats de l'Eui'ûpe. II sauua Gennes, qui estoit à demy Françoise^ et auoit vingt mille François à ses portes. Il lit abandonner Galts aux Angtois, aiiec tant de diligence^ qu'il sembla que l*on ne les eust laissé entrer m l^fipague, que pour auoir le plaisir de les en chasser. Et en mesm fettips^ k Tantr-e bout du Monde^ auec douze mille honameâ il eei> quit le Ui'esil. Ainsi à la fois, il triompha de toute la terre : et eut des victoires , qui pouuoîent rendre toute sa vfe heureuse et illustre, si elles eussent esté départies en ûivfti'^ temps. Le malheur a pfl quelquefotâ ronuerser ses desseins» mais iamais sa constanctf. le luy ay veu receuoir d*vn mesme vilage la nouuelle de la prise de MaslriOj et de la mort du Hoy de Suéde. Et le iour^ que la Fortune en luy ogtant sa fdle luy rauit ses plus chères espérances : il eut la force de donner audience, cl de vacquer aux affaires, U$ sentimens de Père cédèrent au deuoir de Ministre, Il creut qu'il ne luy %toit pas permis d'abandonner aux larmes les yeux qui veilloient pour le bien de l^Estat; et qu'vn Esprit qui auoit à sa charge la moitié du monde ^ ne deuoijt pas estre troublé du malheur dVne fïimille. Son gouucrnement a eu particulièrement le bon-heur de n'auoir point esté taché de sang; et d^auoir esté exempt de proscriptions. Ses soupçons et ses craintes n'ont pas dépeuplé la Cour^ pour remplir les prisons. Le crime de leze-Haesté n'a pas seruy de prétexte à ses vengeances ; et quoy que Ton ait fait^ ou dit contre luy; il n'a iamais reconnu d'autres ennemis que ceux de i'Estat. Mais pource que cet hom^ne seul fait vne grande partie de cette Cour; que son nom est connu de toute l'Europe^ sa personne de peu de gens; et que chacun eu a de différentes impressions^ selon Taffection, la haine ^ ou l'enuie de ceux qui luy en ont fait le rapport : il ne sera j>as mai à propos d'inter* rompre la suite de ce discours, pour dire quelque chose plus particulièrement de luy.
La Fortune a de tout temps accoustumé de prendre bien Iwis ceux qu'elle \eut mettre bien haut : et pour faire mieux connoistre gon pouuoir, elle se plaist à former de rien ses créatures. Elle n'a pas gardé cette règle au choix qu'elle a fait du Comte Duc d'Oliuares, qu'elle trouua desia si haut, qu'à peine l'a-t-elle sçeu éleuer; et que toute sa faneur ne luy a pu donner de tiitre, qui ne se trouuàt desia dans sa maison. Les Maistres des Généalogies, qui
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ont l'art de faire descendre des Roys, ceux qui en sont aimez^ et d'adopter chacun comme il leur plaîst en telle race qu'H veuille choisir; n'ont eu que faire de trauailler pour montrer la grandeur de la sienne ******.