A MADAME DE SAINTOT
LETTRE LXXVI
Madame ,
En ne pensant faire qu'vne petite galanterie, vous auez escrit la plus galante lettre du monde. Tout grand furisconsulte que ie sois, ie me trouue bien empesché à y respondre, et ie vous auoiie que vous &a sçauez plus que moy. le m'estois desia bien apperceu que vous auiez tonsiours ce même esprit que j'ay toute ma vie admiré , et que de toutes choses vous n'auiez rien oublié que moy. Mais il est vray^ que ie ne me fusse pas imaginé que vous eussiez appris à écrire, depuis que ie ne vous vois plus, et que ie dusse iamais rien voir de vous qui fiist plus beau, et qui me touchast dauantage que ce que j'en ay veu autrefois. Apres cela ne doutez pas que ie ne fasse tout ce qui me sera poswsible pour faire différer le procez dont vous nie parlez; et quoy que vous m'en ayez autrefois fait un bien briîsquement , ie vous asseure que ie ne tascheray pas à m'en venger eu
Mî LETTRES
cette occasion. Mais n'estes-vous pas vnc meschante femme d'estrc venue troubler mon repos? l'estois dans le plus donx sommeil dn monde ^ et ie ne sçay pas s'il m'arriuera de ma vie de si bien dormir, le suis au desespoir de ce que vous ne viendrez pas aujourdliuy à TAcademie^ car vous pouuez iuger pour qui j^y estois allé. Temployeray tout mon crédit pour faire que l'on aille en corps vous supplier d'y venir. Mais si vous vouliez que j'y montrasse vostre lettre, cela sufIQroit pour vous y faire désirer de tout le monde. Adieu f ie vous iure que ie suis à vous , etc.