A MADAME ** LETTRE LXXV
Madame^
Puis que le iour d'hier m*a duré plus que les trois derniers mois que j'ay esté sans vous voir, et qu'il n'y a icy personne qui prenne mes lettres, trouuez bon que ie vous escriue, et que ie vous die que ie ne fus iamais si amoureux. Trois ou quatre choses de celles que vous me dites l'autre iour, me sont tellement demeurées dans l'esprit, que ie n'ay pu depuis apprendre pas vne de celles que Ton m'a dites. De plus, ce que vous m'accordastes du bout des levi-es, et que vous fistes pour m'obliger, est tout prest de me perdre, et ie trouue par expérience que vous m'emprisonnastes, lors que vous pensiez me secourir. Cela fait vn bien plus beau feu que ces bois aromatiques que vous auiez préparez pour moy, et il faut croire que la flamme en est bien agréable , puis qu'elle me plaist , lors mesnic qu'elle me deuore. Aussi ic ne vous demande pas de secours on Testât où ie suis, io ne voudrois pas des remèdes qui la pourroien»
DE MONSIEVR DE VOITVRE. m
esPteîndre^ et ie me passeray bien de ceux qui la pourroient soulager. Ce dont ie vous supplie seulement , c'est que ie brusle en vostre présence^ et puis que j'ay à estre consumé , que cela m'arriue chez vous^ afin qu'au moins les cendres vous en demeurent. Celles d'vn Amant si respectueux^ si raisonnable , et si peu intéressé, méritent bien d'estre gardées : et vous ne deuez pas refuser cette faneur à vn homme qui prend tant de plaisir à mourir pour vous.
Madame^ quand j'ay pris la plume, ie pensois vous demander seulement, si vous iriez demain à la Comédie des petites Saintot : mais ie n'ay pu m'empescher de vous escrire cecy, qui ressemble , à mon auis, bien fort à vn Poulet^ quoy que vous n'ayez pas accoustumé d'en receuoir de pas vn de vos quarante-trois Amans. le vous supplie de lire celuy-cy de bon cœur. Si vous pouuez vous empescher demain de sortir, vous m'obligerez infiniment. Mais au cas que vous ne vous puissiez défendre d'aller à la Comédie , au moins plaignez-moy, et en voyant toutes les morts qui y seront^ souuenez-vous de celles que ie souffriray au mesme temps pour vous.