SL4 DEMOISELLE
Puisque la faveur que vous m'auez faite de m'écrire, ne pouuoit receuoir de prix, et qu'il n'estoit pas en moy de la mériter^ vous ": ne la deuiez pas discontinuer, quoy que j'aye témoigné de manquer j à la reconnoistre. L^cstat où j'estois il y a deux mois ^ me contnh I gnit de laisser partir l'ordinaire sans vous escrire : et si cela a esté 1 cause, comme il y a apparence, que celuy-cy ne m'ait point apr| porté de vos lettres , ie vous asseure que c'est le plus grand ni | que ma colique m'ait iamais fait. Puis qu'elles me sont si neces* ' saires , ne refusez pas, s'il vous plaist , Mademoiselle , de me donUBr secours : et vous qui estes si charitable pour ceux qui sont CAS affliction, témoignez de Tes Ire pour vne personne qui en a de tant ■• de sortes. Vous y estes dauantage obligée, puisque la plus grande des miennes , à laquelle ie sçay moins résister, est de me voir esloigné de vous. Que si auec ce regret, j'en ay quelque autre sensible, c'est pour des personnes que vous n'aymez pas moins que vous-mesme. le vous supplie tres-humblement de leur dire soih uent, que la passion que j'ay pour elles, ne se peut dire : et conseruez-moy tousiours quelque place dans leur esprit, vous qui y en auez vne si grande , afin qu au moins nous puissions estre là ensemble, si nous ne le pouuons ailleurs. Pour vous, MademoiseUei ie vous supplie encore vne fois, de ne me point abandonner. L^honneur de receuoir de vos lettres, est vn bien que ie n'eusse plll «sperer, mais dont ie ne me sçaurois plus passer, à cette heun que j'y suis accoustumé. Ne me l'ostez donc pas, après me l'anoir donné si généreusement, et n'allez pas en cela contre deux vert» ' qui vous sont si naturelles , la libéralité, et la constance. N'estant pas en mon pouuoir de payer cette obligation , au moins ie ferty des souhaits pour cela : et ne demanderay iamais rien de si bon
ir à la fortune , que de vous pouuoir tesmoigner que ie suis iicoup plus que ie ne le dis^
Mademoiselle, Vostre, etc.
A LA MESMK.