‹ Les œuvresChapitre 44 sur 149 · A MADAME DE SAINTOT · texte numérisé non relu

A MADAME DE SAINTOT

LETTRE LXXÏX.

Je suis au desespoir de ne pouuoir me promener auec vous. Mais

Madame la Princesse , et Madame de la Trimoùille^ me commandèrent hier d'aller à Ruel auec elles. Puis que vous vous promenez tous les iours : faites-moy demain^ ou après demain^ rhonneur que vous m'offrez à cette heure. En recompense ie vous laisseray disposer de moy comme il vous plah*â. Vous n'en sçauriez pas vser plus libiement que vous faites , de me donner de la sorte à qui il vous plaisU Il faut que vous gardiez quelque chose d'excellent pour vous, puis que vous faites de ces presens à vos amies. Mais si elles sont belies, comme vous dites : laissez-moy seul àlVne d'elles, et ne me mettez point en deux. Si ie m'y pouuois mettre y ie le ferois à cette heure, pour aller à Ruel, et pour aller auecque vous : et ie vous asseure qu6 vous auriez la meilleure part. L'auis que vous m'auez donné, fera que' ie m'ennuyeray auec Madame la Princesse , Madame de la Trimoûille, et Mademoiselle de Rambouillet. Faites, s'il vous plaist , des complimens bien passionnez pour moy, aux Dames à qui vous m'auez donné. le voudrois que Madame ^""^ en fust vne. Car sans mentir, ie la trouuay Tautre iour bien à mon gré. Mais voyez, ie vous prie, le pouuoir que vous auez sur moy. Quoy que ie ne les connoisse point, ie sens desia quelque inclination pour elles: et bien que ie n'aye iamais aimé deux personnes à la fois , ie voyvbien que ie feray tout ce que vous voudrez.

A MONSIEVR ARNAVD

sous le nom du souge Icas.

LETTRE LXXX

MONSIEVB,

Quand ie ne sçaurois pas que vous estes vn grand Magicien , et que vous auez la science de commander aux Esprits : le pouuoir que vous auez sur le mien , et les charmes que ie trouue dans ce que vous m'auez escrit, m'auroient fait juger, qu'il y a en vous quelque chose de surnaturel. Auec vos caractères, j'ay veu dans vn petit morceau de papier des Temples, et des Déesses : et vous m'auez fait voir dans vostre lettre, comme dans vn miroir enchanté, toutes les personnes que j'aime. Sur tout j'ay remarqué auec beaucoup de plaisir, le tableau , où vous représentez parmy des ombres, les plus belles lumières de nostre siècle, et me monstrez

soin qu*a eu de moy vne personne, qui n^a point aujourd'huy de areille , et à qui vous n'en connoîssez pas vous-mesme , quoy que ous sçachiez le passé et Tauenir. Mais vous , Monsieur, qui pouuez lécouurir les choses plus cachées et qui n^auez qu^à dire : Parlez )emons, iettez vn sort, ie vous supplie, pour sçauoh» ce que c'est pie cette créature, et faites-moy la faueur de me dire ce que vous 30 aurez appris. C'est sans mentir, vne curiosité digne d'estrè sceuë : et ie vous promets que îe ne reueleray pas le secret. Car en cela, comme en toute autre chose , ie suiuray tousiours vos commandemens , et vous témoigneray que ie suis,

Vosire , etc.

A MADAME LA MARQVISE DE RAMBOVILLET.

LETTRE LXXXÎ.

Madame ,

Sans alléguer Fhistoire sainte ni prophane , tout ce que vous escriuez est tousiours excellent. le recueille les moindres billets qui échappent de vos mains, comme les feuilles de la Sybille : et j'y estudie cette haute éloquence que tout le monde cherche : et qui seroit nécessaire pour parler dignement de vous. Que s'il est vray, comme vous dites , que cela me soit arriué ; et s'il est possible que ie vous aye bieu louée : ie me puis vanter d^auoir fait la plus difficile chose du monde, et celle, quand et quand, que ie désire le plus. Car ie vous asseure. Madame, que ie n'ay point d^enuie plus passionnée, que de faire voir au monde les deux plus grands exemples qui furent iamais d'vne vertu accomplie, et d*vne affection parfaite : en donnant à connoistre combien vous estes estimable , et combien ie suis,

Madame, Vosire, etc.

â^G LETTRES

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