‹ Les œuvresChapitre 59 sur 149 · A MADAME L'ABBESSE D'YERE · texte numérisé non relu

A MADAME L'ABBESSE D'YERE

pour la remercier d'vn Chat qa*elle luy auoil enaoyc.

LETTRE CLIIÏ.

Madame,

l'estois desia si fort à vous, que ie pensois que vous deuiez croire qu'il n'estoit pas besoin que vous me gagnassiez par despresens: ni que vous fissiez dessein de me prendre comme vn Rat> auec vn Chat. Neantmoins j'auoûe que vostre libéralité n'a pas laissé de produire en moy quelque nouuelle affection : et s'il y auoit encore qudque chose dans mon esprit qui ne fust pas à vous , le Chat que vous m'auez enuoyé, a acheué de le prendre , et vous l'a gagné entier^nent. G^est, sans mentir, le plus beau et le plus agréable qui iiist iamais. Les plus beaux Chats d'Espagne, ne sont que des Chats bruslez au prix de luy : et Rominagrobis mesme ( vous sçauez bien, Madame, que Rominagrobis est Prince des Chats) ne sçauroit auoir mdlleure mine, et ne sentiroit pas mieux son bien. l'y trouue seuienient à dire; qu'il est de tres-diflîcile garde; et que pour vn Chat nourry en religion, il est fort mal disposé à garder la closture. Il ne voit point de fenestre ouuerte, qu'il ne s'y veuille jetter. Il auroit deâa vingt-six fois sauté les murailles, si on l'auoit laissé faire : et il n'y a point de Chat séculier qui soit si libertin , ni plus volontaire que luy. l'espere pourtant que ie l'arresteray par le bon traittement que ie luy fais. le ne ie nourris que de fromages et de biscuits. Peutrestre, Madame, qu'il n'estoit pas si bien Iraitté chez vous. Car ie pense que les Dames d'Yere ne laissent pas aller les Chats aux fromages, et que l'austerilé du Couuent ne permet pas que l'on leur

fasîv si bonne chère. Il commenre desia à s'appriuoiser. Il mv pensa

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hier emporter vne main en se jouant. C'est, sans mentir^ la plusjo beste du monde. Il n^y a personne en mon logis qui ne porte de s marques. Mais quelque aimable qu'il soit de sa personne; ce se tousiours en vostre considération que j^en feray cas : et îe Taimen tant, pour Famour de vous, que j'espère que ie feray changer le pr uerbe; et que Ton dira d'oresnauant, Qui m'aime, aime mon Ou Si après ce présent^ vous me donnez encore le Corbeau qnevoi m'auez promis; et si vous voulez m'enuoyer un de ces ioursPoi cette dans vn panier : vous vous pourrez vanter, de m*auoir doni toutes les bestes que j'aime, et de m'auoîr obligé de tout poii d'estre toute ma vie,

A MONSIEVR DE MAVVOY,

pour le remercier de la terre Sigelée qu'il luy auoit euoyée.

LETTRE CLIV

M0I«iSIBVR,

Voicy le premier hommage que ie vous rends, de la terre qu tiens de vous : et ie voudrois bien, en vous le rendant , vous p uoir tesmoigner, combien ie me sens redeuable aux soins, l'affection, auec laquelle il vous a pieu de m'obliger. Sans mai vous vérifiez bien ce que l'on a accoustumé de dire , que tant l'homme, tant vaut sa terre. Vous auez si bien fait valoir celle vous m'auez donnée, et vous me Tauez enuoyée auec tant de fl( et des paroles si obligeantes, que vous l'auez rendue precieus< que vous auez trouué moyen de me faire vn grand présent, ei donnant peu de chose. Cependant , Monsieur, moy qui n^auoi de ma vie auoir vn pouce de terre : ie ne vous suis pas peu ol de ce que par vostre moyen j'ay commencé à en auoir quelqu' et que vous auez rompu le premier le mauuais destin, qui sera vouloir que ie n'en eusse iamais. Ce que ie vous puis dire, c'est celle que vous auez mise entre mes mains, ne sera pas ing Elle a desia produit en moy toute la reconnoissance qui est de vne ciuilité si accomplie que la vostre : et cette obligation a adjc quoique chose, à la passion auor laquelle j'estois desia,

Vostre y efr.

DE MUNSIEVR DE VOITVHE. 3-27

A MADA1I£ LA MARQVISE DE RAMBOVItXET.

LETTRE CLV

Madame^

C'est vne chose merueilleuse^ qu'ayant tant de qualitez qui vous ^uroient faire mépriser tout le monde , vous soyez la plus ciuile )rsomie qui y soît : et que vous ayez autant de bonté pour moy, le si vous voyez dans mon cœur toutes les pensées que j'ay de >us honorer, et de vous seruir. le vous asseure. Madame, que ostre nom y est escrît d^vne sorte, qu'il ne s'y effacera iamais : et uelque esloignée que vous soyez du monde, rien n'est à présent n ma mémoire que vous. le seroîs au desespoir, Madame, de ne ous pouuoir représenter, auec quelle joye, et quel respect, j'ay eceu l'honneur qu'il vous a pieu de me faire : si ie ne croyois lu'vn esprit aussi extraordinaire que le vostre, peut deuiner ce que e pense. Figurez-vous donc, s'il vous plaist. Madame, tout le resientiment que peut auoir le plus reconnoissant homme du monde, i qui a le plus d'inclination à vous honorer. Ce sera à peu près ce |ue ie sens, et vue partie de la passion, auecque laquelle ie suis,

Vostre, etc.

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