‹ Les œuvresChapitre 30 sur 149 · A MADAME DV VIGEAN · texte numérisé non relu

A MADAME DV VIGEAN

Q luy enuoyant vne Élégie qu'il auolt laite, et qu'elle luy auoii demandée plusieurs iois.

LETTRE XII

Madame,

A cette Elégie que vous m*aaiez beancoop trr/p d^oMM^^ jusqu'icy auoit esté oûie de qoelques-ioi^; mab qvi u'^tfi^Ài \ esté leuê de personne. le voiMlrois Uea quli fu^^t «muM . qu'à vous^ qui après anw caché loog-Ufuj^ U pbn t^k da monde ^ auez ébloûy^ en la mrAk^i^atr,, tfj^ix *M*ix 'jui eue. Mais c'est estre trop amoureoiL Ah mhk i*n . ^j'^? 4^ 1^ tter cet auantage : et ie ne voudr «À jmi <^j "Jk tjàti^aji uj^puis-qu'ils n'ont pas esté faj!â ^j^ %*r^. % i^'^i» ^ V^/uu^t lauuais , vous m'en deœz sumt i>c:^je£. yeJt <k jr;^ ^^ ^b ^/^ s connoissant conmie vcmis, yt ti'^ j/ut J^ur*^ <ft ^'Alt i^ er. Et sans mentir^ pour m*Àlx^ ^ ^mc^ i. y^. i:^jit. y^ moins de puissance sur m/j^ ovk veUif: ^u»: >vut ; ^v^ le depuis quelques icors : H «nift l'Vtrfî: v/umiiâiôtAM^if*.^ ne^ ils n'eussent iamaB cafié aûtenirt ^u^ ttiu itô^ i:MnuvAt I est temps qu'ils en yjitaiift^ jr.nir cttftJb^ >!<««<;«; ^ i^w^î^jut; plus agrrâble : et cig qiQS; lÊSMÙaau'jMSli^ hàxx^. tut ti* ^v^ ï iour, Poccope telkoKiit ^ «nv»: ij»nr* ^. t^i*t i»; i«», ^^; ci. ^^ lusde lieupourpas tsic ibt:tt.*^ •:ii*>!*»: V, ^v* v*^ iUid^iu* , i^u.. 8 fais vn poulet. e& z*z pyitwnn iar* ui' mj» j-ïu-.. (* ^>v.u> <î nplinient. MaisBé iiO'jw":uti}i>n uu». i^ nuxt'x Utut^-^ «^u* ./i^. îrez icy, fussent «sasî *T*'jiKjaiii*îi iiu» *>iit»^'U '>.r)/.;i/f,>u:i ^. ure qu'il y a t>^ îiXf-vauoK: qik k ik h- *;j»*>(. udii 'At^^. lya beaucoup <fe pfKrb'jmi^i i tiu «• i'*n .^mmU\ s-,. ,/.» <:.ji

LEITRES

autant , quand bien elles me tiendroient l'espée sur la gorge. HÉ J puis qu'il n'y peut auoir de scandale^ vous deuez^ ce me semUrJ Madame^ receuoir favorablement ce commencement d'affectkmîj pour voir comme ie ferois si iô deuenois amoureux ; et ce qui i arriueroit ^ si on me laissoit faire.

A MADEMOISELJ.E DE RAMBOVILLET,

Sur la mort de son second Frère, qui mourut de peste , et qu'elle pendant sa maladie.

LETTRE XIII

N'ayant pas moins d'admiration de vostre courage, et de ' bon naturel , que de ressentiment de vostre douleur ; ie suis sr j| touché de Tvn et de Tautre^ que si i'estois capable de vous < les louanges qui vous sont deuês^ et la consolation dont vous | besoin^ j'auoûe que ie serois bien empesché par où co Car quelles obligations peuuent estre également plus que de rendre à vne si éminente vertu, les honneurs qu'elle i et à vne si violente affliction, le soulagement qu'elle désire tl j'ay tort de des-vnir ces deux choses : puisque vostre charité 1 si parfaitement vnies, que l'assistance incomparable que voasi rendue à feu Monsieur vostre Frère , vous doit estre vne consolation nompareille ; et que Dieu vous donne en cebi iustice y ce que les autres luy demandent par grâce : sa bonté i ne pouuant laisser sans reconnoissance , vne action si exti naire de bonté, que celle qui vous a fait mépriser vostre vie,l porter les deuoirs de la meilleure sœur du monde, au delà < obligations, et, par vne constance admirable, demeurer (ermi milieu d^vn péril qui fait trembler les plus courageux. Cette ] raison ne me peut permettre de douter qu'il ne vous en pp et qu^il ne verse sur vous pour récompense de vostre' vertu |1 bénédictions que vous souhaite.

Mademoiselle,

Vostre , etc.

DE MOi^slE^^l de voitvre. io3

A MADAME LA MARQVISE DE SABLÉ (I)

LETTRE XIV

Madame ,

Pour vous consoler de la mauuaise nouuelle que vous auez déjà pprise^ ie ne sçay point de meilleur moyen que de vous faire peur »our vous-mesme. Sçachez donc que moi qui vous escris , ay esté rois iours durant en vue maison^ où deux personnes raouroient de a peste. lamais vous ne listes mieux que de sortir de Paris ^ puis [ue c^estoit le temps où les honnestes gens deuoient estre affligez. Aadame de Rambouillet a perdu son petit-fils ^ qui est mort de la leste en trois iours : et elle n'a pas voulu sortir de sa maison tant [ail a esté en vie. Vous pouuez juger^ Madame^ que rien ne m'a su empescher d'estre tousiours parmy eux^ puis que vous n'estiez jNmtt icy. Mais j*ay peur que ie ne vous espouuante trop ^ et que le Nemede dont ie veux guérir vostre ennuy^ ne soit plus violent que té mal. Sçachez donc^ que moy qui vous escris^ ne vous escris points et que j'ay enuoyé cette lettre à vingt lieues d'icy, pour estre isopiée par vn honmie que ie n'ay iamais veu. le prens beaucoup dfe jNirt^ Madame, au déplaisir que vous auez; et ie voy bien que ee malheur ne pouuoit arriuer en vne plus malheureuse saison. La modération que ie connois en vostre esprit , et la négligence que vous auez pour toutes les choses du monde^ me font espérer que ^008 aurés meilleur marché de cette affliction qu'vne autre ^ et que |a perte de cinquante mille Hures de rente ^ qui sortent de vostre ^Daison^ par où vne autre plus intéressée que vous seroit principa- Ibnent touchée^ ne vous affligera que médiocrement. Mais^ Madame f ie ne me puis résoudre de respondre par vné lettre de con- ^-tolation , au plus obligeant poulet du monde. Car la dernière partie "A vostre lettre ne se peut appeler qu'ainsi, le vous supplie , très- Immblement, Madame^ soyez bien aise de m'auoir escrit aussi flmorablement que vous auez fait. Car dans tous les ennuis que yay, j'ay receu cette joye aussi sensiblement, que si ie n'auois point du tout de déplaisir, et ie ne me puis estimer malheureux , tant. que j'auray l'honneur d'estre aimé de vous. le suis si heureux a* ^i bardy, que ie n'en doute point du tout , et mon bonheur est for'

\) Madeleine de Souvray,née en 1608, morte *»ti Jft-^

grand en cela^ que le bien du monde que j'estime ie plus ^ est cday que ie croy posséder le plus asscurément. Vous doutez si peu de moy^ Madame^ que ie sçay bien que vous receurez de meillear cœur les asseurances^ que ie vous témoigne auoir de vostre affection^ que celles que ie vous pourrois donner de la mienne : et vous qui souhaittez mon bien en toutes choses ^ ne sçauriez rien deârer dauantage pour moy^ sinon que ie croye que vous m'aymez. Ceux qui ont veu quel changement vostre absence a fait en moyi 4 quelle part de mon esprit vous auez emportée auecque vous, voni pourront témoigner quelque iour^ que ie me rends en quelque soril digne de cet honneur. Mais^ Madame^ ie ne puis m'empesdierdi. vous dire, que Monsieur le Maistre^ qui vit auec quelle tendreo»; ie vous dis Adieu , se sera bien confirmé en Topinion qu'il aumt;4^ qu'il croit bien voir vn iour nos chiffres grauez ensemble sur k^ arbres de Bourgon. Au moins suis-je bien-aise de ce qu'il a que vostre affection est bien reconnue, et qu'elle est reciproqini Pour moy, Madame , ie vous dis encore ce dont ie vous en partant, que ie n'estimeray ni n*aimeray iamais rien tant monde que vous : etie serày tousiours auec toute sorte de

Madame, Vostre, etc.

Madame, Monsieur de Chaude-bonne m'a escrit que Mondeai trouuera boQ que ie prenne passeport : cela, et quelques aflaiM me retiendront encore icy quelque temps. le vous remercie fm^' Immblement des lettres que vous m'auez enuoyées , et ie fcnf .exactement tout ce que vous me commandez.

A MADSMOISEJ^I^E P£ GHALAIS.

Mapemoiselle^

le n'aurois pas voulu vous mettre en hazard^, non plus que Madame^ en vous faisant lire cette lettre. Mais ie croy que les personnes qail ont pris de la teinture d'or, ne peuuent prendre de mauuais ait 1 Pour moy, ie prens tous les matins trente grains d'antimoine^ A | six yeux de ce poisson que vous sçauez. Auec cela ie puis aUer par tout, sans rien craindre. Cîonseruez-moy, s'il vous plaist, tousp jours rhonneur que vous me faites de m'aymer. Car si cela vical à me manquer, ie prendray mon antimoine sans estre préparé, le /suis. Mademoiselle, de tout mon cœur,

Vostre, etc.

DE MONSIEVR DE VOIT\RE. i05

A LA HESME.

Madame,

Pay receu auec vostre lettre la plus grande joye que j'aye eue depuis que vous n'estes plus icy. Si vous vous souuenez auec combien d'amitié et d'esprit sont escrites toutes celles que vous me faites l'honneur de m'enuoyer, vous n'en douterez pas , et vous n'auriez fBiB l'opinion que vous auez de ma négligence^ si la fortune n'auoit fidt perdre la dernière que ie vous ay escrile. C'*est vue perte qui TOUS doit toucher ; puis qu'il y en auoit \-ne aussi de Mademoiselle de Rambouillet. Elle vous supplie de sçauoir de Madame de Saint- Amand, à qui elle s*adressoit, ce qu'elle est deuenuê, car elle en est en peine pour beaucoup de choses qu'elle vous mandoit. Pour noy^ Madame , ie vous asseure que ie prens tant de plaisir à vous «crire^ que ie n'en trouue gueres dauantage à ne rien faire , et mes lettres se font auec vue si véritable affection^ que si vous le iugez bien , vous les estimerez dauantage , que celles que vous me redemandez. Celles-là ne partoient que de mon esprit : celles-cy partent de mon cœur. Celles-là m'estoient à charge : et celles-cy me soulagent extrêmement. N'est-il pas vray. Madame, que ie vous iurois fait dépit, si j'auois mis encore cinq ou six fois, celles-cy, et œlles-là , et que vous vous seriez estonnée de la nouueauté de ce rtyle. le Tay pensé faire , pour voir ce que vous diriez. Mais ie n'ay plusenuie de rire depuis que vous n'estes plus icy . l'en seroisparty il y a long-temps, si le changement de quelques affaires ne m'y auoit retenu. Ma paresse est née sous la plus heureuse constellation qu'il est possible. Elle trouue tousiours quelque prétexte à toutes les choses qu'elle ne veut pas faire. Et j'ay remis de huit en huit îoorsmon partement, sans qu'il y ait de ma faute d'cstre demeuré jusqu'à cette heure. le croy, Madame, que vous ne trouuerez pas cela estrange , vous qui y seriez encore si le chariot des pestiferez ne vous en eust chassée. Mais ie suis résolu de m'arracher de Paris dans dix ou douze iours : et ie croy que ie n'y auray pas beaucoup de peine. Au moins la plus forte racine qui m'ytcnoit, fut ostée le îour que vous en partistes. Et si quelque chose m'y pouuoit à cette heure retenir, ce seroit Madame et Mademoiselle de Rambouillet , qui me disent tous les iours que ie m'en dois aller. le vous puis asseurer, Madame, sans pécher contre la franchise ([\w ie vous dois.

que vous estes aimée de ces deux personnes^ autant que vous k sçaurieE désirer : et le les entens tous les iours parler de vousanec tant de tendresse^ quVne des choses que j'ayme à cette heure autant en elles est Taffection qu'elles vous portent. Ne doutex donc non plus d'elles que de moy : et ne mettez point leur amitié entre les biens que vous pouuez perdre. le suis extrêmement aise de ce que vous auez asseuré les autres qui ne sont pas de cette nature, et que vous ayez mis Tordre que vous desiriez dans vos affairas. Mais ie crains que. cela ne vous ayt plus cousté qu'il ne vaut ^ et œ que vous dites que vous auez acheué en vn iour auec Monsieur ie Marquis de Sablé , i'ay peur que vous n'y ayez mis vn iour et vw nuit. le vous remercie tres-humblement de ce que parmy les vostm vous ne laissiez pas d'auoir soin des miennes. Dans la negligenei que j'ay pour cela , il est nécessaire pour moy que ie sçache ce qui faut faire ^ de si bonne part, que ie n'y ose désobéir^ et que i| reçoiue les auis d'vne personne qui commande en conseiUanL fil qui me mcttoit si en peine, et qui m'auoit retenu, est en mefllev estât que ie n'auois espéré : et ie croy que nous y donnerons moyennant quelque argent que nous contribuons pour cela, ie croiray en estre sorty heureusement, s'il ne m^en couste ( cela. Et puis. Madame , ie me soucie moins que iamais d'auoir bien, à cette heure, que ie suis asseuré que vous en aurez. Au filaller, auec les secrets que j'ay dans la Chymie, et dans la Mededpiy; vous me pourrez bien retirer chez vous : et vous me ferex biller (1) en Gentil-homme quand vous voudrez que ie vous tûxù^ Vous auez bien iugé que j'aurois besoin de vostre faveur waftk de Mademoiselle d'Atichi : et ie vous supplie tres-humblemênft Madame, de luy escrire pour moy. le ne Pay veuë qu'vne foisdepiÉ vostre partement. Cela , et ce que Monsieur Nerli luy aura pu din( luy feront bien croire, comme j'espère, que vous luy recomxufr derez vne personne qui ne vous est pas indifférente, et qui est assez fidèle pour mériter ce soin-là de vous. Si elle le croit ie pense. Madame, qu'elle en iugera mieux que de beauooqi d'autres choses. Car il est vray, (et pardonnez-moy, Madame ^ Am ne vous le dis pas auec assez de respect), que ie n'ayme rien m monde tant que vous, et que ie suis de tout mon cœur.

Madame, ' Vostre , etc .

(1) Le manuscrit de Conrarl, qui contredit en ce point toutes les éditioDifc Voiture, porle : Vous ferez habiller

DE MONSlEVtt DE VOITVIIE. 407

. Mademoiselle de Ghalais est bien sage et bien discrète : i'auois tousiours bien attendu cela de cette fille-là. le vous supplie trèshumblement^ Madame ^ de l'exhorter à continuer, et à ra'aymer tousiours. Mais , Madame , vous ne me dites rien de Mademoiselle Amou.

A LA MESME

LETTRE XVI

l'ay admiré vostre iugement , en voyant le commencement de vostre lettre. Car il est vray que vous auez veu plustost que moy vn 'fèntiment qui estoit caché dans mon cœur. Il me sembloit que ' f mois vne extrême haste de partir, mais quelque plaisir que j*aye 'fanoirde vos nouuelles, j'auouë^ que quand j'ay veu Robineau^ fay eu quelque frayeur, de penser que ic n'auois plus de prétexte de demeurer icy. Et ie croy que j'eusse esté bien-aise d'attendre encore sept ou huit iours cette joye. Cependant^ Madame , quelque d^laisir que ie pusse auoir^ j'en serois aisément consolé par le soin qœ vous auez de moy. Et ie suis extrêmement content^ de voir que fous auez plus escrit de lettres pour moy en vne nuit, que vous n'en auez fait en quatre ans pour Madame Desloges, et pour Madame d'Aubigni. C'est sans doute la plus grande prenne dWection que ie pusse tirer de vous; principalement en le considérant auec la circonstance que vous m'escriuez. Et ie ne dois point douter que vous n'employassiez toutes choses à l'auancement de ma fortune, pais que vous y employez vostre peine. le reconnois cela, Madame, auec ce cœur que vous sçauez que j'ay. Et outre le contentement que ie reçois en cela pour mon regard, j'en ay encore vn extrême > de voir que vous estes aussi généreuse et aussi bonne amie que ie l'ay tousiours désiré. Aussi ie vous i ure que ic suis si satisfait en cela de ma fortune, que ie croy que ie la negligeray aux autres choses, et que ie mépriseray l'amitié des Reines , toutes les fois que ie songeray que i'ay la vostre. Soyez donc, s'il vous plaist, Madame, extrêmement satisfaite, de ce que vous auez fait pour moy , sans vous soucier de ce qui en reiissira, ni du fruit que me prf>du iront vos lettres. Et si vous les auez escrites, pour me faire auoir du hi^n . ou des honneurs, soyez asseurée qu'elles ont desia faif IXTff f\w

vous auez désiré. le ne manqueray pas de les donner anec Tordre que vous me commandez. Vous aùez bien fait au reste d'en excasa le stile. Gar^ sans mentir, ce jargon de Marfise, de Merlin, et d'Alexis^ me semble insupportsJ)le. Cependant ie ne laisse pas de remarquer parmi tout cela beaucoup d'esprit, et vne memeilleott adresse ; et surtout vne extrême enuie de faire quelque chose pour moy. le trouue extrêmement plaisant ce que vous dites à Hadôqdh selle de Rambouillet, que si on n'y prend garde , j'iray en Flandre ' comme j'irois à Vaugirard : et à mon auis, ce mot-là tout seulvmt i vne bonne lettre. Il est vray, Madame, que sans le soin qu'on a en de m'en auertir, ie fusse allé auec le messager de Bruxelles, â pour dire le vray, ie fais ce voyage auec tant de regret, que kne puis m*imagiuer que ie doiue craindre d'estre arresté : et sa Madame du Tremblay, ie souhaitterois de passer le reste de l'hyoer'* dans vne chambre de la Bastille , pourueu qu'on me la donnast iMtf-'! chaude. Le Coigneux est tout à fait ruiné. Monsieur de Chaude^^ bonne estoit depuis quatre mois dans vne estroite amitié auec hsj, et auec Monsieur de Bellegarde. Vous pouuez iuger. Madame, qoîl n'en sera pas mieux, ny moy aussi. Mademoiselle d'Atichi m'i promis des merueiUes; et auec autant d'affection que vous anriei pu faire. le vous asseure que ie n'ay pas mérité cela d'elle, et qu»;' ie ne sçay si ie le pourray mériter iamais. Soyez en seureté de Madame de Villeroy, et de toute autre chose. Pay receu tous vos anis, 'i et ie les garderay tous. Madame et Mademoiselle de Rambouillet J vous aiment extrêmement. le vous dis Adieu , Madame, les larmes ; aux yeux ; et ie vous asseure que ie vous aime autant que vous le méritez , et plus que vous ne sçauriez vous l'imaginer.

A LA MESME

LETTRE XVII

Madame,

Sans mentir, c'est vne extrême ingratitude à vous , de n'auoir pas pris la peine de me faire response. Et c'est estre paresseuse à vn poinct qui ne se peut souffrir, que de Testre plus que moy. Quelque beau prétexte que j^eusse, d^estre six mois sans vous escrirc; ic n'ay pu laisser partir Robineau, sans vous asseurer,

qu'après tout cela ie suis plus à vous que iamais. Il est vray^ Madame ^ que vous ne me sçauriez perdre , quelque négligence que vous ayez pour moy. le voudrois bien quelquefois , comme Mademoiselle de ChalaiS; me pouuoir sauner de vostre seruice ; et il y a Uen icy quelques personnes qui se resoudroient à m'enleuer. Mais îe n'y puis consentir, et il me semble que ce seroit me perdre, que de me sauner de la sorte. Madame de Rambouillet m'a commandé de vous dire, que sur le besoin qu'elle a creu que vous aoôez d'vne personne habile et adroite pour estre en la place de celle que vous auiez perdue, elle vous a enuoyé Mademoiselle Folestier (1), qui de bonne fortune n^auoit pas encore trouué de condition. Elle croit que vous la receurez comme vue personne qa'elle vous a choisie, et l'a fait partir il y a deux iours. le ne vous anrois pas escrit cette raillerie, si on ne me Tauoit commandé. Gtf en vérité. Madame, j'ay le cœur trop outré du peu de soin que vous auez de moy. Deschargez-le de cet ennuy, s'il vous plaist, cnr ie vous iure qu^il est tout à vous. le suis ,

HiiDAME, Vostre^ etc.

Festois prest de partir, et tout résolu , quand les nouuelles du débgement de Monsieur m'ont arresté ; ie l'iray trouuer dès que ie içuiray certainement où il est , mais ie vous supplie tres-humblement. Madame, quei^ay auparauant vostre congé et vne de vos lettres.

A LA MESME

LETTRE XVIII

Madame,

S vous ne vous souciez point de mon plaisir ny de mon repos, au moins ayez soin de ma fortune. le suis sur le poinct de partir sans aucune remise, que jusqu'à ce que j'aye eu de vos nouuelles. Je crains que les lettres que vous m'auiez données ne soient trop

(1) Cette demoiselle n'estoit nullement son fait ; c'estoit pour Tépouuanfer, car cette Glle estoit une capricieuse^ \ne querelleuse. (Note de Tallcmaot.)

vieilles. Si vous auez encore conscrué quelque intelligence en ce païs-là , ie croy qu^il seroit à désirer pour moy, que vous m'en donnassiez d'autres^ où vous prendriez occasion de parler en mi faneur, si vous le trouuez à propos. Mais si vous ne le iugezpan ainsi ^ au moins sera-t-il bien que vous parliez pour vous ^ etqn par vos lettres vous renouuelliez les asseurances de vostre fideUté et de vostre seruice. Et cela^ Madame, sera tousiours quelque sortt de recommandation pour moy. le vous supplie tres-humbiementde me les enuoyer auec toute la diligence possible. Car ie n'attens qn cela pour partir. le vous dis Adieu , Madame^ auec tant d'aflbdian et de tendresse, qu'il seroit encore plus dangereux que Neiiinit celuy-ci que l'autre. Et ie vous iure que j'ay plus de regret dé m'esloigner de vous , que de quitter celles que ie laisse icy. Aiin^ Madame, me serez>vous toujours plus considérable que tout le reste du monde : et si vous sçauiez de quelle sorte cela est, vous eni»* riez satisfaite, vous qui ne sçauriez estre contente, à moins d'aneif les cœurs tous entiers. le vous dis cecy auec la mesme fidditéqM les dernières paroles que ie dirois en mourant. Il n'y aura ianuipersonne que j*ayme, que i'honore, ny que j'estime tant quevM«; et ie seray tousiours , Ma4ame , en quelque temps , et en quril*^ lieu que ce soit,

Vostre, eie*

A MADEÎIOISELLE PAVLET.

LETTRE XIX

Mademoiselle,

le vous remercie tres-humblement de ce que vous ne vous phi* gnez point* de moy : et ie vous asseure aussi que vous en auez moiv de raison que qui que ce soit au monde. le m'estonne de ce qo0 vous dites, que les personnes qui me font Thonneur de m'aimefi meblasment de ma paresse, et qu'elles-mesmes en ont tant, qu'eliei me font reprocher cela par vn autre. En Testât, où ie suis, il bien plus raisonnable de m'enuoyer des consolations, que dei plaintes. Et ce ne sont gueres ceux qui sont affligez , qui sont hiiinis, et qui perdent leurs biens, qui diuertissent les aulres. Enfr sant cecy, ne croyez pas , s'il vous plaist , que ie me plaigne de cette rare personne, que son mérite et son peu de santé mettent au des-^

LS de toutes sortes de deuoirs. Mais celles qui escriuent de gayeté » cœur^ et seulement pour dire des gentillesses , ne sont pas^ ce fi semble^ excusables ^ de ne m'auoir pas fait cet honneur. le vous eeure quil n'y eut iamais vue tristesse pareille à la mienne : et j'osois écrire des Lettres pitoyables^ ie dirois des choses qui vous iroient fendre le cœur. Mais, pour vous dire le vray, ie seray ien-aise qu'il demeure entier : et ie craindrois que s'il estoit vne Hs en deux, il ne fust partagé en mon absence. Vous voyez comme i me sçay bien seruir des jolies choses que j'entens dire. Mais vous, [ademoiselle , de qui ie tiens celle -cy , et dont ie n'oublie pas vn on mot, deux ans après que ie Tay ouy dire; ayez soin de m'en oander quelques-vns : puisque j'en sçay si bien profiter, et enuoyeznoy quelques paroles, dont ie me doiue souuenir aussi longtemps {De de celles-là. Toutes celles que j'ay veuês iusques icy de vostre part, sont si indifférentes, qu'elles n'ont rien diminué de mon en- Bay, et ie vous supplie tres-humblement de m'en enuoyer qui ayent jjhiB de vertu, vous qui sçauez donner aux vostres toute celle qu'il voasplaist. Sinon, ie crdray que cette reconciliation si précipitée, qàtni faite si peu de temps deuant mon départ, fut fausse , et qu'il n^f a eu rien de sincère en vous, que vostre froideur et vostre indifference. Vous pouuez juger, s'il est possible que ie viue auec c^ imagination; et si vous n'estes pas la plus meschante personne da monde, si vous me mettez en ce hazard. le vous conjure d'avoir plas de soin de moy. Car vous y estes extrêmement obligée ; puis qu'il est vray que ie suis plus que jamais ,

MA.DEM0ISELLE,

Âpres auoir escrit cette Lettre, il m'a semblé , qu'il y auoit cinq ou six dragmes d'Amour. Mais il y a si long-temps que ie n'en ay parié, que ie n'ay pu m'en retenir : et puis ie suis si petit, que vous «Cauez bien qu'il n'y a pas de danger de moy. Au reste, cet homme dont vous pariez, est mort il y a longtemps, 11 ne reste qu'à l'eniorrer. Mais on ie laisse là par négligence,

VostrCy etc.

LËITRES

A LA MESME

Mademoiselle^

Ce fut un grand bonheur pour moy, de receuoir vostre Lettre deuant que de partir de Bruxelles; et de receuoir tant de consolation à la veille d^auoir tant de peine. Depuis ^ ie n'ay eu aucun déplaisir^ quoy que j'aye eu beaucoup de mal. Car îe ne veux pas qu'il soit dit^ qu'vn homme dont vous auez soin^ puisse estre malheureux : et j'aurois honte que la fortune eust sur moy plas de pouuoir que vous. Fay cheminé douze iours sans m*arrester, depuis le matin jusqu'au soir. Fai passé par des pais où le bled est vne ] plante rare, et où Fon conserue les pommiers auec autant de sm, que les orangers en France. le me suis trouué en des lieux, oà la j plus vieilles personnes ne se souuiennent pas d'auoir iamais vende j lict. Et pour me rafraischir, ie me trouue à cette heure dans i armée, où les plus robustes sont fatiguez. Cependant, ie vis < et ie ne vois icy personne qui se porte mieux que moy. le ne i pas à quoy attribuer vue force si extraordinaire, qu'à l'effet i vostre Lettre : et il me semble que ie suis comme ces honunes ( font des choses surnaturelles , après auoir aualé un billet. En i uant, ie me suis fait enroUer, par la faneur de Monsieur de Cl bonne, dans vne compagnie de Crauates : et ie vous puis dire, i vanité , Mademoiselle , qu^il n'y a personne qui y fasse mieux moy. le n'ay point pourtant encore enleué de fenune, ny de fiDej; pource que ie me suis trouué vn peu las du voyage , et que ie tfo tois pas en trop bonne consistance : et tout ce que j^ay pu fain, esté de mettre le feu à trois ou quatre maisons. Mais ie me tous les iours, et ie suis plus déterminé qu^il n'est possible de i Tout de bon , ie suis tout autre que vous ne m'auez veu. Et personne s^est sauuée autresfois de mes mains , qui ne m'e roit pas à cette heure. le croy pourtant, quelque meschant i me fasse, que vous ne croyez pas que ie le sois tant : et que ne pensez pas que Fon me doiue beaucoup craindre; et mesmen vous. Mademoiselle, puis que vous sçauez bien que vous auez i sorte de pouuoir sur moy, et que ie suis de tout mon cœur.

Mademoiselle ,

;qaei

En partant de Bruxelles, j'enuoyay quelques tableaux à ceh

DE MONSIEVR DE VOmRE. 113

|Di vous doit donner cette Lettre. le le priay de vous les porter : et e vous supplie tres-humblement ^ Mademoiselle , de les donner àla Personne, à qui vous jugez que ie les enuoye : et de luy dire , que î'est \Tie partie de mon pillage^ et que ie luy donne cela en rabbatant^ sur ce que ie luy dois de la mourre (1).

Le 37 luiD , da Port dlgoio sur la Loire, qae nous allons passer.

- Vostre, etc.

A LA MESME

LETTRE XXL

Mademoiselle^

Vous auriez plus souuent de mes nouuelles^ si ie pouuois. Mais iour l'ordinaire^ nous arriuons en des lieux où l'on trouue plus aiteent toute autre chose ^ que de Tencre et du papier. Et puis il M escrire auec tant de retenue^ qu^estourdy comme ie suis^ ie il prens jamais la plume y que ie ne tremble , de peur d'en trop Ire, et que ie ne fasse d'estranges efforts pour m'en empescher. lesme à cette heure, ie meurs d'enuie, d'escrire des choses qu'il iltplus à propos de taire, et que peut-estre vous>mesme ne trouleriez pas trop bonnes. Car il me souuient , que par vostre deriere vous m'auez défendu de parler d'amour : et il faut que ie vous baisse, quelque peine que j'y aye. Et ie ne puis pourtant^ Madeioiselle, que ie ne vous die, que quelque passion que i'aye pour I guerre, il y en a quelque autre qui est bien plus forte en moy, R que ie connois que nos premières inclinations sont tousiours les lustrasses. Nous ne trouuons rien qui nous résiste. Nous nous apliochoiis tous les iours du païs des melons^ des figues, et des musjttSj et nous allons combattre en des lieux ^ où nous ne cueillerons pût de palmes, qui ne soient meslées de fleurs d'oranges et de ^«nades. Mais ie vous asseure, que ie quitterois volontiers ma part |b toutes nos victoires, pour auoirPhonneur d'estre à cette heure à

(I) Mourre ieu qui vient dltalie; qui se ioûe en montrant les doigts et en étUkX deuioer vn certain nombre, et la personne qui le deuine gagne. (Diein. de Richelet. )

vos pieds; et que j'estimeray toujours moins le tiltre de Conquer que celuy de

Vosire, etc.

Ce 10 Iiiiilot.

A MADEMOISELLE DE RAMBOVILLET.

LETTRE XXn.

Mademoiselle ,

le n'ay garde de trouuer rien à redire à vostre prudence : i qu'elle est jointe avec tant de bonté; et qu'elle ne s'employe moins à pouruoir aux biens des autres , qu'aux vostres mesa l'auouë que ie me fusse estonné d*estre le premier malheureux^ vous eussiez abandonné, et que vous eussiez fait sur moy Fappp tissage de cette vertu impitoyable, qui n'a encore pu compati i vostre générosité. Aussi, puisque les actions qui se font avec pi sont plus estimées que les autres, il ne faut pas tousiours chtfl toute sorte de seureté à bien-faire : et vous estes, ce me wak Mademoiselle, particulièrement obligée d'auoir soin des misenU puis qu'avec des paroles seulement, vous pouuez changer leur c dition. Celles que vous m'auez fait l'honneur de m^enuoyer, ont en moy tout Teffet que vous pouuez imaginer : et ie n'ay esté puis tourmenté de rien , que du regret de ne vous pouuoir tâi gner le ressentiment que j^en ay. Il est vray, MademoiseUe^i lors que vous ne voulez pas estre meschante , vous estes b | accomplie personne du monde : et la bonté qui est si aimaUi tous les sujets où elle se trouue , est beaucoup plus estimabh vous, en qui elle est mieux accompagnée, qu'elle ne fut ianuil personne. Te n'eusse pas tant différé à vous remercier tres-hioflj ment de celle qu'il vous a plu auoir pour moy, si j'en eusse tn l'occasion : et ie mets cette lettre entre les mains de la forti sans voir comme elle pourra passer au trauers de tant de difBci et de feux qui nous entourent. le croy pourtant qu'elle stfti heureuse pour ne se point perdre, puisque c'est à vous qu'elle dresse, et que vous ne manquerez pas de la receuoir parcel heur que vous dites que vous auez en toutes les petites eh Fen aurois icy beaucoup à vous dire qui ne sont pas petites^ et ie voudrois bien que vous sceussiez. Mais ie croy que vous T( que ie sois prudent aussi bien que vous, et que ien'escriue riei

DE MONSIEVR DK VOITVRE. 115

iijet à estre expliqué. Cependant^ quoy que nous soyons de contraire, je croy que ie puis dire sans crime, qu'il n'y a me dans le nostre, que ie suiuisse si volontiers que vous, et î seray toute ma vie auec toute sorte de respect et de véritable

Vostrey etc.

A MADEMOISELLE PAVLET.

LETTRE XXIII

Mademoiselle,

lois beaucoup plus d'interest que vous, que les richesses que m'auiez enuoyées, ne tombassent pas en d'autres mains que tiennes. De tous les biens qui me sont restez, il n'y en a point 'aymasse moins perdre que ceux que vous me faites : et ie me Tay de tous les autres, tant que ie ioûiray de ceux-là. Si les es que vous m'auez données ne peuuent rompre les miennes , m'en feront au moins porter la douleur auec patience : et il me te que ie ne me dois iamais plaindre de ma colique, puisqu'elle )rocuré ce bon-heur. le ne puis pourtant m'empescher de vous

que cette générosité vous a pensé couster bien cher, et qu^il en est gueres fallu que ces pierres n ayent esté des pierres de de pour vous. Celuy auec qui ie demeure, sçait que vous me s l'honneur de m'escrire , depuis que ie luy fis voir le billet où luy faisiez vos baise-mains. Festois avec luy lors que vos Letme furent rendues. Il reconnut ou deuina vostre escriture en ntle dessus; et ie ne niay pas que ce n'en fust. Teus la curiok voir premièrement vn papier qui me sembloit plus pesant les autres : et l'ayant ouuert , j'en tiray en sa présence vn bra- . le plus brillant et le plus galant qui fut iamais. le ne vous puis combien ie fus surpris , de trouuer vne chose que j'attendois si k vous; et de voir que j'eusse esté si peu discret en la première irque vous m'auiez faite. le deuins plus rouge que le ruban rous m'auiez envoyé : et celuy deuant qui j'estois, prit vn visage

severe, que si c*eust esté Mademoiselle d'Attichi (1) qui me

Le comte du Maine en estoit amoureux, et IVpoiisa depuis. (Note de nant.)

Teust donné. Mais ayant leu vostre Lettre, ie trouuay que ce

roissoit vne faueur, estoit vn remède , et que le bracelet n'ei

enuoyé à vn galant, mais à vn- malade. Quoy que vous disi

demoiselle, il me semble que ie suis extrêmement bon. (

qui donnerois tout ce que j*ay au monde , et que vous eus

pour moy vne galanterie comme celle-là : j'eus du contentei

ce rencontre, que ce n'en fust pas vne, et fus bien-aise de me

moins heureux , et que vous parussiez moins coupable. Air

ce coup, TEjade a eu pour vous vn effet que vous n'attenc

d'elle, et sa vertu a défendu la vostre qui estoit accusée, et

ce me semble, d'estre jugée bien rigoureusement. Apres i

ne la puis tenir que bien précieuse : et venant de si bonne ms

vne grande foy en elle, i'auôis besoin de ce remède, en vn

il n'y en a point d*autre,' et où Ton doit plustost attendre i

des pierres, que des hommes. Que s^il vous souuient d'vne j

larité que Ton nous a dite autresfois de ce lieu, vous plaindr

dauantage ceux qui ont la colique. Quand vous ne sçaurez

que ie veux dire, ie n'en seray pas fasché. Car pour un homni

pu imaginer un moment que vous l'auiez fauorisé, ce discoui

pas trop galant. le vous diray seulement, Mademoiselle , qu

estes extrêmement obligée d'auoirsoin de moy. Car outre qi

auez eu le mesme mal, ie vous apprens que pour cette fois 1

vient de la mesme cause : et que les Médecins de Madrid in

nent les mesmes conseils, que nous ont donné autrefois Mons

la Grange, et Monsieur de Lorme. Dans vos plus sombres hui

vous n'auez iamais esté plus solitaire, plus farouche, ny plw

maine, que ie le suis icy. Vous ne sçauriez vous imaginer c(

la vie que j^y fais , est différente de la mienne passée : et voi

estonnerez quelque ioiîr, quand ie vous diray, que j'ay pasi

mois sans parler à vne femme , sans gronder, sans disputer

jouer, et, ce qui est plus estrange, sans me chauffer vne seul

Gela est espouuantable seulement à raconter. l'ay souffert vn

plus perçant que celuy de France , en vn lieu où l'on ne voi

de robes de chambre, ny de cheminées, et où l'on ne fait ian

feu, sinon pour le gain d'vne bataille, ou à la naissance d'vn I

Dans cette misère , i'ay souhaité souuent le feu de Thostel de

boùillet, et regretéle temps que ie refusois d'estre le Gyclop<

plus aymable personne , que celle qui gouuerne leur Maislre.

estre bien sçauant pour entendre cecy. Mais si vous deuine

dont ie veux parler, ie vous supplie tres-humblement, Mac

5eUe, de me permettre de l'asseurer icy, que ie l'honore auc

DE MONSIEVK DE VOITVRE. 117

sion que iamais , et que ie me consolerois de mon absence y 'oyois qu'elle eust fait en elle le mesme effet qu'en moy. Car^ lentir^ elle a redoublé Taffection que i'ay eue de tout temps seruir : et m'ayant fait oublier tous les dépits qu'elle m^a e ne me souuiens plus que des excellentes qualitez qui la renimable et admirable. Quelque mine que ie fasse ^ il m'estoit irs resté sur le cœur quelque chose contr'elle : et ce n'a esté ma dernière maladie que ie luy ay pu pardonner le tour me fit vue fois en vostre présence , lors qu'elle me pensa lec vne aiguierée d'eau (1). Mais à cette heure ^ j'ay changé ^ desh*s de vengeance , en souhaits de la voir, de l'honorer, a seruir : et s'il y-a quelque personne au monde que j'ayme l'elle, c'en est seulement vne, qu^elle ayme aussi plus qu'elle- ). Pour celle là, ie luy garderay toujours dans mon esprit, et ion estime, vn rang tout particulier. Elle n'aura iamais dans ffection, de compagnie , ny de pareille, non plus qu'elle n'en . dans le monde. Et si ie ne vous aimois que d'amitié, j*auoue ne vous aimerois pas tant qu'elle. Ne froncez pas le sourcil ela : et ne trouuez pas estrange, que ie n'éuite pas dans mes \ les choses qui vous peuuent choquer, puisque vous n'auez te considération pour moy dans les vostres. Car quel besoin 1 de me dire de ces deux personnes, qu'elles ont fait des conices nouuelles, qui leur pourroient faire oublier leurs anciens Et à quel propos mettre cela à la fin de la plus obligeante du monde? Si mon mal se pouuoit guérir, comme la fièvre , par vne grande appréhension, cette malice pourroit estre à quelque chose ; et encore vous serois-je peu obligé, quand i^auriez guery de la colique, en me donnant de la jalousie. donc , s^il vous plaist, à me mettre en repos là-dessus. Car, lentir, cela a troublé le mien , et j'en ay moins bien dormy . l'auois desia quelque disposition à cette crainte : non pas doute aucunement de la bonté de ces Dames; mais ie songe it, quelle dangereuse chose c'est qu'vn grand esloignement. mot. Mademoiselle, il n'y a que vous, dont ie me doiue as- . Car pour résister à vne si longue absence, ce n'est pas assez constante, il faut encore estre opiniastre. Mais puisque vous ; fait la faneur de me mettre au nombre de vos amis : ie sçay le mon mal-heur ne vous en fera pas désdiro , et que vous ne

ne craignoit rien tant que d'estre mouillé, et mademoiselle de Ramlui jetla vn iour vne aiguierée d'eau sur la leste. (Tallemant.)

Hg LETTRES

voudriez pas que la fortune vinst à bout d'vne chose ^ tant de bons Religieux^ et tant de gens de bien n'ont pi s'il y a quelqu'autre personne qui me fasse l'honneur c ie ioùis de ce bon-heur auec crainte, et comme d'vn puis perdre, et dont le temps m'oste, peut-estre, to quelque chose. Vous me dites, que la Maistresse de lav< pas oublié. le ne sçay si ie pourray deschiffrer cela. A tresse, n'est-ce pas vne Demoiselle qui a les yeux fort i le nez vn peu retroussé, tine, fière, dédaigneuse, gloriei bonne et meschante, qui gronde souuent, et qui neani tousiours, qui est honneste fille, et qui a vne mère qui et que j'aimay vne fois depuis Bagnolet jusqu'à Gharon celle-là , sa Maistresse , sans mentir , mérite de l'esti monde : et i'ay soustenu huit mois durant dans cette Ce a rien sous le Ciel de si beau, ny de si bon qu'elle. Te plaisirs ensemble , ne m'ont pas esté si sensibles que le respandu beaucoup de larmes, où elle a eu la plus i Aussi faut-il auoùer que cela est estrange, et bien dif que sa naissance ait esté si heureuse , et que sa vie le s qu'vne personne ait eu ensemble toutes les grâces, disgrâces du monde. le reçois l'honneur qu'elle me fa le respect et toute la ioye que ie dois : et ie prie Dieu sole, comme elle console les autres. Cette bonté deuroi coup de honte à cette Dame, sur qui l'on trouua vne foi Mais il me semble que vosire Maistresse vous est trop me rien dire, et que sans me donner sujet de jalousie uoit faire quelque compliment. Vous auez grand soin el de Tamitié de vostre seruiteur. Si ce n'est le mesme qu ne trouuerois guère bon que vous vous en souuinssiez t luy-là mérite toutes choses, et il n'y a rien que ie luy p Pour Madame de Clermont , quand vous ne m'en diriez ie ne laisserois pas d'estre asseuré qu'elle me fait m'aymer; connoissant sa charité, comme ie fais, ie m de son affection : et c'est assez d'estre du nombre des ; estre de celuy de ses amis. Dans la ioye que ie reçois que me font tant de rares personnes, i'ay vne extrémi voir, que vous ne me dites rien d'vn homme, dont voi le souuenir m'apporteroit vne grande consolation. L Mademoiselle, que ce n*est pas vostre faute, et que que vous n'auez autre chose à m'en faire sçauoir. Il n' mon raal-heur qui me touche dauantage que cela , ny e

jB çevae ^ souffrir. Tay peur qu^il ne trouue pas bon que ie parle tolxKj. Mais cette considération ny pas vne autre , ne me sçauroit ^^ ^ estre ingrat, ny empêcher que ie ne publie par tout où ie •me toouueray, qu'il n^y a point d'honmie au monde qui mérite plus #» ses amis Tayment, et que ses ennemis Testiment. Si M' le 'tfiûiirte de Guiche est à la Cour, permettez-moy, s'il vous plaist, i fie ie le supplie tres-humblement de songer quelquefois à moy, et f* donner vn exemple de sa constance, en aimant vne personne si PMgnée et si inutile. Feus Pautre iour du plaisir, en trouuant ^••temoiselle de Montausier dans la Gazette. Mais il me semble IVllseroit plus raisonnable que le Damoiseau y fust : et selon que ^leconnois, ie ne croirois pas que la renommée de Mademoiselle ^ sœur dût aller plus loin que la sienne. le voudrois bien qu'il sceùt N ie suis toujours son tres-humble seruiteur, et que ie luy sou- ^'tte tout le bon-heur, et toutes les belles auantures qu'il mérite, «icepte pourtant vne Demoiselle, pour qui ie Tay craint autre- Ois : et j'asseure icy celle-là mesme, qu'elle sera la plus ingrate du Bonde, si iamais elle m'oublie, pour qui que ce soit. Car, sans MQtir, la passion que j'ay pour elle, est au delà de tout ce qu'elle 1 sçauroit penser. Que si après cela, elle la paye d'vne trahison, imployeray quelque iour le fer et le poison pour m'en venger. DOS ne sçauriez deuiner. Mademoiselle , celle de qui ie veux parr : et c^est vn secret trop important pour le confier à personne. le 108 supplie seulement de faire voir cet endroit à Mademoiselle du n. Mais ie m'accoustume à faire de longues Lettres, et i'ay peur ) vous lasser. Cependant , il me reste encore mille choses : et ie 8 fais une extrême violence, de me contenter de vous dire que suis.

Mademoiselle, Vostre, etc.

De Madrid.

A LA MESME

LETTRE XXIV

Mademoiselle,

Vousdeuez croire plus que personne, que le changement de pais m a point apporté en mon esprit. Car ie vous asseure qu'il n'y en ra iamais en moy pour ce qui vous regarde. Si vous pensez que

j'aye des affections à tout prix^ croyez aussi que ces prix-là «ni justes et prop(niionnez à la valeur des personnes. Tant que ie smuray cette regle^ vous deuez estre asseurée que ie n'auray point de passion plus violente que celle de vous seruir. Si cela est sekmli raison^ il n'est pas moins selon mon inclination : et vous dem croire^ que ie ne m'cmpescheray iamais de vous aimer ^ vous qui dites tant que ie ne me sçaurois contraindre^ et que ie ne suis poini prudent en tout ce qui est de mon plaisir. le n'en ay point, ie von iure, de plus grand qu'à vous honorer^ et à m^imaginer souoeot toutes les bontez et les beautez que ie connois en vous. Quoy queka présents que vous me faites soient empoisonnez^ ie les reçois de foit bon cœur : et ie receuray tousiours de mesmetout ce qui me viendra d^ vostre part. Tay esté bien aise. Mademoiselle, de tromur ma justification dans les mesmes pièces par lesquelles on me pensd conuaincre. Ces deux arcs de couleur noire, dont il est parlé doi les Stances du Garçon, montrent qu'elles n'estoient pas pour II Demoiselle. Elle mérite ce nom-là, aussi bien que Mademoiselieà Neuf-vie : et ie vous asseure que les tablettes sont venues en m mains de la mesme sorte. L'affaire de Mademoiselle Mandat esttt core plus innocente : et si vous en auez ouuert des. Lettres, c^eil vne grande meschanceté que de m'en faire tant la guerre. l'ay kl neantmoins auec honte, les Stances que vous m-'auez enuoyées :é ie me trouue bien plus coulpable d'auoir fait de mauuais vers, qM de mauvaises galanteries. Gela m'a fait voir que depuis que Mon sieur de Chaude-bonne m'a réengendré auec Madame, ouHade moiselle de Rambouillet, j'ay pris d'eux vn autre esprit : et qn j'estois vn sot garçon en ce temps , où Mademoiselle Du[detti dit, que j'estois si joly. Mais, Mademoiselle, quand on me voudli faire de ces affrons, ie vous supplie de ne vous en point chaiffî On mande à vostre Mary, qu'il ait bien du soin de moy, et qa^ m'enueloppe dans de la soyc et dans du cotton : et on fait a mesme temps tout ce qu'on peut pour me faire mourir. le troon Tauis de Mademoiselle de Bourbon excellent, de meconseruerdaii du sucre. Mais il en faudroit beaucoup pour adoucir tant d'amei tûmes : et j'aurois après cela le goust des petits citrons confib Auec mille grâces tres-humbles, ie ne puis reconnoistre l'extrém honneur qu'elle me fait de se souuenir de moy . le souhaitte de toi mon cœur que cette Aui^ore (car ce nom que vous luy donnez 11 vient bien) soit suiuie d\n aussi beau iour qu'elle le mente , et qi tous ceux de sa vie s(Ment exempts de nuages, et aussi clairs et fl reins que son visage et son esprit, le baise tres-humblemenl I

DE UONSIEVR DE VOrTVRE. lii

mains^ et auec toute la passion que ie dois^ à Madame deClermout, et à Mesdemoiselles ses filles. le remercie ti*es-humblement Monsieur Godeau des vers qu'il m'a enuoyez. le les ay trouuez , comme le reste de ses ouurages, lesquels ie relis tous les iours : et ie n'estu* die quasi plus que dans les choses qu'il a faites.

A LA MESiME.

LETTRE XXV

Maobmoisellf^

le receusily a vnmois^ vne Lettre que vous me faisiez l'honte m'escrire , du 20 lanuier. Le dernier ordinaire m'en a apporté vne autre du 26 du mois passé. Et j^ay eu auec toutes les Aux beaucoup de papiers qu'il vous a pieu ni'enuoyer. Vous INmuez iuger qu^il n'est pas raisonnable, quoy que vous disiez^ ^ne ie reforme les louanges que ie vous donne, ny que ie commeiKo à dire moins de bien de vous, lors que j'en reçois le plus, le ne •yAs pas respondre à la première, pource que j'estois malade au taips que le courrier partit. Et comme les joyes des misérables ne durent gueres , le lendemain que ie Teus receuë ma colique me teprît, à laquelle ie ne songeois plus, et ie payay auec dix-sept iours de douleurs, vn iour de contentement. Madame de Clermont we fait vn honneur que ie ne sçaurois mériter, et ie ressens , comme ie dois, l'extrême obligation que ie luy ay. Mais ie ne ttomj pas qu'elle m'aime tant qu'elle dit, ny que j'aye beaucoup départ en ses prières, si ie continue à auoir si peu de santé, et si peu de fortune. C'en est vne, au reste, pour moy, la plus grande que ic ne sçaurois iamais espérer, que la Dame que vous sçauez que ie mets tousiours au dessus de toutes les autres , veuille auoir 8oin de ce qui me regarde. H n'y a point d'Oracle , que ie tienne {dos certain que sa préuoyance : et ie reçois ses conseils et ses ooiiunandemens, comme s'ils me venoient du Ciel. Quoy que ie ne tiouue point dans mon esprit d'assez haute place pour elle, ie la JMiis asseurer que ie l'y ay tenue toujours présente dans tout ce qui m'est arriué. Elle m'a souuent consolé dans mes plus sensibles déplaisirs : et la partie de mon ame oii elle estoit, a este cxcuiple des troubles et des desordres où ukîs misères m'ont mis. le la iwiere comme la plus noble, la plus bdio , et la plus parf^ûtc cJiow»

que j'aye iainais veuë. Mais tout le respect et toute la veneratki que j'ay pour elle , ne peuuent empescher^ qu'auec cela^ ie Tain tendrement^ comme la meilleure personne qui soit au HKmdi raduoûe que Mademoiselle sa fille n^est guère moins bonne, s^ile vray^ comme vous dites ^ Mademoiselle^ qu'elle se souuienned moy. le voudrois bien payer en quelque sorte cet honneur. Mais me semble que ce n'est pas assez d'vn cœur pour Madame sa mot et pour elle ; et quand IVue y a pris sa part ^ il en reste trop pe pour Fautre. La faueur que me font trois si excellentes personnel me soulage de toutes mes peines et m'en donne quand et quan vne nouuelle , de ne pouuoir iamais m^en rendre digne^ ny ténwi gner comme ie voudrois le ressentiment que j*en ay. Puisque od mérite des grâces infinies^ ie vous supplie tres-humblement» liadi moiselle^ d'employer les vôtres^ et cette éloquence qui vous esti naturelle , pour les remercier: et assistez-moi en ce besoin ^VH qui m^estes tousiours si secourable. Quand ie songe que vous i elles me faites Thonneur de vous ressouuenir de moy : iem'eston| qu'estant si heureux en cela y ie sois si mal-heureux d'ailleursj i qu'il puisse arriuer tant de mal à vn honmie qui a tant d'Aoff tutelaires. le n^ay encore pu résoudre lequel est le plus grand, d bon -heur d^en estre aimé, ou du mal-heur d'en estre absent :< ie trouue qu'il n'y a personne que l'on puisse tant enuier que mq ny que Ton doiue tant plaindre. Fay encore plus de raison de A cecy, si ie ne me trompe point en lisant vostre Lettre. Et sll fl vray que la Dame, dont vous défendez tant la générosité, sansqo l'on Taccuse , m'ait fait ^honneur de m'escrire, ie reçois donc! ment toutes les réprimandes que vous me faites sur ce sujet. 1 vous supplie pourtant de croire, que mon dessein n'a pas îs^i me plaindre particulièrement d'elle ; mais n'ayant receu des recon mandations que de deux ou trois personnes, ie me plaignois c gênerai de toutes les autres , de qui ie n auois pas oùy vn m depuis que ie suis icy. Il est vray qu^elle auroit, ce mesembh plus de tort que pas vne, elle qui a la plus grande mémoire i monde, d'en manquer seulement pour ses amis : et sa pensée ajfl passé beaucoup de fois les Pyrénées pour Alcidalis, et po imaginer en Espagne des personnes qui n'y furent iamais, j'aiiM sujet de m'estonner qu'elle ne songeast pas à celles qui y sont, qui sont à elle. Que si elle m'a fait Thonneur que vous dites, ri a beaucoup passé mon espérance , et fait bien dauantage pour ffl que ie n'eusse osé demander. Mais cela ayant esté , c'est vne pe à laquelle ie ne me puis résoudre. le sçay, Mademoiselle , que si

vous en die rien^ vous imagiuerez bien auec quel regret ie la e. Mais vous qui prenez la peine de m'enuoyer les Lettres de ; , et la copie de toutes les belles choses^ vous ne deuriez pas, ï semble, oublier celle-là. Tay veu auec beaucoup de plaisir on luy a enuoyé sur la mort du Roy de Suéde : et ie suis lise de voir que les. beaux esprits luy rendent toujours l'homet la reconnoissance qu'ils luy doiuent. Le Sonnet ma semblé eau y et la Lettre fort galante. Ty ay remarqué , que celuy i fait, deuoit bien connoistre Thumeur de la personne à qui il loit , puis qu'ayant perdu vn Amant, il ne luy en dit pas vn le consolation. De bonne fortune pour nous, elle est plus e pour ses Amis, et puis qu^ellc se souuient de celuy qui est le Ire des siens, et qui mesme ne sçauroit iamais mériter ce nom, es autres sont en seureté. Pour moy, quoy que j'aye oùy dire uesfois à cet homme que vous dites qui est si seuere, et qui ie n^ose rien mettre icy : j'ay creu qu'il estoit impossible e personne, qui fait naistre de Famitié en tous ceux qui la it, n'en eust point en elle, et qu'ayant receu tant d'excellentes ez de Madame sa mère , elle n'eust point vne des plus belles, e la meilleure amie du monde. Vous voyez. Mademoiselle, le ie me sçay corriger des fautes dont vous me reprenez. Tay les auoir reparées par ce que ie viens de dire; et auoir satisfait eproches que vous me faisiez, de vous louera son préjudice, lieux aimé me dédire de ce que j'auois pensé d^elle , que de e j^auois dit de vous , et il m'a esté plus aisé d'augmenter ses ges, que de retrancher les vostres. l'ay reccu vostre ludith de on cœur; ie dis de fort bon cœur, pource qu^elle le mérite, >si pour l'amour de vous. Car ie pense que vous aimez particu- Qent cette histoire , et que vous estes bien-aise de voir vne 1 de sang, et de meurtre, approuuée dans TEscriture. le n'ay l'empescher en la lisant, de in'imaginer que ie vous voyois t \Tie espée dans vne main , et la teste de Monsieur de Saint- )n dans l'autre. Vous me dites que celuy qui Ta faite, est le le qui a traduit les Epîtres de S. Paul. Vous ne songez pas, moiselle , qu'vne personne qui a eu tant de maladies, et de aisirs, doit auoir perdu la mémoire de beaucoup de choses, paiement occupant tout ce qui luy reste, en des sujets où st si bien employée. Vous m'auez mis en vne pareille peine me autre Lettre, en me disant que vostre seruiteur me fait commandations. Quel moyen de deuiner cela ? D'abord ic nie naginé que c'estoit vn Cardinal; et puis vn Docteur en Thno-

logie ; après j'ay pensé que ce pourroit estre vn Marchand de la rai Aubry Boucher^ ou vn Commandeur de Malthe^ vn Conseiller di la Cour, vn Poëte , ou vn Preuost de la Ville (1) ; et il n'y a pas m condition de gens, où ie n'aye trouué quelque sujet de douter. Qui si d'auanture c'est vn ieune Gentil-homme fort blond et fort hianc et qui a extrêmement de l'esprit, rien ne me pouuoit arriuer qa me donnast plus de contentement , que le tesmoignage qu'il nu rend de se souuenir de moy , et ie tascheray toute ma vie à mérita son affection par mes tres-humbles seruices. Dans quelque pauuretc que ie sois , ie voudrois qu'il m'eust cousté mille escus, et pounoii jouer vne pai'tie à la paume auecque luy. Cela n*eust pas esté impossible, si on m'eust laissé la liberté de suiure mon aduis. Cai j'auois résolu asseurément de retourner par Paris : et vous m'eusâei pu voir vn de ces iours de la religion de Monsieur d'Aumont. Mail ie me soumets et j'obeïs, quoy qu'auec assez de peine. le ne paî dire asseurément quand ie partiray d'icy, si dans vn mois, du| deux, ou dans trois. l'y ay dit à vn homme l'obligation qu'il v(M| auoit de vostre souuenir. Il vous remercie tres-humblement^ et vA donné charge devons dire, qu*il est vostre tres-humble seruiteair. Nous tenons nostre mesnage ensemble, et viuons dans la plu grande amitié qu'il est possible. l'en demande pardon à la Dam que vous sçauez : et ie luy laisse à iuger, elle qui s'entend à l'ad uenir, ce que cela me promet , et si ie ne pourray pas estre quelq» iour en bonne subsistance, aussi bien que luy. Voicy, Mademoiselle vne grande Lettre, à laquelle vous n'auez que la moindre part, oi ie n'ay rien dit de ce qui me touche le plus. Voila ce que c'est A ne point respondre aux galanteries que ie vousescris, dem'enuoyei des lettres, où vous ne parlez que de vos amies, et ne me dite quasi rien de vous. Quelque dessein pourtant que j'eusse de m'ei venger, ie ne puis m'empescher de déclarer icy, que ie redis pom vous seule, toutes les paroles d'estime et d'affection que j'ay dite pour chacune d'elles ; et que ie suis tout d'vne autre sorte ,

Mademoiselle , Vostre, etc.

De Madrid.

(1) Le cardinal se nommait la Valette; le théologien, Dubois; le ma chand, Bodeau ; le commandeur, de Sillery, le poète, Bordier; le prévôt < la ville, Séguier de Saint-Brisson.

DE MONSIEVU DE VofTVRE. |->.%

A MO>STEVR DE CHAVDE.F5n»E I .

LETTRE XXVI

Monsieur^

le vous cscriuis il y a dix ou clouz^* iuur-î . «=•'. \«.j- fTf/i.r*:o:> »!»• deux Lettres qu'enfin j'ay rt'CfU*'S fk' vûiH. ^i ^'^u* -viu:-/!..- ujhtentement qu^elles mont apfKjrlé, vou^ «luri»'/ r».::i:: *[*: l- iii.-:i auoir pas escrit dauantage, et de ue in.fi'j'.i- [/.-.^ •i'jr.r;.- '.-♦.♦»; 'o:.solation en vn temps, où j'en auoii tant d»: i- -!-,.::;. Madrid . q-ii .-«î» le plus agréable lien du monde p«>ur k-s -^h'.u^ •.-•. 1.-* d'-iitU' h*-/, «r^t le plus ennuyeux pour les gens de bi»:rj .. •:*. j. .•]:• I»-^ rn^lad*:- : «:i lorsque le Caresnie empesche \*:< Co!iiedi».'S. :»r n- -ï^vi».-.*: pa^ qu'il y ait vn seul plaisir dont on puisse jouii en coi-'yv-:.'.*.. L*»rijriuy «rt h solitude oii ie m\ suis trouuê. Ofit *'ai* di ::.,.::.• ku inoy \n jy^rj effet. Car ils m'ont reconcili»* auec k? 1j:î':"> ry: j a.. :i qu::*»-/ depuis quelque temps; et ne tiv.uuarj: [r !:.t :iy ôau*:.-? plâisii-î . i'ay esté contraint de gouster f:»rluy d- id l-':u:.-. Pîvf.ur«.z-\<>ub donc. Monsieur^ k me v«-»ip quasi a'j^^i F::-Oy7î>!:*r ru*.- \vu>;«rl imaginez-vous combien doit auoir p:'>fjv-- \:i i:- :;'rij.. . q*.: duiaut sept mois n'a fait autre chose que dVtudi-:. '.iî a« >!f«f îîuiladn. Que s'il est vray qu'vne des principale^ fiî.- d-r h J^: .!<>y.'pîjii' . «.-vt lemespris de la vie. il n'y a poiiit d».- *. b^:- Mcîi^Tî•: tyM: la r '.'liqm-: etSocratcni Platon n»? p»-isuad»vîj- p.-».- -i y.i'.^^<iiiiin':u\. Klk lua donné depuis peu vne leçon de dix-^rpt i..,i.:i ^ •]...:. i il me souuieîidia lODg-tempS; et m*a fait coDîid-r:;.r K-aU'. visj» de l''.»iï f;oîJib:«^'j noLi> sommes foibles, puis qu'il ne faut que 'loi^ ;:rai!is d*.- ^able jy^ui nous abbattre. Que si elle me Ictit «sM-e d«r quelque Seeîe.. 'e ne sera pas de celle qui maintient, qu».* la douleur n'evt point niai . et que le Sage est toujours heureux. Mai^quoy qui Hj\irriue. Monsieur, ie ne sçaurois estre ni l'uj ni l'autre, &an^ f'^tre aupré& d** vous : et rien ne me peut tant aidei- pour ton»? leb d»'U.\.. que vo^tre exemple, et vo^tre prêsen^^e. le ue sç•a^roi^ pourian: dire <juand ie sortiray d'iey : et attendant de Tarifent . et (\i'< iioninn.^ qui vienne» it par la nier, j'ay peur d*y demeurei i»lus qu«- i-.- ne vuudroib. (jai ce sont deux chosev qui ne vieniient pa^ toubiour? a jjoint nonjnie. le voui iiipplie donc tre>-hunibleTnent , de ne my pas oublier m

i, De la miiw.»!. du i'uitvSaLiiiM;.'l.ii. ♦•ii l>auj»h?iM' ('riail I ami intiiu» !»• madame O" hamli'niiilet.

i2(» LETTRES

long- temps que vous auez fait; et de me témoigner en me Thonneur de m'escrire , que vous reconnoissez la vraye affectioQ aupc laquelle ie suis ,

MoiNsiErB; Vostre^ etc.

A MADEMOISELLE PAVLET.

LETTRE XXVII

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