A MONSIEVR DE BALZAC (I
MONSIEYB,
S'il est vray que j'ay iousiours tenu dans vostre mémoire le rang ue vous me dites : vous n^auez pas eu^ ce me semble^ assez de soin e mon contentement^ d'auoir tant tardé à me donner vne si bonn« oouelle; et souffert si long-temps que ie fusse le plus heureux omme du monde sans le sçauoir. Mais peut-estre que vous auez igéy que cette fortune estoit tellement au delà de ce que je deuois sperer : qu'il vous falloit auec loisir chercher des termes pour me 1 rendre croyable; et qu'il estoit besoin que toute la Rhétorique hi employée^ pour me persuader que vous ne m'auiez pas oublié. St certes^ en cela^ au moins, estes-vous bien iuste, que ne voulant Kle donner pour toute l'affection que vous me deuez, que des pa- Dles : vous les auez choisies si riches et si belles, que sans .mentir, ft suis en doute, si les effets valent beaucoup mieux. le croy certailoment que toute autre amitié que la mienne, en seroit bien payée. I me déplaist seulement , que tant d^artifice et d'éloquence ne me Puissent déguiser la vérité : et qu'en cela ie ressemble à vos Berteres, qui sont trop grossières, pour estre trompées par vn habile taame. Mais pardonnez-moy, si ie me détie de cette science, qui peut
(1) Jean-Louis Guez de Balzac, mort à Angouléme le 18 février I6ôû. SlÂtait un des plus beaux esprits de l'hôtel de Rambouillet, et le rival de taare.
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trouuer des louanges pour la Fièvre quarte et pour Néron, etqoe ie connois estre plus puissante en vous, qu'elle ne fut iamais eo personne. Toutes ces gentillesses que j'admire dans vostre Lettre, me sont des prennes de vostre bon esprit^ plustost que de vostre bonne volonté : et de tant de belles choses que vous auez dites i mon auantage, tout ce que j'en puis croire pour me flater; c'est que la Fortune m'ait donné quelque part en vos songes. EncoKie ne sçay si les resveries d'vne ame si releuée que la vostre, ne sont pas trop sérieuses, et trop raisonnables pour descendre josqiA moy : et ie m'estimemy trop fauorablement traitté de vous, si vo» auez seulement songé que vous m'aymiez. Car de m'imagina qœ vous m'ayez gardé quelque place parmy ces grandes pensées, qâ sont occupées à cette heure à faire les partages de la gloire, etl donner recompense à toutes les vertus dû monde : j'ay trop bww opinion de votre esprit, pour m'en persuader cette bassesse; et» ne voudrois pas que vos ennemis eussent cela à vous reprocher, h sçay bien que la seule affection que vous puissiez auoir justemeili est celle que vous vous deuez. Et ce précepte, de se connoistresof mesme, qui est pour tous les autres vne leçon d'humilité ; doit pour vostre regard vn effet tout contraire, et vous oblige de ser tout ce qui est hors de vous. Aussi ie vous jure, que sans tendre aucune part en vostre amitié, ie me fusse contenté que eussiez voulu conseruer auec quelque soin , celle que ie vous ai vouée ; et que vous l'eussiez mise, sinon entre les choses que estimiez, an moins entre celles que vous ne voulez pas p^re.Mtfi pour m'auoir icy laissé auprès de cette belle Riuale , dont vous m parlez, sans mentir, vous n'auez pas esté assez jaloux : et tous hn donnez tant d'auantage, que i'ay quelque raison de croire, que voiP vous estes eiitendu auec elle à me nuire. Et en cela, ce me sembM ie me dois plaindre auec plus de raison que vous, de ce qu'elle s^éi enrichie de vos pertes; et que vous )uy auez laissé gagner ce qoe 0 l>eDsois avoir sauué de sa tyrannie, en le mettant entre vos mais Pour peu de défense que vous eussiez voulu apporter, là meilhirf partie de moy-mesme vous resteroit encore ; et par vostre m0 gence, vous l'auez rendue en son pouuoir : et vousluy auez pend d'auancer tellement ses conquestes sur moy, que quand ie voA aurois donné tout ce qui me reste, vous n'auriez pas la moitié d ce que vous auez perdu. le vous asseure, neantmoins, que d*T autre costé , vous auez regagné en mon estime la mesme place qà Ton vous a ostée en mon affection ; et qu'au même temps que l'a commencé à vous aimer moins, i'ai esté contraint de vous honon
DIl MONSIEVH de VUITVHE. 8.1
uantage. len'ay rien veii de vous depuis vostiv dé|iart , (|ui ne ait semblé au dessus de ce que vous auez iamais fait : et par ces rniers ouurages^ vous auez gagné l'honneur^ d'auoir surmonté cey qui a passé tous les autres. Cependant^ ie trouue estrange^ qu'a- \c tant de raison que vous auez d'estre content^ vous ne le puissiez tre^ et que tous les Grands-hommes estant satisfaits de vous, il n*y t que vous seul qui ne le soyez pas. Aujourd*huy toute la Fraiire >us escoute. Il n'y a plus personne qui sçache lire , à qui vous »yez indifférent. Tous ceux qui sont jaloux de l'honneur de en oyaume^ ne s'informent pas plus de ce que faitMr leMare«chal rie [«quy^ que de ce que vous faites. Et nous auons plus di: deux eneraux d'Armée , qui ne font pas tant de bruit auec trente inille )mmes, que vous en faites dans vostre solitude. Ne vous ej^onriez onc points qu'auecque tant de gloire vous ayez beaucoup d enuie : t souffrez doucement^ que ces mesmes luges, deuant qui Hcipir/u esté criminel, et qui ont condamné Aristide et Socrate , im; voui^ onnent pas tout d\ne voix ce que vous mentez. C'est de tout tefiifib [oe le Peuple a cette coustume, de haïr en autruy les mesiues quaitez qu'il y admire. Tout ce qui est hors de sa règle, l'ofletiit<r^ El il iûufEriroit plus volontiers vn vice commun, qu't^œ vertu exir^ordi- Mdre. De sorte que si nous auions en vsage cette loy, qui peruM^ toit de bannir les plus puissans en autborité ou en réputation ; ie eroy que Fenuie publique se décfaargeroit sur %Obtre teste; et quir Monsieur le Cardinalde Richelieu ne courroit pâis Uuitde (cirtuiM^que vous. Mais gardez-vous bien d'appeller vautre malheur, tyt qui uW que ie malheur du siècle. Et ne vous phûguez plus de l'iujublice de^ hommes : puis que tous ceux qui ont quelque valeur, bout de \<Mtt oosté; et que vous auez trouué eutreux \u uiuy que peut^^ti^ TOUS pourrez perdre encore vue fois. Au otoius , h voub as^uie qœ ie feray tout ce qui me sera po&sible pour i ous reoielti-e eu eoiat de le pouuoir faire ; puis qu'aujourd'ixuy il y a tant de vanité a ebtre des vostres. l'en ay fait jn&qu'icy vue professiou bi publique^ que bi faoaatureienemepuisempesGber, que ie i>e voub aiiue u^ijubque de coustume, ie vous jure que vous serez le seul a qui ie i'o&ef^a) dire, et que ie témoigneray tousiour^ a tout ie uioude , que ie buib autant que iamais,
Mo?ESIEVB^ IW/^. etr.