‹ Les œuvresChapitre 62 sur 149 · A MONSEIGNEVR LE MARESCHAL DE SGHOMBERG (I · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEVR LE MARESCHAL DE SGHOMBERG (I

LETTRE GLXII.

MONSElGNEVR,

Est-ce que vous auiez peur que ce que vous m'écririez sentist rhuyle, que vous m'auiez enuoyé la vostre , sans me faire l'honneur de m'escrire? Vostre lettre pourtant, qui m^est venue depuis, a fait, ie vous asseure, la meilleure partie de vostre présent. Sans elle, operarrty et oleum perdideras : et vous m'eussiez pu ennojer tous les oliuiers de Languedoc , que vous n'eussiez pas fait vaifè paix auecque moy. S'il vous semble. Monseigneur, que îe sois trop intéressé; au moins, vous ne trouuerez pas que ce soit pour de petits interests : et si vous jugez bien, de quel prix sont les choses que vous escriuez , il ne vous semblera pas estrange , que ie désire passionnément vos lettres, et que ie ne m'en puisse passer. La

(1) Charles de Schoinber^ , (hic d'Halluin, mourut sans postérité, le juin 16. '>('».

îmiere que j'aye receuë m^a donné du repos , de la joye et de la nté. Tout cela m'auoit manqué depuis que vous estiez party d'icy. îspere que vostre retour acheuera de me remettre, et me rendra on esprit et mes forces qui ne sçauroient reuenir qu'auecque vous. Q attendant que ce bon-heur m'arriue , ie me désennuyé en parjit en touS'lieux, en tout temps , et en toutes occasions de vous, n quels termes , Monseigneur, ie vous le laisse imaginer. Mais est toujours deuant des personnes qui sont rauies de m'entendre : t qui pourront vous tesmoigner, si vous en doutiez, que dans ce rand nombre de gens qui prennent plaisir à dire du bien de vous; n'y en a point qui le fasse de meilleur cœur que moy, ni qui soit lus passionnément ,

MoNSEiGNEVB, Vostre, etc.

k Paris le 7 Aaril 1645.

AV MESME

:* LETTRE GLXIIT.

MONSBIGNEVB ,

Si vous eussiez esté icy, vous auriez retranché vne partie de ces ars, et vous m'auriez fait corriger l'autre . Aussi ie ne vous les luoye que pour vous faire voir combien ie suis destitué de tout m conseil , et mesme de tout bon esprit, quand ie n'ay pas Hionïur d'estre auprès de vous. lugez sur cela, ie vous supplie , Monigneur, combien ie souhaitte vostre retour; moy qui ne prens pas dp de j^aisir à estre sot , ni à le paroistre : et si ie n'ay pas grand tereslde désirer, que vous ne demeuriez pas plus long- temps en OfgOïfdoc. Celles dont vous auez emporté le cœur, ne perdent pas nt que moy à vostre absence, et ne vous attendent pas auec plus Impatience que ie fais. le connois pourtant vne personne, qui en ^us lieux et en toutes rencontres , me fait voir des prennes mereilleuses d^vne extrême amour pour vous. Mais, Monseigneur^ vous i^auez si bien déniaisé, et m'auez rendu si defiQant, que nonobstant élites ces belles apparences, ie croy que ie suis la personne du londe qui vous aime le mieux, et pour corriger cette liberté de arler, qui suis auec plus de respect et de zèle,

MonsEiGNEVR, Vostre, etc,

A Paris le 27 Auril 1645.

A MONSIEVR COSTART.

LETTRE CLXIV

Quid igitur faciam? eam-ne^ infecta pace vitro ad eam veniens? me coiiseiileriez-vous cela? an potius ita me comparem. le neveux pas dire le reste pour ramour de vous. Sans mentir^ Monsieur J'aorois bien besoin de vostre secours à cette heure ; et que vous fussiez icy pour me dire de temps en temps, hei noster ! Mais vous n'estes pas assez courageux pour me donner vn conseil si hardy^ et il faut que ie le prenne de moy-mesme. Pour vous en parler franchement; cette Dame est trop colère.

Non est sana puella, nec rogare qualis sit solet hœc imago nasom.

Peut-estre ne sera-t-elle pas si cruelle à Paris, qu'à ***. Elle est là plus considérable qu'icy, selon que je vous ay ouy dire.

Hanc prouincia narrât esse bellam.

Au reste ^ iamais vous ne fistes mieux que de m'escriresini temps que vous auez fait. Car si vous eussiez tardé seulement encore deux iours, j'allois estre tout aussi en colère contre vous que j'ay esté contre elle : et ie me preparois à vous escrire des lettres de ce-stile que vous sçauez. Encore, pour vous dire le vray, ne suis-ie pas trop satisfait de celles que vous m'auez escrites. Il ne s'en peut pas voir de plus courtes, ni de plus froides. Hors que vous m'auez asseuré que vous vous portiez bien , qu^y auez-vous mis qui me pust estre agréable ?

Qua solatus es allocutione?

Ce qui m'en plaist, c'est que ie iuge que vous passez fort bien vostre temps, puis qu'il vous en reste si peu pour moy. Mais n'estes-vous pas le plus heureux homme du monde , que lors que vous Tesperies le moins, la fortune vous ait esté donner trois semaines ou vn mois ******

Adeône hominem venustum esse aut felicem quàm tu vt si es?

Que vous semble de ce venustum? le croy qu'il veut dire là, qui habet Venerem propitiam. Car l'autre signification n'y vient pas. Adieu, Monsieur. le vous asseure, que ie suis de tout mon cœur, et autant que vous le sçauriez désirer,

A Paris le 3 A.uril.

DE MOiNSIEVK DE VOITVHE. 3J7

A MONSEIGNEVR D AVAVX.

LETTRE CLXV

MONSEIGNETB ,

Vous ne sçaurîez croire /combien c'est vne chose embarrassante^ le d*auoir à escrire de temps en temps à vne personne qui ne vous it point de response. Taimerois autant parler à vn sourd^ ou à le muraille. Encore^ ce dit-on ^ les murailles ont des oreilles : et oand on ne me respond rien y il me semble qu'on ne m'a point ntendu. Il y a plus de six semaines que ie tasche à vous faire vne ^ttre» sans en iK)uuoir venir à bout^ et que ie songe à vous scrire.

Mais le ne sçay bonnement que vous dire \ Qui est assez, pour se taire tout coy.

Dn me pourroit bien dire, peut-estre> ce que Vibius Crispius, vir 'mitnij ivcundi et elegantiSy dit à vn ieune homme, qui se plaignoit k loy^ de ne pouuoir trouuer d'exorde à vne harangue qu'il auoit bite : Nunquidy inquU^ adolescens, meliiis dicere vis, quàm potes? Cirpour vous auoùer le vray, ie voudrois bien ne vous rien escnre,ni«i perfectum ingenio, élaborât um industfiâ, nihilnisiex iMno artificio depromptum. Ciceron, pourtant, qui estoit vn grand artisan de paroles, et de qui j'ay pris ces dernières, se trouuoil empesché, aussi bien que moy, dans de pareilles occasions : et me teriplo aliquo lacesses^ dit-il à quelqu\n de ses amis : Ego enim meliiu respondere scio f quàm prouocare. Toutefois, Monseigneur, comme on dit, que qui respond paye : ie croy aussi , que qui paye reqpond, et que c'est à moy, de quelque façon que ce soit, à trouuer moyen de vous entretenir, puis que ie suis payé pour cela. Vous feriez pourtant vne grande libéralité, vous qui aimez à en Faire : si au bien que vous m'auez desia fait, vous vouliez adjouster celuy de m'escrire quelquefois. Car ie vous auoûe , qu'il n'y a que vous qui me puissiez donner de l'esprit : et il me semble que j'en manque plus que jamais , depuis que ie n'ay plus l'honneur de vous voir, et de vous entendre. Que si vous prétendez que la dignité de Plénipotentiaire vous dispense de lespondre : Papinian auoit à sa charge toutes les affaires de l'Empire Romain j et ie vous montreray en cent lieux dans de gros liures : Papmianus respondit, et respon-

dit Papinianus. Les plus sages et les plus prudens estoient ceux qui auoient accousiumé de respondre : et de là^ responsa sapientum, et prudentum responsa. Les Oracles mesmes^ quand vous en seriez vn, respondoient : et il n'est pas jusqu'nux choses inanimées, qui ne se mettent quelquefois en deuoir de respondre;

Les Eaux, et les Rochers, et les Bois luy répondent.

Trois paroles que vous me direz ^ me donneront matia^e de tous escrire plusieurs pages.

Nardi paruQs onyx eliciet cadum.

Il ne vous faut point de temps pour cela : ou s'il en faut quelque, il ne faut que ce temps , et cet esprit que vous employez les soirs à vous jouer auec vos gens. Pardonnez , Monseigneur, à mon mfottunité. Car, pour vous dire le vray, j'ay un désir incroyable, de sçauoir de vos nouuelles : et si vos lettres se pouuoient acbeter à prix d'argent, il y auroit long-temps qu'il ne me resteroit plus riende vos quatre mille francs, et que ie vous aurois rendu tout ce que vous m'auez donné. Nous auons eu cette année vne grande diéScoltéà estre payez. Neantmoins , ie l'ay esté. Selon que Monsieur de Bailleul me parle de temps en temps, il me semble qu'il attend quelque remerciment de vous. le vous supplie tres-humblement, quand vous luy escrirez (aussi bien, peut-estre, vous ne sçauez quelquefois que luy dire) de luy en toucher quelque chose; et de luy tesmoigner qu'il vous a fait plaisir. Monsieur de *** sera bien-tost auprès de vous. Sa femme qui est fort jolie et fort aymable, est extraordinairement aimée de la Reyne. Faites, ie vous supplie, qu'il die du bien de vous à son retour. le suis en quartier de Maistre d'Hostel chez le Roy, et pas trop mal chez la Reyne. Mais ie vous entretiens trop long-temps : et c'est vn hazard si vous auez le loisir d'en tant escouter. le vous baise tres-humblement les mains, et suis,

MoNSEiGNEVR, VostrCy etc.

A MONSIEVR D'EMERY (l),

Controlleur gênerai des finances.

LETTRE CLXVI.

MONSIEVB ,

Quand vous ne voudriez pas que ie parlasse de vos autres lettres, rous me permettrez au moins de louer celle que vous auez écrite k Monsieur d'Arles, sur mon sujet, et de vous dire, qu'il n'y a guère que vous en France , qui en puissiez écrire vne pareille. Particulièrement Tendroit où vous dites, que pour accourcir mon affaire, TOUS voulez auancer vostre aident, me semble vne des plus belles dkoses que i'aye iamais leuës : et quelque modeste que vous soyez , vous m'auoûerez, que c^est vne noble façon de parler, que d'offrir Tingtrhuit mille francs pour vn de ses amis, et qu^il y a bien peu de gens qui se sçachent seruir de ce stile-là, et qui se puissent exprimer de la sorte. Du moins. Monsieur, ie vous asseure, qu'entre tant ([oenous sommes de beaux esprits dans TAcademie, nous ne nous tenons iamais auisez d'écrire ainsi : et que parmy tant de belles pensées que nous trouuons, il ne nous en vient point de pareilles à «eDe4à. C'en est, à parler sérieusement, vne très-belle et tres-

A MONSEÏGNEVR LE DUC D'ANGVIEN.

LETTRE CLXVÏL MONSIEVB,

Si ie n'ay pas esté si prompt à me réjouir auecque vous , d'vn succez qui vous a cousté Monsieur le Marquis de Pîsany : ie pense que vous ne le trouuerez pas estrange, et que vostre Altesse me pardonnera , si en cette occasion, j'ay esté plustost sensible au déplaisir qu'à la joye. le ne crois pas, Monseigneur, moy qui mettrois volontiers ma vie pour vostre seruice : que ceux qui l'ont perdue en

(I) Michel ParticeUi, seigneur d'Emery, Italien d'origine. Il devint siirin- ^(DdaDt des tinances.

liAO LETTRES

vous seruant, l'ayent mal employée. Mais ie voudrois de bon cœur estre en leur place : pour ne me voir pas si mal-heureux , que d'estre obligé de pleurer dans vne de tos victoires. Cependant^ Monseigneur^ ayant receu vne des plus rudes afflictions dont le pouuois estre touché : ce ne m^est pas vne petite consolation^ que vous soyez sorty si heureusement et si glorieusement, de tant de périls , et que le Ciel ait conserué vne personne , en laquelle ie puis mettre tout le respect et tout le zèle^ que ie pourrois au(Hr voué il toutes celles que ie sçaurois iamais perdre. le prie Dieu, Monseigneur^ qu'il garde vostre vie plus soigneusement^ que vous ne ferez; et qu'il me donne le moyen de témoigner à V. A. combien, etauec quelle passion ie suis ,

Vostre j etc.

A ÎVIONSEIGNEVR LE MABESCHAL DE GRAMMONT.

LETTRE CLXVill.

MONSEIGNEVR

Dans l'affliction de la mort de Monsieur le Marquis de Pisany, qui est la plus grande , que j'aye eue de ma vie, ie ne laissay pasde sentir celle de vostre prison : et depuis, en vn temps ^ où ie ne me croyois pas capable de joye , j'en ay receu de la nouuelle de vostre liberté. Encore, dans les déplaisirs où ie suis, est-ce quelque consolation pour moy, de voir que toutes mes passions ne soient pas infortunées, et que la fortune ne m*oste pas généralement toutes les personnes qui me sont les plus chères. le ne connoistrois pas, Monseigneur, vne des meilleures qualitez qui soient en vous, et combien, sur tous les hommes du monde, vous estes capable de la vraye et parfaite amitié : si ie croyois que ce malheur-là ne vous eust pas touché autant que moy. Et quoy que vous deuiez estre endurcy, il y a long-temps, à cette sorte d'accidens, et accoustumé à perdre les amis que vous estimez le plus : ie suis asseuré que la perte de celuy-cy, vous a esté extraordinaireraenl sensible j et que vous iugez bien que vous n'en auez iamais fait, que vous deuiez regretter dauantage. Pour moy, qui connoissois les plus secrets sentimens de son cœur, et qui sçay qu'il n'a iamais au monde rien tant aimé , ny tant estimé que vous : ie manquerois à ce que ie dois à sa mémoire^ et à l'intention que j'ay de suiurc

3urs toutes les inclinations et les volontez qu'il a euës^ si en )nsideration ie ne m'efforçois de me donner à vous encore que jamais; et d'adjouster quelque chose à Taffection dont îe ay honoré toute ma vie. le ne croy pas, Monseigneur, que ce 'ne chose possible. Mais il est de mon deuoir de faire tout ce ie pourray pour cela : et de vous protester, que si la passion j'ay pour vous ne peut augmenter, au moins elle ne diminuera lis; et que ie seray tousiours également,

MoNSEiGNEVR, VoHtre, etc.

A MONSIEVR DE CHANTELOV.

LETTRE GLXIX.

MONSIEVB,

'est en effet beaucoup d'affaires à la fois qu'vuc maistresse et vn eés. Mais s'il vous eust plû prendre le soin du procès et me ser la maistresse à seruir : quoy que tous vos commandemens soient infiniment agréables; ie vous auoûe que j^eusse receu ly-là plus volontiers. Tay fait parler à vostre Rapporteur : et il omis qu'il ne rapporteroit point vostre affaire de ce Parlement. le «ns. Monsieur, vous avoir donné en cela la plus grande marque, ie vous sçaurois iamais rendre , de mon obéissance. Car desi- ) passionnément d*auoir Thonneur de vous reuoir, et estant émement jaloux de la Dame qui vous retient : vous ne pouuiez dedrer de moy, où j^eusse tant de répugnance , que d'ordonner, îe vous procurasse moy-mesme les moyens d'estre plus longps éloigné d^icy, et de demeurer encore deux mois auprès le. Vous ayant obey en cela, vous ne sçauriez iamais douter que e sois en toutes rencontres ,

MoNSiEVR, Vostre y etc.

Le 6 de luillel.

AV HESME.

LETTRE CLXX

MONSIEVfi^

Si j^ay tant différé à vous faire response, j'en ay vne meille excuse que ie ne voudrois. La fièvre et la goutte m'ont tenu lo temps , chacune à leur tour : et ie n^en suis pas encore tout à dehors. Par là^ Monsieur^ vous pouuez juger^ que vous choiffl les emplois qu'il me faut , bien mieux que ie ne ferois moy-mes Car n^estant plus bon à rien : encore suis-ie plus propre à solii( vnprocez^ qu'à solliciter vne maistresse. le souhaite^ que vous gniez bientost Vwn et que vous ne perdiez iamais Tautre : et ; de tout mon cœur^

MoNsiEVR^ Vostre, etc.

A Paris le 22 Aoust-

AV MESME

LETTRE CLXXL

MONSiEVfi,

Moy qui vous donnerois ma vie , vous pouuez juger, si ie ^ presterois volontiers mon nom. Et si ie ne serois pas bien-ais faire croire à Monsieur*** que j'ay vne terre. Mais Monsieur*** dit que vous luy auiez mandé vostre resolution trop tard, etqi maison que vous desiriez acheter, est vendue. le suis bien fas Monsieur, que vos affaires vous arrestent-là , plus que vou pensiez. Car en vérité nous ne sçaurions nous passer plus long-t€ de vous. Vne de nos plus belles voisines en est malade : et m( ne m^en porte pas bien. Vous deuez ce me semble pour Tai d'elle haster vostre retour, et pour l'amour de moy aussi qui 1

MoNsiEVR, Vostre, etc.

A Paris le 15 Octobre 1645.

DE iMONSlEVR DE VOITVRE. 343

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