A MONSEIGNEVR LE MARQVIS DE RAMBOUILLET
Ambassadeur pour le Roy en Espagne.
MONSEIGNEVR
le n'eusse pas crû qu^il pûst arriuer que. ie vous donnasse ianu quelque sujet de plainte; ni que Ton dûst faire vn iour des Pasquitf contre moy dans Madrid. Et sans mentir^ j'eusse eu bien de la peint h me consoler de Tvn et de l'autre : si au mesme temps que f ij receu ces nouuelles fascheuses, ie n'eusse appris celles devoste^ ^ santé ; et de la grande réputation que vous acquérez tous lesioun • parmy des hommes, qui deuant que de vous auoir veu, ne sçauoieBl rien admirer qu'eux-mesmes. Mais puis que ie conte toutes VQI prosperitei entre les miennes ; ie croy qu'il ne m'est pas pemi d'estre triste, en vn temps où tout le monde parle si auantageinement de vous Et ie ne me puis empescher que ie ne me resioôisse, toutes les fois que j'entens dire icy, que vous auez appris aux Espagnols à estre humbles, et qu'ils ne vous honorent pas moins que si vous estiez de la Maison des Gusmans, ou de celle des MendosM Par là, Monseigneur, vous pouuez juger, que ie n'ay pas Pameâ dure que vous dites; et qu'au moins, j'ay cela de commun aujBC to» les honnestes gens , que ie prcns beaucoup de part à tous les bov succez qui vous arriuent. Il est vray que j'çstois résolu de tenir a sentiment secret , sans vous en rien communiquer. Car dans ki grandes affaires que vous traittez maintenant, ie croyois que c'eût esté estre perturbateur du repos public, que de vous diuertirptf vne mauuaise lettre, de la moindre de vos pensées; et quelque p»* mission que i'en aurois eue de vous , ie n'aurois pas encore esté assez hardy pour m'en seruir, si ie n'auois vne autre auenture extraordinaire à vous conter. Vous sçaurez donc, Monseigneur , que le Dimanche vingt-vniéme du mois passé, enuiron sur les'doott heures de la nuit, le Roy et la Reine sa mère estant assemblez aneetoute la Cour, on vid en Pvn des bouts de la grande salle du Looure, où rien n'auoit paru auparauant, éclater tout à coup vue grande clarté, et paroistre en mesme temps entre une infhûté de lumières, une troupe de Dames toutes couuertes d'or et de pierre-
(I) Il mourut à Paris le 20 février 1652, âgé de soixante-quinze ans.
DE M<:»NSitVft IC V,.iT\RF SN
His, et qui senibluieut De furt- que «k- ik>i. cn«)r\' du iVl. Mais |V(riculierement Vvne d'elles esîfiHt iusjâ aiset à rt'ni.in)uor «MUn^ los ulres, que si elle eust este toute st-ule : ol h* omy ivrt,iinoniont ue les yeux des houuues n'oDt iaiiiâis rton vou de si Ivan. tVrstoil elle-là mesme^ Monseigueur. qui en vue autre ivnroiitnMuioit i^nIo Eint admirée sous le nom et les habits de Pyrauio : et qui \\\o antn' 3is s^apparut dans les roches de Rambouillet auer l'arr («t \o visagi* >e Diane. Mais ne pensez pas vous imaginer phis de la nioitii'« dr a beauté^ si vous ne vous figurez que celle qut* vous luy luirx vnir ; t sçachez que cette liuit-là les Fées auoieiit iv|NU)du sur rllr i^n >eautez et ces grâces secrettes qui mettent de la difTiTenfu^ ni\vr îs femmes et les Déesses. Mais lors qu'eUe eut |)ri.s le mnHi\\u» , i-n aesme temps que les autres le prirent^ pour coniin<^iif'<'r li* Imllft u'elles vouloient représenter; et qu'ainsi eUe eut |N;nhi raiiuntui^r lie son visage lui donnoit sur elles : sa taille (*X su Ihhuw. «nirr hi endirent aussi rccommandable qu'auparauani ; et <;n qu^lqiw lii'ii ii'eUe tournast ses pas, elle tiroit auec elle his yeux et Nvs r/iiu : d^ )ute rassemblée. De sorte qu^abjurant l'errr ur (mytr.U/h, tU- 1 v»\r* u'elle ne dansast pas parfaitement bien J'auou^: a t-t-yu- littuc /^ntl 'y a qu'elle seule qui sçache bien danser. Kt tj: iw^iu^-. jus^/ ro/ r/ a 8té donné si généralement de tout le fnTHid^*, qu/; utn t\UiU*. ,*/, Iroîent pas encore entendre tous k-s iours -â-.-. \f,uAt,//'<. ^ ■vv-w,' ontrains de se bannir de la Cour. C est f/.ur •*',;< f\,tt- \ii.-^ ;/ . ,iieur, que pendant que vous reeeu^« fif 'jî<un^. .a-.. .'-... . ,.
«tes, vous perdez icy de grand.-» C'ir;V;riV;rf,r r.^ . * '. ..• >, './*-,. ^ luelque grand employ qu'elle ^ou.-. ^!r;f.r>: < ..r:'..'^ v.^ f- 'h ..•. . ours beaucoup de tort touters k:-. foU f\h > #> ■ v.^ ^:«»T., > - ,^^ ttaison. Car, enfin, apr»;» auoif p^s-sr: >h k i '>i •>»- . .\m\/. • /*^ . leriez encore cette mer qroi ^.yat^ xv^wsa- -• • >r..'..^ r . .1 Unt plus auant, vous vouluA«ifi7 V., If vt^.v -i./.». ^^fi^-.,. -u *»>***' qu'il sembloit qu«r la .N'âuirf: ainr -•i.y'-H -îi.u/, ..;* ^ ,... ...r ... .
teureté les trésors et \k>. rieriesnes : ;.,iis \ ■ v»Mr*i.y •.-. «lesirare que ce que VOUA iiuez .ais*s»> c »? •-• ^^y. r. . ^. ». terre il n'y a rien d'e&ai i ■»* -.iir .-.us «:wv . '^'. , - ... »■ croire que vous n'en -ït^rez t;>eîu .m* »- ni»ji. i- i .». . ., âUe^ et qu'aussi-Civ^t q-ir .*<\ «iair-. m ^t • /.. ..,/.... ..
Vous reuiendfrz ky pi>.s*rf:»-r 1rs -.i>»:k «j./,* ; . . / qui aoyez difme. .Wam. ^ll.n^prL;:1»'!li■ <• :<• ,-^^ ,
Ihjplié à vn»; fia'.'.i". ;■;; t w^\*i m ,*• .-i.- '. ^ \iju:ï au'^fir [II!-! rî. ^ ri :».»iii( »i -. ,- -. . .
crainte me doimeroit de la peine^ si je ne sçauois bien, que ceux du conseil d'Espagne ne sont pas maistres de leurs résolutions^ depds que vous estes en ce païs-là : et que vous y auez desia trop fait de seruiteurSy pour y receuoir quelque violence. Nous deuons donc espérer^ qu'aussi-tost que le Soleil qui brûle les hommes^ et quitaiii les riuieres, commencera à s^échauffer : vous reuiendrez icy retwouer le Printemps que vous auez desia passé delà^ et y receuoir des violettes^ après auoir veu tomber des roses. Pour moy , je soohaitfe cette saison auec impatience : non pas tant à cause qu'elle doos doit rendre les fleurs et les beaux iours^ que pource qu'elle vodB doit ramener: et ie vous iure que ie ne la trouuerois pas beDe^fl elle reuenoit sans vous. le pense que vous croirez aisément ce q» ie vous dis. Car ie sçay bien que vous m'estimez assez bon, pour d^ sirer auec passion vn bon-heur qui regarde tant de personnes. B de plus vous sçauez^ que ie suis particulièrement^
MoNSBiGNEYR , Vostre, etc,
A Paris, ce S Mars 1627.
A MONSEIGiNEVR LE DVC DE BELLEGARDE (I),
en luy enuoyant YArnadis,
LETTRE m.
MOMSEIGNEVfi^
En vne saison où THistoire est si brouillée, j'ay creu que ie ?«» j pouuois enuoyer des Fables : et qu'en vn lieu où vous ne songh j qu'à vous délasser l'esprit, vous pourriez accorder à l'entretien tfAr \ madis, quelques-vnes de ces heures que vous donnez aux Gentibhommes de vostre Prouince. Pespere que dans la solitude où tott estes, il vous diuertira quelquefois agréablement, en vous racontsnl ses auantures; qui seront sans doute les plus belles du monde, \xà que vous ne voudrez pas qu'on sçache les rostres. Mais quoy qoe nous lisions de luy, si faut-il aduoiier, que vos fortunes sont aus» merueilleuses que les siennes : et que de tant d'enchantemens qu*! a mis à fin, il n^y en a pas vn que vous n'eussiez pu acheuer , si ce n'est, peut-estre, celuy de TArc des loyaux Amans. En effet, Monsô-
(i) Roger de Saint- Laiy, duc de Bellegarde, grand écuyer de France soin Henri FV, mounit en 164r», A^é de quatre-vingt-trois ans.
;Qeur^ vous auez fait voir à la France vn Roge&plus aimable et plus ccomply^ que celuy de Grece^ et que celuy de l'Arioste. Et sans nnes enchantées; sans le secours d'Alquife^ ni d'Vrgande; et sans utres charmes que ceux de vostre personne : vous auez eu dans la îuerre et dans l'Amour, les plus heureux succez qui s'y peuuent ouhaiter. Aussi, à considérer cette courtoisie si exacte, et qui ne ;'est iamais démentie , cette grâce si charmante dont vous gagnés es volontez de tous ceux qui vous voyent, et cette grandeur^ et fer- QQieté d'ame, qui ne vous a jamais permis d'aller contre le deuoir, ai mesme contre la bien-seance : il est bien difficile de ne se pas imaginer, que vous estes de la race des Amadis. Et ie croy, sans mentir, que l'histoire de vostre vie sera quelque iour adjoustée à tant de liures que nous auons d'eux. Vous auez esté l'ornement et le prix de trois Cours différentes. Vous auez sceu auoir des Roys pour riuaux, sans les auoir pour ennemis, et posséder en mesme temps leur faueur, et celle de leurs maistresses. Et en vn siècle, où la discrétion, la ciuilité^ et la vraye galanterie , estoient bannies de cette Cour : vous les auez retirées en vous , comme dans vn azyle, où elles ont esté admirées de tout le monde, sans pouuoir estre imitées de personne. Et certes , vne des principales raisons qui m'a persuadé de vous enuoyer ce liure, a esté de vous faire voir, quel auantage vous auez sur ceux mesmes qui ont esté formez à plaisir , pour estre l'exemple des autres : et combien il s'en faut que l'inuention des Italiens et des Espagnols, ait pu aller aussi haut que vostre vertu. Cependant, ie vous supplie très-humblement de croire, qu'entre tant d'affections qu'elle vous a acquises , elle n'a fait naistre en personne tant d^admiration , ni de véritable passion , qu'en moy, et que ie suis plus que ie ne puis dire , et auec toute sorte de respect,
MoNSEiGNBVR, Vostre, etc.
A MADAME DE SABNTOT (i),
en luy enuoyant le Roland Furieux d'Arioste, traduit en François.
Madame^
Voicy , sans doute y la plus belle auanlure que Roland ait ii eue. Et lors qu'il défendoit seul la Couronne de CharlemagDe, et qu'il arrachoit les Sceptres des mains des Rois ', il ne faisoit rien de si glorieux pour luy , qu'à cette heure^ qu^il a l^onneur de baiser les vostres. Le tiltre de Furieux, sous lequel il a couru jusques icy toute la Terre, ne doit pas empescher que vous ne lay accorda cette grâce; ni vous faire craindre sa rencontre. Car ie suis asseoré qu'il deuiendra sage auprès de vous; et qu'il oubliera Angélique, si-tost qu'il vous aura veuê. Au nioins, ie sçay par expérience, que vous auez desia fait de plus grands miracles que celuy-Ià ; et que d'vn seul mot vous auez sceu guérir autrefois vne plus dangereoae folie que la sienne. Et certes, elle seroit au delà de tout ce qo'Arioste nous en a iamais dit : s'il ne reconnoissoit l'auantage qn vous auez sur cette Dame ; et n'auoûoit , que si elle estoit mise nprès de vous, elle auroit recours , auec plus de besoin que iamab, à la force de son Anneau. Cette beauté, qui de tous les Cheualien du monde n*en trouua pas un armé à l'épreuue, qui ne frappa iamais les yeux de personne , dont elle ne blessast le cœur, et qui brusla de son amour autant de parties du monde, que le Soleil en éclaire; ne fut quVn portrait mal-tiré des merueilles que nous dénions admirer en vous. Toutes les couleurs, et le fard de la Poésie, ne l'ont sçeu peindre si belle que nous vous voyons : et TimaginatioD mesme des Poêles n'a pu monter jusques-Jà. Aussi, à dire le vraj, les Chambres de Crystal, et les Palais de Diamant, sont bien plus aisez à imaginer, et tous les Enchantements des Amadis, qui vous semblent si incroyables, ne le sont pas tant, à beaucoup prés, que les vostres. Dés la première veuë , arrester les Ames les plus résolues , et les moins nées à la seruitude; faire naistre en elles vne sorte d'amour qui connoisse la raison, et qui ne sçache ce que c'est que du désir, ni de l'espérance ; combler de plaisir et de gloire les esprits, à qui vous ostez le repos et la liberté ; et rendre parfai-
(1) Femme du trésorier de France. Elle fut longtemps la maîtresse de Voiture.
ment contens de vous , ceux à qui vous ne faites point du tout de en : ce sont des effets plus estranges et plus éloignez de la vraymblance^ que les Hippogr3^hes9 et les Chariots volans, ni que ut ce que nos Romans nous content de plus merueilleux. le rois un livre plus gros que celuy que ie vous enuoye, si ie vouis continuer ce discours. Mais ce Cheualier qui n'a pas accousmé de quitter le premier rang à personne^ se fâche de me laisr si long-temps auprès de vous^ et s^auance pour vous faire otiir Jstoîre de ses Amours. C'est vue faneur que vous m^auez l>eau- •up de fois refusée. Et pourtant ie soufTriray sans jalousie ^ qu1l it en cela plus heureux que moy, puis qu'il me promet, en recomnse ^ de vous présenter ce mot de ma part^ et de vous le faire lire lant toute autre chose. Il ne falloit pas vn cœur moins hardy que sien pour cette entreprise; et ie ne sçay encore comme elle luy ùssira. Neantmoins, il est^ ce me semble, bien juste, puisque ie y donne moyen de vous entretenir de ses passions, qu'il vous r»inte quelque chose des miennes; et que parmy tant de faMes, il «8 die quelques veritez. le sçay bien que vous ne les vcwlez pM Qsiours entendre. Mais puisque vous n'en pouuez estre Ujuchéa, que cela est trop peu de chose pour vous obliger à quelque rev ntiment : il n*y a pas de danger que vous sçachiez, que ie v<mm ^' me seule plus que tout le reste du monde ; et que ie Urertn^ twÀm e vanité de le commander, que de vous obéir, et d'entre ,
Madame, IVw/r^, eir.
A MADAME LA MARQVISE DE RAMBriVllJJ:î I .
Sous le nom de Caliot eieeUent Graueor, ea Inv *:nstfinh$fi \^ h^iu* ' vn lime de se» Fûpir«i.
I Ite tant de différentes imaginatiof» qn^ rr*»*ri ^yrr a pr'yîn'»'>« j h plus raisonnable que j*ay eo*> , «^ r>if!t=r 'li* -; vv^ yf*:^^i>'^ '■'■ ■ fcre : à vous , Madame, qui eiireHrï \tx •/>-/.> ^i;*f>, *n '»>^'*^ v*" "fede Tame, qui fait les Peintres, les Afrtiir*»nî.*H •»^ :a^ >r^.iwf^ i
(1) Catherine de VivoDDe. itt*nfriwti t** ;^.«niwviiaii*J w^>Aé\^x\ ,
•érp, de l'illustre famille roiiiai»<»/ii^^v^jr . P,:v iwi«in «i *'■' •♦ *'^' • ^27 décembre I66.>.
^M) LKITRES
et qui la défendez pai* vostre exemple^ du blftme que l'onluy dormes de ne se trouuer iamais en éminence auec vn parfait jugement. Gir outre cette grande lumière d'esprit^ qui vous fait voir d'abord h vérité des choses^ vous auez vue imagination^ qui mieux que tîntes celles du monde , en sçait discerner la beauté. Et comme il n^j H personne aujourd'huy^ qui ait tant d'interest que les choses parfaites soient estimées; il n'y en a point aussi qui les sçache louer i bien que vous. C'est vous flatter bien modestement^ Madame , qae de dire que vous les sçauez connoistre; puis que ie pourrois assani; que quand il vous plaist, vous les sçauez faire en perfection, b effet, il est arriué beaucoup de fois, qu'en vous jouant vous fait des desseins que Michel-Ange ne desauoûerôit pas. Et de |iia» on vous peut vanter d'auoir mis au monde vn ouurage qui pMM| tout ce que la Grèce et Tltalie ont iamais veu de mieux fait, et qi ^j pourroit faire honte à la Minerue de Phidias. U n'est pas diffleh d'entendre que c'est de Mademoiselle vostre Fille que ie veux p# 1er : en laquelle seule on peut dire, Madame^ que vousaueiM plusieurs miracles. Mais il faudroit vne main plus hardie qoeh mienne, pour entreprendre de représenter ce qui est eti ybosetd elle : et ie ne le pourrois pas en vn gros livre^ moy qui sçay dans une feuille de 'papier des armées toutes entières^ et y faire fok en leur grandeur la Mer et les Montagnes. le me contenteray ioÊ de dire auec beaucoup de respect et de vérité, que ie suis.
Madame , Vostre , etc.
A LA MESME
Madame,
Depuis que ie n'ay eu Thouneur de vous voir, j'ay eu des nrti* qui ne se peuuent dire. Mais ie n ay pas laissé, auec tout cela^ d* me souuenir de ce que vous m'auiez commandé. En passant Espernay, ic fus voir de vostre part Monsieur le Mareschal StrOPÎ et son tombeau me sembla si magnifique, que voyant en quel eM j'estois , et me trouuant là tout porté, j'eus enuie de me faire ent* rer auec luy. Mais on en fit quelque difficulté , pource que V^ trouua que j*avois encore trop de chaleur. le me résolus doncM faire porter mon corps jusqu'à Nancy : où enfin, Madame, il «4
DE MONSIE\*R DE VOITVRE, 91
îué si maigre et si défait, que ie vous asseure que l'on eu met m\ Te beaucoup qui ne ie sont pas tant. Depuis huit ioiirs que j'y is^ ie n'ay pu encore me remettre : et plus ie me repose , plus io en trouue las. Aussi , il y a si grande différence des quinco iours le i'ay eu l'honneur d'estre auecque vous, aux quinze deniiers le j'ay passez , que ie m'estonne comme ic la puis soufn*ir : et il e semble que Mcmsieur Margone qui est icy Maistre d'école , et oy« sommes les deux plus pitoyables exemples que Ton puisse )ir du changement do la fortune. Tay des estouffomens et des foi« lesses, qui me prennent de iour à autre^ sans que Ton puisse trouuer ïy de Theriaque : et ie suis plus malade que ie ne fus iamais, en a lieu où il n'y a point de remèdes pour nioy. De s^irte. Madame, [ue ie crains fort que Nancy ne me soit aussi funeste quil le fut au Hic de Bourgogne : et qu'après auoir eschappé de grands périls, et tesisté à de grands ennemis, aussi bien que iuy ; ie ne sois destiné rfinir icy mes iours. l'y resisteray pourtant , autant qu'il rne sera msible. Car il est vray que j'appréhende de ne plus viurv;, quar^i e songe que ie n'aurois plus Thonnenr de vous voir* Et apre% SM^m UUy à receuoir la mort par la main d'aile des plus aimatil^ éU^moiselles du monde , et manqué tant de belles ocaeiiffm db^ wfmm an Tostre présence : il me fascheroit fort de m'estre verni tiwn ^fv^ terrer à cent lieues de vous; et de penser que qwsifpie 'w^it, ^ f*r^ suscitant, j'aurois le déplaisir de me trrnioer ear/^re fi^ P^ ^f Lorraine. Je suis.
Madame, MtPf^. */>•
I>e Nancy <* ». S^plemtirr.
A MADEMOISELLE DE E.%1IW>VirU,7
Made'voiselul.
Voicy ie Lion du >oct. i»t: 're'^inipiermt livn» »• i^m * V» tle bruit dans le mfjoàe : «{ui vif»nr, ^\t»iUi* ■» vv< v«.;fL p. ' -. //.
M) Julie-Lucioe d'AnomiU!» . in* -«n nu/' ^lorr^» . n^vt de MoDtausier. Elk«iifviiic pliih tarn ts^nv >' ^^nr^ rpw. et moaml le lî no«*-mbw m:
iH LETTRES
de l'Allemagne; et qui après auoir défait Tilly^ et abbatiulafo^ tune d'Espagne, et les forces de l'Empire, se vient ranger soasle vostre. Parmy les cris de joye, et les chants de victoire quefenlenà depuis tant de iours : ie n'ay rien oûy de si agréable, que le n^ port qu'on m'a fait» que vous me voulez du bien ; et dés lors que « Pay sçeu, j'ay changé tous mes projets , et an'esté en vous sMfc cette ambition qui embrassoit toute la terre. Cela n'est pas tani auoir retranché mes desseins , comme les auoir esleuez. Car encon la terre a ses bornes : et le désir d'en estre le Maistre^ estquelqoe fois tombé en d'autres âmes que la mienne. Mais cet esprit qo^o admire en vous^ et qui ne se peut mesurer ni comprendre, ce cœi qui est si fort au dessus des Sceptres et des Couronnes, et ces? ces qui vous font régner sur toutes les volontez; sont des Inensi finis que personne que moy n'a iamais osé prétendre : et ceux< desh*oient plusieurs Mondes^ ont fait en cela des souhaits plus mo rezque moy. Que si les miens peuuent réussir, et si la foi*tune me fait vaincre par tout, m'accompagne encore auprès de vous u'enuieray pas à Alexandre toutes ses conquestes; et ie croiray ceux qui ont commandé à tous les hommes, n'ont pas eu vn Em de si belle estenduê que moy. le vous en dirois dauantage, H moiselle. Mais ie vay à ce moment donner la bataille à Parmée periale, et prendre six heures après Nuremberg. Je suis y
Vostre très-passionné seruiteur , GVSTAVE ADOLPHE.
A LA MESMK.
LETTRE VIII
Mademoiselle ,
Tous les moyens que vous m'auiez appris pour ne me pasenni me sont inutiles en ce païs. Et plus vos conseils me semblen sonnables, moins ie trouve sujet de me consoler, de ne plus vne personne qui raisonne si parfaitement. Tous ceux que it icy, m'asseurent que le séjour en est fort agréable. Et il n^y vn de la suite de Monsieur, qui n'ait vne Altesse à entretenir, o Princesse pour le moins. Mais quelque galante que soit la Go Lorraine, ie m'y trouue aussi seul , que ie faisois il y a huit
es voyages de la Beausse; et ie me souuiens d'auoir veu qiielis meilleure compagnie dans les ruisseaux de Paris^ que ie n'en ^ore rencontré dans la chambre de la Duchesse, le ne sçay, si vn effet de la rate dont ie suis tourmenté depuis quelque > : mais il me semble qu'il n'y a plus dans le monde de pers conuersables^ que celles que j'ay veuës au dernier voyage ay eu t^onneur de faire auec vous ; et ie m'entretiendrofs oup plus agréablement auec Monsieur''''* que ie ne ferois anar ne la Duchesse de Lorraine. La mélancolie que j'ay dans le et dans les yeux^ me fait paroistre tous les visages ^ comme ni (^oyois au trauers de la fumée de Teau de vie ; et ie n'apper* 3n icy qui ne me semble effroyable. Ces heures^ que Monsieur quis appelle les heures de la digestion , me durent depiiiii le jusqu'au soir : et ie suis de si mauuaise compagnie^ que Mofi* le Ghaudebonne s'en fâche : et ie voy bien , tout de bon , quli ue mauuais. Mais j'ay fait ma paix auec iuy^ eo luy prometfil m'entendra parler vn de ces iours deux heure» di^ fiiife; ie luy conteray vue histoire plus agréable que celle dUelk^ i faite par vne personne plus belle que Caridée. Voim ju^;^ lademoiselle^ que c'est c^ de Zelide^ et d'Aiddalk^ qm m promise. Car il n'y en a point d'aulre an moade^ de qui ^tseb se dire. Quelque stupide que ie sois deoetni^ œ eraignesK ytmk a contant^ ie luy Casse rieo perdre de fa hicmàk* ^MAmm Bs maux^ ie me suis encore coascmé cou tahmài^ UmH ««»' :t ie croy qu'elle me seraîra fidelenoieiiit^ qusMvd #:e %#$#« pt^m )uisque vous y avez autant de pot que perMWNe . H, ^|«e k us que ie ne vous le pois dire ..
A MADEMOfSELLK »E VllS%»tS ^
Mademoiselle.
s berné Vendredy apr*^ di^wr. y.0Vs^P:: ^«^ t^ i^ vvtir h^km^j** rire dans le tefli|K qwr V^m «; HWjr <i^n«^ yjvi* <Mù <^ ^-^
is tard dacheiw- 4e V.n»pwr*^ >li^
dame de Rambouillet en donna l'Airest^ à la requeste de lla(f ^^
selle sa fille; et de Mademoiselle Paulet. Elles en anoient i^^
l'exécution au retour de Madame la Princesse, et de vous. MaiB ^
s'auiserent depuis, de ne pas diflerer plus long-temps, et qa'il ^
falloit pas remettre de« supplices à vne saison quideuoit estretooi^
destinée à la joye. l'eus beau crier et me deffendre : lacoauerW
fut apportée; et quatre des plus forts hommes du monde fîucot
choisis pour cela. Ce que ie vous puis dire. Mademoiselle, c'eâ V^
iamais personne ne fut si haut que moy^ et que ie ne cro;ois(iii
que la fortune me deust iamais tant esleuer. A tous coups ils me per^
doient de veuê, et m'enuoyoient plus haut que les Aigles ne peowil
mcMiter. le vis les montagnes abaissées au dessous de moy; iei)
les vents et les nuées cheminer dessous mes pieds; ie décooniisM
pais que ie n'auois iamais veus, et des mers que ie n'auois poH
imaginées. 11 n'y a rien de plus diuertissant que de voir tante
choses à la fois, et de descouurir d'vne seule veuê la moitié de I
Terr^. Mais ie vous asseure, Mademoiselle, que Fon ne voit M
cela qu'auec inquiétude, lors que Ton est en l'air, et que Tone
asseuré d'aller retomber. Vne des choses qui m'effrayoit autant,!
toit, que lors que j'estois bien haut, et que ie regardois en bas;
couuerture me paroissoit si petite, quMI me sembloit imposd
que ie retombasse dedans : et ie vous auoûe que cela me dom
quelque émotion. Mais parmy tant d'objets différons, qui en mea
temps frappèrent mes yeux, il y en eut vn, qui pour quelques n
ments m'osta de crainte, et me toucha d'^ii véritable plaisir. Ce
Mademoiselle, qu'ayant voulu regarder vers le Piedmont, pourv
ce que Ton y faisoit , ie vou^ vis dans Lyon que vous passies
Saône. Au moins, ie >is sur Teau vne grande lumière et beauco
de rayons à Tentour du plus beau visage du monde. le ne pûs]
bien discerner qui estoit avec vous, pource qu'à cette heure-là'
uois la teste en bas , et ie croy que vous ne me vistes point. *
vous regardiez d'vn autre costé. le vous fis signe tant que ie f
Mais comme vous commençastes à leuer les yeux, ie retombois
vne des pointes de la montagne de Tarare vous erapescha de
voir. Dés que ie fus en bas, ie leur voulus dire de vos nouuel
et les asseuray que ie vous auois veuë. Mais ils se prirent à r
comme si i^eusse dit vne chose impossible; et recommenoere
me faire sauter mieux que deuant. Il arriua vn accident eslrai
et qui semblera incroyable à ceux qui ne l'ont point veu. Vne
qu'ils m'auoient esleué fort haut, en descendant , ie me troi
dans vn nuage, lequel estant fort épais , et moy extrémemeni
DE MONSÏEVR DE VUITVRE. 95
^^ fus vn grand espace embarrassé dedans sans retomber. De ^ qa'ils demeurèrent long-lemps en ba$, tendant la couuarture, ^gardant en haut^ sans se pouuoir imaginer ce que j'esiois de- ^u. De bonne fortune, il ne faisoit point du tout de vent. Car sll ^ eust eu, la nuée en cheminant m'eust porté de costé ou d'au- ; et ainsi, ie fusse tombé à terre. Ce qui ne me pouuoit arriuer >s que ie me blessasse bien fort. Mais ii suruint >ii plus dange- X accident. Le dernier coup qu'ils me jetterent en Vm, ie me ioay dans vne troupe ie grues, lesquelles d'abord furent estonsde me voir si haut. Mais quand elles m'eurent approché; elles prirent pour un des Pigmées, auec lesquels vous sçauez bien, emoiselle, qu^eiies ont guerre de tout temps ; et crûrent que ie tstois venu épier jusques dans la moyenne région de Tair. Aussielles vinrent fondre sur moy à grands coups de bec; et d'vne violence que ie creus estre percé de cent coups de poignard : le d'elles qui m'auoit pris par la jambe, me poursuiuit si opiément, qu'elle ne me Imssa point, que ie ne fusse dans la couire. Cela fît appréhender à ceux qui me tourmentoient» de me ttre encore à la mercy de mes ennemis. Car elles s'estoient sées en grand nombre, et se tenoient suspendues en Pair, atint que Ton m*y renvoyast. On me reporta donc en mon logis, la mesme couuerture, si abbattu qu^il n'est pas possible de e plus. Aussi, à dire le vray, cet exercice est vn peu violent, pour »mme aussi foible que ie suis. Vous |)Ouuez iuger. Mademoiselle, )ien cette action est tyrannique, et par combien de raisons estes obligée de la desapprouuer. Et sans mentir, à vous qui née auec tant de qualitez pour commander : il vous importe iiuement de vous accoustumer de bonne heure de haïr l'injustice ; i prendre ceux qu'on opprime, en voslre protection. le vous lie donc. Mademoiselle, de déclarer premièrement cette entrevu attentat, que vous des-auoûez : et pour réparation de mon eur et de mes forces, d'ordonner, qu'vn grand pauillon de Gaze era dressé dans la chambre bleue de PHostel de Ramboiiillet ; ; seray seruy et traitté magnitiquement huict jours durant par Demoiselles qui m'ont esté cause de ce malheur : qu^à vn des , de la chambre on fera à toute heure des confitures : qu'vne îs soufflera le fourneau, et l'autre ne fera autre chose que met- 1 syrop sur des assiettes, pour le faire refroidir, et me l'apporter mpsen temps. Ainsi, Mademoiselle, vous ferez vne action de e^ et digne d'vne aussi grande, et aussi belle Princesse que vous
estes : et ie seray obligé d'estre auec plus de respect et de vérité q« personne du monde^
Mademoiselle, VosirCy etc.