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A MONSEIGNEVR LE CARDINAL DE LA VALETTE

LETTRE LXXXIL MONSEIGNEVB ,

le voyois beaucoup de raisons , de ne pas espérer si-tost de vos ; Lettres ; et ie jugeois bien qu'vne personne qui faisoit tant de chofies, n'en pouuoit pas beaucoup escrire. le me contentois d^entendie icy toutes les semaines crier vostre nom et vos victoires^ et de pouiuâr apprendre de vos nouuelles, en les achetant. Mais il est vray, qu'il estoit temps que vous me fissiez Phonneur que j'ay receu de vous: et l'insolence de quelques gens commençoit à m'estre insupportable f qui disoient tout haut, que le temps de leurs prophéties estoit arriué , et que ié me verrois bien tost auec eux conmie vne personne priuée. Il y en a mesme qui ont pris cette occasion de tenter ma fidélité. Vous ne sçauriez croire. Monseigneur, quds auantages Ton m'a offerts, pour me faire promettre de quitter vostre party cet hyuer, et de prester mes griffes contre vous deux fois la semaine. Cependant, quoy que ces offres m'ayent esté présentées par la plus charmante bouche du monde : j'y ay résisté auec toute la constance que ie suis obligé d'auoir, pour vn homme j à qui ie dois toutes choses ; et que ie trouue d'ailleurs si à mon gré, { que quand il m'auroit toujours haï,ie ne me pourrois iamaisem- ; pescher de le respecter, et de le servir. De sorte , qu'encore que ' j'aye à Paris ces attachemens, que ne manquent iamais d'y auoir ceux qui ne songent pas à commander des armées, et qui ne sont pas capables de ces hautes passions , qui tiennent à cette heure vn peu plus de la moitié de vostre ame : ie suis prest d'en partir toutes les fois que vous me Pordonnerez, et ie quitteray pour vous aller trouuer vne personne jeune, gayc et brune. le n'attens pour cela, que d'en auoir vne honneste occasion : et si les ennemis, conuneie le croy, ne vous osent attendre que derrière leurs murailles, et vous obligent à vn siège, ie ne manqueray pas de nie rendre auprès de vous. Aussi bien , pour dire le vray, j'aime mieux estre assiégeant qu'assiégé : et les Espagnols sont si prés de Paris, que quand ie n'en sortirois pas pour l'amour de vous, ie le pourrois faire pour l'amour de moy. On rompt tous les ponts d'alentour. On est prest à toute heure de tendre icy les chaisnes. Et lors que nous portons la terreur jusqiies sur les bords du Rhin, nous ne sommes pas bien asseurez sur ceux de la Seine. Dans le déplaisir que me donne ce desor-

DE MOiNSIEVR DE VOITVRE. 2â7

dre : ie vousauoûe^ Monseigneur^ que ie reçois quelque consolation^ de voir qu'en vn temps où nos affaires vont mal de tous costcz, elles prospèrent du vostre^ et que tandis que nostrc armée de Picardie se retire dans les villes^ que celle que nous auons en Bourgogne langmt dans les tranchées^ et que nous ne faisons gueres mieux m Italie, vous arrestiez Galas dans ses retranchemens ^ vous preniez des places à sa veuê, et que vous soyez le seul conquérant, et le seul victorieux. En effet, sans faire passer les choses pour autres qu'elles ne sont , les seuls progrez que nous auons faits cette année, nous sont venus par vostre moyen :

Te copias , te consiiium , et tuos Prxbente Diuos.

le vous supplie donc tjres- humblement. Monseigneur, de me commander d'dler prendre part à vos prosperitez , et d'aller voir Dostre bonne fortune au seul lieu où elle est maintenant. Aussi ]»en^ sans faire le vaillant, les exploits de Monsieur de Simplcserre De me laissent point dormir : et j'ay attaché au pommeau do mon espée j trois lettres de la petite Flamande, que ie veux mettre dans le corps d'vn Allemand. Sed quid ago? ciim mihisit incerium IranquUlo-ne sis animo, an vt in hellOy in aligna maiuscula cura negotiaueversere^ labor longiùs. Cùm igitur mihi eril exploratum^ te libenter esse risurum , scribam ad ie pluribus.

le n'ay pas craint de mettre encore celuy-cy, puis qu'il est de CSoeron : et ie mettray dans mes lettres le plus de latin qu'il me sera possible, puis que vous me dites que vous n'en lisez plus que là. Car, en vérité , ce seroit dommage que vous ouljliassiez lo vostre. Au pis aller, si vous l'oubliez, ie m'offre de vous le raprendre cet hyuer. le vous monstreray les plus beaux [massages de Virgile, d'Horace et de Terence. le vous expliqueray les plus diilficiJes, et ie vous feray connoistre les grâces secrettes , et les U-jniU-//, les plus cachées de cesaulheurs-Iâ. En un mot, ie vous rendray tout cm que vous m'auez preste, etc.

Mo>SEÏG5EVB,

Depuis cette lettre escrite . il ^s* w-riu ^fi «V/urn^îf, qu! h donri': Pauis que vous estiez dans Colmir U: --O'!- '^.hh^-Mff: qufr f*'V.f: non uelle a plus réjouy la Cour, q»i»: %'/*j- î- -. h^.:i q»il . ;. 'iot.n'fA 'Iiip tous l^^sbalets qui ^ypr^f-H?-:.". i >..*,. . .-;'';i-;/ -c^ ' .

2i8 LETTRES

personnes^ en ont eu vne joye et vne satisfaction infinie. A iav^ on se peut consoler de Pabsence de ses amis^ quand ils fon choses que vous faites : et iln^y a personne de ceux qui vous aii le mieux ^ qui pût désirer que vous eussiez esté icy plutost. mentir^ Mpnseigneur, cela est bien glorieux^ de secourir les  du Roy, en dépit de Thyuer, et des ennemis : et que vous , qu participez point aux réjouissances publiques , vous soyez le qui les iustifiez , et qui nous donnez sujet d^en faire.

AV MESME

LETTRE LXXXIII

MONSEIGM£VB,

le ne sçay pas pourquoy vous vous plaignez de moy : si ce i qu'à cette heure que vous auez les armes à la main, vous vc quereller tout le monde, et que préuoyant que les Eq[>agnol dureront guère deuant vous , vous cherchez desia des matière nouueaux differens. Il est difficile d'estre équitable et conque en mesme temps : et ie vois bien , que la vaillance et la justice deux vertus qui ne marchent guère ensemble. Il n'y a pas beaut de iours, queie vous escriuis vne lettre si longue, que ie crûs vous n'auriez pas le loisir de la lire : et ie ne me sens pas coupî d'auoir laissé passer vne occasion de faire mon deuoir. Quand i considererois pas , Monseigneur, les infmies obligations que ie ay, et que ie ne me soucierois point de donner quelque satisfa< de moy, au plus honneste homme que j'aye connu de ma vie, \ iours ne laisserois-je pas de vous escrire, et ie me garderois de donner aucun sujet de mécontentement, à vn homme, qu aujourd'huy le plus redoutable de France. Mais sous ombre que auez à cette heure vne infinité d'affaires ; que vous faites le me de trauailleur, de soldat, et de General tout ensemble; que soignez à fortifier un Camp , et à prendre vne ville ; à mettre Pc et la justice dans vne armée, et à rendre disciplinable vne m qui ne Fauoit encore iamais esté : il vous semble que tous les ai ont du loisir, et qu'il n'y a que vous qui trauaille. Cependan vous asseure que quand ie n'aurois icy autre affaire qu'à escc ceux qui disent de vos nouuelles, et à en dire à ceux qui en der

DE MONSIEVR DK VOITVRE. 229

teai : ie ne serois guère moins occupé que vous^ et il ne nie resterai que fort peu de temps à vous escrii-e. Telle personne qui se cootentoit les autres années de parler deux ou trois heures de vous, en parle maintenant six heures sans se lasser. Ceux qui aiment le goauemement^ et ceux qui le haïssent^ s'informent également de ce que vous faites : et il n'y a plus personne à qui vous soyez indif- Usteai, que ceux à qui la France l'est aussi. Gomme j'écriuois cecy, Monseigneur^ j'ay appris que la composition de Landrecis estoit faite ^ et que Dimanche prochain vous seriez dedans, le loue Dieu, et me resiouis auec vous : de ce que vous auez appris aux estrangers qu'il n^est pas impossible que nous prenions de leurs places, et de ce que vous auez rompu le channe qui nous en auoit empeschez depuis tant d'années. Louuain, Valence, et Dole, auoient i)ersuadé à nos ennemis, que nous ne gagneri<ms iamaisrien sur eux, et que le plus que nous pouuions faire, estoit de reprendre ce que Ton nous auoit osté. 11 sembloit que les plus meschantes villes deuenoient imprenables dés que nous les attaquions. Nos armées, qui iaisoient assez bien dans toutes les autres rencontres, se ruinoient, «t perdoient courage^ dés que l'on les employoit à vn siège : et quelque grande et victorieuse que fust nostre fortune, il n'y auoit point de» petit fossé, ni de si foible rempart qui ne l'arrcstast. Enfin, Monseigneur, vous auez changé ce mauuais destin. Vous auez monstre à ceux qui vous renuoyoient à Dole , qu'ils vous prenoient pour vn autre. Vous auez fait oiiir voslre canon , pour auisi dire , jusques dans Bruxelles : et ce bruit a fait reculer le Cardin$il Infant jusques à Gand^ au lieu de le faire auancer au secours d^me place que vous luy alliez prendre. Mais ce que ie tronue en cet exploit de plus considérable : c'est l'ordre , la diligence , et la certitude auec laquelle il s'est fait. Le iour que vous ouuristes vos tranchées, on put dire que Landrecis estoit à nous , et quand Picolomini et tous ces gens qui nous effrayèrent tant Tan passé, y fussent venus auec toutes les forces de l'Empire, ils n'eussent pas pu vous i'oster des mains. Nous nauîous pas accoustumé de nous prendre de la sorte à attaquer des places : et l'on peut dire que le premier siège que vous auez fait, a esté le premier siège régulier que Ton ave veu en France. ***

M.*** m'a fort pressé d'aller auec luy : et ie m'en siiis exciisf; sur des affaires tres-iraportantes, que ie luy ay fait entendre que j'ay icy. Ces affaires tres-importantcs : c'est vn siège que j'ay (■<>uiviuruv d'vne place assez jolie , et fort bien située, l'en ay fait la rirroniiîil ialion à la mode de Hollande . H. à la voslr*^' : fi rirolomini ru- rnr

2H) LtlTRES

açauroit empescher de la prendre. Les choses estant à mancées,! me déf^aîroit extrêmement de leuer le siège. Car entre noos très Conquerans^ cela est fascheux.

Ce s Inillel ISM.

A MOSIEVR LE MABQVIS DE PISA5Y.

LETTRE LXXXIV

M05S1£VB^

le me resiouïs de ce que vous estes deuenn le plus fort homme éi: monde : et que le trauail, les veilles^ les maladies, le pkMnb^ rik; fer des Espagnols, ne vous peuuent faire de mal. le ne croyoispil qu'\ii homme nourri de tisane , et d'eau d'oi^, pût anoir lapai si dure, ni qu'il y eut des characteres qui pussent faire cet eflM. Par quelque voye que cela arriue , ie sçay bien qu'eue ne peut naturelle : et ie ne m^en sçaurois formaliser. Car i'ayme mieux, que vous soyez sorcier, que de vous voir en Testât dn pMure Attichy, ou de Grinuille, quelque bien embaumé que puissiez estre. A vous en parler franchement, pour quelque came que l'on meure , il me semble qu'il y a tousiours quelcpie chose de bas à estre mort : et cela n'est point de nosire corps. Empescheivous-en donc, Monsieur, le plus que vous pourrez : et hastez-voos, ie vous supplie , de reuenir. Car ie ne me sçaurois plus passer de vous voir : et c'est en cela principalement, que ie connois, que vous vsez de charmes , que moy qui me passe assez aisément des absens , ie vous désire continuellement , et ie vous trouue à dire en toutes rencontres. Au moins , les occasions où ie vous souhaitte, " sont aussi agréables , et moins périlleuses , que celles où vous vous trouuez tous les iours. Mettez- vous donc, si vous me croyez, vn bon chenal entre les jambes : et soyez aussi aise de reuenir à Paris, que vous le fustes d'en sortir. Aussi-tost que ie sçauray que vous y serez, ie vous promets que ie quitteray Blois, Tours, et Richelieu, Monsieur, Madame de Combalet, et Mademoiselle vostre sœur, pour vous aller voir, et pour vous dire de tout mon cœur, que ie suis,

MoNSiEVB, Vostre, etc.

\)v Rirhellm le 7 Octobre 1637.

1)K M(>NSli:VK Ml VOITVIU:. 2:n

A MADEMOISELLE DE RAMBOVILLET,

auec cette ioscription : a L'iNFAifTE fohtvxk au Palais des Poristiucs.

LETTRE LXXXV

Mademoiselle,

Nous sommes venus en ce lieu^ sans trouuer aucune auenture qui soit digne de vous estre mandée : et l^Autlieur qui écrira nostre histoire, n'aura rien à dire jusqu'icy, sinon que nous arriuasmes le cioquiesme iour à Saumur. Il est vray qu'hier, au passer d'vne riuiere, nous apperceusmes venir droit à nous quatre grands Taureaux, qui parurent enchantez à ceux auec qui ie cheminois. Mais pour moy, îe croy'asseurément qu'ils ne Festoient pas : parce qu'ils nous .laissèrent passer sans détourbier, et qu'ils ne jettoient point de feu par les nazeaux. Le iour précèdent, nous voulûmes ostcr la bourse et le cheual à vn passant par la coustume du Royaume de Logres. Toutefois nous n'en fismes rien. Car à ce que nous jugeasmes, il CPBut que c'estoit luy faire outrage, et le trouua aussi mauuais, que n c'eust esté le voler. Enfin vous ne sçauriez croire combien la cheualerie est rauilîe maintenant. Nous auons passé plus de dix ponts qui n'estoient gardez de personne : et par tout oii nous auons hébergé, nos hostes n'ont point fait difficulté de prendre de l'argent de nous. Messire Lac et moy, en auons beaucoup de regret. Nous ne faisons que dire par les chemins, Ha ! ha ! Amours : et nous faisons tout ce qui nous est possible pour ramener le siècle d'Vterpandragon. Mais le reste du monde est fort peu disposé : et ie ne vous puis dire, combien les auentures sont rares. Les deux meilleures que j'ay eues, c'est que j^ay trouué depuis deux iours, la lettre de llnfante déterminée (1) , et que j'en ay ouuert vue autre, qui me semble la plus belle que j'aye en ma vie jamais leuë. C'est à mon jugement le plus parfait ouurage, que la fortune aye jamais produit ; et puis que vous disposez d'elle en toutes choses, nous aurons sujet de nous plaindre de vous, si nous ne sommes pas quelque iour heureux. Car sans mentir, ie croy que cela est en vos mains, et que vous n'auez seulement qu'à le vouloir. Nous auons rt'solu d'estre vos Cheualiers en toute cette guerre , et d'y faire tant d'armes, que nous pourrons donner de la jalousie h Dom Falangcs

M) Madrmoi»'Uc Pan lot.

d' Astre. En attendant cela^ nous ne laisserons pas de vous enuojvj les Geans^ que nous surmonterons par les chemins. Et c'est par cem- j là que ie veux vous faire entendre combien ie suis.

Mademoiselle, Vostre, etc.

A LA MESME

LETTRE LXXXVI

Mademoiselle,

l'ay tant fait par mes journées, que ie suis arriué ^n vn paûob l'on ne parle point de guerre, d'Espagnols, ni d'AUemans; d'E^ de subsides, ni d^emprunts sur le peuple : et où Ton ne s'entretient que d'amour, de Balets, et de Comédies. Cela vous fera imaginer qu'il faut que sois allé bien loin. Vous croirez que ie suis au delà de Popocampesche, ou que la fortune m'a conduit en l'Isle inuiâUe d'Alcidiane. Cependant, le lieu où cela se trouue, n'est pas tout à fait si éloigné de vous. C'est vne ville assise sur les bords de Loire, à l'endroit où le Cher se décharge dans cette riuiere. Les habitans y parlent François-Tourangeau , et sont à peu prés de la stature, et du teint des hommes de France. Mais pour vous parler sérieusement, ie vous asseure, Mademoiselle, que depuis la ruine des Mores de Grenade, il ne s'est point fait de galanteries, ni de magnificences pareilles à celles qui se voyent icy : et Tours, que l'on appelloit le jardin de la France, se doit à cette heure nommer le Paradis de la Terre. Il ne se passe point de.iours, qu'il n'y ait Bals, Musiques et festins. Toutes sortes de délices y abondent. Les Citrons doux y viennent de tous costez : et les poires de bon-Chrestien n*en sont point parties. Les chemins depuis Paris jusques icy, sont tous couuerts de Violons, de Musiciens, et de Baladins, de toiles d'argent, de broderies et de machines, qui viennent en foule se rendre en cette ville. Hier sur les sept heures du soir, il y arriua aux flambeaux six chariots chargez d'Amours, de ris, d'attraits, de charmes, et d'agrémens, qui s'estoient joints de tous les costez de la Terre, pour se trouuer en cette assemblée. On dit mesmes, quMl en est venu du fonds de la Noruegue. Imaginez-vous, par le temps qu'il a fait. De sorte qu'il y a icy beaucoup de gens qui croient, qu'il n'en rst resté pas vn seul en tout le monde, et qu'ils sont tous en ce lieu.

le croy pourtant^ Mademoiselle^ que ceux que vous auez accoustumé d'auoir^ vous sont demeurez. Car dans vn si grand nombre qu'il y a icy, îe n'en ay reconnu pas vn des vostres, et ic n'en ay point veu de cette manière. Cette arriuée a fait de meruciileux effets par toute la ville. L'air s'en est rendu plus serein et plus doux.' Tous les honmies sont deuenus amoureux. Toutes les femmes sont deuenuês belles : et Madame la Présidente, que vous vistes à Richelieu, est à cette heure vne des plus jolies femmes de France. Mais, Uademoiseile, ce qui est bien estrange, et que vous aurez peutestre peine à croire : c'est qu'au milieu de tant de délices, ie m'ennuye tout du long du iour , et que depuis le matin jusques au soir, ie ne say que dire, ni que faire de tant d'Amours. Il ne m'en est écheu pas vn, et de tant de belles, il n^y en a vne seule que ie prétende. De sorte que tandis que les galans sont icy, rauis de leur fortune, et font des vœux pour y demeurer éternellement : ie souhaîtte dans mon cœur, d'estre auprès de vostre feu, auec Mademoiselle d'fnton, et de vous voir, au moins au trauers des vitres, auec Madame vostre mère. le ne sçay pas si ce sont les deux grains qu'elle me donna en partant, qui font cet effet, ou si c'est quelque autre chose. Mais ie n'ay de ma vie souhaitté auec tant de passion, d'anoir l'honneur de vous voir toutes deux : et il me semble qu'il n'y a point de bien au monde, qui puisse estre agréable sans celuylà. îe vous supplie très-humblement. Mademoiselle, de me le souhaitter : et de croire qu'entre tous ceux qui le désirent, il n'y a personne qui soit tant que moy,

Vostre, etc.

A Tours le 8 lanuicr IC38.

A LA MESMI5.

LETTRE LXXXVII

Mademoiselle,

Vous ne sçauriez voir à cette heure de moy, que des lettres ennuyeuses. Etneantmoins ie ne ne puis empcscher de vous escrire. Mais pardonnez-moy, si ie tâche à me desennuyer : et considérez, que ie n'en puis auoir d'autre moyen que celuy-là. Car en l'humeur où ie suis, que ie me peussc diuertir auec Mademoiselle des Cou- 'liraux, et auec Mademoiselle Chesneau , ic nr croy pas que vous

vous rimaginiez, ni que vous croyez, qu'il y ait rien îcy qui me puisse empescher vn moment , d'estre le plus triste homme du monde. Parmy beaucoup de sortes de déplaisirs que j'ay , la peine où ie suis de vostre santé, me tourmente extrêmement. Ce dernier malheur m'a rendu tellement timide, qu'au lieu que îe ne craignois rien, j'appréhende à cette heure toutes choses. H me semble que ie ne dois iamais reuoir tout ce que ie perds de veuë. D'autant plus qu'vne personne m'est chère, il me semble qu'il y a plus d'apparence, que ie la dois perdre. Cela estant. Mademoiselle^ jugez sll vous plaist, combien ie dois craindre pour vous : et si ie ne dois pas penser, que si la fortune me veut faire quelque chose de pis, que ce qu'elle vient de faire, ce n'est peut-estre qu'à vous qu'elle se doit attaquer. l'ay vue extrême impatience de me voir bien-tost hors de ces craintes, et hors d'icy : et de trouuer auprès de vous quelque sorte de joye après tant d'ennuis , ou du moins quelque repos après tant d'inquiétudes. le suis,

Voslre, etc.

A MADAME LA MARQVISE DE SABLE

LETTRE LXXXVin.

Madaue,

le voudrois bien n'auoir pas veu si tost les lettres que vous auez enuoyées à Mademoiselle de Rambouillet et à Chalais. Car i'esperois en vous escriuant le premier, et en m'embarquant de ma franche volonté dans ce commerce , vous donner vne preuue de mon affection aussi asseurée que celle que i'ay receûe de vous. Mais ce que vous auez escrit de moy est si obligeant, que i'auoûe que ie ne puis prétendre aucun mérite à y respondre, et que le plus ingrat et le plus paresseux homme de la terre estant en ma place en feroit autant que moy. Sans mentir. Madame , il faut que ceux qui taschent à vous décrier du costé de la tendresse, auoùent que si vous n'estes la plus aimante personne du monde, vous estes au moins la plus obligeante. La vraye amitié ne sçauroit auoir plus de douceur qu'il y en a dans vos paroles , et toutes les apparences d'affection sont si belles en vous, qu'il n'y a point d'honnestc homme qui ne s'en put contenter. le suis néantinoins si heuroux que do croire qu'il y a

DE MONSIEVR DE VOIÏVRE. ^3o

quelque chose de plus pour inoy; et quoyque ie sçache que vous

auez, pour contrefaire les amitiez , le secret que Monsieur de Bois

d^ Amour a pour les rubis, et que quand il vous plaist , vous sçauez

donner à vn peu de paste^ Téclat d'vne pierre précieuse, ie suis

tout persuadé que celle que vous m'auez donnée est très-fine, et

qu'il n*y a rien de plus vray ni de plus fenne. Pour ce qui est de

moy, iepuis dire auec vérité, que ie vous ay tousiours honorée et

aymée sur toutes les personnes du monde, mais iamais à compai'ai-

son de ce que ie fais à cette heure , et ie n'oserois mettre icy tous

les sentiments que i'ay pour vous, de peur que si cette lettre venoit

à estre perdue , on ne la prist pour vne lettre d'amour. le ne croy

pas que cette passion aye rien de plus sensible n^y de plus tendre

que ce que ie ressens tous les iours pour vous, le ne sçaurois pas

contrefaire les agitations des amans, ny tirer la langue d'Isa-

caron (i). Mais il est vray que depuis que ie vous ay quittée, i'ay

des mélancolies qui me tirent hors de moy-mesme, et qui estonnent

toujt le monde , et il y a quelques heures au iour où le père Tran-

quileetlepetitlésuite ne feroient point de difficulté de m^exorciser.

Que si i*ay eu quelque sorte de plaisir, c'a esté de parler de vous à

raille personnes. On sçauoit que i'auoîs esté chez vous à Loudun,

de sorte que tout le monde a eu la curiosité de me voir, et on m'a

inierrogé comme vn homme qui venoit du ciel et de Tenfer. Tai dît.

Madame , que vous estiez aussi belle que vous Testiez il y a quatre

ans (2). Mais quand i'ay voulu dire que vous auiez plus d'esprit, on

a creu que ie contois des choses incroyables, et en cet endroit-là

i'ay perdu toute créance. Aussi est-il vray qu'il se fait des miracles

en vous qui ne se firent iamais en personne , et il n'y a iamais eu

que vous au monde, qui soit sortie plus belle de la petite vérole, et

qui soit deuenûe plus habile à la campagne. I'ay dit cette vérité là

auec tant de plaisir, qu'il me semble qu'vne de vos bonnes amies

tfyen a pas trop pris, et qu'elle seroit aisément de l'opinion de la

comtesse de Ve. l'aurois beaucoup de choses à vous dire d'elle, mais

(1) Les meilleures éditions et le manuscrit de Conrart, portent : Isucaron et non Iscaron, Voici l'origine de ce mot : « Madame de Sablé et Voiture passe- « reni à Loudun, où vne religieuse disoit : Voulez-vous voir tirer la langue à « Isacaron? C'esloit un diable! » (Tallemant.)

(2) Presque toutes les éditions portent : quarante ans, et non quatre ans ; mais c'est évidemment une lourde bévue, puisqu'il celle époque madame de Sablé n'avait guère que trente ans. Celle erreur, du reste, a été é>itée dan*- IV'dilion de 1050 et dans le manuscrit de Conrart.

ie n'ay quasy rien à vous en escrire. le l'ay veûe trois fois depuis mon retour^ mais sans luy pouuoir quasy parler. Pour ce qui est du soupçon que nous auions eu^ ie n'ay peu encore m'en esclaircir. 11 y a des raisons pour et contre, et cette affaire est aussi douteuse que celle des religieuses de Loudun. le croy néautmoius la non possession. En recompense, elle est obsédée si cruellement^ que iamais personne ne l'a esté dauantage. 11 lui apparoist à toute heure; ie vous responds qu'elle en est tourmentée ; elle tasche fort à s'en défaire j mais comme vous sçauez, elle a affaire à un diable opiniastre. Pour ce qui me regai*de, l'histoire continuera, et peut-estre elle ira plus \iste que par le passé. Mademoiselle de Rambouillet a esté rauie de vostre lettre, ie l'aye trouuée vne des meilleures que vous ayez iamais faites^ et i'ay esté bien aise de voir si bien escrire des choses qui me sont si auantageuses. Quelque asseurance que i'eusse de vostre affection y i'ay eu grand plaisir à voir celles que vous en donnez aux autres , et i'auoùe que cette vanité de femme que vous dites que i'aye^ en a esté touchée. Au reste, Madame, vousm'auex fait conceuoir la plus grande ioye du monde, en me disant que vous et Monsieur le marquis de Sablé, vous disposez à venir icy; mais si celan^est pas, ne me le dites plus, et ne me mettez pas au hazard de tomber d\ne si haute espérance. Me dépouillant de mon interesl et vous parlant en amy sincère et en fidèle conseiller, ie vous dis que tous vos amis et toutes vos amies disent d'vne voix, que vous ne sçauriez rien faire qui soit plus utile pour vostre fortune , pour vostre santé, ny pour vos affaires; ayez donc la fermeté en cela, qu'il faut auoir aux bonnes resolutions, et seruez-vousde tout vostre esprit à en venir à bout. Adieu, Madame, après cinq pages de papier, ie vous quitte à regret , comme estant,

Vostre, etc.

Madame, mandez-moy s'il vous plaist , si vous vous estes apperceùe que ce comme estant dont i'ay fini ma lettre , est vne de ceî fins dont nous auions parlé. Permettcz-moy, s^il vous plaist, d'asseurer icy les deux demoiselles qui vous ont accompagnée ai voyage , que ie suis leur tres-humble seruiteur, et que quelque; bonnes compagnies que ie voye à Paris ^ i'aymerois mieux voii cottir les abletes auec elles; mais faites, ie vous supplie tres-hum blement, Madame , que Mademoiselle Coulo se souuienne de moy et m'ayme vn peu ; car outre que ie veux estre bien auec toutes le personnes qui vous approchent et que vous ayniez, il est vray qu( i'ay veuen elle des clioses que j'y estime beaucoup, et que i'aymr

DE MONSIEVR DH VulTVRK. iîT

et qiû me font souhaiter qu elle soit de mes amies, le la supplie di*

faire en sorte qu'Annande mayme. et de i'asseurer de ma part que

ie ne souhaite rien tant au moude que d'estre aymé d'elle , et qu'elle

n'aura iamais d'amant plus fidèle que moy. l'arme mieux employer

Mademoiselle Coulo en cela . que Mademoiselle de Bois d'Amour ,

car ie croy qu'elle s'y employera plus fidèlement ; et puisque ie

veux estre amoureux d^\nnande ,. il est à propos que ce ne soit pa>

sa mère qui soit ma confidente. le la supplie de cnjire que personne

au monde ne connoist et n'estime plus s<.in esprit que moy., et que

ie seray toute ma vie son tres-humbîe seruiteur. Pouitieii que vous

n'ayez pas de querelle présentement auec Monsieur de la Mesnar-

diere, ie sçay bien, Madame . que vous ne trouuerez pas mauuais

qoeie Tasseure icy de mon tres^umbles^nii^e. et que ie le prie de

se souuenir quelquefois de moy.

A MO>'SElG>EVR LE CABDI>AL DE LA VALETTE. LETTRE LXXXIX.

MOXSEIOEVB.

Estes-vous encore fascbé. de ce qu-- vous nauez ]Ja^ deuiné, q:R' ceux de Verceil manquoient de poudre : ou de ce que n'en ayant pas, ils n'ont pu se défendre: ou d-? ce qu'avec huit ou neuf mil!»' hommes, vous n'en auez pas forcé vinç't rniiie. dans de fort bons p'tranchemens? Sans mentir, vous n^ voue^ seruez ^'ueres vlilement de vostre raison ., si ce déplaisir vous a duré iusques à cette heurp ! Auiez-vous donc espéré de faire l'impossible, que vous n'estes pasatisfait, d'auoir fîrit tout ce qui s'est pû^ Pardonnez-uioi . Monseigneur, si ie vous le dis. Mais en vérité., il n'est pas bien-seant a vu homme sage, d'auoir tant de re^Tet. [Xjur vue rhose. ou il n'a ixAiii faiUy : et c'est . ce me semble, en quelque s^trte. ne faire pas as^i.z de cas de son deuoir, que de n'estre pas content quand on le fait. Vous estes accouni aue^- une poi-rjt.-e de ^'ens. au secours d'viii» place, qui estoit assiégée par \iie ^'raiiJe année. Vous auez trouî-'la circonuallation acheuée. et tous Je> reliancljemens en tel estai . que chacun iugeftit. que xous ne pourriez pas seuN-ment eniioy.:vn homme dans la Ville, pour y dire de vus nouueile> : et f m:itie i'auis et rfSpfTan^»^ d»* tout le inond*^. vou< y eu au»'Z l'.i'-*.

entrer dix-huict cens. Se peut-il rien faire de plus résolu^ de mieux entrepris, et de si bien exécuté que cela? C'est vous qui auez trauaillé iusques-là. La fortune a fait le reste : et si elle Ta mal>fait^ pourquoy vous en tourmentez-vous tant? Ne vous accoustumez pas, ie vous supplie, à estre en communauté auec elle : et aussi bien dans les bons succez, que dans ceux qui ne le seront pas, distinguez tousiours ce qui est d'elle, et ce qui sera de vous. Il arriuera de là, que vous ne vous esleuerez, et que vous ne vous r'abaisserez iamais trop. Si vous voulez vous répondre des éuenemens > et si vous ne pouuez estre satisfait, que lors que tout ce qui se pourroit soubaitter vous arriue, vous faites, sans mentir, la guerre à de f^cbeuses conditions : et vous voulez, que la Fortune fasse autant pour vous^ qaelle faisoit pour Alexandre, et vn peu plus, qu'elle n'a fait pour César. Encore estes-vous ingrat enuers la vostre, si vous vous plaignez d'elle, pour cette dernière occasion, et il y a de l'injustice a reputer comme vn grand malheur, d*auoir manqué à auoîr vne grande prospérité. Cependant, vous parlez, comme si vous auiez perdu par vostre faute dix batailles, et cent villes : et il semble, que vous soyez au desespoir, pour auoir veu perdre vne place, que dés le commencement, tout le monde a iugé, que l'on ne pourroit sauner. Croyez-moy, l'on ne repare iamais rien en périssant : et pour ce qui vous regarde, vous n^auez rien à reparer. La prise de Verceil, a fait tort aux affaires du Roy, mais point du tout à vostre réputation. Si le secours que vous y auiez jette, n'a pas esté heureux, il ne mérite pas moins de louange pour cela : et dans toutes vos années de prospérité, vous n'auez rien fait de si beau, de si hardy, ni de si extraordinaire. Prenez donc, s'il vous plaist, des resolutions plus modérées, que celles que vous témoignez d'auoir, et n'estant pas en estât de faire peur à vos ennemis, n'en faites point à vos amis. Vous qui m'auez appris tout ce que ie sçay, vous sçauez bien, que la prudence est vne vertu générale, qui se mesle auec toutes les autres, et que là où elle n'est pas, la valeur perd son nom et sa nature.

l'iray demain, ou après demain, faire vos complimens à la personne dont vous me parlez. La dernière fois que ie la vis, elle me parla extrêmement de vous, et me iura que pour vostre considération elle ne s^estoit pas réjouie de la pris(i de Verceil : pource, qu'encore que tout le monde sçeût, qu'il n'y auoit pas de vostre faute, elle connoissoit bien que cela vous affligeroit , et qu'elle vous aimoii trop pour auoir quelque ioye d'vne chose, qui vous donnoit du déplaisir. En vérité, elle vous ayme oxirémement, ce me sem-

DE MONSÏEVR DE VOITVRE. 239

)le : et quelque autre qu'elle vous ayme encore plus qu'extrénement.

▲ Paria le 7 Aoust 1C38.

A MONSÏEVR COSTART (I).

MOMSIEYB^

Fauray pour ce coup cette imperatoriam breuitatem, dont vous me parlez^ car il faut que ie parte présentement pour aller à Saint Germain : et cela sera cause que ie ne vous diray qu'vn mot. le ne seray pas pour cela dfcppovoç, selon vostre Teophraste. Dans les festins que nous faisons ensemble^ ou plustost que vous me faites^ ie ne dois parler que pour dire grâces :

Tantam laudare paratus.

Devons dire au vray quels peuples ont introduit la Polygamie, ie vous iure ma foy que ie n^en sçais rien, et ie ne m'en mets pas en peine :

Tros, Rutulus-U6 fuat, nullo discrimino habebo.

En tout cas ie vous en croiray bien plustost qu'Hérodote, qui dit , qu^aux Indes, il y a des fourmis, moindres certes, que chiens, mais plus grandes que renards : car voilà le texte, au moins du mien. Mais ie ne sçay si THerodote que j^ay est semblable au vostre.

A propos, vous m'auez esté mettre en scrupule de Theocrite : et j'en estois si en repos que rien plus. Mais pour reuenir à Pautro dont nous parlions, dites-moi ce qu^il veut dire, quand il dit, que Venus enuoya la maladie des femmes aux Scythes, qui avoient violé son Temple d'Ascalon.

Vostre vers d'Athenée, que le vin est le grand chenal des Poètes, est fort plaisant. Mais dites la vérité, n'auez-vous pas tasché d'en faire vn vers Alexandrin? Ce (/.sYaç auec tWo; me plaist, et renient

(1) Pierre Costart, fils d'un chapelier de Paris, futTami de Balzac et de Voilare. Comme érudit, il jouit en son temps d'une grande réputation. Il mourut le 13 mai 1660.

heureusement à cette phrase Françoise ^ monter sur ses grands chenaux^ comme vous Tauez ingénieusement remarqué. Mais ce grand chenal jette sonnent son homme par terre : et on peut dire de luy, qu'il mord et qu^il më.

Pour VEdentulum de Plante^ ie ne crois pas^ non plus que vous, qu'il veuille dire qu'il ne mordist points car ce seroit vn défaut : mais que c'est vne façon de parler boufonne^ pour dire qu'il estoit bien vieux, qui estoit vne perfection.

Que voulez- vous que ie fasse à Ylpian qui appelle les Chrestiens imposteurs? Idem Trebatioet Papiniano videbatur.^ous perdrions nostre cause dans le Digeste. Mais le Code nous est plus fauoraUe. Le mot de Pline me semble beau : Rerum natura ntisquam magis, quàm in minitnis, iota est. Quand ie vis FElephant, ie dis qu'il sembloit que ce fust vne figure , qui n'estoit qu'ébauchée par la Nature : et qu^il y auoit plus de façon en vne mouche.

A propos, ie crois que ie m'en vais faire vn assez grand voyage. Le Roy m'a donné celuy de Florence, pour aller porter la nouuéUe au grand Duc , de raccouchement de la Reyne. Gela me doit estre en quelque sorte auantageux et mesme agréable. Mais ie suis fasdié que cela m'ostera quelque temps le moyen de voir de vos lettres, et de vous voir vous-mesme. Car ie crois que vous serez à Paris deuant que ie sois de retour, le ne sçay si ie seray encore icy quand vous me ferez réponse à cette lettre. Mais ne laissez pas pourtant de m'écrire. Car il peut arriuer mille choses qui retarderont ou qui empescheront mon partement. En tout cas ie vous dis adieu : et ie vous prie de croire que ie vous aime de tout mon cœur, et que ie n'ay iamais eu de bonheur au monde que i'estimc tant, ni qui me donne tant de ioye, que vostre amitié.

Au reste, ostez, ie vous supplie, ces Monsieur, que vous semez çà et là dans vos lettres; ad populum phaleras : ou bien ie vous eu mettray à chaque ligne; et vous diray,

Vis te , Sexle, coli , volebam amare :

Sed si te colo , Sexto , non amabo.

C'est-à-dire , j'en seray moins,

Vosirr, etc.

A Paris U> 25 Aoust IC3K.

DE MONSIEVR DE VolTVKE. 241

AV MESME

LETTRE XCI

Malè est Comifici tuo CatuUo , Malè est mehercule et laboriosè.

Tout de bon. Monsieur, ie n'ay eu de ma vie l^esprit si agité qu'à cette heure. Cependant, vous m'escriuez des folies : et vous estes aussi gay et aussi enjoué, que si nous estions encore tous deux dans le Cours, et que nous n'eussions ni l'vn ni l'autre aucune cause d'ennuy. Au lieu de me parler du sujet de mon desplaisir, et de me dire ce que vous iugez : (car il y a lieu d'exercer ses conjectures là dessus, aussi bien que sur le plus obscur passage de Tacite ;) vous m'alléguez Lampridius et Athénée; quàm inepte! et en vn temps où ie dispute de moy-mesme, sçauoir : si Madame de *** m'aime, ou si elle ne m'aime pas, et que cela est deuenu vue chose problématique, vous me venez entretenir de Pharaon. Lors que nous reuenions ensemble d'Arcueil : si ie vous eusse esté discourir des Roys d'Egypte, songez le grand plaisir que ie vous eusse fait, et la belle attention que vous m'eussiez donnée. Neantmoins, ie vous auoûe, que ie n'ay point esté fasché de lire tout ce que vous m'escriuez. Ce que vous me mandez que m'a fait rire.

Tytyosque vultu Risit inuito.

Vostre patruùshnè m'a semblé fort plaisant aussi. Plante a souvent de meschantes bouffonneries. Mais , sans mentir, il dit aussi quelquefois de bons mots : et voilà comme j'accorde Horace et Cicéron; dont l'vn dît qu^il est meschant bouffon, et l'autre qu^il est passim refertus vrianis dictis. L'autre iour j'y lisois d'un vieillard qui ayant surpris quelqu'vn , auprès du lieu où il auoit caché son thresor, le fouilla , luy fit monstrer la main droite , et puis la main gauche, et n'y trouuant rien, dist Cedo tertiam. Cela représente plaisamment vn vieillard soupçonneux, qui s'imagine qu'vn homme avnetroisiesmemain pour voler. le ne vous puis dire l'extrême plaisir que vous me faites, de m'écrire de la sorte que vous m'écriuez. l'estudie mieux dans vos lettres, que dans tous les liuresdu monde : et j'y trouue de plus belles choses.

Pour ces Messieurs de Qnintns Metellns Celer, ie ne les coniiois I. \i>

i42 LETTRES

point. Vous me mandez qu^ils furent pris pour Indiens. Pour moy ie croy qu'ils furent pris pour dupes. Au reste^ vous parlez des veob comme feroit Ghristofle Colomb. Vous auez bien la mine d'auoir pris tout cela mot à mot dans vn liure. Car ie jurerois que voos n'auez iamais sceu qu*à cette heure, ce que c'est qu'vn rhomb de vent : et pour ce qui est du détroit de Vegas, ie ne voudrois pas asseurer que vous le connussiez fort.

À ce que ie voy (piXeîv signifie hasiare et amare, c'est que baiser et aimer, c(muertuntuT . Mais ie m'asseure que *** démentoit ce passage d'Aristenete.

Votre Pasteur, ses moutons, et Hercule, m'ont bien plû : et Tasoe mesme est joly, comme vous le faites parler. Dites-moy, si c'est dans les Fables d'Esope que vous l'auez trouué. L'application de l'Apologue me semble dangereuse : et allez-vous en vn peu pre»* cher cela à Ruel. Mais reuenons à nos moutons, n est vray qu'Hercule en mangeoit volontiers , et grande quantité. Les Argonautes en allant à Colchos le laissèrent dans vne-lsle. On en rend plosieun raisons, toutes assez belles. Les,vns disent que c'est qu'il rbmpoit toutes les rames en ramant : les autres, qu'il pesoit trop : quelquesvus, que les Argonautes eurent peur qu'il remportast seul toute gloire : et d'autres, que ce fut, pource qu'il mangeoit trop souuient d'auoir leu dans un Poète Grec, (c'est à dire Grec et Latin;) qu'il remûoit les oreilles en mangeant : et pource que cela m'a semblé plaisant, j'en ay retenu les vers que voicy,

nium si edentem videris, strepunt genae, Intus-sonat guttur, sonat maxilla, dens Stridet caninus, sibilant nares, mouet Auras, soient armenta sicut haud minus.

le suis fasché que ie ne pris garde à vous, quand vous mangiez ce biscuit de canelle à Gentilly. Car sans doute les oreilles vous alloient.

le trouue au reste votre version du Grec en Vers François fort heureuse. Mais dites le vray : combien de fois auez-vous inuoqné Apollon pour cela ?

Le mot d'Achilles Tatius, que la queue du Paon est vue prairie*; de plumes, est ioly : mais peut-estre un peu trop hardy. Et il me semble que Tertullien a mieux rencontré, qui dit, après auoir dit beaucoup de choses de la robbe du Paon : numquam ipsa , setnper alia; eisisemprr ipxa, quavdojafia, foffefi deniqvp mvtavda, qmtie^ moufinda.

Iqoes- ^ mteli!

n me 1

DE MOiNSIEVR DE VOITVIŒ. US

e consens que Ton cbastre Vlpian^ puisque vous le voulez^ et sme Papinian. Aussi bien n^engendrent-ils que des procez. Mais ^ous m'en croyez^ on pardonnera à Trebatius, à cause du mot e vous m'avez appris de luy : consnltus à quodam, an nux pinea mum essety respondit. Si in Vatinium missurus es, pomnm erit, lieu , Monsieur, ie suis en vérité ,

Vosfre, etc.

AV MESME

LETTRE XCII

MONSIEVB ,

Lors -que i'auois des moutons à acheter, et à cscrire des poulets I GastiÛan, et en Portugais; ie n'auois guercs plus d'affaires qiu» m ay à cette heure. Il faut que ie prenne congé du Roy, et de onsieur; que ie sollicite Monsieur de Bullion pour vne Ordonmce , et que ie me fasse payer à TEspargne : que ie die adieu à \ns mes amis, et que tout cela soit fait dans trois iours. Cependant, ! laisse tout cela, pour prendre le loisir de vous écrire. Car il me îmble, qu^il n'y a rien qui me soit si important , et que ce voyage e me pourroit estre heureux, si ie le commençois si mal que de artir sans vous dire adieu. le ne sçay pas si cette embarcacion me era heureuse. Mais iamais ie ne sortis de France si volontiers : et 3prens plaisir à aller défiei^sur la mer Méditeranée, ces trenteleux vents, que vous sçanez que ie défiay autrcsfois sur TOcean. A MTopos, vous en mettez trente-cinq, vous qui faites tant le grand Marinier, auec vostre Rhomb et vostre Détroit de Vegas.

Heu qaidnam tanti turbarunt acthera vciiti !

Ceux qui ont fait le tour du monde, n'en connoissent que trentedeux. Les trois de surplus, sont de vostre teste, le ne croyois pas qu'il y en eust tant. Mais celuy qui me semble le plus insupportable on TOUS : est le vent Grec, et la suffisance que vous prenez, pour içaum mieux que moy où il faut mettre vu graue, ou vn circon- Bexe. Il a bien esté dit, Tu n'adjousteras ni osteras vn iota. Mais il n'est pas parlé des accens. Et cependant, pource que j'en ay ouhJM' vn, vous soufflez comme si vous auiez gagné vne grande vietoin».

24 i LETTRES

O ventum horribilemf Lors que vous accommodastes si mal k pauure Philomele^ qu'après Terée, personne ne Ta iamais traitée a mal que vous^ le n'en fis pas tant de bruit : et cela vous estoît moioi pardonnable qu'à moy.

Mais^ mon Dieu, que vous m'auez dit à propos vostre Duriter. et tout le reste de ce passage ! Sans mentir, il faut que ie vous ai bien^ pour lire sans enuie tout ce que vous m'ecriuez^ et pour prendre tant de plaisir^ à connoistre^ que vous auez plus d'^pril que moy. Pour vous dire le vray, ce que ie regrette le plus en jmb^ tant d'icy, c'est que ie n'auray plus de vos nouuelles. 11 me semble^ ^ que les ligues^ les raisins, et les melons d'Italie, et le présent qv' me fera le grand Duc^ ne me pourroient dédommager^ de la pote' que ie fais de vos lettres. Mais ie croy que vous aimez mieux, que ^ ie vous loue de vostre poésie^ que de vostre prose. Car Âristotedi^; que sur tout ouurier le Poëte est amoureux de son ouurage. Eqwrité^ vos œuures poétiques sont admirables: et ie veux moarir à vous ne faites des vers comme Ciceron.

A MADEMOISELLE DE RAMBOVILLET.

LETTRE XCIII

Mademoiselle^

le ne puis pas dire absolument que ie sois arriué à Turin. Car il n'y est arriué que la moitié de moy-mesme. Vous croyez, que le ^ veux dire, que l'autre est demeurée auprès de vous. Ce n'est pas cela. C^est, que de cent et quatre liures, que ie pesois en parlant de i^ Paris, le n'en pesé plus que cinquante-deux. Il ne se peut rien voir de si maigre, et de si décharné que ie suis : et selon que ie suis changé, ie croy que Monsieur le Marquis de Pisany, et moy, ne nous reconnoistronsplus, quand nous nous verrons. La fièvre me ft .^ arrester vn iour à Roane. le croyois tout de bon estre attrapé : et que ie serois longtemps malade. Ce qui me faisoit le plus dedespit: c'est que ie m^imaginois que vous ne croiriez pas que ce fut de re- . gret de vous auoir quitée, et que vous penseriez plûtost, que ce seroit pour auoir couru la poste. En effet, cela n'estoit pas hors de la vray-semblance î et ce qui sembloit confirmer cette opinion , c'est qu'il est vmy, que les trois derniers chenaux que j'auois montez,

DE MONSIEVH DE VOITVRE. 243

'auoient mis en vn pitoyable estât ^ cet endroit^ que vous sçauez, je Brunel lûonstroit à Marphise : et ce qui estoit plus à craindre^ luois vne si grande chaleur^ que quand j'eusse esté fait Gouuerneur e Monsieur le Daufin^ ie n'eusse pas esté plus propre^ que ie le fus » quatre premiers iours. l'en parlay à vn fort bonneste bomme de U)aDey que l'on m'a dit qui est Âpoticaire y lequel me donna quel pie chose qui me soulagea fort. le vous supplie de le dire à Malame la Ducbesse. Depuis^ ie n'ay eu aucun mal^ que celuy de ne fOus point voir: Mais à celuy-là^ il n'y a point de remède^ et le sel Mercurial n'y fait rien. le suis dés bier après disner icy. le n'ay enuxre pu voir Madame^ pource qu'bier l'on croyoit que Monsieur de Sauoye allast mourir. Aujourd'buy ie la verray. Demain ie partiray 30ur aller à l'armée : et j'espère qu'après demain à midy^ ie verray Monsieur le Cardinal de la Valette^ et Monsieur vostre frère. Pernettez-moy, s'il vous plaist^ Mademoiselle^ d'estre bien-aise en îette occasion : et ne trouuez pas mauuais^ que ie sois sensible à %tte joye en vostre absence. Quand ie dis en vosti'c absence^ j'y ^mprens aussi^ celle de Madame la Princesse^ de Mademoiselle de Bourbon^ de Madame la Duchesse d'Aiguillon^ de Madame la Marquise de Sablé ^ de Madame du Vigean^ et de Madame vostre Mere^ que ie deuois nommer la première , quoy qu'il y ait des Princesses et des Duchesses parmy cela. Vous ne sçauriez croire combien ie suis en peine de la maladie de Madame de Liancourt. Si elle se porte mieux^ et si sa est guérie^ ie vous supplie très-humblement^ Mademoiselle^ de me faire l'honneur de me le faire sçauoir à Rome. Car cela sera cause que j'y feray vn voyage , et que j'y verray toutes choses auec plus de repos et de plaisir. Mais que ce m'en seroit vn grande si ie vous pouuois dire icy, combien ie suis.

Mademoiselle, V astre ^ etc.

K Turin le dfroier Septembre 1638.

A LA MESMH.

LETTRE XCIV

Mademoiselle, le voudrois que vous m'eussiez pu voir aujourd'lmy dan»* \n mi

roir^ en Testât où j^estois. Vous m'eussiez veu dans les plus effroyables montagnes du monde au milieu de douze ou quinn hommes les plus horribles que Ton puisse voir, dont le plus înûocent en a tué quinze ou vingt autres, qui sont tous noirs comme" des Diables, et qui ont des cheueux qui leur viennent iusques à h moitié du corps, chacun deux ou trois balafres sur le visage; vue grande harquebuse sur Tépaule, et deux pistolets et deux poignant à la ceinture. Ce sont les Bandis qui viuent dans les montagnes des confins de Piedmont et de Gènes. Vous eussiez eu peur sans doate, Mademoiselle, de me voir entre ces Messieurs-là : et vous eusaa cren, qu'ils m^alloient couper la gorge. De peur d'en estre volé, ie m'en estois fait accompagner. l'auois écrit dés le soir à \em Capitaine de me venir accompagner, et de se troùuer en mon chemin. Ce qu'il a fait : et j*en ay esté quitte pour trois pistoles. Mais sur tout, ie voudrois, que vous eussiez veu la mine de mon neuea, d de mon valet, qui croyoient que ie les auois menez à la boucherie. Au sortir de leurs mains, ie suis passé par deux lieux, où îlyauflil garnison Espagnole : et là, sans doute, j'ay couru plus de danger. On m^a interrogé, l'ay dit que j'estoîs Sauoyard : et pour passer pour cela, j'ay parlé le plus qu'il m'a esté possible comme M. de Vaugelas. Sur mon mauuais accent, ils m'ont laissé passer. Regardez si ie feray iamais de beaux discours qui me vallent tant : et sll n'eust pas esté bien-maî à propos, qu^en cette occasion, sous ombre que ie suis de l'Académie , ie me fusse allé piquer de parler bon François. Au sortir de là, ie suis arriué à Sauone : où i'ay trouué la mer vn peu plus esmeuë, qu'il ne falloit, pour le petit vaisseau que j'auois pris : et neantmoins, ie suis. Dieu mercy, arriué icy à bon port. Voyez, s'il vous plaist. Mademoiselle, combien de périls j'ay courus en vn iour. Enfin ie suis eschapé des Bandis, des Espagnols, et de la Mer. Tout cela ne m'a point fait de mal : et vous m'en faites : et c'est pour vous , que ie cours le plus grand danger, que ie courray en ce voyage. Vous croyez que ie me mocque. Maisie veux mourir, si ie puis plus résister au déplaisir, de ne point voir Madame vostre mère, et vous, le vous auouë franchement , qu'au (Commencement j 'estois en doute, et que ie ne sçauois, si c'estoH vous, ou les chenaux de poste qui me tourmentiez. Mais il y a six iours, que ie ne cours plus , et ie ne suis pas moins fatigué. Cola nie fait voir, que mon mal est d'cstrc esloigné de vous, et que ma ï>ln< faraude lassitude est que ie suis las de ne vous point voir : (' cela <'st si vray, que si ie n'auois point d'autres affaires que relies (le Florence : ie rroyque ie m'en retournerois d'icy, et que ie n'au-

DE MONSIEVU DE VOIïVRE. 247

ois pas le courage de passer outre^ si ie n'auois à solliciter vostrt* drocez à Rome. Sçachez-moy gré^ s'il vous plaist^ de cela. Car ie ous asseure^ qu'il en est encore plus que ie n'en dis, et que ie ms autant que ie dois^

Vostre^ etc.

A MADAME LA MARQVISE DE RAMBOVILLET.

LETTRE XCV

Madame^

l'ay veu pour l'amour de vous le Yalentin, auec plus d'attention que ie n'ay iamais fait aucune chose : et puis que vous desirez que ie vous en fasse la description^ ie le feray le plus exactement qu'il me sera posuUe. Mais vous considérerez, s*i] vousplaist^ que quand ie me seray acquité de cette commission , et de l'autre que vous m'auez donnée à Rome : j'auray fait pour vous les deux choses du monde qui me sont les plus difficiles : de parler de bastiment^ et de parler d'afbires. Le Yalentin^ Madame^ puis que Yalentin y a : est vne maison^ qui est à vn quart de lieuê de Turin ^ située dans vue prairie^ et sur le bord du Pô. En arriuant^ on trouue d'abord : ie veux mourir^ si ie sçay ce qu'on trouue d'abord, le croy que c'est vn Perron. N(m non , c'est vu Portique, le me trompe , c'est vn Perron. Par ma foy, ie ne sçay, si c'est vn Portique, ou vn Perron. 11 n'y a pas vne heure, que ie sçauois tout cela admirablement : et ma meuKHre m'a manqué. A mon retour, ie m'en informeray mieux : et ie ne manqueray pas de vous en faire le rapport plus ponctuellement, le suis,

ne (Méfies le 7 Octobre 103«.

A MONSIEVR œSTAKi.

LETTKE XCM.

MOASIELIt.

I eî>t<iis hifT lr»pf dans vu des plus W?lu\ Paiaib du nioiuh*. J auol^

pour mon appartement^ vne gi^ande sale^ deux antichambres^ et vne chambre tapissée de tapisseries releuées d'or^ et j'estois semy par vingt ou trente Officiers : et aujourd'huy^ ie suis dans vne des plus méchantes Hostelleries^ où j^aye iamais esté de ma vie^ et ie n'ay plus qu\n valet pour me seruir. Pour me consoler d^vn si grand changement de fortune, et faire que ie sois aujourtfhny aussi heureux que j'estois hier : j^ay demandé de l'encre et du papier, et ie me suis mis à vous escrire. Que ie meure, si parmyles honneurs que j^ay receus, dans le personnage que le viens de jouer, et les diuertissemens que Ton m'a fait auoir, j'ay eu tant de plaisir, que j^en ay à c^tte heure ! Outre la joye que j'ay de vons entretenir, ie suis bien-aise encore de vous faire voir, que ce tfestoit pas le grand profit que ie faisois , de changer mes lettres aoec les vostres, qui me faisoit entretenir ce commerce : puisqu'à c^ heure, que ie ne puis auoir de réponse; ie ne laisse pas de prendre plaisir à vous escrire, et à vous asseurer de la passion que j'ay de vous seruir. Elle est, ie vous iure, aussi grande qne vous le méritez, et que le mérite Taffection que vous auez pour moy. Fespne partir de Rome dans trois semaines : et si ie trouue vn vaisseau^ ie m'embarqueray pour Marseille. Vous qui connoissez si bien les. vents : si vous auez quelque authorité sur eux, ie vous supplie de les enfermer tous en ce iempsAk , prseter lapyga. Mais celuy-là,il n^y a pas de danger qu'il soit vn peu fort. Tayme mieux auoir la mer vn peu grosse, et aller plus viste. Car j'ay haste de retourner à Paris, et de vous y reuoir. le suis,

Vosire, etc.

De Rome le 15 Nouembre 1638.

A MADEMOISELLE DE RAMBOVILLET.

LETTRE XCVII

Mademoiselle,

Ten demande pardon à Madame vostre mère. Mais iamais ie nt me suis tant ennuyé qu'à Rome. Il ne se passe point de iour, que i€ n'y voye quelque chose de merueilleux : des chefs-d'œuures dci plus grands ouuriers qui ayent esté, des jardins où tout le Printemps se trouue à cette heure; des bastiments qui n'en ont poin (le pareils au monde, et des ruïnes encore plus belles que ces basti

DE MOiNSlEVR DE VOITVRE. U9

ments. Mais tout ce que ie vous dis ià^ n'empescbe pas que ie n'y sois triste ; et qu'au mesme temps que ie voy toutes ces choses ie ne souhaitte d'en sortir. Les plus excellens ouurages de peinture , de sculpture^ et de prouaiure, d'Apelle^ de Praxitelle, et de Papardelh, ne sont point à mon goust. le m'estonnerois de cela^ si ie n'en connoissois la cause ^ et si ie ne sçauois^ qu'vne personne qui est accoustumée à vous voir, ne sçauroit plus iamais estre bien . aise, en ne vous voyant pas. Pour vous dire le vray, Mademoiselle, il m'en arriue de vous, comme de la santé, le ne connois iamais si Ken vostre prix, que lors que ie vous ay perdue : et quoy qu^en {Hiesence, ie ne garde pas tousiours vn fort bon régime, pour me bien tenir auecque vous, dés que ie ne vous ay plus, ie vous souhaitte auec mille vœux. le reconnois que vous estes la plus précieuse chose du monde, et ie trouue par expérience, que toutes les délices de la terre sont ameres et désagréables sans vous. Feus plus de plaisir, il y a quelque temps ^ à voir auecque vous deux ou trois allées de Ruel, que ie n'en ay eu, à voir toutes les Vignes de Rome, et que ie n'en aurois à voir le Capitole , quand il seroit en Testât où il a esté autresfois, et que mesme Jupiter Capitolin s'y trouueroit en personne. Mais afin que vous sçachiez, que ce n'est pas raillerie, et que ie suis tout de bon, aussi mal que ie le dis : il y a huict iours, que me promenant le matin auec le Cheualier de lars (l), ie fusse tombé de mon haut, s'il ne m'eust receu entre ses bras, et le lendemain au soir, ie m'éuanoûis encore vne fois dans la chambre de Madame la Marescballe d'Estrée. Les Médecins disent, que ce sont des vapeurs mélancoliques, et que cesaccidens ne sont pas à mépriser. Pour moy, voyant que cela m'auoit repris deux iours de suite, et que j^estois menacé de quelque chose de pis : ie n'ay esté ni fou, ni estourdi, j'ay pris de TAntimoine , que Monsieur Nerli m'a donné. En effet, cela m'a fait du bien. l'en porteray quatre prises auecque moy, que ie veux faire prendre à Madame la Duchesse d'Aiguillon. Car il n'y a point de ripopés (2), qui fassent de si bons effets ; et il se faut seruir de cela, en attendant, que celuy qui me l'a donné, ait trouué la recepte de TOr potable, qu'il sçaura faire, à ce qu'il dit, au plus tard, dans vn an. Tespere partir (l'icy d'aujourd'huy en huict iours. Vous vous estonnerez, Mademoiselle , que ie demeure si long-temps en vn lieu , où ie dis (|u'il

(1) Ce gentilhomme était attaché à l'ambassade de France à Rome. Il fut plus tard compromis dans la conspiration de Cinq-Mars.

(2) Du temps de Voiture, ripope était masculin.

m'ennuye si fort. Fy ay esté arresté iusqu'à cette heure ^ par des causes que ie vous diray^ et desquelles ie n^ay pu me defTaîre. Hais ie vous asseure encore vue fois , que de ma vie ie n'ay eu tant tfennuy, ni tant d^enuie de vous voir. le vous supplie tres-humUement de me faire l'honneur de me croire, et d'estre assurée que ie suis beaucoup plus que ie ne le puis dire icy.

Mademoiselle, Vostre, etc.

De Rome le 25 Nouembre 1638.

A MONSEIGNEVR L'EVESQVE DE LISIEVX (1).

LETTRE XGVIU.

MONSEIGNEVB,

Feusse bien voulu vous porter la lettre qui est auec celle-cy, et vous aller remercier moy-mesme de la faueur que vous m'aues faite, de me recommander à celuy qui vous renuoye. Aussi bien, n'estant pas deuenu plus homme de bien à Rome : ie voudrois voir A ie ne profiterois pas dauantage à Lisieux ; et si vous ne m'apprendriez pas, comme il faut que ie gagne les pardons que j^ay receus du Pape. le croy que ce voyage-là me seroit plus vtile, que celuy que ie viens de faire. Car il est vray> Monseigneur, que ie ne vous voy iamai&, que ie n'en sois meilleur pour quelques iours : et toutes les fois que ie vous approche, ie sens que mon bon Ange reprend de nouuelles forces, et qu'il me conduit auec plus d^asseurance. Il y a long-temps que j'ay dans Pesprit, que siDiejfi veut iamaisma conuersion , il ne se seruira point d^autres moyens, que de vos discours, et de vos exemples, pour me faire cette grâce : et que s'il m'enuoye vne voix du Ciel pour me r'appeller , il me la fera entendre par vostre bouche. Desia il me semble, que la volonté que j'ay de vous seruir, me sanctifie en quelque sorte, et que ie ne sçaurois estre tout

(1) Philippe de Cospéan, prédicateur célèbre. Né en Flandre en 15^8, il mourut évcque de Lisieux le 8 mai 1646. C'est le même qui assistant aux derniers moments du cardinal de Richelieu ; et, terrifié par le calme qu'il voyait sur les traits du redoutable ministre, il ne put s'empêcher de dire en latin, à niix qui Vonlouraieut : Profecfo ii'wùinn me (errct magna Ula sccurifas; "Voilà une sécurité qui me fait trembler. >

DE MONSIEVR DE VOITVllE. i5l

à fait prq)hane^ ayant tant de respect et d'afTection pour vne personne si sainte. Au moins estes-vous cause ^ que i'ay quelque pasâon raisonnable^ parmy tant d'autres, qui ne le sont pas^ et que dans le dérèglement où ie suis^ il y a vne partie de mon cœur qui est saine. Quoy que j'aye accoustumé de remployer bien mal^ et que i'en sois fort mauuais ménager^ ie pense auoir mis à couuert pour tousiours ce que vous y auez : et ie ne sçaurois plus perdre ni engager la place que ie vous y ay donnée. Elle est assez grande^ Monseigneur^ pour sauner quelque iour tout le reste : et ie ne désespère pas , qu'il ne soit bien-tost tout à vous. De temps en temps vous y acquérez quelque chose : et il ne s'en faut plus gueres^ que vous n'y ayez autant de pouuoir que tout le reste du monde. Acheuez^ ie vous supplie, de le gagner tout;entier : et rcsioùissez-vous de cette acquisition, comme d'vne conqueste, que vous auez faite dans vn païs infidèle 9 et duquel vous estes destiné à chasser les Idoles. l'ay quelque espérance que cela arriuera : et sçachant les témoignages que vous auez rendus en ma faneur; et connoissant d'ailleurs que vous ne sçauriez vous tromper : ie prens pour vne Prophétie tout le bien que vous auez dit de moy, et ie croy que ie seray tel à Taduenir^ que vous auez asseuré au Cardinal Barberin^ que j'estois dés à cette heure. le ne puis assez bien vous exprimer le bon accueil qu'il m'a fait à vostre recommandation, et l'affection qu'il témoigne auoir pour tout ce qui vous regarde. L'Italie, Monseigneiu*^ ne vous connoist gueres moins que la France : et sans mentir, ie n'ay rien veu à Rome^ qui m'ait tant édifié, que l'estime et la passion que l'on y a pour vous. Mais sur tous les autres, le Cardinal Barberin m*a semblé estre parfaitement vostre amy, et auoir pour vostre vertu, cette affection, et ce respect, que vous jettez dans l'ame de tous ceux qui vous pratiquent. Il m'a commandé de vous faire entendre quelques particularitez de sa part, que ie reserue à vous dire, lors que j'auray l'honneur de vous voir, et de vous pouuoir asseurer moy-mesme que ie suis plus que personne ,

MoMSEiGNEVfi, Vostre y etc.

A Paris ce 13 lanuier 1039.

A MONSIEVB DE LYONNE

à Rome.

LETTRE XGIX.

MONSIBVBy

Quoy que vous m'ayez donné les plus mauuaises heures que j'aye eues en tout mon voyage, et que personne ne m'ait si mal-tndtté à Rome que vous : ie vous asseure, que ie n'y ay point veu d'homme, que ie désirasse tant de reuoir, ni que ie seruisse si volontiers. 11 arriue peu souuent, qu'en ruinant vne personne, on acquière son amitié. Mais vous auez eu cette fortune-là auecque moy : et vôtre Génie est en toutes choses, si puissant dessus le mien : que ie n'ay pu me défendre de vous d'vne façon ni de l'autre, et qu'en me gagnant mon argent, vous auez encore gagné mon cœur, et vous estes rendu maistre de ma volonté. Que si i'ay esté si heureux, que de trouuer quelque place dans la vostre , ce gain-là me dépique de toutes mes pertes, et ie pense auoir plus profité que vous, dans le commerce que nous auons eu ensemble. Quoy que j'aye achetté bien cher vostre connoissance , ie ne croîs pas l'avoir payée à beaucoup prés ce qu^elle vaut : et j'en donnerois bien volontiers encore autant, pour trouuer dans Paris vn autre homme conune vous. Cela'estant ainsi,. Monsieur, vous deuez estre asseuré, que ie feray tousiours tout ce qui pourra me conseruer vn honneur, qiie j'estime tant, et que ie ne perdray pas légèrement vn amy qui m'a tant cousté. Tay fait tout ce que vous auez désiré dans Faf faire dont vous m'auez écrit : et ie vous obeïray de la mesme sorte dans toutes les choses que vous me commanderez. Car ie suis de tout mon cœur, et auec toute Paffection que ie dois ,

A Paris le 7 Feurier 1639.

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